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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Gagner la bataille des exportations

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 9 Août 2017, 10:15am

Catégories : #Économie Algérie

Port d'Alger

Port d'Alger

Gagner la bataille des exportations

Paru dans Arabies, Juillet-Août 2017

Le gouvernement algérien a mis en place des programmes pour inciter les entreprises à s’orienter vers la conquête des marchés internationaux.

 

Pour compenser les pertes des revenus liées à la chute du prix des hydrocarbures, le gouvernement algérien incite les entreprises à gagner la bataille de l’export. Pour cela, il est nécessaire d’augmenter la production nationale et d’améliorer la qualité des produits, des critères essentiels pour atteindre la compétitivité qui positionne les produits et services sur les marchés internationaux.

 

Lors de la 50e Foire Internationale d’Alger (FIA), l’ex premier ministre Abdelmalek Sellal a d’ailleurs exhorté les entreprises à fournir davantage d’efforts pour intensifier la production en misant sur l’amélioration de la qualité.

 

Selon les directives du gouvernement, les opérateurs de l’industrie mécanique doivent atteindre les 40% d’intégration locale et de consacrer une partie de leur production à l’exportation dans les quatre prochaines années. « Il faut dépasser l’étape de montage. Nous devons créer beaucoup d’entreprises de sous-traitance afin d’atteindre le taux d’intégration locale fixé à 40% et ensuite aller vers l’exportation», a rappelé l’ex Premier ministre lors de sa visite à la FIA.

 

L’exportation est un défi pour les entreprises de toutes tailles. Mais, pour gagner la bataille de l’Export, faudrait –il s’engager dans une stratégie commerciale offensive, comme seule condition, ou faudra t-il commencer par gagner celle de la compétitivité pour mieux s’adapter aux exigences de la mondialisation ? Selon Hichem Baba Ahmed, enseignant chercheur et consultant en marketing « L’opérateur économique doit être compétitif qualitativement au niveau du marché national avant d’aller affronter les marchés internationaux ».  

 

Quelles sont les contraintes qui entravent le positionnement des entreprises sur le marché international ? Selon les observateurs, l’insuffisance de la réglementation représente un des freins majeurs au développement des exportations hors hydrocarbures. Certaines dispositions de la réglementation de change de la Banque d’Algérie doivent être révisées –délais de rapatriement des devises, facilitation de la procédure d’ouverture des représentations à l’étranger, l’assouplissement de la rétrocession de la quote – part (50% en dinars et 50% en devises), l’allègement du paiement des services à l’étranger, notamment pour le service après vente, figurent parmi les mesures à prendre pour promouvoir le commerce international.

 

Selon les chiffres officiels, une centaine d’entreprises sont exportatrices dont 40 de façon permanente. Depuis trois décennies, les exportations algériennes hors hydrocarbures ne dépassent pas les deux milliards de dollars par an. Un chiffre faible comparativement au potentiel du pays. A titre de comparaison, le nombre des PME exportatrices en Europe sont de 12 0 000 en France, 400 000 en Allemagne et 200 000 en Italie.

 

Très convoité par les entreprises à l’échelle mondiale, le marché africain est caractérisé par une forte concurrence. Pour y pénétrer, les entreprises de toutes nationalités déploient des stratégies offensives dans lesquelles les rapports diplomatiques jouent un rôle important.

 

Les entreprises algériennes, Venus et SIM, respectivement spécialisées dans les produits cosmétiques et agroalimentaire, ont entamé l’exportation de leurs produits sur ce marché. Opportunités. D’autres se sont engagées dans une démarche de prospection des opportunités offertes par les pays africains. « Nous devons placer plus de produits algériens dans des marchés divers, ce qui nous permettra de diversifier nos ressources, nous aurons un PIB plus sain, moins de chômage et plus de savoir-faire sur les moyen et long termes », a indiqué Hichem Baba Ahmed. 

 

Des initiatives encourageantes ont été réalisées par des organismes étatiques spécialisés dans la promotion des exportations comme Algex et Cagex ainsi que par les organisations patronales comme le Forum des chefs d’entreprise FCE et le Club des entrepreneurs et industriels de la Mitidja (Ceimi).

