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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Assia Djebar, la mémoire au féminin.

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 5 Novembre 2015, 10:13am

Catégories : #Portraits

Paru dans Arabies, novembre 2015

La première personnalité maghrébine qui ait intégré l’académie française est une des figures emblématiques de la littérature francophone contemporaine.

Assia Djebar, née Fatma Zohra Imalayene, auteure, cinéaste et historienne, est la première personnalité maghrébine à être élue à l’Académie française. Reconnue à l’échelle mondiale, cette écrivaine e professeur universitaire a vu ses livres traduits dans une vingtaine de langues.

Grâce à ses multiples œuvres littéraires et cinématographiques, elle a permis aux lecteurs de découvrir l’importance de la culture orale, la mémoire féminine et l’identité multiculturelle ancestrale de la société algérienne.

AssiaNée en 1936 dans un village dans les montagnes de Chenoua, à 100 kilomètres d’Alger, la romancière a suivi un parcours scolaire brillant. Elle intègre la prestigieuse École normale supérieure (ENS) de Sèvres en 1955 et suit des études supérieures en histoire. Elle enseigna l’histoire moderne et contemporaine du Maghreb à la faculté de Lettres de Rabat et à l’université d’Alger entre 1959 et 1962. En 1995, elle intégra Louisana University, dans la quelle elle dirige le Centre d’études françaises et francophones, elle intègre la New York University et en 2002, elle est nommée Silver Chair Professor.

Assia Djebar a publié son premier roman La soif, chez Julliard à l’âge 21 ans. Un roman dans lequel l’auteure mèle fiction et faits historiques, tout en relatant des histoires qui transgressent les tabous et les non dits dans une société repliée sur elle-même. « Elle avait l’audace dans son écriture en touchant à des textes sacrés », confie Amel Chaouati, la fondatrice de l’association Le Cercle des amis d’Assia Djebar.

De son côté, Nelly Noury- Ossia, professeur assistante au département de langue française classique et moderne à l’université de Houstan, et ancienne assistante d’Assia Djebar à l’université de New York, nous confie : « J’enseigne le français et les cultures francophones dans une université américaine et il m’est inenvisageable de penser au travail scripturaire féminin sans relire et faire lire Assia Djebar qui a effectué une double transgression : prendre la plume pour s’écrire, retranscrire les voix de ses aïeules oubliées et également s’immiscer dans une scène littéraire masculine et Blanche en publiant en 1957 son premier roman, La Soif, qui relate des intrigues amoureuses alors que la bataille d’Alger bat son plein ».

A travers ses œuvres, Assia Djebar a exprimé ses opinions, ses engagements dans lesquelles elle a manifesté son combat contre la régression et la misogynie. Elle est considérée par de nombreux lecteurs comme la voix de l’émancipation des femmes des sociétés musulmanes, notamment celle de ses compatriotes.

Héritage. Historienne, elle a accordé une attention particulière au travail de mémoire, à l’histoire de son pays ; riche de son héritage identitaire multiculturel. Pour Amel Chaouati, ses œuvres ont été une découverte bouleversante, car l’auteure lui a permis de mesurer « la profondeur du vide de la pensée des générations d’Algériens de l’indépendance, dépossédées d’un héritage intellectuel et historique aujourd’hui responsable d’une crise d’identité ». Amel Chaouati affirme que la lecture de Vaste est la prison a été son premier choc littéraire. « L’œuvre d’Assia Djebbar a contribué à transformer radicalement le cours de ma pensée et ma manière de regarder le monde. Jusque-là, mon regard était celui qui m’a été imposé par l’idéologie familiale, religieuse, institutionnelle et politique. Une pensée basée essentiellement sur l’endoctrinement, à laquelle j’adhérais sans critiquer et sans jamais rien remettre en cause, comme si le savoir profane et le savoir sacré ne faisaient qu’un. Ma pensée n’était pas en réalité la mienne mais celle des autres », souligne Amel Chaouati dans Lire Assia Djebar.

Considérée comme une des figures de la littérature francophone, l’immortelle a aussi réalisé de nombreux longs métrages pour lesquels elle a obtenu des distinctions, comme le prix de la critique internationale à la biennale de Venise en 1979 et le prix du Film historique de Berlin en 1983. Ses films documentaires évoquent la cause des femmes, exclues de la scène publique et de l’écriture de l’histoire de leur pays.

Lors d’un entretien accordé à Wassyla Tamzali, Assia Djebar affirmait que son intérêt pour le cinéma a été nourri par la littérature orale. « Tant que j’étais en littérature, je pouvais échapper par l’imagination à cet enfermement des femmes », confiait –elle. « Assia Djebar nous conduit, plus qu’à une réflexion sur la femme, plus encore d’ailleurs que sur la femme algérienne. Mais peut-on dissocier les deux réflexions ? », s’intérroge Wassila Tamzali dans Lire Assia Djebar.

« Je pense que la lecture des chefs d’œuvres d’Assia Djebar est un trésor inestimable pour débusquer les stéréotypes néo-orientalistes dont les médias grand public raffolent », explique Nelly Noury Ossia qui considère l’académicienne comme son guide dans les pensées et les recherches. « Pour Assia Djebar, il ne s’agit pas de pleurer sur le sort des Algériennes et de les victimiser, mais plutôt de mouvoir le corps de ces femmes à l’intérieur même de cet espace quadrillé. En d’autres termes, elle ne dénonce par cet ordre établi, mais part de ce contexte sociétal pour frayer un chemin aux protagonistes féminines qui ne résignent pas à s’ensevelir dans les harems-tombeaux ».

Assia Djebar, l'immortelle
Assia Djebar, l'immortelle
Assia Djebar, l'immortelle

Assia Djebar, l'immortelle

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