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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


A l'heure de l'économie numérique

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 27 Août 2015, 11:20am

Catégories : #Maghreb

A l'heure de l'économie numérique

Paru dans Arabies, Juillet/août 2015

Le Maghreb, avec plus de 90 millions d’habitants, est un pont entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe. La région dispose d’atouts indéniables : un fort potentiel géographique et humain.

Les pays du Maghreb n’ont pas encore réussi une intégration économique importante à l’échelle régionale, leur permettant de s’associer de façon plus efficace l’économie mondiale, laquelle enregistre une croissance fulgurante des échanges et des interactions humaines. Citée dans le site Mediapart, Saida Mendili, directrice des Affaires économiques de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) a souligné lors d’une conférence en 2009 : « L'intégration maghrébine est devenue une nécessité incontournable et irréversible pour relever les défis de développement auxquels doivent faire face les pays de la région ».

Les investissements directs étrangers (IDE), essentiels à la mise en œuvre d’une stratégie d’intégration d’une économie viable, créateurs d’emplois et de richesses, favorisent aussi la croissance de la productivité et diversification de l’économie.

A partir 2000, et jusqu’à l’avènement de la crise en Europe en 2008, la Tunisie et le Maroc ont connu une croissance des IDE. Ces derniers étaient concentrés sur les secteurs de l’énergie et des industries extractives qui ont contribué à une croissance moyenne du PIB de l’ordre de 3%. Néanmoins, la région du Maghreb reste moins dynamique, comparée à l’Asie, l’Amérique latine et l’Europe.

Pour y remédier, les gouvernements doivent assurer l’attractivité du secteur privé et supprimer les contraintes qui pèsent sur les investissements productifs basés sur le savoir et la maitrise technologique, en adoptant une ouverture vers de nouveaux modes d’action. Ces derniers consistent à favoriser la libre circulation des citoyens, des biens et des services qui permettraient l’intégration régionale, considérée comme la pierre angulaire de la mondialisation.

Les pays du Maghreb, qui ont connu de mutations économiques, disposent de modèles spécifiques et des contraintes socio économiques de différentes natures.

Relations privilégiées. Le Maroc par exemple a restructuré son économie vers plus de diversification et de libéralisation des échanges, notamment en nouant des relations privilégiées avec l’Union européenne (EU). Les partenariats stratégiques avec les opérateurs étrangers ont pour objectif d’améliorer la qualité des offres locales sur le marché international.

Le contexte mondial, caractérisé par la généralisation de l’économie numérique et la connectivité, bouleverse l’état de fonctionnement et la nature des marchés nationaux et internationaux. En effet, les échanges commerciaux et les partenariats économiques se font désormais avec plus de fluidité que jadis. Les marchés sont de plus en plus unifiés tant au niveau des capitaux que des ressources humaines.

Dans le contexte actuel, on enregistre une croissance des échanges en matière de main d’œuvre et de compétences (consulting, audit, management) entre les entreprises à l’échelle mondiale. Le consulting, un concept qui permet d’optimiser le fonctionnement des entités, rentre peu à peu dans les mœurs. Cependant, les pays du Maghreb adoptent timidement ces nouveaux concepts de fonctionnement économique.

L’émergence de l’économie de la connaissance consiste dans la capacité à réorienter la structure productive vers des activités reposant sur l’innovation, l’utilisation et la diffusion des nouvelles technologies et surtout la formation qualifiante qui consiste à valoriser de l’apprentissage, le savoir et diffusion de la culture du travail productif.

Selon les experts en ressources humaines, les travailleurs hautement qualifiés sont des valeurs sures pour répondre aux besoins de l’économie actuelle. L’auteur autrichien Peter Drucker, l’un des premiers visionnaires de ces mutations profondes de l’économie mondiale et fondateur du concept « travail de connaissance » en 1993, explique « la société de la connaissance fait l’objet d’une économie dans laquelle la ressource de base ne serait plus le capital, les ressources naturelles ou le travail mais la connaissance ou les travailleurs du savoir jouent un rôle primordial ».

Valeurs internationales. De son côté Abderrahmane Mebtoul, expert international en économie explique : « C’est par la bonne gouvernance et la valorisation de l’économie de la connaissance, fondements de la dynamisation de l’entreprise productive y compris les services marchands dans le cadre des valeurs internationales, que l’on fera avancer positivement toute société conciliant l’efficacité économique et une très profonde justice sociale à laquelle je suis profondément attaché ».

