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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Les BTP en plein essor

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 4 Juin 2014, 08:28am

Catégories : #Économie Algérie

Paru dans Arabies, juin 2014

Dopé par des investissements publics importants, le secteur du bâtiment et des travaux publics reste cependant dépendant des importations et de l'expertise étrangère.

La filière du bâtiment et des travaux publics (BTP) reste dépendante des importations de matériaux et équipements de construction et de l’expertise étrangère, notamment en matière de maitrise des normes modernes de construction.

En plein boom, le secteur du BTP, qui enregistre une croissance annuelle de 10%, suscite l’intérêt des investisseurs nationaux et étrangers. Boosté par des programmes d’investissements publics importants, son potentiel de développement aiguise l’appétit des entreprises. Il est à noter que ce dynamisme entraine aussi le développement des activités annexes comme, les matériaux de construction et les produits d’équipements.

Le secteur des BTP, essentiel pour le développement économique, bénéficie d’une attention particulière de la part des pouvoirs publics depuis de nombreuses années. Cela en raison du manque important qu’enregistre le pays en matière d’infrastructures de bases. Centres de santé, lycées, collèges, hôpitaux, crèches, routes, autoroutes, ouvrages d’art, sont les différents projets qui ont été inscrits dans les différents programmes gouvernementaux.

Abdelkader Kadi, le ministre des travaux publics nommé en mai 2014, a souligné la nécessité de poursuivre les efforts déjà consentis dans ce domaine afin de réaliser les objectifs escomptés.

En effet, le gouvernement algérien envisage de réaliser, dans le cadre du plan quinquennal 2015/2019, plus de 1000 km d’autoroutes, 700 km de voies express et rocades, 7000 km de routes nationales et départementales et pas moins de 1 500 ouvrages d’art et un programme de 1,6 millions de logements de tous types confondus. Une enveloppe de près de 4000 milliards de dinars, soit près de 53 milliards de dollars, y sera consacrée.

Régions. Pour désenclaver les régions les plus éparses, par exemple, divers chantiers sont en cours de réalisation. L’autoroute des hauts plateaux, projet phare, qui reliera l’extrême ouest de Naâma (à la frontière marocaine) à l’extrême est de Tébessa (à la frontière tunisienne) coutera près de 700 milliards de dinars.

Selon l’agence nationale des autoroutes (ANA), les études de faisabilité des lots Est et Centre ont été finalisées. Quant aux travaux de réalisation, ils seront confiés aux entreprises nationales disposant d’une grande expérience - notamment vers la réalisation des deux précédents programmes quinquennaux en tant que sous –traitants pour les compagnies étrangères.

Divers projets sont également lancés dans la construction des infrastructures de santé. Dès 2014, l’État algérien a mis en route la construction de neuf structures hospitalières. L’entreprise autrichienne Vamed, en partenariat avec le groupe français Bouygues, sont chargés de la construction d’un hôpital de 600 lits à Constantine.

La filiale algérienne de l’entreprise italienne Bonatti réalisera aussi un hôpital central pour le compte du ministère de la Défense et un bâtiment industriel pour le compte du groupe pharmaceutique Saidal.

Les pouvoirs publics misent également sur la promotion des logements préfabriqués. Les besoins des institutions publiques ont été évalués par le ministère de tutelle à 50 000 unités d’ici à cinq ans. La société Syr Préfabriqué projette pour cela d’augmenter sa capacité de production pour répondre à demande de ce type de logements, ainsi que dans la réalisation des bases de vie pour le compte des sociétés nationales basées dans le sud du pays.

Vu de l’importance des chantiers de construction de logements, le ministre de tutelle a appelé les entreprises nationales à augmenter leur capacité de production pour atteindre un objectif de 120 000 unités par an. Pour rappel, le déficit national annuel en matière de logements est de 130 000 unités.

Infrastructures. Dans cet objectif, des groupements d’entreprises disposant d’une expérience et d’un savoir faire avérés seront sollicités par le ministère afin de prendre en charge les nouveaux programmes de réalisation de logements et des infrastructures diverses.

