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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Télécoms, le défi pour l'avenir

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 15 Juin 2016, 19:37pm

Catégories : #Économie Algérie

Houda Imane Faraoun, ministre de la Poste et des Technologies de l'information et de la communication

Houda Imane Faraoun, ministre de la Poste et des Technologies de l'information et de la communication

Télécoms, le défi pour l'avenir

Paru dans Arabies, juin 2016

Après le lancement réussi de la technologie mobile 3G, l’Algérie relève de nombreux défis pour que au secteur atteigne le niveau de développement des TIC à l’échelle régionale.

La filière des télécommunications, qui a contribué à hauteur de 2,8% du PIB en 2013, poursuit son développement. La réforme, entamée avec l’appui de la Banque Mondiale en 2000, a permis de réaliser des progrès prometteurs dans le domaine des nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Les pouvoirs publics ont engagé une refonte profonde qui s’articulait autour de sept axes : la mise en place d’un cadre réglementaire, la constitution d’une entité de régulation autonome, constitution de deux entités pour les télécommunications et la Poste, libéralisation du secteur, en commençant par l’introduction d’opérateurs de téléphonie mobile (GSM), la fourniture du service universel dans un marché concurrentiel et restructuration du ministère de la Poste et des Télécommunications.

Grâce à la mise en œuvre d’une politique sectorielle, des avancées notoires ont été enregistrées pour rattraper un retard important en matière de services de télécommunications.

Cette stratégie, élaborée par les pouvoirs publics, visait à atteindre des objectifs primordiaux comme l’accroissement de l’offre des services téléphoniques, la généralisation de l’accès et l’amélioration de la qualité des produits et services de télécoms, et le développement d’un réseau national fiable et connecté. Selon les experts, ces réalisations sont incontournables pour l’émergence d’une économie plus compétitive et plus ouverte aux marchés internationaux.

Selon les données de la Banque mondiale, 93 % des algériens possèdent un abonnement mobile, contre 132 % au Maroc, 128 % en Tunisie, et 114 % en Egypte. Aussi, comparativement aux autres pays à l’échelle régionale, l’Algérie a enregistré un retard dans le lancement de la téléphonie mobile de troisième génération (3G). Cette dernière est devenue effective en décembre 2013, soit un retard de trois ans après le Maroc et la Tunisie.

Les usagers, particuliers et professionnels, sont dans l’attente de l’ouverture à la concurrence de la filière téléphonie fixe, pourtant mentionnée dans la législation régissant le secteur des télécommunications depuis de nombreuses années (la loi 2000-03 du 5 août 2000 fixant les règles générales relatives à la Poste et aux Télécommunications). « Nous avons besoin de lignes téléphoniques fixes qui fonctionnent correctement dans nos entreprises et nos administrations », souligne Sonia, employée dans une entreprise nationale.

Monopole. Malgré les contestations des usagers, le monopole d’Algérie Télécom sur la téléphonie fixe n’est remis en cause par les pouvoirs publics. Houda Imane Feraoun, ministre de la Poste et des Technologies de l'Information et de la Communication, a exclu la privatisation de l’opérateur public Algérie Télécoms, considérant l’entreprise comme « un domaine stratégique de l'Etat ». Néanmoins, la ministre de tutelle confirme que le statut de Mobilis, opérateur public de téléphonie mobile, ne sera plus considérée comme filiale appartenant exclusivement à AT, car, il est prévu l’ouverture de 20% du capital qui sera introduit à la Bourse d’Alger dans les prochains mois.

Grâce à l’introduction de la technologie 3G, la pénétration d’Internet a enregistré une progression significative puisqu’elle est passée de 6,04 % en décembre 2013 à 24,83 % en novembre 2014. Les forfaits les plus utilisés sont les forfaits basiques. Et pour cause, les abonnés considèrent que les prix des abonnements 3G, pratiqués par les trois opérateurs (Mobilis, Ooreddo et Djezzy) sont onéreux.

« Mon abonnement ne me permets pas de télécharger des fichiers lourds ou visionner des reportages ou des films. Je me contente de lire et envoyer les messages électroniques, voire lire quelques titres de presse », nous confie, Lynda, cadre commerciale dans une banque.

Selon les utilisateurs, l’accès à Internet n’est une chose facile en Algérie. D’après les témoignages que nous avons recueillis, la navigation est lente, parfois laborieuse.

