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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Revaloriser l’industrie : une priorité

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 30 Octobre 2017, 10:19am

Catégories : #Économie Algérie

M. Youcef Yousfi, ministre algérien de l'Industrie et des Mines

M. Youcef Yousfi, ministre algérien de l'Industrie et des Mines

Revaloriser l’industrie : une priorité

Paru dans Arabies, octobre 2017

 

Pour contrer l’impact de la crise financière sur l’économie nationale, le gouvernement place le secteur de l’industrie au cœur de son plan d’action.

 

Les enjeux liés au développement du secteur de l’industrie sont vitaux pour l’Algérie. Ces derniers consistent dans la mise en œuvre d’une politique économique permettant d’augmenter les capacités industrielles et de miser sur les filières porteuses. Mais, ces objectifs ne peuvent être atteint sans la mise à niveau l’outil productif. Des défis que devrait relever le gouvernement pour une donner un nouveau souffle au développement économique du pays.

 

Pallier aux répercussions négatives des importations massives, l’augmentation de la production nationale et la promotion des exportations hors hydrocarbures sont les objectifs qui découlent de la stratégie gouvernementale mise en place par le nouveau gouvernement. Un plan d’action dans lequel la relance de l’industrialisation du pays est considérée comme un des axes majeurs.  

 

Dès son installation à la tête du ministère de l’Industrie et des Mines, la position de Youcef Yousfi est claire: les projets industriels et les investissements productifs, porteurs de développement technologique et de progrès techniques, inscrits dans le registre des priorités nationales, représentent des chantiers prioritaires dans le plan d’action du gouvernement Ouyahia.

 

« Le secteur de l'Industrie et des mines est d'une importance primordiale et constitue l'une des bases essentielles pour la construction d'une économie diversifiée qui aide à sortir de la dépendance aux hydrocarbures, conformément au programme du président de la République », a t-il souligné en août dernier, en marge de la cérémonie de passation de pouvoir avec son prédécesseur Mahdjoub Bedda. 

 

Le nouveau ministre de l’Industrie et des Mines est ainsi chargé de la mise en œuvre du redressement économique, de la stratégie industrielle, de l’assainissement du climat des affaires, de la consolidation des relations avec le patronat, de la promotion des partenariats avec les opérateurs étrangers, de l’assainissement du foncier industriel et de la relance des projets des zones industrielles.

 

Selon le ministre de tutelle, le phosphate, les engrais, la sidérurgie et l’automobile sont les filières industrielles à valoriser dans les prochaines années. Youcef Yousfi  précise que ces filières contribueront incontestablement à la création de richesses et d’emplois à travers le territoire national. «Le secteur apportera une plus-value à l'économie nationale et permettra la création d'emplois notamment au profit des nouveaux diplômés universitaires », a t-il souligné.  

 

Le secteur des mines, un des piliers de l’industrie, est en phase de relance. Selon le ministère de l’Industrie et des Mines, l’exploitation de cette  richesse nationale est devenue indispensable pour donner un nouvel élan à l’industrie. Dans cette filière, de nouvelles exploitations minières sont prévues dans les wilayas de Sétif, de Batna, de Bejaia et de Béchar.

 

 

 

Afin d’optimiser l’exploitation des richesses nationales, le président Abdelaziz Bouteflika invite le gouvernement à valoriser davantage les richesses nationales en y incluant les ressources fossiles et non conventionnelles dont le gaz de schiste et les énergies renouvelables.

 

Nouveaux projets. Concernant l’industrie des hydrocarbures et de la pétrochimie, le nouveau ministre intégrera, entre autres, la modernisation et l’augmentation des capacités des raffineries existantes et le lancement de nouveaux projets de construction d’usines, notamment dans la liquéfaction du gaz naturel et la production de l’ammoniac, des engrais et de l’industrie des plastiques.

 

Enfin, le ministre a expliqué que l’industrie nationale ne peut être consolidée sans l’apport important des petites et moyennes entreprises. Pour permettre la relance de l’industrie nationale, le ministre exhorte l’ensemble de ses cadres à s’impliquer dans cette dynamique en appliquant les règles strictes de concertation et de transparence.

 

Le Premier ministre Ahmed Ouyahia l’a affirmé : les projets de montage automobile se poursuivront dans les prochaines années. « Si l'Algérie avait préservé son industrie dans ce domaine depuis l'indépendance, nous serions aujourd'hui en train de produire des véhicules de fabrication algérienne », a t-il souligné lors de son intervention au Parlement.