 

Selon les économistes, les PME devraient se constituer en fonction de leurs filières en groupements afin de mutualiser les efforts en matière d’exportation. « La ressource humaine est l’axe sur lequel reposera la technicité et la maîtrise du savoir-faire de l’entreprise. Tandis que le marketing englobera les trois profondeurs décisionnelles de l’entreprise, à savoir stratégique, tactique et opérationnelle. Sans la ressource humaine et le marketing, associés en harmonie, nous ne pourrons pas parler d’exportation », assure Hicham Baba  Ahmed.

 

Pour atteindre ces objectifs, les économistes recommandent de procéder à l’analyse des forces et des faiblesses de l’entreprise face à la concurrence. Plus concrètement, les organismes chargés de l’export et les opérateurs économiques doivent définir le ratio qualité/prix, cibler et tester les produits à exporter, cibler les attentes des consommateurs en fonction des marchés en tenant compte des critères culturelles et géographiques.

 

Aussi, la promotion des exportations doit être accompagnée par une forte présence des banques algériennes à l’international. Enfin, pour renforcer leurs actions en matière d’efficacité et en gain de temps, les PME appellent les pouvoirs publics à la mise en place d’un guichet unique pour faciliter les rapports avec les administrations publiques.

 

Les chefs d’entreprises plaident pour l’amélioration du transport et la mise en place des services de fret, deux facteurs indispensables pour permettre l’acheminement des marchandises. « Les prix du fret aérien sont exorbitants. Certains exportateurs passent par des compagnies aériennes du Golfe pour exporter vers l’Afrique » explique Racim Toualbi Benghanem, directeur du Club Export Algérie.

 

Stratégie industrielle. Qu’ils soient dans l’agroalimentaire, dans les nouvelles technologies ou les services, des champions de la production nationale émergent. Le groupe Cevital, qui s’exporte en Europe, en Amérique latine, et en Afrique, a mis en œuvre une véritable stratégie  industrielle.

 

Ses filiales couvrent divers secteurs : l’agroalimentaire, la grande distribution, la sidérurgie, l’électroménager (rachat de la marque française Brandt), l’automobile (Hyundai), l’électronique (Samha partenariat avec Samsung). Cevital a réalise un chiffre d’affaires de près de 4 milliards de dollars en 2015. Le groupe est à l’affût des opportunités d’affaires en Algérie et à l’international.

 

L’usine de production de machine à laver Brandt, la marque française reprise par le groupe depuis dix-huit mois et qui a nécessité un investissement de 30 millions d’euros, produit 450 000 pièces par an. Un nouveau site industriel, d’une superficie de 110 hectares en cours de construction dans la région de Sétif, produira des laves vaisselle, des réfrigérateurs et des climatiseurs, des produits qui seront destinés essentiellement à l’exportation vers les pays du Moyen Orient et l’Afrique du Nord.

 

Pour conquérir une place dans la filière de l’électroménager, le groupe Cevital a ouvert des bureaux à l’international : Maroc, Espagne et en Asie. Le groupe compte aussi installer des bureaux dans certains pays africains comme le Nigéria, la Côte d’Ivoire et l’Angola.

Le conglomérat familial, fondé en 1998, présent dans l’agroalimentaire, l’automobile et l’industrie a réalisé 4 milliards de chiffre d’affaires en 2014 et emploie 13 000 salariés. La direction compte recruter 30 000 collaborateurs d’ici 2025 dont 7000 en 2017.

 

La Nouvelle Conserverie algérienne (NCA Rouïba), une entreprise familiale cotée à la Bourse d’Alger et leader dans la production de jus, exporte vers le Maghreb (Tunisie et Libye). En 2015, les exportations du groupe ont connu une hausse de 173 %. Porté par ce dynamisme, NCA va désormais à la conquête d’autres marchés, notamment vers d’autres pays africains et l’Europe.

 

Conquête. De son côté, le groupe Benamor, géant de l’agroalimentaire spécialisé dans la transformation de blé (pâtes alimentaires, couscous) vise la conquête des pays de l’Afrique de l’Ouest. Laid Benamor, président du groupe et vice président du FCE, a conduit une délégation de patrons lors d’une tournée West Africa Road Show en Afrique de l’Ouest, dont l’objectif est de nouer des partenariats avec des entrepreneurs ivoiriens, togolais et béninois. 