L’avènement de l’économie numérique va t-elle bouleverser la nature de l’entreprise dans les pays du Maghreb ? Ces derniers doivent changer la culture de l’entreprise et du travail en accordant un rôle plus déterminant à l’apport du secteur privé, créateur d’emplois et de richesses. L’émergence d’un secteur privé, fort et compétitif, ne peut se faire sans prise de risques dans le développement des marchés, notamment extérieurs.

Ainsi, il faudra axer la stratégie de développement sur la promotion de l’économie numérique qui consiste dans la valorisation des secteurs spécifiques, comme les nouvelles technologies d’information et les télécommunications, l’informatique et la production des logiciels. Des filières hautement technologiques qui permettent des améliorations des fonctionnalités techniques, des gains de productivité et entrainent une chute de prix considérable.

Les pays du Maghreb semblent dans la course pour faire du numérique un levier de leur économie. Ces derniers disposent de stratégies nationales en matière de TIC : Maroc numeric 2013, Tunisie digitale 2018, e – Algérie.

Des actions concrètes ont été lancées, notamment dans la mise en œuvre de zones technologiques comme le Cyberparc de Sidi Abdellah, le Technoparc de Casablanca et d’El Gazala, et des infrastructures permettant l’accès à technologie 3G. La Tunisie et le Maroc disposent de plates-formes d’activités d’offshoring qui proposent des offres concurrentielles.

Disparités. Cependant, des disparités importantes subsistent entre les zones urbaines et les zones rurales. Le taux de pénétration d’Internet demeure très faible. Selon le rapport « Global Information Technology Report 2014 », du Forum économique mondial (WEF), la Tunisie est classée à la 87e place (1ere position en Afrique du Nord), suivie de l’Égypte à la 91e position, Maroc à 99e, l’Algérie 129e et la Lybie à 138e place.

L’étude mesure la capacité de 148 économies à profiter des TIC pour stimuler la croissance, en tenant compte de l’environnement général de l’exploitation des TIC, de la disponibilité et l’accès aux infrastructures et l’usage des TIC par les administrations publiques et le milieu des affaires.

Selon une étude récente de la Banque Mondiale (BM) sur la pénétration d’Internet dans la région Moyen Orient Afrique du Nord (zone Mena), les pays du Maghreb sont considérés comme « des marchés en phase d’émergence » en matière de haut débit. Le taux de pénétration au haut débit est fixé à 10,9% au Maroc, 18,1% en Algérie et 23,4% en Tunisie.

Ces résultats sont expliqués par le manque d’infrastructures, la faiblesse ou l’absence de concurrence et la cherté des services. « Un degré de concurrence insuffisant et une réglementation peu effective pour un accès ouvert au réseau posent d’importantes contraintes à l’exploitation efficace de la connectivité régionale et internationale », note le rapport de la BM.

Comment arrêter la fuite des cerveaux et retenir les talents et les compétences dans les pays du Maghreb ? L’Algérie, la Tunisie et le Maroc disposent de systèmes d’enseignement qui forment des ingénieurs et des techniciens aux compétences technologiques, mais leur nombre reste insuffisant par rapport aux besoins du marché.

« Une politique active à l’égard des jeunes entrepreneurs est essentielle si l’on veut encourager la production des contenus au niveau local et de développer des activités à haute valeur ajoutée et aussi éviter la fuite des cerveaux vers UE et les États Unis, voire encourager le retour des professionnels partis ailleurs » explique Rachid Jankari, Consultant de l’Institut de perspective économique du monde méditerranéen (IPEMED). Ce dernier souligne aussi « l’industrie numérique est intensive en capital humain disposant de compétences très spécialisées ». L’expert de l’Ipemed explique : « qu’une plus grande mobilité de ces compétences accroit les échanges économiques, facilite les transferts de savoir-faire, améliore les compétences et booste l’innovation ».

Pour optimiser la place réservée à l’innovation, à la création de produits et des services opérationnels pour l’entreprise dans la région, l’Ipemed plaide pour la mise en œuvre de « l’informatisation de la société méditerranéenne » comme un axe majeur de coopération dans la région. Cette dernière sera basée sur la mise en place de plates-formes numériques Sud- Sud et Nord – Sud, qui permettront le développement d’une stratégie industrielle axée sur le développement des contenus, notamment en matière de logiciels, de programmes et des services liés au TIC.

