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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Ouverture contrôlée

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 1 Juin 2016, 16:12pm

Catégories : #Économie Algérie

Ouverture contrôlée
Ouverture contrôlée

Paru dans Arabies, Juin 2016. 

A l’instar des autres pays du monde, l’Algérie développe son intégration dans l’économie mondiale par un plan de libéralisation de son économie, mais en gardant le contrôle. Etats des lieux…

Depuis l’ouverture du marché, lancée à la fin des années 1990, l’Algérie mène, de façon progressive, des réformes structurelles permettant de réorganiser les activités économiques et d’édifier des infrastructures. Aujourd’hui, le pays avance, sa croissance se confirme et les équilibres macro économiques sont désormais sur la bonne voie.

La manne pétrolière et gazière, évaluée à 750 milliards de dollars entre 1999 et 2014, lui a permis de réaliser de belles avancées sur plan économique et social.

En matière d’infrastructures, les défis étaient énormes : crise récurrente du logement, pénurie d’eau, offre de biens de consommation et d’équipements limitée et manque d’infrastructures de transport, éducatives et culturelles. Pour y remédier, l’Etat a investi plus de 520 milliards de dollars dans divers projets de développement socio économiques : réseaux routiers (routes, autoroutes, rocades), infrastructures de transport (gares, voies ferrées, métro, tramway) et logements - notamment à caractère social-, universités, écoles et hôpitaux ont été construits dans le cadre des différents plans quinquennaux établis par le président, Abdelaziz Bouteflika.

L’Etat a aussi mobilisé des sommes importantes dans le redressement et le réajustement des entreprises publiques. Outre les infrastructures et le financement des investissements publics, la rente pétrolière a aussi servi au financement des  produits de première nécessité (lait, sucre, farine ou électricité ainsi que dans la revalorisation des salaires versés aux fonctionnaires et employés des entreprises publiques.

Le programme économique du plan quinquennal 2014/2019, établi par le président, a été réajusté en raison de la baisse drastique des revenus des hydrocarbures, En 2015, l’Algérie fait partie des premiers pays producteurs à ajuster ses dépenses face à la chute du baril …

Pour pallier à cette chute, des mesures urgentes ont été appliquées afin d’atténuer les effets de la baisse des revenus sur l’économie nationale. Lors du Conseil des ministres, tenu en octobre 2015, le gouvernement a décidé de procéder à des coupes budgétaires dans les dépenses publiques à hauteur de 9%. Le président algérien a d’ailleurs souhaité que le gouvernement communique de façon transparente « sur la gravité de la conjoncture financière que traverse la pays ».

Une des mesures phares du gouvernement consiste dans la suppression de près d’un million de postes de fonctionnaires, soit près de 40% des 2,5 millions d’agents. La dégression de l’effectif dans les administrations publiques concernent, entre autres, les départs en retraite non remplacés et le non renouvellement des contrats à durée déterminée. Selon la Banque mondiale, la fonction publique qui ne représente que 20% de la population active, réserve à l’Algérie une bonne place à l’échelle continentale, ainsi que certains européens dont la France.

Le gouvernement algérien mise sur la rigueur budgétaire et ambitionne d’accélérer le processus de la diversification économique et la promotion des investissements productifs industriels et agricoles. « Nous sommes sur la bonne et notre politique est claire », a souligné le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, en marge du 17ème Salon international du Tourisme et des voyages (Sitev), organisé à Alger en mai dernier. « Malgré des baisses en matière de revenus, l’Algérie n’a pas été ébranlée et ne le sera pas  », a-t-il renchéri.

Agroalimentaire. Laid Benamor, P-DG du groupe Benamor, l’un des leaders de l’industrie agroalimentaire, partage le même optimisme. « L’Algérie se porte bien malgré la crise. Elle se portera mieux s’il y avait plus d’opérateurs et plus d’investisseurs nationaux ou étrangers qui viendraient s’installer en Algérie », a t-il déclaré,  en marge la 9e édition de la semaine économique de la Méditerranée (SEM) organisée à Marseille. Selon l’Office national des statistiques (ONS), la croissance économique hors hydrocarbures est évaluée à 5%, un taux supérieur à celui de 2014 (4,6%).

Le Premier ministre a expliqué que la baisse des prix des hydrocarbures a incité le gouvernement à redessiner son modèle économique en misant sur la diversification et le développement des investissements productifs. Abdelmalek Sellal a rappelé que 24 000 entreprises privées ont été créées cours des trois dernières années.

Nacera Haddad, vive présidente du Forum des chefs d’entreprises (FCE), considère que la conjoncture est une bonne opportunité pour se projeter dans l’avenir et entamer le virage économique tant attendu.

De nouvelles mesures permettant d’ajuster les répercussions de la baisse des revenus ont été mises en œuvre par les pouvoirs publics. Durant l’été 2015, de nouvelles dispositions ont été introduites pour permettre la collecte de l’épargne des particuliers et des entreprises, y compris de la manne monétaire récoltée des activités de l’économie informelle. Il est aussi prévu l’élargissement de l’assiette fiscale et le lancement des emprunts obligataires.

Mesures. La loi de finances complémentaire a aussi introduit de nouvelles mesures permettant la régulation des dépenses : obligation du paiement par chèque, révision des subventions aux carburants, régulation et réduction des licences d’importations et révision du code du commerce extérieur. « La loi de Finance 2016 prévoit une nette réduction des dépenses publiques et les autorités ont initié certaines réformes, notamment une réforme indispensable du système de subventions, de même qu’un renforcement du cadre prudentiel du secteur financier », a expliqué M. Dauphin, du FMI, lors de son déplacement à Alger en mars dernier. L’Etat a aussi décidé de geler les programmes de construction d’infrastructures non prioritaires (nouvelles routes, lignes de tramway), mesures qui ont permis une contraction de 18% des dépenses prévues dans le plan quinquennal.

