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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


La médiation algérienne

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 6 Avril 2015, 08:36am

Catégories : #Afrique - Sahel

Abdelkader Messahel, ministre algérien des Relations maghrébines et africaines, et Bernardino Leon, émissaire spécial des Nations unies pour la Libye, à Alger en mars 2015
Abdelkader Messahel, ministre algérien des Relations maghrébines et africaines, et Bernardino Leon, émissaire spécial des Nations unies pour la Libye, à Alger en mars 2015

Paru dans Arabies, avril 2015

Afin de sécuriser ses frontières et de participer à la préservation de la stabilité de la région du Sahel, l'Algérie joue un rôle déterminant dans la médiation et la lutte antiterroriste.

L’Algérie, qui partage une grande partie de ses frontières avec des États dont la situation sécuritaire est des plus préoccupantes, a décidé d’apporter son aide aux pays voisins dans la résolution des conflits internes ainsi que l’éradication des mouvements terroristes. Le continent africain est aujourd’hui menacé par la propagation des groupes radicaux et la multiplication des réseaux de contrebande, lesquels activent dans le trafic d’armes, de drogues et prolifèrent dans les grands déserts.

Les pays du Sahel, et plus particulièrement la Libye et le nord du Mali, connaissent une situation sécuritaire chaotique. Cette dernière constitue un facteur géostratégique très inquiétant non seulement pour la région, mais aussi pour le continent européen. En effet, la stabilité de la région est un des enjeux majeurs que doivent relever les pays des deux rives de la Méditerranée.

Les partenaires régionaux et internationaux sont unanimes : les actions meurtrières des groupes terroristes qui activent dans les pays du Sahel déstabilisent la région. Pour y faire face, les pays africains s’organisent : des conférences, des rencontres et des coopérations dans les secteurs militaire et l’échange de renseignements sont soit en cours de l’élaboration soit déjà mis en œuvre.

Forte de son expérience dans la lutte antiterroriste dans les années 1990, l’Algérie continue de traquer les terroristes et à sécuriser ses frontières. L’armée algérienne, une des plus fortes de la région avec plus de 300 000 hommes, est organisée et aguerrie.

Lors de l’attaque terroriste spectaculaire à Tigentourine, dans le Sud algérien, le gouvernement a confirmé sa position ferme et intransigeante face aux terroristes. L’intervention de l’armée pour la libération de plus de 1000 otages, sur un des grands sites gaziers d’Afrique, a été d’abord décriée ensuite saluée par la communauté internationale. Mieux encore, l’intervention de l’armée algérienne a conforté l’expertise du pays face à ce fléau qui menace aujourd’hui le monde.

Une vision claire. Lors du symposium de l’Union africaine (UA) sur les victimes du terrorisme, le directeur du Centre africain d'études et de recherche sur le terrorisme (Caert), Francesco Madeira a indiqué que l’Algérie avait dans les années 1990 une « vision claire dans sa stratégie de la lutte contre le terrorisme ». De son côté, Mickael Keagan, conseiller à la lutte antiterroriste au département d’État américain, estime que l’Algérie joue un rôle de leader régional dans la lutte contre le terrorisme.

Il est clair que les Américains, qui apportent un soutien total aux actions menées par l’Algérie dans la lutte antiterroriste, aimeraient que le pays joue un rôle de leader dans la région.

Notons que l’expertise algérienne en la matière, prouvée et confirmée depuis près de deux décennies, fait l’unanimité : son expérience dans l’éradication du terrorisme dans les années 1990 devrait ainsi être étudiée avec la plus grande attention.

Pour cela, le pays organise de nombreuses rencontres abordant diverses thématiques afin de mieux coordonner les efforts des États africains dans la lutte contre le terrorisme et les trafics de tous genre.

A l’image du Mémorandum d’Alger sur « les bonnes pratiques en matière de prévention des enlèvements contre rançon par des terroristes », organisé par le ministère des Affaires étrangères, en coordination avec l’ambassade des États Unis à Alger et le Forum global de lutte contre le terrorisme (CGTF). Ce dernier regroupe États-Unis, Canada, France, Mali, Mauritanie, Niger, Tunisie, Afrique du Sud et Maroc ainsi que des représentants de l’Union africaine (UA), les travaux du Forum global de la lutte contre le terrorisme (Alger 2011 et Oran en 2013), le séminaire sur la paix et la sécurité (Oran 2014). Pour rappel, l’Algérie plaide depuis de nombreuses années pour la criminalisation du paiement des rançons.

Mémorandum d’Alger. Afin de poursuivre la mise en œuvre du Mémorandum d’Alger, d’autres rencontres sont aussi prévues dans le second semestre 2015, dont les conclusions des travaux seront une référence de base à l’échelle internationale pour la lutte contre les kidnappings. Selon Ahmed Mizab, président de la commission algéro - africaine pour la paix et la réconciliation, les organisations terroristes qui opèrent dans le Sahel ont récolté plus de 220 millions de dollars de rançons.

Soutenue par l’Organisation des Nations unies (ONU) et la Communauté internationale, notamment les pays voisins, l’option de la médiation menée par l’Algérie est une ultime étape qui pourrait éviter à la région de sombrer dans le chaos total. Cette initiative a permis l’instauration d’un dialogue entre les différentes parties en situation conflictuelle, notamment en Lybie et au Nord du Mali. L’objectif de cette opération serait de conclure des accords de paix entre les parties rivales. Sollicité par les libyens, le pays œuvre aussi dans la mise en œuvre d’un dialogue inter - libyen qui pourrait aboutir à l’installation d’un gouvernement d’union nationale, une solution politique indispensable qui permettrait la relance du processus de transition démocratique dans le pays.

