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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Un développement économique durable

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 30 Octobre 2017, 10:29am

Catégories : #Économie Algérie

Un développement économique durable
Un développement économique durable

Paru dans Arabies, octobre 2017

La mise à niveau et la privatisation, partielle ou totale des entreprises publiques, mise en place depuis plusieurs années, sera t-il enfin finalisée par le gouvernement Ouyahia ? 

 

Pour renflouer les caisses de l’Etat, le gouvernement envisage t-il de privatiser les entreprises publiques déficitaires ? L’inventaire demandé par le Premier ministre ne représente t-il pas le premier pas vers la mise en œuvre d’un plan d’assainissement et de restructuration des entreprises publiques déficitaires ? 

 

En période de crise financière, pour assurer leur survie, les entreprises algériennes ont besoin de gagner en compétitivité. Cette dernière sera atteinte avec la mise en œuvre d’une gouvernance efficiente permettant aux entités économiques d’améliorer leur productivité, qui représente un des leviers essentiels du développement économique durable.

 

Il faut dire que le pays dispose d’atouts non négligeables : des infrastructures diverses, un endettement extérieur quasi nul, des compétences humaines et une assise économique en cours de construction. Mais, pour consolider ses acquis, l’Algérie doit fournir plus d’efforts dans la poursuite des reformes structurelles, notamment via l’amélioration du climat des affaires et la mise à niveau des entreprises. Des éléments majeurs permettant d’accroitre la productivité et de diversifier les exportations hors hydrocarbures.

 

Selon les experts, la mise à niveau des entreprises passe par l’amélioration de la gouvernance. Cette dernière consiste, entre autres, dans l’adoption de nouveaux modes de gestion, lesquels sont caractérisés par l’ouverture du marché et la valorisation de l’apport des entreprises nationales, publiques et privées, dans le développement économique du pays.

 

Le virage vers une économie de marché est une option à privilégier pour assurer une croissance viable et intégrer le chemin de la mondialisation. « Le gouvernement encouragera toute opportunité de partenariat entre des entreprises publiques et des opérateurs ou des investisseurs privés nationaux ou étrangers. De tels partenariats dont les assises juridiques existent déjà seront destinés à valoriser le potentiel économique public et à rehausser sa compétitivité », a mentionné le Premier ministre, Ahmed Ouyahia.

 

 

La situation financière est plus difficile. « Depuis l’effondrement des prix, l’Algérie a pu résister trois ans en dépit de la baisse de 50% de nos recettes d’exportations en hydrocarbures et 50% de la fiscalité pétrolière. », a déclaré Ahmed Ouyahia.

 

Financements alternatifs. Mais la situation financière du pays est désormais plus vulnérable. Pour répondre aux impératifs de la conjoncture financière actuelle, le gouvernement doit recourir à des modes de financement alternatifs.

 

Selon le Premier ministre, le gouvernement compte financer les investissements publics via le recours au financement non conventionnels. Dans sa plaidoirie devant les membres de l’Assemblée populaire nationale (APN), Ahmed Ouyahia a indiqué que le recours à ce mode de financement s’étalera sur une période de cinq ans et « permettra à l’Algérie de s’assurer la sauvegarde de son indépendance financière et la poursuite des réformes à une cadence qui ne lui engendrera pas des problèmes importants ».

 

Ainsi, pour assurer la mise à niveau des entreprises publiques, le plan d’action du gouvernement Ouyahia prévoit « un financement global supérieur à 1000 milliards de DA sous forme de crédits bancaires bonifié ». Selon le Premier ministre, ces crédits seront « mobilisés pendant une période de transition financière, par des financements non – conventionnels ».

 

Pour rassurer l’opinion publique quant aux risques de l’inflation, le Premier ministre a expliqué que le recours à ce mode de financement  - les fonds empruntés au Trésor auprès de la Banque d’Algérie - permettra aussi à l’Etat d’éviter l’augmentation des taxes lors de l’élaboration de la prochaine loi de Finances 2018. Ahmed Ouyahia a affirmé que « Ces fonds ne seront pas une source d’inflation, puisqu’ils seront destinés à financer exclusivement l’investissement public ».

