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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Les défis du quatrième mandat

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 11 Juin 2014, 13:10pm

Catégories : #Politique

Paru dans Arabies, Juin 2014

Selon les directives du président Abdelaziz Bouteflika, lors du Conseil des ministres, les programmes prioritaires vont être mis en chantier dans les plus brefs délais.

Placés sous le signe de l’urgence, des programmes concernant la révision de la constitution, la mise en œuvre d’un plan d’action dédié à la jeunesse, la diversification de l’économie nationale, l’amélioration de la gouvernance, la lutte contre la corruption et le désenclavement du Sud seront mises en œuvre dans les prochaines semaines.

Sur la place d’Alger, les commentaires sur la composition du gouvernement s’amplifient.

Certains observateurs et politiques de l’opposition, plus adeptes du changement radical du système politique, affirment que la nomination du gouvernement Sellal II représente « un changement dans la continuité ». D’autres, a contrario, favorables à une transition en douceur, sont plus satisfaits et font confiance à la nouvelle équipe gouvernementale. En effet, le gouvernement Sellal II, nommé le 5 mai 2014, est composé de quelques anciens membres du gouvernement - qui détiennent les ministères régaliens comme Ramtane Lamamra aux Affaires Étrangères, Ahmed Gaid Salah à la défense, et Taieb Belaiz au Ministère de l’Intérieur- ainsi que de technocrates, non partisans les des sept femmes nommées à des postes clés, une grande nouveauté du quatrième mandat présidentiel.

Nouria Benghebrit, universitaire et enseignante depuis une vingtaine d’années, titulaire d’un doctorat en sciences de l’éducation, a été nommée ministre de l’éducation nationale. Directrice du Centre nationale de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC), elle a effectué divers travaux de recherches dans différents domaines comme l’éducation, la jeunesse et la famille. Le secteur du tourisme et de l’artisanat sera aussi géré par deux femmes : Nouria Yasmina Zerdouni, ministère du tourisme et de l’artisanat et Aicha Tagabou, ministre déléguée chargée de l’artisanat.

Ministères. Quant à Mounia Meslem, avocate, elle a été nommée ministre de la solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme. Enfin, deux femmes ont été maintenues à leurs postes : Zohra Derdouri en charge du ministère de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication et Dalila Boudjemaâ qui gérera le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement.

Il est important de signaler que la rupture peut aussi s’expliquer par le départ de quatre ministres - dont certains étaient installés depuis une décennie -, comme Khalida Toumi, ministre de la culture, Bouabdellah Ghoulamalla, ministre des affaires religieuses, Mohamed Chérif Abbas, ministre des Moudjahidines ou encore Baba Ahmed, ministre de l’éducation, Karim Djoudi, ministre des Finances.

La révision de la Constitution, le projet phare des réformes politiques, engagée par le président depuis 2011, sera relancée rapidement. Une révision qui devrait permettre de renforcer les droits et libertés individuelles et collectives, de consolider la démocratie participative et de conforter l’État de droit en Algérie. « A la mi-mai, les partis politiques, les personnalités nationales et les associations seront rendus destinataires des propositions d'amendements dégagées par la Commission d'experts sur la révision de la Constitution » a indiqué le président de la République.

Ahmed Ouyahia, directeur du cabinet de la Présidence et ministre d’État, chargé des opérations de la révision constitutionnelle, conduira les rencontres qui seront organisées avec les partis politiques dès début juin 2014. Selon le communiqué de la Présidence, ces rencontres permettront aux différents acteurs d’exposer et de débattre leurs points de vues sur les contenus du projet de la loi fondamentale. « La transparence entourera ces contacts et consultations pour permettre à l’opinion d’en suivre le déroulement » lit-on dans le communiqué présidentiel.