A l’instar des autres pays, la jeunesse algérienne est aussi une jeunesse connectée, la création des sites Internet se multiplie (près de 80 000 sites selon certaines sources),

Ouedkniss, pilier du web algérien, connaît un engouement sans précédent de la part des Internautes. M. Dib Djamel Eddine, un des fondateurs du site, a indique que l’activité du site est en progression constante. « En 2015, nous avons traité plus de 2.3 millions d’annonces. Plus d’un million de transactions ont été conclues. Nous avons comptabilisé environ 130 millions de visites sur le site et plus de 2 milliards de pages ont été vues », a affirmé Dib Djamel Eddine à un journal algérien.

Développement d’Internet. A contrario, les professionnels précisent que la Toile algérienne évolue, lentement mais sûrement. Cependant, ils considèrent que l’écosystème n’est pas encore adapté à une croissance rapide. Et pour cause, le pays enregistre un manque de capital humain, une insuffisance des infrastructures de base et une absence de moyens de monétisation. Or, la production du contenu numérique est un axe central pour le développement de l’Internet.

Plus concrètement, la filière Internet manque de codeurs, de développeurs et de concepteurs de sites. Certains experts affirment que les compétences existent sur le marché, mais elles sont mal recensées et mal organisées. De leurs côtés, les chefs d’entreprises expliquent que comparativement à leurs homologues à l’échelle régionale, les coûts proposés par les concepteurs pour la création de sites internet sont élevés. Résultat : de nombreux professionnels créent leurs sites à l’étranger. On comptabilise près de 50 000 sites algériens hébergés à l’étranger, ce qui représente une perte importante pour l’économie locale.

Pour démocratiser l’accès au très haut débit et étendre le réseau aux zones les plus reculées, non couvertes par la téléphonie fixe, l’Algérie a lancé la technologie 4G LTE en avril 2014. Le pays ambitionne aussi de développer les activités multimédias, via l’utilisation de la vidéo et le streaming.

De leurs côtés, les professionnels appellent les autorités publiques concernées à encourager le développement de l’écosystème permettant d’émergence rapide d’une économie numérique, une perspective qui permet à chacun de pouvoir effectuer des démarches administratives et commerciales en ligne, d’utiliser des applications pour faciliter l’exécution des tâches de la vie quotidienne comme la géo localisation, calcul et repérage des itinéraires et trajets…

Paiement par Internet. Le paiement en ligne n’est pas encore autorisé dans le pays. Mouatassem Boudiaf, directeur général du GIÉ Monétique, un organisme chargé de la monétique et de la promotion de généralisation de l’usage de la carte de paiement, créée en juin 2014, explique : « L’ouverture du paiement sur Internet à la vente de biens matériels à travers la carte CIB reste tributaire de la promulgation des textes d’application de la loi 15-04 relative à la signature et à la certification électroniques, publiée au journal officiel en février dernier ». Rappelons, qu’à ce jour, que le paiement par Internet concerne le règlement des factures des énergies (eau, électricité et gaz).

Les professionnels de la filière télécoms sont unanimes : le secteur a besoin de plus d’ouverture permettant de libérer les initiatives. « Libérer les initiatives. Il n’y a que de cette manière qu’on verra éclore une dynamique des TIC dans notre pays (….) Il faut lever les entraves à la création d’entreprises, les agréments, les licences d’exploitations, les autorisations et ne restreindre cela qu’aux secteurs stratégiques », souligne Anis Souilah, gérant d’AZ Network, une société spécialisée dans le contenu digital. « La Ministre doit œuvrer à l’établissement d’un écosystème, en ouvrant plus d’établissements à vocation TIC comme le Cyberparc de Sidi Abdellah, mettre l’accent sur la formation, et surtout sur la recherche qui est complètement négligée »,a t-il affirme dans une interview accordée à un site spécialisé.

Afin de mieux réguler le marché, une étude sera lancée par l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications (ARPT). Son objectif : analyser le marché des services et identifier les problèmes liés à la concurrence. Mohamed Amghar, le directeur de l’organisme, estime que cette initiative permettra « d'anticiper les problèmes de concurrence entre les opérateurs du secteur en examinant leur comportement et de définir si leur mode opératoire n'occasionne pas de déséquilibre dans le marché».

