Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Éducation, le chantier de la réforme

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 3 Septembre 2015, 14:05pm

Catégories : #Société

Éducation, le chantier de la réforme

Paru dans Arabies, juillet/août 2015.

L’Algérie a mis en œuvre une réforme axée sur trois objectifs : refonte pédagogique, professionnalisation des acteurs de l’éducation et bonne gouvernance du secteur.

En Algérie, de nombreux professionnels du secteur de l’éducation nationale, des parents d’élèves considèrent que le système éducatif souffre de graves lacunes. Ces dernières ont engendré une baisse du niveau scolaire, une surcharge des classes – une moyenne de 40 élèves par classe - et des insuffisances dans les programmes scolaires aussi bien au niveau des études primaires, du moyen et du secondaire. « Le niveau des programmes scolaires, la surcharge des classes, le manque d’investissements de la part de l’équipe éducative dans le renforcement des connaissances des élèves est très inquiétant pour l’avenir de nos enfants » confie une mère de famille.

Depuis deux décennies, l’érosion du système éducatif se maintient. Selon les professionnels du secteur et les divers syndicats d’enseignants, les réformes engagées par le ministère de tutelle manquent de pertinence, les problèmes concrets ne sont bien ciblés. Les résultats tant attendus tardent à venir. Certes, les commissions spécialisées, pour réformer le système s’enchainent, mais leurs recommandations sont très peu pratiquées voire négligées.

Selon les observateurs, une baisse de niveau est constatée à tous les cycles de l’enseignement y compris le secondaire. Les élèves maitrisent mal les langues vivantes et maternelles - l’arabe et le tamazight -, manquent de culture générale, enregistrent des faiblesses dans les matières scientifiques et/ou technologiques, telles que les sciences physiques ou mathématiques.

Pourtant le secteur de l’éducation nationale bénéficie d’un budget de fonctionnement colossal (près de 20% du budget de l’État). Des milliards de dinars ont été consacrés à ce secteur par l’ex ministre de l’éducation nationale Boubakeur Benbouzid.

De nombreuses commissions ont été mises en œuvres afin de faire l’État des lieux du secteur et en proposer des réformes.

Évaluer les progrès. Une réunion s'est tenue récemment à Alger entre Cheikh Mohamed Ben Issa Al Jaber, célèbre homme d’affaires, et Mme Nouria Benghabrit, ministre de l’Éducation nationale. L’objectif de cette rencontre est d’évaluer les progrès accomplis dans le secteur de l'éducation en Algérie depuis le programme de réforme du secteur financé par la Fondation Al Jaber en collaboration avec l'UNESCO en 2005.

La fondation Al Jaber, qui soutient les programmes de réformes dans le secteur de la région Afrique du Nord et Moyen Orient (Mena), en collaboration avec l’Unesco, a procédé à une analyse du système éducatif en introduisant des méthodes d’évaluation dans divers domaines.

Pour information, les objectifs de cette collaboration concernent, entres autres, l’amélioration de la qualité de l’enseignement, l’établissement d’un plan stratégique pour la formation des enseignants, et la création de méthodes d’évaluation pour améliorer l’apprentissage de diverses matières.

Lancé en 2007, le programme a permis de renforcer les actions de l’Unité de coordination pour les réformes éducationnelles, à travers la formation des directeurs d’écoles, des enseignants et de formateurs d’enseignants à travers tout le territoire.

Notons aussi que conférence nationale sur l’Éducation, tenue à Alger en 2014, a rassemblé plus de 400 participants – directeurs de l’éducation des wilayas, des partenaires sociaux, représentants des professeurs, parents d’élèves et chercheurs universitaires - et avait pour objectifs d’évaluer la réforme Benbouzid, dix ans après son adoption.

Cette réforme critiquée par l’ensemble des acteurs du secteur a montré ses limites, notamment en raison de sa mise en œuvre sans coordination avec les professionnels du secteur de l’éducation nationale.

Rythmes scolaires. Pour rappel les partenaires sociaux dénoncent des rythmes scolaires lourds, surcharge des classes et des programmes et un manque crucial d’encadrement.

A son arrivée, Nouria Benghebrit, ministre de tutelle a mis en œuvre une réforme axée sur trois objectifs : refonte pédagogique, professionnalisation des acteurs de l’éducation et la bonne gouvernance du secteur. La ministre de tutelle a aussi évoqué, lors de ses nombreuses déclarations la nécessité de revoir les programmes.

Au cours de son récent déplacement dans la wilaya d’Adrar, dans le sud du pays, le ministre de l’Éducation nationale a annoncé le lancement, dès la rentrée 2015/2016, d’activités extrascolaires dont certaines permettront l’apprentissage des langues étrangères.

Pour information, selon la tutelle, les programmes préscolaires, en progression dans le pays, devraient s’appuyer sur une méthode d’enseignement fondée sur des activités ludiques.

Lors d’une déclaration à la presse, la ministre a expliqué que son département déploie des efforts pour « atteindre les normes internationales de scolarisation des enfants des l’âge de 5 ans ». Selon les données publiées par le Fonds des Nations pour l’enfance ( UNICEF), seuls 17% des enfants âgés entre 3 et 5 ans ont accès à l’enseignement préscolaire dans le pays.

Lors d’un récent déplacement à Oran, la ville de l’Ouest algérien, Nouria Benghebrit a souligné que le cycle primaire constitue « le socle auquel le ministère de l’éducation nationale accorde un intérêt stratégique ». Cette dernière a aussi souligné : « C’est un palier prioritaire dans le système éducatif garantissant son succès ou son échec »

Déperdition scolaire. Cela dit, selon l’Unicef à Alger, l’Algérie compte le taux le plus faible en matière de déperdition scolaire dans la région Mena. « Près de 500 000 enfants âgés entre 6 et 16 ans ne sont pas à l’école en Algérie, mais ce chiffre représente le plus faible taux par rapport à celui enregistré des pays de la région Mena » a déclaré Thomas Davin, le représentant de l’Unicef en Algérie.