L’Ipemed recommande la mise en place d’un fonds d’investissement dédié aux nouvelles technologies numériques, à la promotion de la recherche et la formation des jeunes. Des départements de recherches dans diverses filières innovantes, comme les énergies renouvelables, le paiement électronique, la sécurisation des réseaux, sont importants pour promouvoir l’émergence d’une économie numérique dans la région.

Des fonds dédiés au secteur existent déjà, à l’image de Maroc Numeric Fonds et Fonds Tuninvest Innovations. Cela dit, ces derniers devraient être renforcés notamment à travers la création d’un Fonds euro-maghrébin qui accompagnerait les entreprises innovantes et les start-up en mettant en place des activités à dimension régionale. Des actions qui devraient permettre au Maghreb de devenir un hub régional du numérique, porteur de croissance et d’emplois.

L’importance des TIC consiste aussi dans leur capacité à donner accès à la connaissance, à l’information et aux communications, éléments qui comptent davantage aujourd’hui dans les interactions économiques et sociales.

Facteur de croissance. Dans le même contexte, la Conférence des Nations unis sur le commerce et le développement (Cnuced), a avancé, en 2011, les avantages des TIC : « un secteur privé dynamique et diversifié, qui fonctionne bien et soit responsable au plan social est un précieux accélérateur de l’investissement, du commerce, de l’emploi et de l’innovation, et de ce fait un facteur de croissance économique et de réduction de la pauvreté, ainsi qu’un moteur de l’industrialisation et de la transformation structurelle. Le secteur privé est donc l’une des clefs d’une croissance économique durable, sans exclusive et équitable, ainsi que du développement durable dans les pays les moins avancés».

Même si une évolution positive dans l’économie numérique est constatée, les pays du Maghreb enregistrent un retard par rapport aux changements de modes de régulation de l’économie moderne se basant sur Knowledge economy index (KEI). Des avancées louables dans les domaines des nouvelles technologies de l’information et la communication, de l’éducation ont été réalisées ces dernières années.

La Tunisie est bien classée à l’échelle continentale en matière de la promotion de l’innovation et des brevets d’inventions. Les équipements en TIC ont connu une forte croissance (mobiles, accès internet). Entre 1994 et 2011, l’Afrique du Nord est devenue le principal marché d’Internet sur le continent africain (52% de pénétration au Maroc, 38% en Tunisie en 2011). Cependant, l’investissement dans la recherche et le développement demeure un souci important pour les entreprises nord – africaines, puisque c’est une pratique coûteuse nécessitant des personnels qualifiés. Il en ressort que malgré l’effort engage par le Maroc et la Tunisie pour essayer d’intégrer cette économie, cette mutation demeure difficile à explorer.

Stratégies innovantes. En effet, les retombées des TIC sur l’économie maghrébine s'avèrent encore limitées, car ce domaine est tributaire des politiques capables de promouvoir leur intégration aux réseaux industriels et scientifiques internationaux.

Les pays du Maghreb semblent subir l’économie de la connaissance comme un « effet de mode », et non comme un facteur permettant l’amélioration de la productivité, notamment à travers la mise en œuvre des stratégies innovantes, dont e-gouvernance, e-learning et le e-commerce, - même s’il existe des écarts d’expérience entre chaque pays. Ne pas combler le retard qui existe avec les autres régions du monde, creusera davantage ce qu’on appelle « le fossé numérique ».

Avec une population jeune, et une abondance de main d’œuvre, les États maghrébins, qui ont réalisé des progrès importants en matière d’éducation et de formation, misent désormais sur la qualité de l’enseignement prodigué et la promotion des compétences, en adéquation des besoins du marché de l’emploi.

L’élaboration de règles communes en matière de commerce et d’investissements, l’amélioration du climat des affaires sont nécessaires pour que cette région devienne une plate-forme qui desservira d’autres marchés régionaux. La région pourrait même devenir une importante plaque tournante du commerce et de l’investissement permettant de jeter un pont entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe.

Le Maghreb devrait diversifier ses relations avec l’extérieur notamment en établissant des liens avec le groupe des pays BRIC (Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine), qui sont les nouvelles locomotives de l’économie mondiale.

La diversification consiste dans la recherche de nouveaux créneaux d’investissement dans les secteurs porteurs : ingénierie, la conception de logiciels, informatique.

Aujourd’hui, l’évolution technologique - comme la robotique, les animations assistées par ordinateurs à plusieurs dimensions, l’intelligence artificielle, et les divers matériaux de connectivité – a bouleversé le fonctionnement des entreprises et de l’économie en général en leur permettant, entre autres, de gagner du temps, de réduire les couts et minimiser le recours au travail humain.

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