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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Fatiha Benabbou, professeure de droit à l’Université d’Alger.

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 15 Mars 2017, 11:06am

Catégories : #Interviews

Fatiha Benabbou, professeure de droit à l'université d'Alger.

Fatiha Benabbou, professeure de droit à l'université d'Alger.

Paru dans Arabies, mars 2017

Bâtir une société moderne.

« Les changements en faveur des femmes ont été réalisés grâce à une volonté politique », nous confie Fatiha Benabbou, professeure à l’Université d’Alger.

Les droits fondamentaux des femmes sont –ils garantis par la législation en Algérie ?

Depuis l’indépendance du pays, l’égalité formelle entre les hommes et les femmes est stipulée dans les textes de lois, y compris le droit au travail et les salaires. L’absence de discréminisation à l’égard de la gent féminine a permis la scolarisation massive des filles. Aujourd’hui, ces dernières occupent des postes importants : médecins, juristes, magistrates, professeures ...

Ces acquis ont-ils permis l’évolution de la condition féminine dans le pays ?

La société algérienne a toujours été en retard par rapport au droit, car c’est une société patriarcale très conservatrice. On constate un clivage entre le texte de loi et la réalité qui s’est installée au sein de la famille. Une femme peut occuper un poste important dans la vie professionnelle, mais elle est déconsidérée au sein de la famille. Plus concrètement, elle subit des discriminations importantes, comme les interdictions de sorties, de loisirs. Leur liberté est atteinte dans la sphère domestique.

Le code de la famille a t-il accentué ce clivage ?

Le code de la famille, voté en 1984 par les députés du Front de libération national (FLN), parti unique à l’époque, est inspiré du Fikh - jurisprudence élaborée par des Oulémas qui ont fait des interprétations des versets coraniques et des traditions prophétiques. C’est donc une interprétation humaine des textes coraniques et des coutumes locales datant de plusieurs siècles. Avant l’instauration du code de la famille, la législation était plus simple et plus égalitaire. Je tiens à rappeler que le président Ahmed ben Bella, à l’aube de l’indépendance, avait appelé les femmes à se débarrasser du voile, à être libres.

Quelles sont les répercussions sur l’évolution de la condition des femmes ?

On enregistre un recul du statut personnel de la femme. Je m’explique : ce code, qui régit le droit de la famille, ramène la femme à dix siècles en arrière. L’Algérienne est considérée comme une mineure à vie, elle ne peut rien faire sans l’autorisation du père, du mari.

Bien évidemment, il ya eu des contestations de la part des femmes et des mouvements associatifs lors du vote. Des figures emblématiques du féminisme en faisaient partie, mais elles n’ont été entendues. Ce statut personnel minoré ne permet pas aux femmes d’accéder à des postes à haute responsabilité. Malgré l’importance des compétences acquises, elles sont peu nombreuses à occuper des postes de directions d’entités d’envergure.

Malgré la lutte acharnée des Algériennes, le code de la famille, avec les amendements apportés en 2005, est-il difficilement réformable ?

En effet, il est difficile aujourd’hui de réformer en profondeur le code la famille. Car les rétracteurs sont nombreux et jouent un rôle important dans l’islamisation de la société. De plus, les contenus et les outils pédagogiques enseignés dans les écoles restent des vecteurs de cette idéologie conservatrice.

Au sens pratique du terme, on ne peut saisir le Conseil constitutionnel pour évoquer l’inconstitutionnalité du code la famille – en référence à l’article de l’égalité en droits des citoyens, mentionné dans la loi fondamentale -, car cette requête ne peut être possible en raison d’un autre article qui stipule de l’Islam est la religion d’Etat. Ce qui explique la légitimité du code la famille dont le contenu est inspiré de la pratique religieuse. De ce fait, la reforme profonde du code de la famille ne peut être possible sans une révision constitutionnelle. Le Conseil constitutionnel ne peut toucher aux dispositifs qui font partie du corset intangible de la loi fondamentale. Les citoyens sont égaux et l’islam est religion d’Etat sont garantis dans deux articles qui sont en opposition, l’un le légitime et l’autre l’oppose.

Le gouvernement devrait –il légiférer davantage pour un statut plus égalitaire ?

Il est important de signaler que les changements introduits en faveur des femmes ont été réalisés grâce à une volonté politique. En 2005, c’est président Bouteflika qui a tenu à apporter les quelques amendements du code de la famille, notamment en ce qui concerne le code de la nationalité, le droit de garde et la jouissance du domicile en cas de divorce. En 2012, il a ordonné la mise en œuvre d’une loi organique qui a ouvert la voie aux femmes pour une représentation aux tiers au sein des Assemblées élues. Plus récemment, le gouvernement a aussi permis l’adoption d’une loi criminalisant les violences faites aux femmes.

Le décalage de la structure mentale basée sur le patriarcat est acquise à tous les niveaux : au sein de la famille, à l’école et dans les mosquées. Certains médias ont aussi façonnés la pensée islamiste, ce sont des appareils idéologiques pour perpétuer la structure patriarcale de la société. Que fait la loi devant ces réalités ?

Pour espérer une évolution effective, la refonte doit s’opérer au niveau des institutions éducatives. C’est au sein de l’école que se réalise la formation du futur citoyen, et c’est à cette condition qu’on arrêtera le formatage idéologique, lequel ne peut être qu’en décalage avec la

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