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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Un développement économique durable

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 8 Février 2016, 12:07pm

Catégories : #Énergies - développement durable

Paru dans Arabies, février 2016

Les Assises nationales sur l'aménagement du territoire ont permis de débattre des défis économiques et sociaux majeurs de l’Algérie à l'horizon 2030.

A l’instar des autres pays du monde, l’Algérie doit faire face aux nombreux défis du XXIe siècle : une économie diversifiée, une réorientation de la politique énergétique, la généralisation de l’utilisation des nouvelles technologies et l’adoption d’une stratégie politique efficace pour limiter les répercussions des enjeux géopolitiques et sécuritaires – comme la lutte contre le terrorisme et le banditisme, l’émigration subsaharienne, qui représentent désormais une des menaces sur la stabilité du pays et la région.

Dans le cadre de la mise en œuvre d’une stratégie d’édification de l’Algérie de demain, les Assises nationales sur l'aménagement du territoire (Snat), tenues à Alger en décembre dernier, ont permis de procéder à une évaluation des réalisations et d’établir des recommandations afin d’actualiser le plan national de l'aménagement du territoire. Organisé par le ministère de l’Aménagement du territoire, du Tourisme et de l’Artisanat, sous le thème « la dynamique territoriale: une alternative pour un développement économique durable", cet événement a permis aux participants de divers secteurs de débattre sur les défis économiques et sociaux majeurs de l’Algérie à l’horizon 2030.

Le plan national d’aménagement du territoire à l’horizon 2030, qui s’articule autour de cinq axes principaux - l’industrie, la protection de l’environnement, le secteur de l’agriculture, les énergies renouvelables et les ressources en eau - est un acte par lequel l'État affiche son projet territorial. Intégré dans un contexte de globalisation et de compétitivité, ce programme vise l'insertion et le rayonnement de l'Algérie dans ses espaces naturels d'appartenance et d'évolution dans les régions du Maghreb, Euro -Méditerranée, et Afrique.

La rencontre, qui a réuni 1200 participants au Palais des nations (Clubs des Pins), a aussi pour objectif d’identification des moyens permettant de « construire une économie nationale diversifiée et forte hors hydrocarbures en en se basant sur cinq secteurs essentiels alternatifs que sont l'agriculture, l'industrie, le tourisme, les services et le savoir ». Ces assises consistent aussi à la mise en place d’un espace d'échange d'idées sur la nouvelle stratégie de développement du territoire, laquelle repose sur le renforcement et la promotion du tourisme, de l'artisanat, de la culture et des technologies de l'information et de la communication.

Facteur humain. Dans le même sens, le ministre de tutelle préconise d'accorder la priorité au facteur humain pour atteindre ces objectifs. Amar Ghoul a affirmé l'importance de la valorisation de la recherche scientifique, de l’appui à la formation professionnelle et de la mise en place de la main d'œuvre qualifiée. Il a appelé à la création d'un partenariat entre les secteurs économique et de la recherche scientifique pour tracer des programmes efficients pour réaliser le développement durable et assurer la sécurité nationale et alimentaire.

Le ministre de tutelle estime aussi que le programme du Snat constitue un outil permettant l’élaboration des programmes qui répondront aux préoccupations des citoyens, notamment en matière de sécurité alimentaire, en disponibilité des ressources hydriques et énergétiques et le développement des activités industrielles. Les pouvoirs publics visent à moyen terme d’atteindre un développement durable qui assure à l’Algérie moins de dépendance des revenus des hydrocarbures.

Selon les organisateurs de cette manifestation, les Assises nationales sur l’aménagement du territoire vont permettre d’évaluer le programme Snat sur la période 2010/2015. « Nous sommes dans une étape d’évaluation et la tenue de ces assises constitue une opportunité pour évaluer le Schéma national de l’aménagement du territoire sur la période 2010-2015 », a souligné Amar Ghoul lors de son intervention.