Référendum. Par ailleurs, le président algérien confirme que cette révision se fera sur le fondement de l’article 174 ou 176 de la loi fondamentale en vigueur. Pour information, le premier stipule que la révision constitutionnelle sera votée par l’Assemblée Populaire nationale (APN) et le Conseil de la nation (CN), et sera aussi soumise par référendum à l’approbation du peuple dans les cinquante jours suivant son adoption. Quant à l’article 176, il prévoit que si le projet de révision constitutionnelle ne porte aucune atteinte aux principes généraux comme les droits et les libertés de l'homme et du citoyen et n’affecte pas les principes fondamentaux des pouvoirs et des institutions, le président algérien pourrait le promulguer sans la soumettre à référendum populaire à condition qu’il obtienne les trois-quarts des voix aux sein des deux Assemblées. « J’ai indiqué que les forces politiques, les principales représentations de la société civile, ainsi que les personnalités nationales seront de nouveau conviées à s’associer à cette entreprise de première importance » a précisé Abdelaziz Bouteflika.

Pour rappel, les amendements proposés par la commission chargée pour la préparation de la révision constitutionnelle sont destinés à renforcer la séparation des pouvoirs et le rôle du Parlement, à confronter l’indépendance de la Justice, à affirmer la place et les droits de l’opposition et à consolider les garanties des droits et libertés des citoyens.

Le président de la république a aussi souligné l’importance capitale de réformer le service public. Notamment à travers la régulation du fonctionnement des institutions administratives dont un des objectifs serait la lutte contre la corruption.

Chantiers. « Nous ouvrirons d’autres chantiers aussi, notamment pour améliorer la qualité de la gouvernance, faire reculer la bureaucratie au bénéfice des citoyens et des opérateurs économiques, et pour promouvoir une décentralisation appuyée sur une démocratie participative qui associera mieux la société civile à la gestion locales » a déclaré le président lors de son discours d’investiture.

Logement, éducation, santé, emploi et pouvoir d’achat sont les grands défis pour lesquels le président algérien a pressé le gouvernement « de livrer une véritable course contre la montre ».

La crise du logement, qui bénéficie d’une prise en charge de la part du gouvernement depuis plus d’une décennie, sera poursuivie durant le quinquennat 2015/2019 avec la réalisation de 1,6 millions de logements.

Pour s’assurer d’un meilleur professionnalisme, le ministre de tutelle, Abdelmadjid Tebboune, compte poursuivre sa politique dans le développement des partenariats avec des organismes, nationaux et étrangers, disposant de la maitrise des techniques de construction répondant aux standards internationaux. En créant un fichier national des bénéficiaires, le ministère compte réguler les attributions de logements aux familles les plus nécessiteuses. La stabilité du pouvoir d’achat figure aussi parmi les priorités du gouvernement. Des mesures concrètes devraient prises par le gouvernement afin d’éradiquer la flambée des prix qui mine le pouvoir d’achat des familles. La limitation des importations et la promotion de la production nationale permettraient d’atteindre, à plus long terme, l’autosuffisance alimentaire.

Structures médicales. Le secteur de la santé n’est pas en reste. Les malades éprouvent d’énormes difficultés à accéder aux soins de santé, notamment ceux atteints de maladies chroniques ou de certaines pathologies nécessitant des traitements de longue durée. Il faut dire que le pays connaît un manque flagrant en structures médicales, une répartition inégale des médecins et une pénurie d’équipements médicaux. Selon Fayçal Abed, président du Syndicat national des pharmaciens d’officines (Snapo), plus de 220 marques de médicaments manquent sur le marché. Pour faire face à cette situation critique, dénoncée aussi par les citoyens et la presse nationale, le gouvernement a pris des mesures urgentes : la construction de sept centres hospitalo - universitaires (CHU) qui seront répartis dans différentes wilayas du pays.

Le ministre de la santé de la réforme hospitalière, Abdelmalek Boudiaf, a également annoncé, le 8 mai dernier, la construction de quatre centres anti cancéreux (CAC), d’ici à la fin de l’année en cours.

Quant à Abdelatif Zemmouchi, membre du Conseil de déontologie des pharmaciens, il a indiqué lors d’une rencontre scientifique organisée par le syndicat Snapo, que des groupements pharmaceutiques régionaux seront créés pour approvisionner les régions à travers le territoire et contribuer à la gestion et la distribution des médicaments.