 

Dans la filière de technologie de pointe, le groupe Condor excelle. Condor Electronics, spécialisée dans production de l’électroménager et les smartphones, exporte ses produits vers le Maghreb et l’Europe. La direction du groupe a misé sur l’innovation technologique pour asseoir se stratégie de diversification et d’expansion sur le marché local et international. Condor Electronics est la première entreprise algérienne spécialise dans l’électronique à participer au salon international Mobile World Congres, organisé à Barcelone (Espagne).

 

Le groupe SIM, un des champions nationaux dans l’agroalimentaire, a exporté son premier container de coucous en 1999 vers le Canada. Aujourd’hui, il couvre 24 pays. Des résultats encourageants qui lui ont permis de s’engager dans la diversification de ses activités, notamment dans la santé (cliniques et centre anti cancéreux), l’éducation (trois groupements scolaires à Blida), la promotion immobilière (un centre multifonctionnel et grand centre sportif) et les énergies renouvelables (actionnaire de la société New Energie Algeria (Neal), une filiale des groupes énergétique Sonatrach et Sonelegaz, qui produit de l’électricité hybride dans la région industrielle de Hassi R’mel.

 

Au cours de l’année 2016, des forums d’affaires - Forum algéro-britanique, le Forum algéro-qatari et le Forum africain d’investissement -, ont été organisés dans la capitale algérienne. Ces rencontres ont permis d’identifier les opportunités d’affaires qui pourraient aboutir à la conclusion d’accords commerciaux permettant de promouvoir l’exportation des produits fabriqués localement.  

 

En marge du 16e salon international de l’élevage et de l’agro équipement (Sipsa – Sima), les experts ont plaidé pour l’utilisation des techniques innovantes comme la géothermie et l’irrigation par injection pour intensifier la production agricole. Ces derniers ont expliqué que la géothermie est recommandée pour le développement des cultures maraîchères dans les zones arides comme le Sahara.

Production agricole. « Cette technique innovante permet d'obtenir des productions de primeurs dont plusieurs marchés extérieurs en sont très demandeurs », a souligné Mokrane Nouad, expert à la Fondation Filaha Innov à l’agence Algérie Presse Service (APS). L’expert rappelle que dans cette filière « le pays n’exporte que 0,2 % de son potentiel en fruits et légumes ».

 

Pour y parvenir, Mokrane Nouad rappelle que l’Algérie dispose d’une nappe albienne stockée dans les profondeurs qui lui permettrait d’intensifier la production agricole dans le Sud du pays.

 

De son côté, Djamel Eddine Seid, président la Fédération nationale des exportateurs et importateurs algériens et chef d’entreprise spécialisée dans agroalimentaire, appelle les institutions étatiques à s’impliquer davantage pour faire décoller les exportations. « Nous manquons de moyens humains, de matériels et de jurisprudence pour espérer faire démarrer la machine de l'exportation » explique t-il. La fédération, qui compte100 membres et présente dans 25 wilayas, dispose de dix bureaux qui sont chargés de l'organisation, de l'investissement, du tourisme, des finances, des relations avec les marchés extérieurs, de l'information et des affaires juridiques.

 

Initié en 2016 par World Trade Center Algérie, le  Club Export est aussi chargé de la promotion de l’exportation et le commerce international des entreprises hors hydrocarbures. L’organisme cible les pays africains, la Russie, le Qatar et les Emirats arabes unis. Composé de 30 entreprises adhérentes, le club compte mener des actions promotionnelles à l’international. Pour son président, Racim Toualbi Boughanem, les actions de Cul Export concerneront l’identification des entraves enregistrées par les operateurs locaux lors des opérations d’exportation. Des rencontres thématiques seront organisées afin de mieux connaître les spécificités et les besoins en marchandises des marchés extérieurs ainsi que la connaissance de la réglementation en vigueur dans chaque pays ciblé. « Une fois que nous disposons de fiches descriptives pour chaque pays, nous envisageons de mener des missions commerciales par pays, où nos opérateurs rencontreront des partenaires dans les pays souhaités », explique t-il.

 

Longtemps négligée, la bataille des exportations semble être engagée par les différents acteurs de l’économie nationale, mais la victoire nécessite de poursuivre le chemin dans l’approfondissement et la valorisation des acquis et des compétences humaines et technologiques.

 

 

 

 

 

Trophée de l'Export remportée par NCA Rouiba

Trophée de l'Export remportée par NCA Rouiba

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