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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


 Vers une reconversion économique ?

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 4 Juillet 2017, 10:36am

Catégories : #Économie Algérie

Abdelmadjid Tebboune, Premier ministre

Abdelmadjid Tebboune, Premier ministre

Paru dans Arabies, Juillet-août 2017

Le nouveau Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, va t-il accélérer la cadence des réformes et donner un nouveau souffle à l’économie nationale ?

 

Le nouveau Premier ministre l’a annoncé dés son installation à la tête du gouvernement : sa stratégie sera axée sur l’instauration d’une économie plus saine et plus équilibrée. Nommé le 24 mai dernier, Abdelmadjid Tebboune, vise la poursuite des réformes  contenues dans le programme du président Abdelaziz Bouteflika et n’exclut pas une reconversion dans la stratégie économique. « Une reconversion économique nécessaire et urgente pour faire en sorte que notre pays ne dépende plus des fluctuations des prix des hydrocarbures», a-t-il souligné.

 

Connu pour être un homme de terrain, Abdelmadjid Tebboune, ancien de ministre de l’habitat, affiche une détermination et pragmatisme dans l’exécution des programmes. D’ailleurs, il n’a pas manqué de souligner que le pays connait des « difficultés financières », mais il rassure en indiquant que cette situation n’engendrera pas « de blocages » pour la poursuite des réformes.

 

Selon les informations que nous avons recueillies, des groupes de travail représentant divers départements ministériels sont chargés de l’élaboration d’un plan d'action des futures orientations économiques du pays. Selon le communiqué du gouvernement, il s’agira essentiellement la prise en charge des chantiers prioritaires, dont l’amélioration du pouvoir d'achat, la rationalisation des importations, la lutte contre le chômage, la création de logements, la justice sociale, la préservation des couches défavorisées et l'encouragement des projets d'investissement.

 

Le nouveau gouvernement compte poursuivre les chantiers concernant l’éradication totale de la crise du logement, la destruction des bidonvilles en poursuivant la réalisation du programme de logement et des infrastructures éducatives et de la santé inscrit dans le programme présidentiel. « Nous allons reloger tous ceux qui ouvrent droit, avec l’achèvement du programme de construction de logements AADL », a souligné le Premier ministre.

 

Plan d’action. Lors de la présentation de son plan d’action devant les députés de la nouvelle Assemblée nationale, le 20 juin dernier, le Premier ministre a indiqué qu’une large concertation va être lancée « en vue de l'adaptation progressive de la politique des transferts sociaux et des subventions aux produits et services de base ». De son côté, Mustapha Mékidèche, vice-président du Conseil national économique et social (Cnes), explique que le gouvernement Tebboune a placé comme priorité la continuité dans le développement du capital humain.

 

Pour préserver l’équilibre budgétaire du pays et réduire le déficit de la balance commerciale, le Premier ministre compte poursuivre les reformes budgétaires entamées par le gouvernement précédent. Cette reforme, programmée sur une période de trois ans, consiste dans la stabilisation des dépenses publiques estimées autour de 7000 milliards de dinars, l’optimisation des recettes fiscales et la réduction du déficit budgétaire de 6,7% du PIB en 2017 à 5% en 2018 et 1,9 % en 2019. Selon les économistes, ces objectifs sont difficiles à atteindre sans la mise en œuvre d’une gestion rigoureuse des dépenses publiques. De son côté, Abderrahmane Raouya, nouveau ministre des Finances, a souligné que la politique budgétaire de l’Etat sera au centre des priorités du gouvernement.

 

Et pour cause, le gouvernement vise à préserver la solvabilité et la stabilité financière du pays. Selon les chiffres officiels du ministère de tutelle, l'encours des réserves de change a baissé de 144 milliards de dollars à fin décembre 2015, à 121,9 mds de dollars à fin septembre 2016, puis à 114,1 mds de dollars à fin décembre 2016. Selon la même source, les prévisions de recettes sont estimées à 35 milliards pour 2017, 40 milliards pour 2018 et 45,6 milliards de pour 2019.