En effet, selon l’enquête réalisée par l’Organisation des Nations unies et le ministère de l’Éducation sur les enfants hors du système scolaire - dont les résultats détaillés seront rendus publics prochainement -, 4,5% des enfants âgés entre 6 et 16 ans ne sont plus à l’école des cycles primaire et moyen. Cette enquête révèle aussi que cette déperdition concerne majoritairement des garçons âgés entre 11 et 15 ans, issus en grande partie des familles les plus défavorisées.

Toujours dans le cadre des réformes engagées par le ministère de l’Éducation nationale, Nouria Benghebrit a procédé à l'installation du Comité sectoriel permanent de la recherche scientifique et du développement technologique dans le domaine de l'éducation.

Lors d’une déclaration à la presse, la ministre de l’Éducation a tenu à expliquer : « l’installation de ce comité a consisté en la présentation de deux dossiers, celui notamment du projet portant modification des dispositions du statut national de la recherche pour l’éducation (INRE) pour mettre en conformité avec l’établissement public à caractère scientifique et technologique (EPST) ». Pour rappel, l’Institut national de recherche en Éducation (INRE) est chargé de la mise en œuvre du programme de recherche en éducation. Selon la ministre de tutelle « ce rapprochement permettra notamment aux détenteurs de magisters et de doctorats d'exercer leur talents et de faire profiter de leur savoir-faire en vue de trouver des solutions à certains problème du secteur ».

Nouria Benghebrit a aussi annoncé qu’une conférence nationale sera organisée, dès juillet 2015, afin d’évaluer le cycle secondaire. « La démarche de redéploiement stratégique de la réforme de l’école exige un accompagnement en matière d’expertise et d’évaluation, d’ou l’importance de la recherche en éducation » a insisté la ministre.

Notons que la recherche en éducation permet, entre autres, d’identifier et de résoudre les problèmes pratiques dans les systèmes et méthodes scolaires.

A l’image des pays les plus avancés en matière d’éducation, cette discipline est indispensable pour optimiser l’efficacité et la qualité de l’enseignement prodiguée à tous les cycles de formation.

Une école de l’ambition. « Contribuons ensemble à la mise en place d'une école de l'ambition pour que chaque élève prenne le chemin de la réussite. Notre responsabilité est lourde vis-à-vis de la société d'aujourd'hui, mais plus encore pour celle de demain » a déclaré Nouria Benghebrit dans une déclaration récente.

De son côté, Tahar Hadjar, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, plaide pour la mise en œuvre des mesures d’assouplissement des textes réglementaires pour faciliter la création des unités et des laboratoires de recherche.

« Il est nécessaire de créer des conditions d’assouplissement dans la création de laboratoires e d’unités de recherche pour la prise en charge des besoins en matière de développement économique, social et culturel du pays à la lumière des mutations que connaît le monde actuellement » a déclaré le ministre.

Concernant l’analyse des opérations de formation organisées par le secteur de l’éducation cette année, Nouria Benghebrit a manifesté son mécontentement. « Je constate que les résultats sont en deçà des attentes et que le rendement n’est pas à la hauteur des efforts consentis par l’État, en dépit des nombreuses opérations de formations organisées par le secteur cette année » a martelé la ministre lors de la réunion de coordination des directeurs des instituts nationaux de formation des fonctionnaires du secteur de l’Éducation nationale.

La ministre de tutelle n’a pas manqué de rappeler que le secteur de l’éducation est névralgique pour le développement sociétal et économique. « Il est temps de faire une analyse critique de la situation loin des complaisances, car il s’agit la de l’avenir de générations d’élèves et de l’avenir de l’école algérienne » a t-elle insisté.

Mission des fonctionnaires. Le ministère de l’Éducation nationale a mobilisé douze instituts nationaux de formation des fonctionnaires du secteur dont les enseignants.

Afin d’optimiser le volet formation, la ministre de tutelle a insisté sur l’exploitation des textes définissant les missions de chaque fonctionnaire d’encadrement et de sa mise en œuvre. « Ces textes doivent servir de référence pour la formation à tous les niveaux », affirme la ministre.

Le secteur de l’éducation doit organiser un atelier de travail au profit des directeurs des instituts de formation. Plus de 142 000 fonctionnaires de ce secteur bénéficient d’une formation au cours de cette année. « Le développement du système éducatif exige une politique de formation continue des personnels », a souligné la ministre de l’éducation. Cette dernière insiste pour l’ouverture d’un institut de formation dans chaque wilaya du pays.

Le patrimoine scolaire est constitué à 72% d’écoles primaires, lesquelles connaissent une détérioration de l’environnement et des problèmes de maintenance. Lors de ses nombreuses déclarations publiques, la ministre a appelé la communauté éducative à fournir des efforts afin d’améliorer le climat des établissements scolaires. « L’école est le creuset de la citoyenneté et on a besoin de tout cet ensemble, selon une approche collective, pour faire un saut qualitatif et améliorer le contenu » a t-elle précisé.

Amélioration de la gouvernance des établissements scolaires et universitaires, mise en œuvre de plus moyens techniques et pédagogiques nécessaires à l’optimisation de l’apprentissage comme les laboratoires, les médiathèques…. Tous ces éléments sont incontournables pour une réforme profonde du système éducatif dans le pays. Tout autant que la généralisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans les institutions éducatives à travers le territoire.

Grâce à un travail acharné et assidu, l’école algérienne connaitra incontestablement un meilleur avenir.

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents