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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Pharmacie, une filière en mutation

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 21 Août 2016, 11:24am

Catégories : #Économie Algérie

Abdelmalek Boudiaf, ministre algérien de la Santé, de la Population et de de la Réforme hospitalière

Abdelmalek Boudiaf, ministre algérien de la Santé, de la Population et de de la Réforme hospitalière

Laboratoires El Kendi ( Algérie )

Laboratoires El Kendi ( Algérie )

Biopharm (Algérie)

Biopharm (Algérie)

Paru dans Arabies, août 2016

De statut d’importateur, l’Algérie est en phase de devenir un pays exportateur de médicaments vers les pays africains. Focus sur un secteur industriel en pleine mutation.

« Découvrir, développer, et commercialiser des produits innovants pour prévenir et guérir les maladies, soulager la souffrance et améliorer la qualité de la vie », telle est la devise défendue par le groupe pharmaceutique Novartis. L’industrie du médicament, complexe et exigeante, qui regroupe les activités de recherche, de fabrication et de commercialisation, est le pilier sur lequel repose la politique sanitaire de chaque pays. La généralisation de l’accès aux soins de santé permet aussi l’amélioration qualitative des conditions de vie des citoyens, mentionnée dans la charte de l’Organisation des nations unies (PNUD et FNUAP).

En effet, l’industrie pharmaceutique, qui mise sur la qualité et le savoir faire scientifique et technologique, représente aussi des enjeux économiques et sociaux très importantes. Selon de nombreux experts, les objectifs de l’industrie du médicament sont confrontés à une situation paradoxale qui doit tenir compte de la défendre des intérêts économiques et aussi assumer une mission de santé publique.

En Algérie comme ailleurs, l’industrie pharmaceutique, premier marché du Maghreb et deuxième sur le continent africain – après l’Afrique du Sud, suscite un intérêt particulier des pouvoirs publics et de la sphère économique.

Assurer la disponibilité et la qualité de produits dans les officines et les centres de soins (centres de santé, hôpitaux publics, dispensaires dans les zones rurales) est une des priorités de la politique sanitaire engagée par les pouvoirs publics depuis quelques années.

Un engagement qui a abouti à l’amélioration de la qualité de la vie des citoyens. En effet, selon le rapport de l’Organisation mondiale de la sante (OMS), l’espérance de vie a enregistré un rebond et se situe désormais autour 75,6 ans, plaçant l’Algérie à la première position sur le continent africain. Pour renforcer ses acquis, le gouvernement mise sur le développement d’une véritable industrie pharmaceutique dans le pays et à généraliser l’accès aux soins de la population.

Accès aux soins. « L’accès des citoyens aux soins de qualité et la disponibilité des traitements, notamment des maladies lourdes et chroniques sont inscrites dans la politique de santé. Pour y parvenir, nous devrions dynamiser la production nationale des génériques, notamment à travers des partenariats gagnant gagnant avec des laboratoires privés, nationaux ou étrangers », nous confie Réda, un pharmacien et gérant d’une officine.

Le marché algérien du médicament, qui pèse 3 milliards de dollars, a attiré près de 30 grands fabricants à s’implanter localement dont Sanofi Aventis, GlaxoSmithKline, Hikma Pharmaceuticals, Novo Nordisk.

L’industrie pharmaceutique représente aussi une des filières permettant la diversification des activités économiques du pays. Le taux de croissance de cette filière est évalué depuis 2006 à 17% par an en moyenne. Au cours de la dernière décennie, la part de la production nationale dans la satisfaction des besoins locaux est passée de 12 % à 41%.

La révision du cadre réglementaire et organisationnel et la mise en place d’une agence nationale du médicament figurent parmi les mesures engagées par le gouvernement en la matière de santé publique.

Le ministère de la santé œuvre à améliorer la disponibilité des médicaments, à encourager la production nationale, à réguler le marché et à assurer l’accessibilité aux soins. « La production nationale pourrait constituer une alternative majeure pour une meilleure disponibilité du produit pharmaceutique national», explique Lotfi Benbahmed, président du Conseil national de l’ordre des pharmaciens. 

Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé, la demande nationale en matière de médicament est évaluée à 5,7 milliards de dollars à l’horizon 2018.

L’objectif de la réorganisation de la politique sanitaire, entamée en 2008, consiste essentiellement dans la réduction progressive des importations, notamment des produits fabriqués localement. En 2015, la production nationale a permis de répondre à 40% des besoins nationaux, contre 18 % en 2007.

Facture des importations. En effet, un arrêté du ministère de la santé, publié dans le journal officiel, a fixé la liste des produits pharmaceutiques à usage humain et matériaux médicaux fabriqués localement qui sont interdits à l’importation. En 2015, une liste de 357 médicaments et 11 dispositifs médicaux, comme les compresses et les seringues, a été établie par les pouvoirs publics. Selon les chiffres publiés par le Centre national de l’informatique et des statistiques (CNIS), la facture des importations des médicaments est évaluée à 2,28 milliards de dollars en 2013, 2,6 milliards de dollars en 2014 et 1,96 milliards de dollars en 2015, soit une baisse de 22% comparativement à l’année précédente.

Au même titre que pour la filière automobile, le gouvernement incite les opérateurs économiques dans le secteur de la santé à s’engager dans la dynamisation des investissements productifs. Cette politique de santé a pour objectif d’inverser le processus d’importation pour le remplacer par la production nationale, et ce dans un délai de trois ans.

Le programme quinquennal 2015/2019 table sur une couverture de 70% des besoins en médicaments par la production nationale, contre 41% actuellement. Abdelmalek Boudiaf, ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, a indiqué que la production pharmaceutique locale couvrira 65% à 70% de la demande nationale, d'ici à la fin 2016.

«La volonté du gouvernement de produire 70% des médicaments est réaliste », a souligné Dr Achi Sofiane, général manager pour la région Afrique du Nord et Afrique de l’Ouest du laboratoire allemand Boehringer Ingelheim. Grâce à un partenariat avec la société Biopharm, Micardis, un médicament antihypertenseur, est désormais produit dans le site de production de Oued Smar. « Nous fabriquons 45% des médicaments que nous consommons en Algérie. Comparé à d’autres pays de la région, ce taux est appréciable » a expliqué Achi Sofiane.

Le partenariat avec les industriels et laboratoires étrangers permet aux partenaires locaux de bénéficier du savoir faire technologique et managérial répondant aux standards internationaux.

Partenariats. De nombreux accords de partenariat ont été en effet conclus avec des nationaux. « Si les projets d’investissement dans le domaine de l'industrie pharmaceutique se concrétisent, ils permettront de placer l’Algérie en position de force, non seulement pour couvrir le marché national mais surtout pour exporter », affirme le président de l'Union nationale des opérateurs de la pharmacie (UNOP), le Dr Abdelouahed Kerrar.

Le pays dispose de 140 unités de fabrication de produits pharmaceutiques, dont 80 sont dédiées à la fabrication des médicaments. Chaque année, 4 ou 5 nouvelles unités de production arrivent sur le marché avec de nouveaux produits. Selon le ministère de tutelle, près de 150 grossistes et 9000 officines opèrent sur le marché, dont un millier d’agences Endimed (entreprise nationale de distribution en détail des médicaments).

La firme anglo - suédoise Astra Zaneca et les groupes privés Salhi et Hasnaoui ont concrétisé une joint -venture pour la création d’une nouvelle unité de production de médicaments dans la zone industrielle de Rouïba (Est d’Alger). L’usine, qui a nécessité un investissement de 125 millions de dollars, sera destinée à la satisfaction des besoins des professionnels de la santé dans le traitement des diverses pathologies endémiques dans le pays, comme les maladies cardiovasculaires, gastroentérologie, oncologie et diabétologie.

Le laboratoire allemand Merck et son partenaire algérien Novapharm ont entamé la production d’un médicament antidiabétique dans l’unité de Bousmail. La capacité de production est de 500 millions de comprimés par an, destinés essentiellement au marché local. « Nous sommes fiers qu’aujourd’hui, nos médicaments sont fabriqués par des Algériens pour des Algériens, avec un procédé de fabrication et de contrôle identique à celui utilisé par nos sites en Europe », a souligné Moncef Meklati, directeur général de Merck Algérie dans une déclaration à la presse.

De son côté, le groupe français Sanofi, avec son partenaire algérien Saidal a lancé la construction du plus grand site de fabrication de médicaments sur le continent – sur une superficie de 6,6 hectares - dans pôle pharmaceutique et biotechnologique de la ville de Sidi Abdellah, à 220 km au sud ouest d’Alger.

Cette usine, qui sera opérationnelle en 2017, aura une capacité de production et de distribution de 100 millions d’unités par an, soit 80% des volumes distribués par Sanofi en Algérie. Présent  sur le terrain depuis deux décennies, Sanofi emploie 780 collaborateurs et dispose de deux unités de production à Ain Bénian et Oued Smar (dans la périphérie d’Alger).