Abdelhamid Temmar, ancien ministre de l’Industrie, plaide pour une privatisation, totale ou partielle, des banques publiques. Ce qui instaurera une concurrence qui entrainera la multiplication des produits et des services bancaires innovants pour dynamiser l’économie. « La réforme bancaire ne peut se réaliser que dans le cadre d’une ouverture du capital des banques publiques à des partenaires extérieurs qui puissent siéger dans l’Assemblée générale et être membre du Conseil d’Administration», a t-il expliqué.

Le virage économique est-il en phase d’être effectif ? Ces deux dernières années, le FCE intensifie ses relations avec les opérateurs étrangers, notamment européens, afin de permettre aux entreprises algériennes de nouer des partenariats fructueux afin d’optimiser les investissements productifs et d’envisager la conquête de nouveaux marchés.

Le gouvernement envisage également une réorientation de la stratégie économique à l’horizon 2019. Les conclusions des travaux menés par un groupe d’experts ont été étudiées en présence des ministres des Finances, de l’Industrie, du Commerce, le ministre délégué au budget, le secrétaire de l’UGTA et les présidents des organisations patronales UNEP et FCE lors du Conseil des ministres du 14 mai dernier.

A la suite de cette rencontre, le gouvernement a retenu des mesures qui consistent à revoir le niveau des transferts implicites, la nécessité de recourir aux financements alternatifs via le marché boursier et l’adoption des partenariats public/privé (PPP) dans le financement des grands projets d’infrastructures, prévus dans le cadre du plan quinquennal du président Bouteflika. 

Selon les économistes, le PPP est une forme de partenariat très fructueuse dans le financement de l’économie. L’expérience menée dans la gestion des ressources en eau et des infrastructures aéroportuaires et portuaires semble très concluante. Les partenariats PPP sont en constante augmentation à l’échelle mondiale, y compris dans les pays occidentaux comme la Grande Bretagne, la France ou le Canada. 

La vision nouvelle de l’Etat consiste aussi à confier aux entreprises nationales, publiques et privées, la réalisation des programmes de construction des infrastructures « Nous avons décidé que les projets autoroutiers soient réalisés à 100% par des entreprises algériennes. Nous encourageons les entreprises nationales à investir même dans les projets maritimes », a déclaré Abdelkader Ouali, ministre des Travaux publics. Il a aussi insisté sur l’importance des études complètes et approfondies des sols avant le lancement de la réalisation des routes et des autoroutes.

Pour limiter la facture des importations et assurer la sécurité alimentaire, le gouvernement cible la promotion des investissements agricoles. Selon le ministère de l’Agriculture et du Développement rural et de la Pêche, les objectifs du gouvernement consiste à renforcer la sécurité alimentaire du pays, à faire fructifier les efforts des producteurs et des investisseurs, à développer les exportations des produits agricoles et la valorisation des ressources forestières, halieutiques et aquacoles. Le secteur agricole emploie 25% de la population active et génère un chiffre d’affaires annuel de 35 milliards de dollars.

Le plan gouvernemental  2015/2019 de la filière agricole prévoit l’augmentation annuelle de production de céréales à 67 millions quintaux /an, du lait à 2,8 milliards de litres et les légumes secs à 57 millions quintaux. La stratégie nationale de développement du secteur agricole à l’horizon 2019 prévoit aussi la création de plus de 100 grands pôles agricoles intégrés et adaptés à chaque région.

Dans le même contexte, Kamel Chadi, secrétaire général du ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, a indiqué que la wilaya de Sétif, dans l’est du pays, accueillera le pôle spécialisé dans les filières lait et céréaliculture. « L’objectif pour ces deux filières est de parvenir d’ici 2019 à assurer l’autosuffisance nationale en matière de poudre de lait et de blé dur » a t-il affirmé. Pour sa part, Mohamed Bouderbali, wali de Sétif a indiqué : « 239 projets d’investissement en agroalimentaire, 2 projets en aquaculture ont été valisés, ce qui ce permettra la création de 12 000 emplois ».

Pour améliorer l’attractivité du milieu des affaires, une révision du code des investissements est en cours. Selon le ministère de l’Industrie et des Mines, le nouveau texte permettra de créer un climat et une attractivité des affaires plus favorables et ce, notamment en mettant l’accent sur l’amélioration des procédures administratives, la disponibilité du foncier, la révision de la fiscalité et la lutte contre la corruption.

Axes majeurs. Selon le ministère de tutelle, le nouveau code des investissements se déclinera en trois axes majeurs : amélioration des investissements étrangers, mesures incitatives aux investisseurs et octroi des avantages aux projets porteurs de bénéfices pour l’économie nationale. Enfin, le rôle de l’Agence nationale de développement des investissements  (ANDI) sera renforcé et orienté essentiellement dans l’accompagnement des investisseurs. « Le nouveau projet de loi sur les investissements prévoit de nouveaux mécanismes pour garantir un accompagnement à l’investisseur, l’amélioration du climat des affaires, la prise de décision locale et la création d’un nouveau guichet unique », a déclaré Abdeslam Bouchouareb, le ministre de l’Industrie et des Mines. 

L’Algérie mène sa transition économique et poursuit son chemin vers plus de réalisations. La construction d’un Etat ne peut se concrétiser en un temps record. Les étapes de maturation sont nécessaires, elles doivent être franchies avec pragmatisme et discernement. 

 

 

 

 

Abdelmalek Sellal, Premier ministre algérien

Abdelmalek Sellal, Premier ministre algérien

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