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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Pour une bonne gouvernance...

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 11 Février 2015, 08:48am

Catégories : #Économie Algérie

Pour une bonne gouvernance...

Paru dans Arabies, février 2015

L’État, qui reconnaît la sévère crise pétrolière qui sévit à international, ne remet pas en cause sa politique d’investissement, prévue dans le programme quinquennal 2015/2019

La chute vertigineuse du cours du brut pèse sur les finances publiques, lesquelles dépendent essentiellement des recettes des hydrocarbures. Cette baisse s’explique, entre autres, par l’abondance de l’offre de l’or noir, le renforcement du dollar et le ralentissement de la demande de l’économie mondiale. L’Arabie Saoudite, un des plus gros producteurs, a réaffirmé sa volonté de ne pas réduire sa production même si le prix atteint 20 dollars.

Une prévision bien périlleuse pour de nombreux petits producteurs comme l’Algérie, le Venezuela, l’Iran ou le Nigéria. Pour information, la facturation du baril a enregistré une chute brutale de plus de 55% en six mois, passant de 115 à moins de 50 dollars. D’ailleurs, Youcef Yousfi, ministre de l’Énergie et des Mines, a appelé les membres de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) à réduire la production pétrolière. « L‘OPEP doit intervenir pour corriger les déséquilibres en procédant à une coupe de sa production afin de faire remonter les prix et de défendre les revenus des ses pays membres » a –il souligné.

Le gouvernement algérien a t-il décidé de mettre en œuvre une politique de rigueur dans la gestion des dépenses publiques ? Dans une note adressée, en décembre dernier, aux ministres et aux walis, le Premier ministre Abdelmalek Sellal a expliqué « Les conséquences de cette chute engendrera un grand amenuisement des ressources budgétaires et impactera négativement sur les équilibres interne et externe du pays».

Pour y faire face, des mesures restrictives ont été annoncées lors du dernier Conseil des ministres. Ces dernières concernent, entre autres, le gel des recrutements dans la fonction publique.

Redistribution des Postes. « Pour 2015, les recrutements dans la fonction publique, tous secteurs confondus, seront gelés » a déclaré le Premier ministre. « Il faut préférer, dans la mesure du possible, la redistribution des postes budgétaires existants » lit - on dans la lettre d’instruction adressée aux hauts responsables des l’administrations publiques. Dans le même contexte, le Premier ministre a aussi annoncé un gel des salaires.

Le ministère de l’éducation nationale par exemple devrait geler près de 15 000 postes. Notons que cette mesure inquiète les demandeurs d’emplois et les futurs diplômés de l’enseignement supérieur. La résorption du chômage - dont le taux avoisine les 20%- était une des priorités gouvernementales depuis plus d’une décennie.

A la suite des recommandations du gouvernement, les ministères de la Santé, de l’Éducation et les administrations publiques devraient procéder à une réorganisation de leurs priorités dans la gestion de leurs programmes respectifs.

« Il faut que les membres du gouvernement adoptent impérativement ces décisions et fassent preuve d’une discipline gouvernementale cohérente», souligne le Premier ministre. Ce dernier a aussi indiqué que la conjoncture actuelle du marché pétrolier implique «un comportement ferme et audacieux en matière des dépenses publiques».

Selon la communication officielle, dans un objectif de maitrise des dépenses publiques, il est aussi prévu « la réduction des prises en charge des délégations étrangères en visite en Algérie, la limitation de l’organisation des rencontres et colloques ainsi que la création d’entreprises publiques à caractère administratif ».

Le secteur économique est aussi concerné par la maitrise des dépenses publiques. Les programmes d’investissements en phase de projets seront retardés. Seuls les programmes à caractère social, impliquant davantage les entreprises nationales, seront maintenus. Ainsi, le gouvernement souhaiterait limiter les importations des matériaux nécessaires à la réalisation de logements.

Implication des entreprises. Selon l’instruction n° 1385, dont les extraits ont été publiés dans un journal algérien, Abdelmadjid Tebboune, le ministre de l’Habitat rappelle avec fermeté les entreprises et les administrations pour accélérer la cadence dans l’implication des entreprises algériennes dans le processus de production dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. « Je vous rappelle encore une fois, j’espère la dernière, que la promotion de la production d’origine algérienne par l’application de la règle de prévalence doit être observée par les maitres d’ouvrage dans le cadre de la passation et l’exécution des marchés publics, conformément aux différentes instructions déjà données en ce sens » a t-il ordonné. De son côté, le Premier ministre a insisté : « les grands projets qui ne revêtent pas un caractère urgent, à l’exemple des chantiers de tramway et de transport ferroviaire, seront reportés »

Pour financer les projets économiques, le gouvernement souhaiterait aussi mobiliser les banques et les institutions financières. Pour cela, des mesures devraient être en œuvre afin de permettre l’émergence d’un marché des capitaux, lequel était réclamé par les opérateurs économiques depuis de nombreuses années.

