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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Tamazight, un symbole d'unité

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 11 Février 2016, 16:47pm

Catégories : #Société

Paru dans Arabies, février 2016.

L’amazighité, qui fait incontestablement partie du patrimoine historique et culturel de l’Algérie, est en phase de reconnaissance et consécration officielle par l’Etat algérien.

Le projet de reforme constitutionnelle, dévoilé lors d’une conférence de presse par le directeur de cabinet de la présidence et ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, introduit l’inscription officielle de la langue berbère, le tamazight, utilisée par des millions de citoyens, comme langue nationale et officielle.

En effet, l’article 3 bis de l’avant projet de la loi fondamentale stipule : «Tamazight est également langue nationale et officielle, avec la création d'une académie algérienne de la langue amazigh, placée auprès du Président de la République ».

Le texte de la future révision constitutionnelle va aussi permettre la création d’une académie de la langue tamazight placée sous l’égide du président de la république. Composée d’experts et des universitaires de divers horizons, cette dernière sera chargée de réunir les conditions de concrétisation de ce nouveau statut. Le texte de l’avant projet, sera transmis au vote du Parlement. Il sera ensuite soumis à référendum dans les quelques semaines après son adoption par les deux chambres.

Il faut dire que trente - cinq ans après le printemps berbère, la reconnaissance officielle de la berbérité de l’Algérie, devenue une cause nationale, a connu des avancées significatives. De leur côté, les militants de l’identité berbère prétendent néanmoins que ces avancées restent symboliques, considérant que la culture arabe est dominante.

L’arabisation généralisée dans le système scolaire, imposée par les pouvoirs publics dans les années 80, a engendré une augmentation significative des arabophones, au détriment de la langue berbère et la langue française.

Certains militants de cause berbère ont longtemps considéré les arabisants convaincus comme des militants hostiles à la généralisation de l’identité berbère dans le pays.

Concrètement, la langue arabe demeure la langue des institutions et des administrations. Or, la demande de la généralisation de l’enseignement la langue et la culture tamazight est une réalité dans le pays.

Langue vivante. « La langue berbère est une langue vivante, elle est pratiquée dans nos villes et nos villages, et nous aimerions qu’elle soit reconnue totalement, dans l’enseignement mais aussi comme langue officielle dans nos institutions administratives et publiques », nous confie Rabah, un enseignant dans un collège.

La mobilisation citoyenne pour la reconnaissance de la langue Tamazight n’a jamais cessé de croitre depuis des décennies. Elle a toujours été considérée comme l’une des revendications identitaires et culturelles majeures dans le pays post indépendance.

Les lois et les décrets - l’ordonnance à l’enseignement privé (2005) et le code de procédure civile et administrative (2008) - postérieurs à celle reconnaissant le tamazight comme langue nationale, promulguée en 2003, mentionnent que la langue arabe reste la langue exclusive et officielle du pays.

Désormais, la revendication de la consécration de l’identité berbère est officielle, puisque dans le préambule du projet de la loi constitutionnelle, il est clairement indiqué : « L'histoire de l'Algérie est plusieurs fois millénaire. Les composantes fondamentales de son identité sont l'Islam, l'Arabité et l'Amazighité, dont l'Etat œuvre constamment à la promotion et au développement de chacune d'entres elles ».

L’introduction de la langue tamazight à l’école a été réalisée dans les années 1990, et sa reconnaissance comme langue nationale en 2002, à la suite aux évènements tragiques du printemps noir en Kabylie 2001, une période durant laquelle des manifestants ont revendiqué, entre autres, la valorisation et la reconnaissance de l’identité et la langue amazigh.

C’est la raison pour laquelle cette reconnaissance a fait l’unanimité en Algérie, car la majorité des citoyens considère que l’officialisation de la langue tamazight comme un ciment de l’unité nationale.

Reconnaissance. El Hachemi Assad, secrétaire général du Haut Commissariat à l’amazighité (HCA) considère de la reconnaissance de la langue tamazight comme langue officielle est un acquis important qui consolidera l’unité nationale. « Cette décision est un acte méthodologique qui permettra un aménagement efficace et planifié de notre langue, sous l’égide d’une académie de la langue amazighe », souligne M. Assad.

De leur côté, les partis politiques, y compris ceux de l’opposition, ont salué cette consécration. En effet, en plus des partis berbéristes comme le Front des forces socialistes (FFS) et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), les militants traditionnels de l’identité et la culture berbère, les partis le Front de Libération nationale (FLN), le Mouvement populaire algérien (MPA), le Parti des travailleurs (PT) et les Organisations syndicales comme l’Union générale des travailleurs algériens (l'UGTA), ont plaidé pour la reconnaissance officielle de la langue tamazight. « L'Algérie va enfin être réconciliée avec son histoire, sa matrice identitaire. L'Algérie va s'enrichir de sa diversité et n'en pourra que mieux se porter », souligne Mahmoud Boudarène, militant du RCD.

Cette cause était également prônée aussi par de nombreuses associations à caractère culturel comme le Mouvement culturel berbère. Des intellectuels algériens célèbres, comme Mouloud Mammeri et Kateb Yacine, ont aussi fortement contribué à cette lutte pour la reconnaissance de la l’identité et la culture amazigh. Mieux encore, depuis le printemps noir, la langue tamazight est plus présente dans les médias, dans les œuvres littéraires, et aussi dans les institutions culturelles et éducatives.

Consécration. « L’officialisation de notre langue amazigh, suivie de la création d’une académie, n’est que la consécration d’un long combat que les militants ont mené durant toute leur vie. C’est la consécration de la lutte menée par des générations au prix d’énormes sacrifices », explique, de son côté, Mhenna Boudinar, président de l’association des enseignants de Tamazight de la wilaya de Tizi-Ouzou. « Avec l’officialisation de tamazight, c’est une page qui vienne d’être tournée et c’est encore le peuple algérien qui se réconcilie avec son histoire », a-t-il conclu.

De son côté, Djamel Nehali, chef de département de la langue et la culture berbère de l’Université de Batna, à l’Est du pays, considère que cet acquis « est une réconciliation avec soi même ».

Quant à Djamel Noui, chercheur en culture amazighe, il souligne : « L’amazighité est un bien commun à tous les Algériens sans exception et constitue à la fois un facteur d’unité et une soupape de sécurité de la société ».

Le secrétaire général du Haut Commissariat à l’amazighité a aussi appelé à la concrétisation de cette officialisation constitutionnelle par la fructification de « la production littéraire, scientifique et culturelle de qualité ».

El Hachemi Assad, affirme en effet que cette décision doit être suivie par la mise en œuvre de textes permettant la définition de la mise en place du caractère officiel de la langue tamazight et son utilisation dans l’administration et les institutions de l’Etat.

Il reste à savoir si la définition d’une norme commune au kabyle, au chaoui, au mozabite, au touareg reste possible. Car selon les spécialistes, la fragmentation linguistique de la langue tamazight est une réalité en Algérie et dans l’ensemble des pays du Maghreb.

Les pouvoirs publics devraient mettre en œuvre des dispositifs règlementaires et institutionnels afin de permettre la promotion, l’épanouissement académique, culturel et médiatique de cette composante importante de l’identité ancestrale de l’Algérie millénaire. Les Algériens sont des militants acharnés, la concrétisation de cet acquis identitaire historique a toutes ses chances de fleurir, même si sur son chemin, les moyens d’irrigation viennent parfois à manquer.

Tamazight, un symbole d'unité
Tamazight, un symbole d'unité

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