Lors de son dernier conseil des ministres, le président algérien n’a pas manqué de donner ses directives sur le plan social : « Nous veillerons à rationaliser la dépense publique pour éviter les gaspillages et pour que soient mieux ciblés les soutiens de l’Etat, qui seront maintenus pour ceux auxquels ils sont dus, notamment pour l’accès au logement, à l’enseignement et aux soins, pour les retraites et pour le pouvoir d’achat des démunis » a t-il déclaré.

Autre défi majeur pour le gouvernement, l’insertion professionnelle des jeunes. La jeunesse algérienne souffre du chômage. Pour y remédier, une évaluation viable et précise des dispositifs d’accompagnement de l’agence Ansej (Agence pour l’insertion professionnelle des jeunes) devrait être menée afin de connaître l’efficacité des mesures prises par les gouvernements précédents. L’objectif est mesurer les causes de la faillite de milliers de petites entreprises créées dans ce cadre ainsi que l’évaluation des nombreux emprunts non remboursés dans le cadre de ce dispositif.

Abdelkader Khomri, ministre de la Jeunesse, a affirmé, mardi 6 mai dernier à Alger, qu’il s'engagerait à coordonner les efforts pour prendre en charge les multiples préoccupations des jeunes. Une jeunesse pour laquelle un ministère est spécialement dédié, une initiative saluée par le nouveau ministre qu’il qualifie de : « pertinente et de grande opportunité pour prendre en charge les problèmes des jeunes dans les meilleures conditions, en œuvrant à leur trouver les solutions adéquates, notamment en ce qui concerne la garantie de structures culturelles et de loisirs, la création d'espaces d'échange, et de postes d'emploi ».

La population algérienne, vivant dans la région du Sud souffre de multiples problèmes. Les chômeurs, qui ont organisé des protestations et des manifestations à Ghardaïa et Ouargla ont parlé d’absence de justice sociale, de l’explosion du chômage ainsi que le manque crucial d’infrastructures éducatives et de santé. Le désenclavement du Sud était un des thèmes de campagne du quatrième mandat présidentiel.

Cette région, aussi menacée par les risques des attaques terroristes, en raison de l’instabilité sécuritaire de la région du Sahel et de la Lybie, souffre de manque d’attractivité économique - hormis le secteur des hydrocarbures - notamment touristique depuis l’attaque terroriste du complexe gazier de Tigentourine. « Nos efforts conforteront également la lutte contre les disparités régionales. A ce titre, le prochain programme quinquennal d’investissement publics, qui sera dense au profit de tous les secteurs et de toutes les régions du pays, englobera aussi de nouvelles mesures en faveur des wilayas du Sud et des Hauts plateaux ainsi que des régions montagneuses » exige le président algérien. Selon des sources gouvernementales, un nouveau découpage territorial – dont la priorité reviendrait aux régions du Sud -, sera mis en route très prochainement.

Transition et stabilité. Quoi qu’il en soit, la population algérienne souhaiterait que le quatrième mandat présidentiel serait le mandat de la transition, de la stabilité et du renforcement des politiques sociales et économiques.

Les Algériens, qui aspirent à une vie meilleure, sont dans l’attente d’un changement qui consiste, en priorité, dans l’amélioration des conditions de vie, l’instauration d’une justice sociale, la promotion de emploi, notamment au profit des jeunes, la refonte du système éducatif ainsi que dans l’amélioration de l’accès aux soins de santé.

« Les Pouvoirs publics devront livrer une véritable course contre le temps dans la mise en place des réponses aux attentes de la population notamment la jeunesse, et dans la construction d'une économie diversifiée et compétitive pour assurer une meilleure croissance », a affirmé le chef de l'Etat au cours du Conseil des ministres tenu mercredi avec le nouveau gouvernement.

Tayeb Belaiz, ministre de l'Intérieur, Ramtane Lamamra, ministre des Affaires étrangères
Tayeb Belaiz, ministre de l'Intérieur, Ramtane Lamamra, ministre des Affaires étrangèresTayeb Belaiz, ministre de l'Intérieur, Ramtane Lamamra, ministre des Affaires étrangères

Tayeb Belaiz, ministre de l'Intérieur, Ramtane Lamamra, ministre des Affaires étrangères

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