Le ministre n’a pas manqué de rappeler lors de son discours que des déséquilibres et des dysfonctionnements entravent la gestion des espaces publiques. « Nous misons sur une évaluation au sens large du terme de ce qui a été réalisé, des aspirations, des objectifs ainsi que des préoccupations des citoyens » a t-il expliqué.

Lors d’un atelier consacré aux secteurs de l'Agriculture, l'eau, les énergies renouvelables et l'environnement, organisé en marge de cette manifestation, Rachid Boukhechem, chercheur à l'Institut national de recherche agronomique d'Algérie (Inraa), a affirmé : « Le Snat (2010-2030) a été très bien fait, mais il n'a pas été accompagné d'outils d’application de ses schémas directeurs au niveau local pour pouvoir assurer l'intersectorialité ».

Dysfonctionnement. Selon l’orateur, ce dysfonctionnement a engendré des retards, voire parfois l’arrêt de plusieurs projets du SDAT. Quant à Noureddine Messahel, universitaire de la wilaya de Sétif, dans l’Est du pays, il a expliqué : « La vision territoriale compte sur l’intersectorialité pour accélérer la réalisation de ce projet en berne cela fait cinq ans ».

De son côté, Salah Bey, directeur général du Bureau national d’études et du développement rural (Bneder), explique : « Le Snat a arrêté la directive de rééquilibrage territorial. Mais notre souci majeur c'est que les textes législatifs mis en place n'ont pas été appliqués, puisque nous continuons à créer des conditions d'attractivité du Nord et des grands centres urbains créant ainsi une pression énorme sur le foncier agricole ». Le directeur du Bneder va plus loin. Il déplore l’arrêt de la création de villes nouvelles comme la ville de Boughezoul, une décision qui a engendré une situation compliquée, notamment concernant la concentration des grands projets urbains sur du foncier agricole.

Foued Chehat, directeur général de l’Inraa, souligne que malgré la protection de loi d’orientation agricole, il existe aussi de passe-droit, y compris sur les zones à haut potentiel agricole. Dans une déclaration à l’agence Algérie Presse Service (APS), ce dernier souligne : « les recommandations des schémas directeurs doivent être prises en charge par chacun des secteurs et par le législateur si nécessaire afin de mettre en place des mécanismes plus dissuasifs empêchant de brader des terres agricoles au profit d'autres projets de développement ». De son côté, Amar Ghoul a aussi indiqué que le foncier sera « mis à la disposition des secteurs à plus haute rentabilité économique et non distribué anarchiquement ».

Compétences locales. Pour y remédier, M. Ghoul a plaidé pour la réalisation de plans communaux pour dynamiser les capacités et les compétences locales dans un cadre organisé et structuré. Il appelle à la mise en place de plans d’actions pour les wilayas déléguées, les zones montagneuses et côtières ainsi que les régions frontalières.

Des recommandations ont été établies à la suite des travaux des sept ateliers organisés durant la manifestation. Ces dernières ont été dédiées au secteur de l’industrie et au climat des affaires, à l’agriculture, aux ressources en eau et aux énergies renouvelables. La question de la disponibilité du foncier industriel a aussi été soulevée lors des débats.

Cinq commissions ont été créées pour étudier les questions liées à l’aménagement du territoire sur une période de six mois. L’objectif de ce travail de maturation sera consacré à établir une meilleure détermination des objectifs et une meilleure coordination entre les différents secteurs d’activités.

Pour assurer une meilleure efficacité dans la réalisation des programmes prévus dans le cadre du Snat, le ministre de l'Aménagement du territoire, du Tourisme et de l'Artisanat, Amar Ghoul, a appelé à la création d'un Observatoire national de l'aménagement du territoire, un organisme qui sera chargé du suivi, du contrôle et de l'évaluation de la mise en œuvre des programmes du Snat. Lors de son intervention, le ministre de tutelle a indiqué que l’observatoire contribuera à la coordination de l’action entre les acteurs dans un cadre complémentaire.

Le document final des travaux des assises mentionne que les filières qui constitueront « la locomotive d’une croissance durable » devraient être renforcées, plus particulièrement les secteurs d’activités qui disposent de fort potentiel de développement à l’exportation. Les participants ont aussi plaidé pour le renforcement de la production nationale – de tous les produits et services confondus -, permettant ainsi de satisfaire la demande locale, en constante progression.

Energies renouvelables. Noureddine Yassaa, directeur du Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), plaide pour l’intégration du programme des énergies renouvelables, notamment celui concernant la réalisation d’un million d’hectares de terre irriguée d’ici à 2019. Noureddine Yassaa explique qu’un tel objectif est tout fait réalisable en raison de l’intérêt que portent les investisseurs au secteur du développement durable dans toutes ses filières.

Considérant que les ressources humaines représentent le levier majeur pour la dynamisation de l’économie nationale, un atelier a été spécialement dédié l’étude et l’évaluation des ressources humaines dont dispose le pays.

Selon le ministre de tutelle, les Assises nationales sur l’aménagement du territoire permettront d'examiner les mécanismes de valorisation des différentes régions du pays. Les organisateurs insistent sur l’importance de l’optimisation de l’exploitation du foncier, un élément fondamental pour la réalisation des projets de développement dans différents domaines dont le secteur du tourisme, notamment à travers la valorisation des régions des Hauts Plateaux et le Sud et l’extrême Sud du pays. Selon les organisateurs des assises, le programme du Snat a pour objectif de permettre « une gestion du territoire non pas de manière administrative mais en fonction de paramètres purement économiques qui prendront en ligne de compte la rentabilité et les spécificités de chaque région ».

Selon les recommandations des experts, l’urbanisation et l’exploitation des régions éparses, notamment dans les Hauts Plateaux et le grand Sud permettront de désengorger la surpopulation des grandes villes urbaines et le littoral comme Alger, Oran ou Annaba. Rappelons que les régions côtières ne représentent que 4% de la superficie nationale, estimée à plus de deux millions de Km2.

Evaluation. Une loi sur le SNAT, promulguée en 2010 et approuvée pour une période de 20 ans, décrète que des évaluations périodiques et une actualisation devraient être mises en œuvre tous les cinq ans. Selon les pouvoirs publics, la deuxième phase du Snat sera mis en œuvre entre 2015-2025, une période durant laquelle l’Etat mettra en œuvre « des investissements structurants de sa politique de l’aménagement du territoire et jouera un rôle de régulateur et d’arbitre, laissant les opportunités d'actions importantes à une gamme plus large d'acteurs », lit - on dans le document.

Dix neuf schémas directeurs de construction de grandes infrastructures et des établissements de services collectifs d’intérêt national sont mis en route dont la création de villes nouvelles.

« Les villes nouvelles devraient être dotées des espaces culturels et éducatifs. On sait que l'importance des pressions sur les ressources naturelles, à l'horizon 2030, au sein des espaces densément peuplés, notamment au nord qui représente 4% du territoire où vivent 63% des Algériens », affirme le ministre de tutelle. Lors de son intervention, il a expliqué que la concentration de la population et ses activités sur le littoral produisent des déséquilibres dans l’usage des ressources en eau et des sols. « Ces espaces sont sensibles aux risques majeurs », conclue t-il.

Notons que la création des villes nouvelles ont des objectifs primordiaux : elle représente un levier qui permet de minimiser les pressions autour des grandes villes du Nord, en redéployant le peuplement et des activités vers les Hauts Plateaux et le Sud, et une redéfinition des zones urbaines et son organisation spatiale. De plus, la richesse du Sahara, qui dispose d’énergies fossiles et de nappe phréatique de plus de 45 000 milliards de m3, pourrait être un Eldorado pour le développement de l’agriculture, de d’écotourisme et de l’archéologie. Un atout majeur dans les rééquilibrage dans le développement des régions et la création de richesses nationales dans le cadre d’un développement durable.

Assises nationales sur l'aménagement du territoire ( Alger)
Assises nationales sur l'aménagement du territoire ( Alger)
Assises nationales sur l'aménagement du territoire ( Alger)

Assises nationales sur l'aménagement du territoire ( Alger)

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