En effet, un marché des capitaux, qui serait donc régulé et contrôlé avec efficience, pourrait substituer au budget de l’État dans le financement des programmes économiques. Le Premier ministre a, par ailleurs, recommandé le renforcement du contrôle et la diversification de l’économie nationale hors hydrocarbures.

La loi de finance 2015, signée par le président Abdelaziz Bouteflika, prévoit un déficit budgétaire de 41 milliards d’euros. En effet, cette dernière prévoit des recettes budgétaires de 4. 684,6 milliards de dinars (46,846 milliards d’euros), et des dépenses publiques de 8 858,1 milliards de dinars (88,581 milliards d’euros), soit un déficit de 4 173,3 milliards de dinars (41,733 milliards d’euros), soit 22,1% du produit intérieur brut (PIB).

Dépenses publiques en hausse. Notons que les dépenses publiques sont en hausse de 15,7% par comparativement à l’année précédente. Pour information, le budget de l’État a été établi sur la base d’un prix de référence de 37 dollars le baril.

Selon un communiqué publié suite au Conseil des ministre, le président algérien a affirmé : « Je suis convaincu que dans une sérénité légitime et grâce à la mobilisation qui nous est traditionnelle face aux défis, l’Algérie traversera sans difficultés majeures les graves perturbations que connaît le marché international des hydrocarbures ».

De son côté, Khalil Mahi, ministre chargé des relations avec le Parlement a indiqué que le gouvernement compte sur le recouvrement de 60 milliards de dollars de créances fiscales pour renflouer les caisses du trésor public. « Les créances fiscales que les entreprises et administrations algériennes doivent à l’État s’élèvent à 60 milliards de dollars, soit l’équivalent d’une année entière de recettes pétrolières » a t-il souligné.

Selon le gouvernement, le Fonds de régulation des recettes (FRR) des hydrocarbures devra financer une part du déficit du Trésor public qui sera d’un taux de 83,3%. Il est aussi important de signaler que les hydrocarbures représentent 95% des recettes extérieures du pays. Quant à la fiscalité de l’or noir, elle est évaluée à 60% de son budget.

En effet, pour renflouer les caisses de l’ État, des solutions sont préconisées comme l’intégration du secteur informel dans l’activité officielle, l’augmentation de la cadence d’exploration des hydrocarbures en vue de leur exploitation, y compris les énergies non conventionnelles.

A l’issue du conseil des ministres, l’exécutif a décidé « de maintenir la dynamique de développement, afin de continuer à créer les emplois pour nos jeunes, et construire des logements et des écoles, des universités, des infrastructures de santé, pour toute la population ».

Cela dit, le pays est-il en mesure de tenir ses engagements financiers ? Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque d’Algérie, a souligné, lors de son passage à l’Assemblée populaire nationale (APN), le 15 décembre 2014 : « si les réserves de change peuvent amortir un choc externe dans l’immédiat, elles pourraient s’effriter en cas de baisse prolongée des cours du pétrole ».

Le gouverneur de la Banque centrale avertit qu’une chute prolongée des cours du pétrole risque d’avoir des répercussions très négatives sur la balance des paiements. Des incertitudes confirmées par le Fonds monétaire international (FMI) qui estime que « les menaces qui pèsent sur la stabilité macroéconomique de l’Algérie s’accentuent ».

Déficit budgétaire. L’institution souligne aussi que « le déficit budgétaire devrait se creuser à plus 7% en raison du recul des recettes des hydrocarbures, de la nette hausse des dépenses d’investissement et de la poursuite des fortes dépenses courantes ».

Le gouvernement algérien ne devrait-il aussi procéder à la modernisation et décentralisation de la gestion des administrations et des institutions publiques, afin d’assurer une maitrise optimale des dépenses publiques ? Cette situation de déséquilibre du marché international des hydrocarbures ne devrait-elle pas être propice pour améliorer la gouvernance y compris économique ?

Dans tous les cas, l’optimisation de la gouvernance ne peut être réalisable sans la qualification des ressources humaines, de tous secteurs et grades confondus. Car l’apport du capital humain est un acquis considérable pour la construction d’une nation. Un acquis qui ne dépend pas de l’état des marchés financiers, mais qui contribue fortement à sa gestion, même en cas de crise majeure.

Abdelmadjid Tebounne, ministre de l'Habitat

Abdelmadjid Tebounne, ministre de l'Habitat

Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque d'Algérie

Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque d'Algérie

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