 

Le chef de l’exécutif a rappelé que les entreprises privées sont aussi concernées par la mise à niveau et pourraient bénéficier d’une aide qui consiste dans l’instauration des conditions incitatives. « L’effort se poursuivra pour convaincre les entreprises privées d’adhérer au programme de mise à niveau instauré par l’Etat à leur profit, avec des conditions attrayantes », a t-il souligné. Selon les dispositifs du plan d’action gouvernemental, cette réforme concernera toutes les PME disposant d’un cadre juridique, réglementaire et financier.

 

Cela dit, les entreprises publiques déficitaires, caractérisées par le manque de stratégie efficace de gestion et de performance, seront-elles proposées à la privatisation, voire à la dissolution ?

 

Programme de privatisation. Il est important de souligner que le programme de privatisation des entreprises publiques a été entamé lors de la mise en place des réformes structurelles imposées par le Fonds monétaire international (FMI) en contrepartie du rééchelonnement de la dette extérieure en 1995.

 

En cette période, la dette extérieure de l’Algérie lui coûtait les deux tiers des recettes des hydrocarbures, principale source de revenus du pays. Entre 2003 et 2007, plus de 417 entreprises publiques ont été privatisées dont 192 avec une privatisation totale, 44 avec une privatisation à 50% et 70 ont été cédées aux salariés. Rappelons que l’assainissement financier a coûté plusieurs milliards de dollars.

 

L’Etat est –il toujours en mesure de renflouer les finances et les charges des entreprises déficitaires ? Selon les économistes, la conjoncture appelle à l’application des mesures pragmatiques, dont celles qui consistent dans la mise en œuvre de la privatisation, partielle ou totale, des entreprises déficitaires.

 

En juin dernier,  Ahmed Ouyahia a indique qu’il serait favorable à la privatisation d'un nombre d'entreprises publiques « dont la situation financière se détériore en raison des problèmes liés au plan de charge et à la gestion ». Il faut dire que les mesures d’assainissement des entreprises publiques endettées, prises en charge par le Trésor public, ont eu un impact sur l’accroissement de la dette publique.

 

En effet, le plan de soutien à l’investissement des entreprises publiques mis en place par le gouvernement et financé par les banques publiques depuis 2010 n’a pas atteint les objectifs escomptés. De nombreuses entreprises n’ont pas réussi à créer des richesses et/ou à développer la production nationale.

 

De son côté, Mohamed Loukal, gouverneur de la Banque d’Algérie, a indiqué qu’un montant de plus de 7 milliards de dollars qui a été mobilisé par l’État au cours des deux dernières années pour éponger les déficits accumulés par les entreprises publiques. Aussi, selon le rapport établi par la Banque africaine de développement (BAD) en 2015, l’industrie manufacturière hors hydrocarbures ne représentait que 5% du PIB, alors que cette dernière était de 35% dans les années 1980. Le  rapport de la BAD évoque même « une certaine désindustrialisation de l’Algérie au cours des trois dernières décennies ».

 

Impératifs économiques. Pour y remédier, la performance des entreprises va t-elle désormais être exigée par les pouvoirs publics ? L’accès aux financements serait-il accordé en fonction de la viabilité des résultats ? Selon de nombreux économistes, il existe encore des entreprises publiques qui continuent de fonctionner comme des entités sociales, écartant ainsi les impératifs économiques comme ceux qui concernent la productivité et la rentabilité financière.

 

« En Algérie, l’entreprise publique est perçue et assimilée à l’Etat. Dans sa relation avec les travailleurs, elle est redevable. Si elle manque à sa mission sociale, elle se verra confrontée aux conflits, aux mécontentements et aux mouvements sociaux », nous confie Karima, cadre dans une entreprise publique.

 

Selon les experts, pour assurer sa survie, l’entreprise publique est condamnée à être performante. En effet, la situation économique exigerait de tous acteurs, y compris les salariés, de fournir plus d’efforts pour relever le défi du développement en accordant une importance majeure à la revalorisation du travail et l’amélioration de la productivité.

Deux conditions essentielles qui permettraient à l’Algérie d’être plus attractive et plus compétitive sur le marché international et d’attirer davantage d’Investissements directs étrangers (IDE).