La diplomatie algérienne pourra t-elle construire un consensus international autour de la nécessité de trouver une solution politique au chaos libyen ? Paolo Gentiloni, ministre italien des Affaires étrangères, dans un entretien accordé à un journal algérien, a souligné : « L’Algérie, qui s’est engagée à faciliter le dialogue entre les différents acteurs locaux, est un partenaire important et précieux dans la recherche d’une solution politique à la crise libyenne ».

Un rôle fondamental. Concernant le rôle de l’Algérie dans la médiation, le chef de la diplomatie italienne a également déclaré : « Nous soutenons le rôle fondamental que l’Algérie joue dans la région comme facilitateur du dialogue et de la réconciliation et nous espérons que le gouvernement algérien continuera cette fonction de stabilisation pour toute la région nord-africaine et pour le Sahel ».

De son côté, Abdelkader Messahel, ministre algérien délégué chargé des Relations magrébines et africaines, a précisé, lors d’une émission de radio, que le dialogue engagé entre les différentes parties a réuni des acteurs crédibles, représentatifs de la société libyenne, et non impliqués dans des actes terroristes. « La solution à la crise politique permettra de traiter avec efficacité la branche libyenne de Daech ».

Rappelons l’organisation criminelle de la région, Boko Haram, qui a prêté allégeance au Daech il ya quelques semaines, et sème la terreur dans de nombreux villages au Nigéria ainsi que dans de nombreux pays de l’Afrique de l’Ouest.

Mohamadou Issoufou, le chef de l’État nigérien, lors de sa visite en Algérie en janvier dernier, a indiqué que les deux pays ont décidé de coordonner leurs efforts notamment en matière d’échange d’informations. « Nous avons convenu de mobiliser et mutualiser nos capacités opérationnelles et de renseignements pour faire face aux menaces terroristes et organisations criminelles » a t-il déclaré à la presse nationale. Pour information, les deux pays disposent de grands espaces désertiques et partagent près de 1000 km de frontières.

De son côté, le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Tayeb Bélaiz, a appelé à la tenue d’une conférence internationale sous l’égide des Nations unies sur le terrorisme. « J’estime qu’il est aujourd’hui nécessaire de tenir une conférence internationale, sous l’égide des Nations unies, pour débattre de la question du terrorisme sous tous ses aspects, afin de remédier à ses causes et à ses réelles origines » a souligné le ministre algérien lors de l’ouverture de la 32e session du Conseil des ministres arabes de l’Intérieur. Tayeb Bélaiz a aussi appelé la Communauté internationale à « suivre la voie de la coopération, sans exclusion, pour vaincre cette menace».

La coopération régionale a aussi été abordée lors de la 22e Conférence régionale d’Interpol, tenue à Oran en 2013. En présence de Mireille Ballestrazzi, présidente d’Interpol, de Ronald K. Noble, secrétaire général d’Interpol, de Mohamed Adamou, vice-président d’Interpol pour l’Afrique ainsi que des hauts responsables de police de 53 pays, la conférence a permis de mettre en exergue l’expertise et la modernisation des outils de travail de la police dans la lutte contre la contrebande et les trafics de tous genres qui sévissent sur le continent africain.

Abdelghani Hamel, directeur général de la Sûreté nationale algérienne, a partagé avec l’assistance l’expérience algérienne dans ce domaine. « Nous avons tenté de rendre profitable l’expérience de la police algérienne à travers l’organisation d’une exposition reflétant ses différentes facettes et la présentation d’une exhibition illustrant la préparation et l’opérationnalité de nos forces de police dans différentes situations. », a précisé ce dernier dans son discours lors de la clôture de la conférence.

De son côté, Mohamed Amadou, vice président d’Interpol a aussi souligné : « l’Algérie a acquis une grande expérience dans la lutte contre le terrorisme et constitue un exemple à suivre pour les autres pays du continent africain, faisant face à ce fléau considéré comme l’une des graves menaces sur le continent ». Le chef de la sureté nationale affirme aussi que les pays africains devraient s’organiser pour lutter ensemble contre le crime organisé. « Nous sommes confrontés aux mêmes menaces et aux mêmes formes de criminalité. Nous sommes appelés à conjuguer davantage nos efforts, à croitre nos échanges et à intensifier notre coopération policière sur les plans technique et opérationnel » a t-il souligné.

Voie diplomatique. Il est désormais urgent que les conflits internes – au Mali et en Libye - soient résolus par voie diplomatique. La résolution des conflits politiques et tribaux pourrait permettre de lutter plus efficacement contre les réseaux terroristes et les différents trafics qui déstabilisent les pays de la région ainsi que ceux d’Europe. « Les pays des rives nord et sud de la Méditerranée doivent collaborer activement pour réagir efficacement face aux défis de plus en plus complexes liés aux questions de sécurité et de stabilité régionale », a aussi expliqué Paolo Gentiloni lors de sa visite à Alger.

L’accord de paix conclu à Alger en février dernier entre le gouvernement malien et des mouvements armés du Nord du Mali, peut-il être considéré comme un signe d’espoir pour la région ? Affaire à suivre.

Tayeb Belaiz, ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales

Tayeb Belaiz, ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales

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