Pour permettre la concrétisation de cette directive, quatre sous - commissions chargées du secteur, ont été créées lors de la 15e tripartite (gouvernement, patronat et syndicats), organisée en octobre 2013. Leur mission : la mise en route des entités nationales capables d’assurer la production et l’approvisionnement du marché local en termes de matériaux de construction, comme le ciment, le plâtre, les briques rouges, le carrelages et le sable.

Notons que le ciment est le produit le plus importé du secteur. Pour y remédier, de nouvelles cimenteries, installées dans de nombreuses régions du pays, pourraient permettre à la production nationale d’atteindre, d’ici à 2020, 44 millions de tonnes. Hocine Anane, président du conseil d’administration de l’Agence nationale du patrimoine minier (ANPM), explique que les prévisions de consommation annuelle de ciment seront, à cette date, de 30 millions de tonnes. Le pays deviendra alors exportateur.

Cependant, les entreprises algériennes pourront –elles faire face à la rude concurrence des entreprises et groupes étrangers présents sur le marché ? À ce titre, les entreprises locales disposent t-elles des moyens modernes de construction ? D’après de nombreux experts, malgré la nette amélioration dans la qualité des travaux, les entreprises algériennes ne maitrisent pas encore les normes modernes de construction.

Certains d’entre eux expliquent que les partenariats entre nationaux et étrangers peinent à se développer en raison de l’emploi des méthodes traditionnelles par les entreprises locales. Pour y remédier, le ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, Abdelmadjid Tebboune, a invité les partenaires étrangers à investir dans le pays en construisant des usines de production et de ne pas se limiter aux opérations d’importations.

Importations. Pour information, d’après les chiffres publiés par le Centre national de l’informatique et des statistiques (CNIS), les importations de matériaux de construction ont atteint 1,64 milliards de dollars lors des six premiers mois de l’année 2013. Quant aux quantités importées en volume, elles sont passées de 3,556 millions de tonnes au 1er semestre 2012 à 4,767 millions de tonnes à la même période de 2013, soit une hausse 34%.

D’un autre côté, les 3e assises nationales du bâtiment, des travaux publics et de l’habitat, organisées par l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA), en février 2014, ont permis aux patrons d’entreprises, aux industriels, aux experts et aux consultants de débattre des différentes opportunités offertes sur le marché local.

Profitant d’une conjoncture favorable, les pouvoirs publics souhaitent ainsi intensifier les partenariats avec les entreprises étrangères afin de permettre l’industrialisation du secteur du BTP « Les entreprises algériennes sont appelées à accompagner le progrès survenu dans le BTP pour s'ériger en pionniers dans ce domaine » souligne le ministre de tutelle.

Pour optimiser l’information concernant les appels d’offres, les annonces sont désormais publiées sur le site officiel du ministère. Parmi les mesures récentes, on peut noter la réduction du délai de traitement des offres, lequel est passé de treize mois à six mois et demi entre le moment de la publication de l’appel d’offre et la signature de l’ordre de service pour le commencement des travaux. « L’État assure toutes les facilités aux professionnels désirant investir localement » a déclaré Le ministre de l’habitat lors de sa visite au salon international du bâtiment et des travaux publics (Batimatec).

Cela dit, le pays manque de main d’œuvre qualifiée dans ce domaine. Selon les professionnels du secteur, il existe un déficit d’ouvriers qualifiés, comme les conducteurs de gros engins industriels, les techniciens d’entretien et de réparation de gros matériels ainsi que des ouvriers dans les divers métiers du bâtiment, des travaux publics et de l’hydraulique.

En effet, les centres de formations professionnelles ne peuvent plus répondre à la demande croissante des entreprises. « Le problème de main d’œuvre se pose d’une façon très complexe, malgré la prolifération des centres de formations, ces derniers n’arrivent pas à combler la demande et aussi la qualité. Mais certains entreprises ont compris le problème, et ils se sont lancée à former eux même leurs employées malgré les contraintes assumer », souligne Mohamed Bennouar, directeur général de la Compagnie Générale du Froid (CGF) dans un entretien à un quotidien algérien.

De son côté, Mouloud Kheloufi, président de l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA), a déclaré lors d’une conférence de presse : « Les entreprises du BTPH peinent à trouver des ouvriers qualifiés pour leurs chantiers, alors que le nombre de jeunes qui sont au chômage est devenu alarmant ».

Travail informel. Mouloud Kheloufi explique aussi que la hausse des charges fiscales et parafiscales a encouragé l’expansion du recours au travail informel dans le secteur du BTP. Des réformes fiscales - comme des allégements de Taxe sur l’activité professionnelle (TAP), l’Impôt sur le revenu (IRG) et l’Impôt sur le bénéfice des sociétés (IBS)- , réclamés par les professionnels du secteur, pourraient permettre aux entreprises de procéder à recrutements massifs, lesquels sont nécessaires aux besoins des chantiers en cours.

Ainsi, pour pallier à cette insuffisance, la Direction de l’enseignement et de la formation professionnelle de la wilaya d’Alger a signé en janvier dernier douze conventions de partenariats avec des entreprises qui dispenseront des formations pratiques aux élèves stagiaires.

Lors d’une déclaration à Algérie Presse service (APS), Ahmed Zeknoune, directeur de la structure, a expliqué : « une nouvelle stratégie adoptée par la Direction de l'enseignement et de la formation professionnels pour contenir la crise de main d'œuvre spécialisée dans les domaines du bâtiment et des travaux publics, des domaines qui drainent une main d'œuvre importante au regard des grands chantiers et projets divers réalisés au niveau de la wilaya ».

Batimatec est devenu un évènement incontournable pour les operateurs nationaux et étrangers. Cette manifestation économique, dont la 17e édition a été organisée en mai dernier, a regroupé, sur 44.000 m2, 1100 exposants dont 449 entreprises nationales et 651 entreprises étrangères de divers pays comme la France (70 exposants), l’Espagne (127), la Turquie (124), l’Italie (92) et la Chine (120). Une rencontre qui permet aux opérateurs de nouer des partenariats stratégiques et de développer de nouveaux marchés dans diverses filières comme les matériaux de construction, les équipements de production, les échafaudages, la menuiserie, l’aluminium et le bois.

Innovations. Notons que l’exposition des innovations en termes de techniques de construction et des échanges d’expérience entre les professionnels contribuent chaque année au succès de cette manifestation. « Batimatec enregistre, d'année en année, une nette amélioration de la qualité et du nombre des participants », a affirmé le ministre Abdelmadjid Tebboune, lors de l'inauguration du salon. « Cette hausse n'est pas fortuite, au regard de l'attractivité du marché algérien aux niveaux continental et méditerranéen, et ce grâce à l'important programme d'investissements publics et au développement de ce secteur en Algérie » a t-il ajouté.

A l’initiative de l’organisme Maroc Export, onze entreprises marocaines ont participé à cette édition. Leur objectif : pénétrer ce marché à fort potentiel. Hamid Kabbache, responsable à Maroc Export, citant les chiffres de l’Office des changes, souligne que le Maroc est le premier client arabe de l’Algérie avec 1,07 milliard de dollars de ventes algériennes à l’extérieur. La Tunisie occupe la deuxième position avec un milliard de dollars, l'Egypte (876,51 millions de dollars), l'Irak (78,32 millions de dollars) et la Mauritanie (61,07 millions de dollars).

Il faut souligner que les opérateurs étrangers sont unanimes : le programme de construction de logements et des équipements publics a suscité leur intérêt. Toutes les filières de la construction y étaient représentées : matériaux de construction, entreprises de services, les promoteurs immobiliers, bureaux d’études, architectes, urbanistes.

Curieux de connaître les opportunités d’un marché en plein essor, les participants ont constatés une amélioration de la qualité des matériaux de construction, engins et matériels BTP produits localement.

L’offre s’étoffe mais reste insuffisante. Néanmoins, les entreprises nationales, malgré leur augmentation, ne peuvent satisfaire la demande du marché. Des partenariats avec les entreprises étrangères demeurent essentiels pour atteindre les objectifs escomptés par le gouvernement. Désormais, l’appel au renforcement des partenariats est lancé et les ambitions des uns et des autres sont affichées. L’Algérie, est voie de construction… pour le plus grand bonheur des Algériens.

Abdelmadjid Tebboune, ministre de l'Habitat, de l'Urbanisme et de la Ville.
Abdelmadjid Tebboune, ministre de l'Habitat, de l'Urbanisme et de la Ville.

Abdelmadjid Tebboune, ministre de l'Habitat, de l'Urbanisme et de la Ville.

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