 

Quant au ministre de tutelle, il considère le dossier de l’industrie de montage automobile comme prioritaire. « L’industrie nationale sera mise à contribution pour développer le secteur de l’industrie automobile en Algérie et réaliser l’intégration entre les deux secteurs, nous comptons par ailleurs intégrer l’industrie automobile dans le secteur de l’industrie nationale », a indiqué Youcef Yousfi.

 

Les constructeurs Renault, Hyundai et Volkswagen, en partenariat avec des opérateurs algériens, se sont lancés dans la construction des usines de montage automobile sur le marché local, respectivement en novembre 2015, décembre 2016 et Septembre 2017. Répondant ainsi aux critiques adressées au gouvernement concernant l’absence d’une stratégie viable en matière d’industrie automobile, le Premier ministre a souligné, lors d’une séance au Parlement :  «  « Le Japon et la Corée du Sud, qui sont les leaders mondiaux dans le domaine, ont débuté avec le boulon et le tournevis ».

 

De son côté, Latifa Latifa Turki Liot, présidente de l’Union nationale professionnelle de l’industrie automobile et mécanique (Upiam) va plus loin en appelant les acteurs du secteur à se lancer dans la concrétisation des projets en cours. « Il faut sortir des débats stériles et avancer sur la feuille de route sectorielle tout en réunissant les trois parties : gouvernement, constructeurs et sous-traitants autour d’une vision commune et partagée », a t-elle affirmé.

 

Taux d’intégration. Concernant le cahier de charges qui encadre cette filière, Latifa Turki Liot souligne que ce dernier stipule que « le constructeur doit atteindre un taux d’intégration de 15% sous 3 ans et 40% sous 5 ans à compter de la mise en production ».

 

De son côté, Mourad Oulmi, PDG de Sovac Production, souligne qu’une période de dix ans est nécessaire pour créer une industrie automobile dans le pays. « Il faut avoir la vision stratégique de développer une étroite coopération avec des constructeurs qui auront un intérêt gagnant / gagnant dans le fait de produire des véhicules et d’acheter de la pièce de rechange en Algérie », explique t-il. Cependant, en raison de la taille du marché algérien, Mourad Oulmi explique que le marché doit être calibré, organisé. « On ne peut pas partager un marché de 400 000 véhicules avec dix constructeurs », a t-il estimé.

 

De son côté, Mohamed Achir, économiste, explique que le coût des équipements nécessaires à la concrétisation d’une unité de montage nécessite un investissement de 160 millions d’euros. « Pour amortir l’investissement dans la phase tôlerie-peinture- cataphorèse, il faut produire entre 150 000 à 200 000 véhicules par an », souligne l’économiste. Or, à ce jour, l’usine Renault, installée à Oued T’lelat, prés d’Oran, n’a pas encore son objectif de production de 60 000 véhicules par an.

 

Un avis partagé par l’économiste Samir Bellal qui considère que les unités de production locales ne sont pas prévues pour être compétitives. Et pour cause, ces dernières ont été construites pour satisfaire la demande locale. Or, selon les spécialistes du secteur, une usine de production de véhicules devient compétitive lorsque sa production dépasse 100 000 unités par an et dont une bonne partie est consacrée à l’exportation. Certains experts évoquent l’exemple de l’usine Renault au Maroc. Implantée dans le royaume chérifien depuis quelques années, l’usine a atteint un volume de production de plus de 400 000 véhicules par an et représente un bon exemple dans la rentabilité de l’investissement pour les deux partenaires. 

 

A noter que dans un objectif de renforcement des compétences dans cette filière industrielle, une délégation composée de plusieurs chefs d’entreprises allemandes a séjourné en Algérie du 26 au 28 septembre dernier dans le cadre d'un voyage d'affaires. Un évènement durant lequel des séances de travail B2B dans le domaine de l'automobile, notamment dans la filière de production de pièces de rechange sont inclues dans le programme. 

 

Depuis 2014, date du début de la chute des prix du pétrole, les réserves de change de l’Algérie sont utilisées pour financer l’économie nationale et les dépenses de l’Etat. Evaluées à 177 milliards à la fin 2014, 143 à la fin 2015, elles sont estimées à 108 milliards de dollars à fin juin 2017. Pour faire face à cette situation, les pouvoirs publics misent sur une nouvelle approche économique et la mise en œuvre de solutions consensuelles.

 

Selon le communiqué de la présidence de la république, publié après le Conseil des ministres du 6 septembre dernier, un projet de loi portant sur la monnaie et le crédit, lequel introduirait le financement non conventionnel au profit du trésor public, a été validé.

