Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Constitution : la nouvelle donne

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 3 Février 2016, 15:27pm

Catégories : #Politique

Paru dans Arabies, février 2016

Le projet de réforme de la Constitution algérienne a pour objectifs de garantir les libertés individuelles et collectives, renforcer la démocratie et consolider l'Etat de droit.

Validé par le président algérien, Abdelaziz Bouteflika le 28 décembre 2015, le projet assure la garantie des droits des citoyens et les libertés politiques, dont le droit de manifester, les droits de l’opposition, la liberté d’opinion, de réunion et d’expression dans les médias. La future loi fondamentale vise « à garantir les libertés et instaurer une démocratie plus apaisée dans tous les domaines », a souligné le président de la république en novembre dernier. De son côté, Mohamed-Larbi Ould Khelifa, président de l’Assemblée populaire algérienne (APN) a souligné que le projet de révision constitutionnelle est un pas vers « la consécration d'une véritable démocratie ».

Rappelons que l’élaboration des textes de la futur Constitution a été effectuée grâce aux consultations qui ont été menées avec les hommes politiques, des acteurs des associations et des personnalités nationales et des universitaires.

Plus concrètement, les textes de la nouvelle loi fondamentale ont été consacrés à la séparation des pouvoirs, l’octroi de plus larges prérogatives au Parlement et l’installation d’une haute instance indépendante de surveillance des élections. La mise en place des institutions de surveillance des futurs scrutins ont pour objectifs de garantir : « la transparence dans tout ce qui est relatif aux grands enjeux économiques, juridiques, et politiques dans la vie nationale ».

Dans un message adressé à la Nation en novembre dernier, le président de la république a souligné : « L'approfondissement de la séparation et de la complémentarité des pouvoirs, et en même temps, l'opposition parlementaire sera dotée de moyens à même d'assumer un rôle plus actif, y compris par la saisine du Conseil constitutionnel ».

Dévoilé par Ahmed Ouyahia, le directeur de cabinet de la présidence et ancien Premier ministre, lors d’une conférence de presse organisée à Djenane el Mithak, le 5 janvier dernier, l’avant projet de loi sera étudié par le Conseil des ministres, selon les dispositifs des articles 174 et 176 de la Constitution qui déterminent « la procédure par laquelle ce texte sera examiné et adopté par le Parlement ».

Nouveautés. Deux nouveautés ont été introduites dans le projet de la révision constitutionnelle : l’officialisation de la langue tamazighe (article 3 bis) et le retour à la limitation des mandats présidentiels, par le rétablissement de l’article 74 qui stipule « La durée du mandat présidentiel est de cinq ans. Le président de la République est rééligible une seule fois ». Selon le chef du cabinet de la présidence, cette disposition garantira « l’alternance au pouvoir ».

Sur les ondes de la radio algérienne Chaine III, Amara Benyounes, président du Mouvement populaire algérien (MPA) a lancé un appel au président au sujet de l’amendement qui interdit aux bi nationaux d’accéder aux hautes fonctions de l’Etat. En effet, l’article 51 stipule « la nationalité algérienne exclusive est requise pour l’accès aux hautes responsabilités de l’Etat et aux fonctions politiques ». Sujet sur lequel l’ancien ministre du Commerce a déclaré : « J’appelle le président de la République à intervenir pour réparer cette grave injustice envers une partie de la société algérienne ».

Dans le même contexte, le projet de loi constitutionnel introduit une nouvelle disposition relative à magistrature suprême qui interdit aux personnes vivant plus de dix ans à l’étranger de postuler à l’élection présidentielle.

La langue berbère devient enfin officielle. Ce nouveau dispositif constitutionnel aspire « à consolider l'unité nationale autour de notre histoire, de notre identité et de nos valeurs spirituelles et civilisationnelles », lit-on dans un message du président algérien. Dans le même contexte, le projet de loi stipule : « Le tamazight est également langue nationale et officielle. L’Etat œuvre à sa promotion et à son développement dans toutes ses variétés linguistique en usage sur le territoire national ».

Le projet de loi prévoit aussi la création d’une académie algérienne de la langue amazighe qui sera placée sous égide du président de la république. « L’Académie, qui s’appuie sur les travaux des experts, est chargée de réunir les conditions de promotion du Tamazight en vue de concrétiser, à terme, son statut de langue officielle. Les modalités d’application de cet article sont fixées par une loi organique», précise l’article 3 bis.

L’officialisation de la langue tamazigh dans la future constitution a été accueillie avec une ferveur, satisfaction et enthousiasme par les citoyens algériens. En effet, la langue berbère est considérée comme étant la première langue de la région Afrique du Nord.

Les Algériens ont d’ailleurs fêté, le 12 janvier dernier, le 2966e an berbère avec des festivités marquées par l’enthousiasme et la fierté, car l’inscription de cette reconnaissance de l’identité berbère dans la loi fondamentale du pays était attendue depuis plusieurs décennies par une grande majorité des citoyens. « Aujourd’hui, je retrouve une part importante de mon identité et de ma culture, je suis très satisfaite de ce retour aux sources de notre identité ancestrale », confie Nadia, une farouche militante de l’identité berbère depuis son passage à l’université.

Avancée. Cette avancée historique apportera incontestablement un apaisement dans la société algérienne. « Une culture assumée, revendiquée, est le moyen le plus sur de lutter contre errance identitaire. Un peuple uni fasciné par l’avenir sera fort des mutuelles différences de ses composantes », a souligné l’universitaire Chems Eddine Chitour. Quant à Mohcine Belabass, membre du parti Rassemblement pour la culture et la démocratie, il souligne que le projet de la Constitution : « consacre enfin le combat de plusieurs générations pour une demande légitime et essentielle pour l’harmonie et la crédibilité des paramètres définissant le cadre devant accueillir notre destin collectif ».

Ce projet de loi constitutionnelle sera la sixième Constitution de l’Algérie depuis son indépendance (1e en 1963, 2e en 1976, 3e en 1989, 4e en 1992 et 5e en 1996). Rappelons également que les citoyens appellent aussi à ce que cette constitution soit validée, après les deux chambres du Parlement, par référendum populaire. Affaire à suivre.

Mohamed Larbi Ould Khelifa, président de l'Assemblée populaire algérienne (APN).

Mohamed Larbi Ould Khelifa, président de l'Assemblée populaire algérienne (APN).

Ahmed Ouyahia, Directeur de cabinet de la présidence et ancien Premier ministre, devant le portrait du président Abdelaziz Bouteflika

Ahmed Ouyahia, Directeur de cabinet de la présidence et ancien Premier ministre, devant le portrait du président Abdelaziz Bouteflika

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents