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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Un territoire vaste et inconnu

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 7 Mars 2016, 13:54pm

Catégories : #Culture - Communication et Médias

Paru dans Arabies, mars 2016

L’exposition « Made in Algeria, généalogie d'un territoire », organisée en collaboration avec l’Institut national d’histoire de l’Art (INHA), la Bibliothèque nationale de France (BnF) et le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), retrace l’histoire de l’Algérie à travers la cartographie et son rôle dans la lecture de l’histoire de la colonisation française en Algérie.

L’événement a été inauguré par les ministres algérien et français de la Culture, Fleur Pellerin (ministre de la Culture d’août 2014 à février 2016) et Azzedine Mihoubi, en présence d’Amar Bendjama et de Bernard Emié, respectivement ambassadeurs d’Algérie en France et la France en Algérie, ainsi Jean François Chougnet, directeur du MuCEM. Ce dernier ouvert 2013, est consacré à la conservation, à l'étude et la présentation d'un patrimoine anthropologique relatif à l'époque européenne et méditerranéenne.

L’événement a été conçu et préparé par Jean Yves Sarazin, directeur du département des cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France (BnF), et Zahia Rahmani, responsable du domaine arts et mondialisation à l’Institut national d’histoire de l’Art.

L’exposition relate l’envie de faire un travail sur l’histoire des deux pays, via les faits cartographiques. « Cette exposition a pour objectif de montrer la manière dont le territoire de l’Algérie a été délimité, puis représenté à travers la cartographie. Les premiers documents datent du 16e siècle », a souligné Zahia Rahmani lors de l’inauguration.

Selon les concepteurs, l’exposition est réalisée autour de quatre périodes : la période précoloniale (visions maritimes et côtières), la conquête et la colonisation (essor de la cartographie, notamment militaire), la fin de la période coloniale (prédominance de l’imagerie), et enfin la période plus contemporaine (œuvres d’artistes, imagerie, peintures et photographies).

Dans son discours lors de la cérémonie d’inauguration, Fleur Pellerin a précisé : « Made in Algeria, généalogie d'un territoire, retrace l’histoire du regard que l’Europe a porté sur l’autre rive de la méditerranée, tour à tour, guerrière, marchande, poétique et politique, empreinte d’orientalisme ». La ministre a rappelé que le dialogue entre l’Algérie et la France n’a jamais aussi solide, aussi intense. « l’Algérie et la France ont choisi de le densifier par nos coopérations culturelles, en particulier dans le secteur du livre, du cinéma, de l'audiovisuel et du patrimoine », a t-elle précisé.

De son côté, Azzedine Mihoubi, ministre algérien de la Culture a affirmé : « L'exposition qui retrace en partie l'histoire de l'Algérie reflète, selon le ministre, l'existence de passerelles de confiance liant les deux peuples à travers la cartographie de deux nations et Etats souverains ».

Représentations. De nombreuses représentations ont été inclues dans l’exposition. Toiles, affiches, photos, cahiers et livres de récit, et vidéos récentes ont été exposés au grand public. Deux cents pièces provenant des plus grands musées français et étrangers ainsi que des créations contemporaines inédites sont exposées au MuCEM. « La cartographie, représenté par des dessins, de l’aquarelle, de façon subjective, a une très belle qualité esthétique », a expliqué Zahia Rahmani.

Cette visite nous a permis de constater que les œuvres, notamment les cartes et les peintures, véhiculent une représentation assez originale de l’Algérie des siècles derniers. « Les artistes ont subjectivé le territoire en faisant des peintures montrant des étendues illimitées, inhabitées et vastes », a confirmé Zahia Rahmani.

« Vue générale de l’itinéraire suivi par la colonne expéditionnaire depuis Constantine à Alger », une toile de Siméon Fort, de 1841, traite de l’immensité d’un territoire et sa conquête après le débarquement sur la côte de Sidi-Ferruch en 1830. Selon la co commissaire de l’exposition, à l’époque, les français connaissent très mal le territoire la Régence ottomane, hormis la frange littorale.

Certaines œuvres révèlent aussi que sous la régence de Louis Philippe, lors de la conquête de la rive sud de la Méditerranée, entre 1830 à 1870, des appels à la colonisation d’un territoire vaste et inconnu ont été lancés par les autorités publiques.

Diverses productions - vues, plans d’Alger, cartes des villes et croquis - ont été répertoriées, comme celles qui font référence à la vente ou à la mise à disposition de terres et domaines agricoles, des avis aux ouvriers dont certaines datent de 1848.

La France cherchaient à séduire des candidats potentiels à l’implantation d’un territoire conquis. « Les blancs de la carte disparaissent au gré des reconnaissances et des relevés d'informations nécessaires à la fois au développement de la carte et à la poursuite de la conquête » a expliqué la co commissaire de l’exposition.

Comme indiqué par les organisateurs, certaines productions, avec des zones blanches, ont été enrichies en fonction des découvertes d’informations lors de l’avancée de la conquête. « Made in Algeria, généalogie d’un territoire veut rendre compte, par les images, la cartographie et les relevés de terrain, de ce long et singulier processus qu’a été, à dire vrai, l’impossible conquête de l’Algérie. Les conflits même résiduels n’y ont jamais cessé durant toute la période de la colonisation », a t-elle ajouté.

La carte administrative du territoire entièrement conquis n’a été établie qu’en 1927, soit près d’un siècle après la débarquation des troupes françaises en Algérie. « C’est l’histoire de la fabrication coloniale d’un territoire », affirme Zahia Rahmani, qui a expliqué que la cartographie permet de savoir comment le colonisateur a procédé à « la création de villes modernes sur des habitats traditionnels rasés ».

L’exposition, programmée du 19 janvier au 2 mai prochain, permet de découvrir des pièces rares dont certaines sont inconnues du grand public. Des œuvres contemporaines ont aussi été retenues pour cette exposition, comme les portraits de l’artiste Mohamed Kouaci, dévoilés pour la première fois en France. L'exposition se poursuivra avec un riche panel d'ateliers, journées scientifiques et colloques, au cours desquels seront revisitées les œuvres d'auteurs, de réalisateurs, de photographes et d’artistes peintres.

« Le travail des historiens et des artistes est essentiel pour construire un avenir serein, ou le passé est compris et dépassé », a souligné Fleur Pellerin lors de cérémonie d’inauguration. Selon les concepteurs de cette exposition, cette dernière permettra de « présenter au public un patrimoine sensible et unique qui ne peut que permettre une meilleure compréhension du présent ».

Une partie de l’exposition est aussi consacrée à l’Algérie post indépendance, période durant laquelle Alger était considérée comme une capitale culturelle des mouvements tiers-mondistes.

Un catalogue, édité pour l’occasion, contient des textes et essais inédits d’auteurs comme Nacera Benseddik, Hélène Blais, Daho Djerbal, François Dumasy, Nadira Laggoune, Zahia Rahmani, Jean-Yves Sarazin, Nicolas Schaub, Todd Shepard, Fouad Soufi et Sylvie Thénault. Un hommage est aussi rendu à l’écrivain et dramaturge Kateb Yacine, via des projections et des rencontres débats. Et des projections de films récents, considérés comme des fenêtres sur l’Algérie contemporaine, sont programmées.

Public algérien. Quant à la question de savoir si cette exposition sera un jour programmée en Algérie, le ministre Azzedine Mihoubi a indiqué : « Ce sont des œuvres qui méritent d'être vues par le public algérien ».

Cette exposition, qui représente des enjeux culturels, historiques et politiques, mérite l’intérêt du public des deux rives. « La culture a toujours été une passerelle d’échanges entre les peuples et les civilisations, et non un prétexte pour l’affrontement », a affirmé Azzedine Mihoubi.

Quant à Fleur Pellerin, elle assure être « de ceux qui croient que la culture est la trame sur laquelle on peut tisser les liens qui soutiendront le monde méditerranéen de demain ». Une perspective tant souhaitée et attendue par une grande majorité des citoyens des deux rives de la méditerranée.

Cette exposition a été conçue et préparée avec la contribution du Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, le service historique de la Défense à Vincennes, le Musée de l’armée, les archives nationales du ministère des Affaires étrangères et du Développement international, le Greenwich national maritime Museum de Londres, le musée d’Abbeville ainsi que des collections privées.

Tableau d'Horace Vernet, qui a suivi l'armée et plante ici le décor de la prise de Bône, exposé au salon de mars 1835, a été acheté par Louis Philippe pour Versailles
Tableau d'Horace Vernet, qui a suivi l'armée et plante ici le décor de la prise de Bône, exposé au salon de mars 1835, a été acheté par Louis Philippe pour Versailles
Tableau d'Horace Vernet, qui a suivi l'armée et plante ici le décor de la prise de Bône, exposé au salon de mars 1835, a été acheté par Louis Philippe pour Versailles
Tableau d'Horace Vernet, qui a suivi l'armée et plante ici le décor de la prise de Bône, exposé au salon de mars 1835, a été acheté par Louis Philippe pour Versailles

Tableau d'Horace Vernet, qui a suivi l'armée et plante ici le décor de la prise de Bône, exposé au salon de mars 1835, a été acheté par Louis Philippe pour Versailles

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