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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Un gouvernement sous pression

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 6 Mai 2014, 08:14am

Catégories : #Politique

Paru dans Arabies, mai 2014

Au Maroc, la dégradation des conditions sociales et économiques, la décompensation des produits pétroliers et le gel du dialogue social ont créé un climat de vive tension.

« La suppression de la subvention des hydrocarbures est une décision grave qui aura des conséquences néfastes non seulement sur les classes modestes, mais sur la paix sociale dans sa globalité » a souligné Hamid Chabat secrétaire général de l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM).

Souhaitant rappeler au gouvernement ses engagements antérieures - notamment celles concernant les revalorisations salariales, la réforme des pensions de retraite, le soutien du pouvoir d’achat des plus démunis, les principales organisations syndicales du royaume ont organisé une marché de protestation le 6 avril 2014. En effet, à l’appel de L'Union marocaine du travail (UMT), de la Confédération démocratique du travail (CDT) et la Fédération démocratique du travail (FDT), près de 10 000 personnes ont participé à une marche de protestation nationale à Casablanca. Selon les organisateurs, l’objectif de cette initiative est d’exercer une pression sur le gouvernement afin de l’amener à approfondir le dialogue permettant le règlement des conflits sociaux.

Pour eux, la défense du pouvoir d’achat et l’instauration d’une justice sociale sont des priorités auxquelles le gouvernement Benkirane doit faire face. Cette marché, placée sous le slogan « pour la défense du pouvoir d’achat, la dignité, la liberté et la justice sociale », a représenté une véritable démonstration de force à l’égard du gouvernement. Pour information, cette initiative a été soutenue par la société civile dont les organisations féminines, les associations d’étudiants, des diplômés chômeurs et des organisations non gouvernementales (ONG) dont le mouvement du 20 février, né pendant les évènements du printemps arabe.

Un « caractère politique ». Mustapha El Khalfi, ministre de la communication, a indiqué lors d’une conférence de presse que cette manifestation revêt « caractère politique ». « Les syndicats avaient adressé un mémorandum au gouvernement que l’Exécutif a traité avec transparence et responsabilité (.) Le gouvernement a formulé des réponses précises à l’ensemble des revendications » a t-il souligné.

Lors d’une conférence de presse conjointe, Miloudi Moukhariq, secrétaire général de l’Union Marocaine du Travail (UMT), Noubir Amaoui, secrétaire général de la Confédération Démocratique du Travail (CDT), et Abderrahmane Azzouzi, secrétaire général de la Fédération Démocratique du Travail (FDT), ont souligné que l’initiative d’une action syndicale commune a été mise en œuvre en raison de la grande tension sociale laquelle est caractérisée par des violations des droits des travailleurs et des salariés, des atteintes aux libertés syndicales et surtout à la réduction du pouvoir d’achat des classes défavorisées.

Noubir Amaoui a appelé les organisations syndicales à la tenue de deux réunions par an afin de pouvoir examiner les dossiers à traiter, notamment ceux concernant les questions socio professionnelles de la classe ouvrière. Ce dernier a affirmé que de telles actions permettront aux organisations syndicales de contribuer au contrôle des actions gouvernementales et des institutions de l'Etat dans ce domaine.

Abderrahmane Azzouzi, lui, considère que le pays vit des conditions sociales et économiques très tendues. Pour remédier, il a indiqué que les organisations syndicales ont fait le choix de s’unir afin de participer activement à la prise en charge des problèmes socio professionnelle de la classe ouvrière.

Projets de loi. Les syndicats, qui ont clamé haut et fort que le gouvernement est responsable du blocage du dialogue social – gelé depuis avril 2013 - et de la détérioration des conditions sociales, préviennent que d’autres actions sont envisageables si le gouvernement persiste dans le blocus. « Le retrait de l’ensemble des projets de loi relatifs aux classes laborieuses et aux salariés et de toutes les décisions impopulaires portant un coup au pouvoir d’achat des masses ouvrière et populaire » souligne M. Azzouzi. Pour rappel, les revendications principales consistent essentiellement dans l’amélioration des salaires et des pensions de retraite ainsi que le respect des libertés syndicales.