Les pouvoirs publics souhaitent aussi accompagner les investisseurs dans le développement de la production locale, en offrant un environnement propice dans les différentes étapes de la création des unités de production. Un secteur qui nécessite en effet un savoir - faire technologique, scientifique et managérial. D’ailleurs, les entreprises pharmaceutiques visent en premier lieu à satisfaire les besoins énormes du marché local, mais envisagent aussi de consacrer à plus long terme le surplus de la production à l’exportation, notamment grâce aux partenariats conclus avec les organismes et laboratoires internationaux.

Organismes financiers.  Biopharm, un groupe industriel privé, crée en 1991, a réalisé un bénéfice net de 3,5 milliards de dinars et un chiffre d’affaires de 37,2 milliards de dinars sur  les neuf premiers mois de l’année 2015. Depuis 2013, la compagnie est aussi détenue par un consortium international constitué d’organismes financiers : Development Partners International (DPI), Mediterrania Capital et  l’agence de développement allemande DEG.

L’entreprise, qui a ouvert son capital à hauteur de 20% aux investisseurs privés, en mars 2016, dispose d’unités de production aux normes internationales et un réseau de distribution aux grossistes et aux pharmacies. « L’entrée en bourse permettra de renforcer les instruments de notre gouvernance, de nous faciliter l’accès à des financements de qualité pour le besoin de notre croissance et de notre développement », souligne Madjid Kerrar, fondateur de Biopharm.

En effet, l’entreprise s’est engagée depuis de nombreuses années dans un processus de restructuration de ses activités et la réorganisation de sa gouvernance. Une stratégie sur le long terme qui a permis à Biopharm de gagner en matière de compétitivité et de rentabilité. « Le marché pharmaceutique national est appelé à devenir de plus en plus concurrentiel et exigeant et nous devons nous préparer à une concurrence rude sur les marchés extérieurs », a expliqué le directeur général de la compagnie.

Rappelons que la société a obtenu la certification de l’Agence nationale française de sécurité du médicament (ANSM), un organisme qui garantit la qualité des produits sur le marché français et européen.

Label de qualité. Cette certification, qui représente un label de qualité et de rigueur dans le processus de production, est obtenue grâce aux efforts déployés pendant plus d’une décennie par les cadres et les salariés de l’entreprise. Biopharm, partenaire de nombreux laboratoires pharmaceutiques de renommée mondiale, a noué des partenariats de distribution sur un vaste réseau vaste couvrant le territoire national. Grâce à ce dynamisme, Biopharm est aujourd’hui une entreprise exportatrice, notamment vers les pays africains comme la Tunisie, le Niger, le Mali, la Libye et la Mauritanie.

De son côté, Saidal, groupe public leader sur le marché, introduit en bourse en 1999, enregistre une croissance soutenue de ses activités de production. L’entreprise, qui représente 15% du volume des ventes localement, poursuit ses investissements productifs à travers la réalisation de trois usines de fabrication de médicaments à Constantine, El Harrach (Alger) et à Cherchell (Tipaza). Après l’entrée en services de ses unités de production, la capacité du groupe Saidal passera de 120 millions à 250 millions d’unités annuellement.

Mohamed Hamouche, à la tête du groupe depuis novembre 2015, soutient que l’entreprise doit poursuivre son plan de développement avec ses partenaires stratégiques pour atteindre ses objectifs. Un dynamisme qui permis à la compagnie de consacrer une partie de sa production à l’exportation notamment dans 13 pays africains dont la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Sénégal, le Cameroun, le Mali, le Congo, la République démocratique du Congo, le Niger, le Togo, le Benin, la Guinée -Bissau, le Tchad et la Mauritanie. 

Pour la deuxième année consécutive, l’évolution de la production du médicament est constante. Cependant, à l’image des autres activités industrielles, une politique de juste prix doit être appliquée pour permettre d’instaurer une compétitivité efficiente des producteurs locaux.

« L’engagement pour la qualité est un défi humain, économique et financier. Une production nationale de qualité ne peut se développer sans des prix rémunérateurs.», affirme Abdellouhad Kerrar, directeur général de Biopharm.

« La fabrication d’un médicament passe par diverses étapes : recherche, manipulation,  production et gestion. Les professionnels du secteur on ne pourront  pas appliquer une baisse des prix sans impacter sur la qualité du produit », nous confie un pharmacien.

L’industrie pharmaceutique algérienne est jeune, elle se renforce grâce à l’engagement des pouvoirs publics et des professionnels du secteur qui souhaitent doter le pays d’un bon système de santé et diversifier son industrie, un des moyens sur pour sortir le pays de sa dépendance des revenus des hydrocarbures.

 

 

 

 

 

Groupe pharmaceutique Saidal

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