Le gouvernement algérien a décidé, dans le cadre de la loi de finance 2016, en octobre dernier, un réajustement des taxes en augmentant la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 7 à 17% sur les données mobiles, et le taux d’imposition sur les revenus des opérateurs de 1% à 2%. Aussi, une nouvelle disposition réglementaire impose aux importateurs de matériels informatiques une nouvelle taxation concernant le droit de douane, lequel est désormais fixé à 30%. La facture des importations en matière d’équipements et services TIC est évaluée à cinq milliards de dollars.

Quelle est stratégie adoptée par la jeune ministre de 36 ans depuis son installation à la tête d’une des entités les plus emblématiques dans la sphère économique : le ministère de la Poste et des Technologies de l’Information et de la Communication ? Professeur à l’université de Tlemcen et spécialisée en sciences physique, Iman Houda Feraoun saura t-elle apporter une vision plus dynamique pour booster le secteur et encourager l’installation d’une économie numérique dans le pays ?

Lors de ses nombreuses déclarations à la presse nationale, Iman Houda Feraoun a indiqué que le secteur devrait connaître des bouleversements dans les prochains mois. « Nous travaillons sur un programme de réglementation qui va favoriser la concurrence. De nouvelles mesures seront prises », a –elle déclaré en octobre dernier lors de son déplacement dans la wilaya de Bejaia.

En effet, selon les informations du ministère de tutelle, des objectifs prioritaires ont été déterminés : une démocratisation de l’accès aux nouvelles technologies de communication, amélioration des services postaux, augmentation du haut débit, qui représente une étape importante avant d’aller vers la technologie 4G. Selon la ministre, de nombreux projets, en cours de maturation, devraient permettre d’élaborer un plan d’actions efficace. « Le secteur des nouvelles technologies de communication nécessite des investissements massifs qui seraient la seule voie pour pouvoir aller vers l’économie moderne », a indiqué la ministre dans une déclaration à la presse.

Selon, Houda Imane Feraoun, le projet d’appel d’offres concernant la technologie 4G est en cours d’élaboration par l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications. « L'Algérie a réussi à améliorer, de manière significative son réseau internet, en dépit de son entrée tardive et sans stratégie claire dans le monde des nouvelles technologies de l'information et de la communication », a t-elle affirmé.

Dans le même contexte, l’opérateur de téléphonie mobile Ooredoo, indiqué qu’un test pour l’utilisation de la technologie 4G (dotée de vitesses de plus de 300 Mbp en Dow Link et de 50 Mbp en Up Link) a été effectué avec succès en mai dernier. « La 4G mobile permettra à nos abonnés, dès que les conditions réglementaires seront satisfaites, de profiter de l’Internet mobile ultrarapide avec des retombées positives pour toute l’économie nationale », a expliqué Joseph Ged, directeur général de l’opérateur Ooredoo. Algérie Télécoms a aussi lancé des services sans fil 4G au profit des abonnés professionnels. En effet, les autorités publiques concentrent actuellement leurs efforts dans le déploiement de 4G LTE, notamment à travers la construction des infrastructures nécessaires dans plusieurs régions du pays.

Deux chantiers d’installation de câbles de fibre optique sont en cours de réalisation. Ces derniers, qui relieront Oran/ Valence et Alger /Valence, couteraient une enveloppe budgétaire de 36 millions d’euros.

Quant à l’opérateur public Algérie Télécom, il focalisera sa stratégie sur la réalisation de grands projets d’infrastructures à travers le pays. En même temps, AT procède au renouvellement du réseau existant, constitué de milliers de kilomètres de câbles en cuivre, par de la fibre optique, dont l’exécution est confiée aux petites entreprises.

Restructuration profonde. La Poste, concernée aussi par une restructuration profonde, sera réorganisée par la création de filiales. Une initiative qui devrait permettre à l’entreprise d’atteindre des objectifs qui seront plus en adéquation avec les besoins des consommateurs, notamment en matière de renforcement des points d’accès postaux, l’amélioration de l’accueil et la modernisation des services financiers postaux à travers l’accès aux TIC.

De leurs côtés, les professionnels pourront désormais utiliser des technologies nouveaux outils technologiques dans l’organisation de leurs activités. Désormais la vidéo - conférence via Skype, l’envoi de SMS en masse et e fax sont mis en œuvre sur le marché par des sociétés privées. L’accès au free wifi, en phase d’expérimentation dans les rues d’Alger, sera bientôt installé dans les campus universitaires, dans les salons et foires et dans les grands centres urbains. A moyen terme, les bornes wifi seront généralisées dans les lieux publics à forte affluence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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