 

Dans un entretien accordé à Algérie presse service (APS), Lakhdar Rekhroukh, président de l’Union nationale des entrepreneurs publics (Unep) et PDG du groupe public Cosider explique que «les profondes réformes, notamment économiques, mises en œuvre par les plus hautes autorités du pays impactent l’organisation et le fonctionnement de l’entreprise publique économique. Ce qui, logiquement, appelle à une mise à niveau organisationnelle qui doit viser à lever les contraintes qui pèsent sur l’environnement de l’entreprise à l’effet de l’amener à jouer un rôle plus déterminant dans la croissance nationale, en termes de création de richesse et d’emploi, à travers l’accroissement de son rendement et de ses potentialités ainsi que son ancrage durable dans la modernité».

 

Ecosystème sain et réglementé. Pour cela, les entreprises algériennes ont besoin d’évoluer dans un écosystème sain et réglementé et doivent se doter d’outils de gestion performants, caractérisés par l’intégration des innovations techniques et technologiques et la valorisation des départements de recherches et de développement (R&D), considérés comme deux facteurs essentiels permettant la croissance de l’attractivité des entreprises. 

 

Dans ce contexte précis, la valorisation du capital humain joue un rôle important dans le bon fonctionnement de l’entreprise. La valorisation des compétences humaines, via la formation continue et les stages de perfectionnement, permettrait aux entreprises d’évoluer positivement sur le marché interne et externe.

 

« La  formation des cadres est capitale. Les dirigeants sont l’obligation d’adopter de nouveaux mode de gestion qui correspondent aux standards internationaux et adopter des comportements exemplaires et de modèles de référence vis à vis des autres salariés. Il faudra penser à révolutionner le mode de fonctionnement dans le milieu du travail, celui qui consiste à faire adopter la culture du travail et de la productivité dans notre pays », explique Rachid, un cadre dans une entreprise publique du secteur de l’énergie.

 

Au cours d’une intervention sur les ondes de Radio M, Mohamed Ali Deyahi, directeur régional Afrique du Nord du Bureau International du Travail (BIT), a indiqué le 20 septembre dernier qu’il existe une inadéquation entre la sphère économique et le système de formation. « Il ya un écart entre l’offre des entreprises dans la plupart des pays d’Afrique du nord et la compétence disponible en termes de profils, surtout s’agissant des formations académiques. La synergie entre les formations académiques de haut niveau et les besoins du marché n’existe pas. L’écart est important », a t-il explique t-il.

 

Dispositifs. Concernant le marché de l’emploi, l’expert a affirmé que l’Algérie a un dispositif de l’emploi systémique. « Ce dispositif a connu une évolution très positive. La contreperformance du premier semestre de 2017 est due à plusieurs facteurs relatifs à la conjoncture économique et non à la politique algérienne de l’emploi. Mais les dispositifs ont donné globalement de bons résultats », a t-il expliqué.  

 

Pour préserver cet équilibre, le Premier ministre a affirmé que l’économie nationale est l’affaire de tous les Algériens. « Il faut passer de l’économie de rente au travail et à la production », a t-il déclaré lors de la présentation de son plan d’action.  Pour y parvenir, le premier ministre exhorte les entreprises à encourager la mise en œuvre des formations dans les métiers.

 

Pour assurer la viabilité des réformes, Abderrahmane Benkhalfa, ancien ministre des Finances, a souligné de son côté que l’Algérie vit une situation difficile et appelle le gouvernement à accompagner le recours au financement non conventionnel par la mise en œuvre des réformes structurelles à plusieurs niveaux.

 

« Il faut ouvrir les grands dossiers : les subventions, le partenariat public/privé, l’ouverture des capitaux des entreprises et des banques publiques, la réforme bancaire et la flexibilisation de la règle 51/49 pour les investissements directs » , a expliqué Abderahmane Benkhalfa.

 

L’ancien ministre des Finances explique que la Banque d’Algérie estime que la direction du Trésor et le ministère des Finances ne devraient couvrir tous les besoins en financement. « Il faudra bancariser l’économie et ramasser les ressources thésaurisées », a t-il affirmé.

 

En dépit de la situation difficile à laquelle l’Algérie est confrontée, le Premier ministre est confiant, car il considère que « Les entreprises publiques économiques représentent un patrimoine important de la nation et recèlent d'importantes capacités productives».

Une stratégie qui pourrait s’avérer positive, si les mesures de mise à niveau, mises en œuvre par l’Etat, se voyaient concrétisées par l’amélioration de la productivité.

 

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