Les principales organisations syndicales revendiquent la mise en œuvre de réformes structurelles profondes. La caisse de compensation, en ligne de mire, étrangle le budget de l’État et met à mal le déficit public. Pour y faire face, le gouvernement, de la tendance islamiste du Parti justice et développement (PJD), a engagé quelques mesures permettant de réduire la cadence des subventions des produits de première nécessité tels que les produits pétroliers. Pour rappel, la caisse de la compensation a englouti près de cinq milliards d’euros en 2012.

En ce qui concerne les perspectives économiques du pays, les chiffres prévisionnels publiés par le Haut Commissariat au Plan (HCP) ne sont semblables à ceux du gouvernement. Alors que ce dernier a annoncé une croissance de 4,2% en 2014, le HCP a indiqué que cette dernière ne dépassera pas 2,4%. Cette information, qui a été largement évoquée dans la presse marocaine, a engendré une pression entre le gouvernement et le HCP.

Chiffres faussés. En effet, le Premier ministre Abdellilah Benkirane, en désaccord avec le HCP, accuse Ahmed Lahlimi, son directeur et membre du parti de gauche Union socialiste des forces populaires (USFP), de politiser les chiffres faisant référence à la croissance économique du royaume.

Pour calmer la tension, le roi Mohamed V, a du intervenir et a manifesté son soutient total au HCP. Dans un communiqué publié par le cabinet royal, le souverain réaffirmé « la nécessité de préserver l’autonomie du Haut commissariat au plan (HCP) en tant qu’institution officielle de l’information statistique, économique, sociale et culture ».

Il faut dire que le royaume chérifien, touché en plein fouet par la crise financière européenne - l’Europe étant son premier partenaire économique et commercial -, a du mal à contenir son déficit budgétaire. Pour y remédier, le Maroc a sollicité des partenariats et des aides stratégiques du Conseil de Coopération du Golfe (CCG). En effet, lors de la tournée du souverain marocain dans les pays du Golfe, une aide de cinq milliards de dollars sur cinq ans a été accordée au Maroc afin de lui permettre de maintenir la stabilité de son royaume et de faire face aux contestations sociales.

Pour rappel, le Qatar a dores et déjà octroyé un premier versement de l’ordre de 500 millions de dollars au Royaume chérifien.

Le gouvernement marocain est –il enfin prêt à relancer le dialogue avec les organisations syndicales ? Pour faire face aux nombreux défis sociaux, le gouvernement Benkirane a convié les centrales syndicales et les départements ministériels aux sessions de dialogue social. Deux rencontres avec des délégations de l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM) et de l’Union nationale du travail au Maroc (UNTM), ont été organisées le 15 avril dernier. Mohamed Kafi Cherrat, président de la Commission de la gestion UGTM, a indiqué que diverses revendications ont été abordées lors de cette rencontre. Notamment celles qui concernent le soutien au pouvoir d’achat, la suspension de la réforme du régime de la retraite.

Dans le même contexte, le chef du gouvernement a aussi tenu une réunion avec des délégations de la Confédération démocratique du travail (CDT), l’Union marocaine du travail (UMT) et la Fédération démocratique du travail (FDT). L’objectif : examiner les revendications de la classe ouvrière.

En marge de cette rencontre, Mohamed Mobdi, ministre délégué de la fonction publique et de la modernisation de l’administration, a souligné : « cette rencontre est restée ouverte afin de parvenir à un compromis susceptible de garantir la paix sociale ». Quant à Abdelkader Zayer, secrétaire général de la CDT, il a expliqué que cette réunion a permis d’examiner le mémorandum revendicatif qui avait été soumis au gouvernement par les organisations syndicales. Il souligne aussi que d’autres rencontres seront nécessaires afin de parvenir à atteindre l’objectif escompté.

Actions sociales. Pour rappel, les actions sur le plan social du gouvernement Benkirane ont permis la baisse du prix de près d’un millier de médicaments, le lancement du régime d’assistance maladie (Ramed), l’octroi des crédits permettant le désenclavement des zones rurales, l’amélioration de l’accès à l’éducation, via le programme de financement Tayssir, accordé aux familles les plus nécessiteuses.

Cela dit, les troubles sociaux liés aux reformes impopulaires (Système de Compensation, régime des retraite...) et la stagnation du taux de chômage représentent des menaces de tensions sociales et devraient être considérées comme des prioritaires absolues que le gouvernement doit prendre en charge.

Car, sans la mise en œuvre de réformes profondes, la relance économique des filières économiques hors agriculture – ne peut être effective et viable.

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