 

Programme de réformes. « Ce mode de financement exceptionnel, qui sera instauré pour une durée de cinq années, sera accompagné de la mise en œuvre d'un programme de réformes structurelles économiques et financières, destinées à rétablir l'équilibre des finances publiques ainsi que l'équilibre de la balance des paiements »,  indique le communiqué.

 

De leurs côtés, les économistes expliquent que cette stratégie keynésienne est axée sur le renforcement des investissements interne et la consommation des ménages. « Le financement non conventionnel est généralement utilisé dans une économie de marché structurée ayant un potentiel de création de valeur ajoutée envisageable dans le cas d'entreprises en croissance ou d'entreprises en restructuration, ou lorsque le financement traditionnel ne permet pas à l'entreprise de se développer, ou encore lorsque le financement n'est simplement pas disponible », explique Kamal Kheffache à la presse nationale.

Le financement non conventionnel, pratiqué par exemple par la Banque centrale européenne f (BCE), consiste dans la mise en place de taux négatifs et le rachat d’actifs détenus par les banques auprès des Etats afin de financer l’économie.

 

Pour fructifier les partenariats gagnants /gagnant avec les opérateurs étrangers, le ministre de l’Industrie et des Mines a organisé des rencontres avec les ambassadeurs du Royaume - Uni,  de l’Allemagne et la France. Avec son excellence Andrew Noble, ambassadeur du Royaume –Uni, le ministre algérien a évoqué les projets de partenariats en cours et fait de part de son souhait de renforcer la coopération algéro- britannique dans le domaine industriel, notamment dont les secteurs de mines, de la pharmacie, de l’énergie et des télécommunications.  

 

Coopération algéro-allemande. Lors de sa rencontre avec Michel Zenner, l’ambassadeur d’Allemagne en Algérie, Youcef Yousfi a exprimé son souhait de renforcer la coopération algéro - allemande dans le domaine de la formation. Selon le communiqué publié par le ministère de l’Industrie, le ministre a sollicité l’Allemagne afin d’assurer la formation des cadres algériens qui seront chargés de la gestion des dossiers d’investissements.

 

En février dernier s’est tenue la 6e édition de la commission mixte algéro- allemande qui avait pour objectif la promotion des programmes de coopération entre les PME des deux pays, notamment dans les secteurs de l’industrie mécanique, de la sous traitance automobile, de la chimie et de l’industrie pharmaceutique.

 

Le Premier ministre se fixe un délai de cinq ans pour redresser la situation économique et rétablir l’équilibre budgétaire de l’Etat. L’Algérie pourrait –elle devenir un pays émergeant en 2019 ? Le gouvernement actuel mettra t-il en œuvre un écosystème favorable lui permettant de faire décoller son industrie ? L’ouverture des marchés sera t-elle plus structurée et organisée pour inciter les investisseurs étrangers à s’implanter en masse dans le pays?

 

Dans tous les cas, le plan de relance adopté par le Conseil des ministres confirme cette volonté de s’engager vers la voie de la croissance. Ce dernier consiste dans « l’intensification de la croissance, grâce à l’amélioration de l’environnement des affaires, à la promotion de l’investissement dans tous les secteurs, au soutien au développement agricole et rural, ainsi qu’à la valorisation du développement local ».

 

Pour Boualem M’rakech, président du Confédération du patronat algérien (CPA), le gouvernement doit définir une démarche claire qui favorise l’instauration d’une économie capable de produire. « Nous sommes contre l’économie du bazar », a t-il souligné.

 

Le Premier ministre rappelle que l’Algérie est économiquement souveraine grâce aux réserves de change accumulées avant 2014. Mais, depuis la survenue de la crise financière et la chute vertigineuse des prix des hydrocarbures, Ahmed Ouyahia n’a pas hésité à décrire une situation financière préoccupante. « La situation des finances publiques est préoccupante et demeure extrêmement tendue au niveau du budget de l’Etat » a t-il insisté.

 

Une déclaration qui confirme qu’Ahmed Ouyahia, l’homme du consensus et des sales besognes, martèle que l’heure des grands défis a sonné. Des défis que devraient relever tous les responsables de l’Etat, les operateurs économiques, publics et privés, ainsi que l’ensemble de la société civile en suivant la voie du travail et du développement. Celle qui permettrait d’éviter la banqueroute et (ou) une restructuration douloureuse que le pays a connu précédemment. Tout porte à croire que les deux prochaines années seront capitales pour la consolidation des acquis et des efforts déployés par l’Algérie. 

 

 

 

 

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