 

Pour préserver l’équilibre Budgétaire, le nouveau gouvernement compte tailler dans la facture des importations de façon plus significative. L’objectif étant de réduire de 10 à 15 milliards de dollars la facture des importations, car le recours aux importations entrave sérieusement les mesures prises pour la relance de la production nationale. « Le pays s’est engagé dans une politique de réduction des importations qui ont atteint un niveau insupportable, qui tourne autour des 60 milliards de dollars ces deux dernières années, et ce, à travers l’introduction des licences d’importation, ce qui a permis de réduire ce chiffre à 46 milliards de dollars», a déclaré à la presse Abdelmadjid Tebboune lors d’une passation de consigne au nouveau ministre du Commerce.

 

Selon M. Mékidèche, la rationalisation des importations permettra d’éviter l’accumulation des déficits commerciaux. « Il n’y a pas de raisons de continuer à importer ce qui peut être produit par notre secteur privé. Il ne s’agit pas de verrouiller le commerce extérieur. Le gouvernement va respecter ses engagements avec l’Union européenne. Il existe d’autres instruments par lesquels on limiterait les importations, comme, par exemple, la mise de normes et de standards algériens », explique M. Mékidèche lors de son intervention à la radio algérienne. Selon les informations que nous avons recueillies, des décrets relatifs aux importations devraient être publiés dans les prochaines semaines.

 

La dynamisation du secteur de l’énergie et l’intégration des énergies renouvelables dans le mix énergétique sont des premiers objectifs prioritaires du gouvernement Tebboune. Mais, cette nouvelle orientation économique sera t-elle orientée vers la réduction de la facture des importations des produits énergétiques ?

 

Selon les données officielles, cette dernière balance entre 7 et 10 milliards de dollars par an, un chiffre qui reflète l’augmentation constante de la demande interne en matière d’énergie dans le pays.

 

Politique énergétique. Pour y remédier, l’équipe gouvernementale chargée du secteur a un défi à relever, celui qui consiste dans la mise en œuvre d’une politique énergétique permettant de trouver un équilibre dans la satisfaction de la demande interne et la réduction du poids de la facture des énergies.

 

Pour les économistes, la multiplication des investissements dans le secteur de l’énergie et l’instauration d’un rééquilibrage dans la politique tarifaire des produits énergétiques, représentent les axes majeurs à adopter pour permettre l’installation d’une économie plus efficiente. Ainsi, les prix de l’électricité et du gaz devraient être revus à la hausse de façon graduelle. « Nous devons réformer profondément et rapidement le système des subventions qui pèse sur le budget et empêche le développement de certaines filières industrielles », confirme Anisse Terai, expert économiste.

 

Rappelons que les transferts sociaux (logement, santé et éducation) et les subventions des produits de première nécessité, produits alimentaires et énergétiques, représentent selon le Fond monétaire international (FMI) 23,7% du PIB du pays.

 

Le prochain programme gouvernemental s’orientera t-il vers l’optimisation des compétences managériales et l’impulsion des investissements dans les différentes filières - y compris dans le secteur de l’énergie - dans lesquels la contribution des capitaux privés, nationaux et étrangers, va être intégrée de façon significative ? La concrétisation rapide et efficiente du projet Atlas1, dédié au développement des énergies renouvelables et intégrée au programme national du mix énergétique, sera un signe fort dans l’instauration d’une nouvelle vision économique dans le pays.

 

Les appels d’offres ont été lancés à la fin du mois de mai dernier et concerneront les différents volets du programme de construction d’une centrale d’énergie solaire d’une capacité de production de 4050 MW, la plus grande au monde. Selon les déclarations du Premier ministre « le secteur privé aura toute sa place dans cette nouvelle orientation gouvernementale ».

 

Production nationale. Les secteurs de l’agriculture, du tourisme et de l’industrie figurent parmi les filières qui devront contribuer à l’augmentation de la production nationale. Pour y parvenir, le secteur privé, véritable levier de croissance, apportera sa contribution dans la diversification des activités économiques.

 

Il faut dire que les groupes privés locaux sont dans l’attente d’une régulation des activités économique et de d’un assainissement plus prononcé du climat des affaires. « Il s’agit de construire une économie plus saine et plus équilibrée, dans laquelle le secteur privé aura toute sa place, peut-être même une place prioritaire, avec toute la régulation et le contrôle que doit faire le gouvernement », a insisté Abdelmadjid Tebboune. 

 

Pour une garantir l’efficacité économique, les économistes recommandent des actions concrètes dans le rapprochement entre les secteurs public et privé, l’ouverture du capital des entreprises publiques, la privatisation et la transparence dans la gestion des programmes gouvernementaux.

 

Des avancées significatives ont été réalisées ces dernières années, notamment dans la simplification des procédures et l’accès aux services publics. Néanmoins, et face à l’urgence, l’Etat doit accélérer les réformes pour booster les investissements productifs dans les différents secteurs de l’économie.

 

La bureaucratie et l’amélioration de la gouvernance figurent parmi les priorités permettant l’exécution des programmes gouvernementaux. Décriés par les organisations patronales et les chefs d’entreprises, la lourdeur administrative représente un des freins majeurs à l’aboutissement des projets. « Le problème majeur de l’économie algérienne est la bureaucratie », confirme Mohand Said Nait Abdelaziz, président de la Confédération nationale du patronat algérien (Cnpa).

 

Pour Ali Haddad, président du Forum des chefs d’entreprises (FCE), la modernisation de l’administration est nécessaire pour lever les contraintes au développement de l’économie. Selon le patron des patrons, les avancées réalisées depuis quelques années ne sont pas uniformes et ne concernent pas tous les secteurs d’activités. « Pour augmenter la contribution du secteur privé à l'économie nationale, il est également impératif de restituer la pleine initiative aux entrepreneurs et de mobiliser le potentiel des entreprises privées en particulier afin de développer l’ensemble des secteurs de l’économie nationale », souligne le président du FCE.  

 

Les chefs d’entreprises sont dans l’attente de la facilitation de l’accès au crédit bancaire et au foncier industriel. Les patrons des PME appellent aussi à la mise en œuvre d’une stratégie qui permettra au gouvernement de lutter plus efficacement contre les activités informelles.

 

Enfin, les experts recommandent aussi d’instaurer une synergie entre l’enseignement supérieur et la formation professionnelle avec le monde de l’entreprise. «Ce sont toutes les questions foncières, financières, administratives et fiscales qui restent complexes et pénalisent de fait l’initiative privée et l’investissement productif créateur de richesses et d’emplois», confirme Cherif Belmihoub, professeur en économie institutionnelle et management.

 

Selon certaines sources, la feuille de route élaborée par Abdelmadjid Tebboune consiste à donner aux collectivités territoriales un rôle plus dynamique dans le suivi des investissements qui seront consentis sur leurs territoires.  

 

Dynamisation. Il s’agira, entre autres, de l’élargissement du domaine d’intervention des agences foncières de wilaya. Pour impulser le rôle des collectivités locales dans la dynamisation des diverses activités économiques spécifiques aux régions, une loi relative à la fiscalité locale sera élaborée par la nouvelle équipe gouvernementale.

 

Tout semble croire que la priorité du gouvernement Tebboune est orientée vers une économie plus compétitive, plus dynamique et plus productive. L’exemple de l’institution d’un ministère chargé des énergies renouvelables et l’environnement indique la volonté d’instaurer une orientation nouvelle de la politique économique, plus axée vers un objectif d’industrialisation du pays. « Le secteur de l’énergie continuera à soutenir l’ambitieux programme de modernisation et d’industrialisation du pays », confirme, Mustapha Guitouni, le nouveau ministre de l’Energie.

 

Le potentiel pour le miracle algérien existe, mais les actions pour sa concrétisation, via l’adoption d’une détermination sans faille, d’une rigueur et un travail continu et efficace de tous les acteurs de la vie politique et socioéconomique et l’implication des citoyens est déterminante dans la concrétisation du rêve algérien. Le pragmatisme du nouveau Premier ministre permettra t-il d’atteindre cet objectif ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

           

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