Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Le e commerce pour dynamiser l’économie.

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 18 Novembre 2017, 08:41am

Catégories : #Économie Algérie

Le site marchand Batolis.com

Le site marchand Batolis.com

EEtniz.net, une plateforme considérée comme la première e boutique ethnique et artisanale en Algérie

EEtniz.net, une plateforme considérée comme la première e boutique ethnique et artisanale en Algérie

Paru dans Arabies, novembre 2017

 

Le nouveau dispositif réglementaire adopté par le gouvernement en octobre dernier permettra-il de créer un écosystème favorable au développement du e commerce ?

 

A l’instar des autres pays du monde, l’Algérie se dirige aussi vers l’adoption d’un nouveau mode de consommation : l’achat en ligne. Faire son shopping, payer ses factures, ou commander un repas via Internet ou téléphone mobile seront des actions de plus en plus introduites dans les pratiques courantes des consommateurs locaux.

 

En effet, plus de 100.000 transactions de paiement en ligne des factures d’électricité, de gaz et de l’eau et des services d’assurances ont été effectuées depuis une son lancement il y a un an. Le service du e - paiement est adopté par onze banques (six établissements publics et cinq privés) et neuf sites marchands  de grandes entreprises, comme Air Algérie, Tassili Airlines, Djezzy, Algérie Télécom, Mobilis, Seaal, Cnas, Ooredoo et l’assureur Amana.

 

Les sites marchands et les start - up qui commercialisent divers produits et services se multiplient dans le pays. Malgré le retard enregistré dans le déploiement de l’économie numérique, l’Algérie a décidé de se doter d’un nouveau cadre juridique qui régira le fonctionnement du e - commerce.

 

Projet de loi. Pour mieux encadrer ces nouvelles activités, un projet de loi a été adopté par le Conseil des ministres le 4 octobre dernier. Selon le communiqué qui a été publié par le présidence de la république, le texte de loi a pour objectif de « donner une assise légale à cette activité qui est déjà apparue en Algérie ».  Imane- Houda Ferouan, ministre de la Poste, des Télécommunications, des Technologies et du Numérique (MPTTN), a indiqué que les activités liées au e - paiement et le paiement via le téléphone mobile seront encadrées par des textes réglementaires précis et des actions concrètes.

 

La ministre de tutelle a annoncé « le déploiement d’un réseau de terminaux de paiement électronique qu’il faudra prendre en charge ». Pour accroitre le dynamisme du e -commerce, Algérie Poste compte aussi installer 50 000 terminaux de paiement électronique.

 

La future réglementation prévoit aussi de « développer l’économie numérique dans le pays et d’offrir une protection aux consommateurs et à codifier la répression de toute fraude dans ce domaine ».

 

Ainsi, la loi sur e - commerce va permettre d’offrir plus de services digitaux au profit des entreprises et des consommateurs. Dans le cadre de ce nouveau dispositif réglementaire, il est stipulé que les opérateurs qui se lancent dans le e - commerce, dont le site est hébergé en Algérie, devraient offrir les moyens de vérifier l’authenticité des produits. Une carte nationale du commerçant électronique sera établie par le centre national du registre du commerce.

 

Le projet de loi interdit en outre la commercialisation des jeux d’argents et des paris, les boissons alcoolisées et le tabac, les produits pharmaceutiques, les produits qui portent atteinte à la propriété intellectuelle, industrielle et commerciale.

 

Enfin, les opérateurs qui exercent l’activité du e - commerce de façon non officielle auront six mois après la publication de la loi sur le journal officiel pour se conformer aux nouvelles dispositions. Durant ces six mois, les opérateurs pourront poursuivre leur activité de façon ordinaire.

                                                                            

Disponibilité des offres. De leurs côtés, les petits commerçants, plus habitués au paiement cash, seront les plus difficiles à convaincre. Des habitudes acquises en raison de la faiblesse de la disponibilité des offres de services bancaires et une bancarisation limitée dans certaines régions du territoire.

 

Force est de constater que le recours à la monnaie fiduciaire est très ancrée dans les pratiques commerciales. « Nous avons l’habitude de régler noc achats en cash. Les Algériens ont coutume d’acheter les produits alimentaires ou différentes sortes d’équipements - meubles, ordinateur… -  en argent liquide, une situation qui arrange aussi les commerçants qui paient moins d’impôts. Or, ce manque de transparence et de traçabilité dans les transactions financières est un manque à gagner très important pour la trésorerie nationale », souligne Malika, médecin dans une structure de santé.

 

Au cours d’une émission diffusée sur la chaine algérienne Canal Algérie, Mohamed Hakim Soufi, PDG de la compagnie d’assurance Macir Vie a indiqué : « Le e-commerce va permettre, à terme, une plus grande traçabilité des opérations et des flux financiers avec une diminution drastique de la masse monétaire en circulation et donc mécaniquement une diminution de l’inflation».

 

En effet, l’instauration d’une économie forte et compétitive exige la mise en œuvre et l’adoption d’un système de bancarisation moderne, lequel assure la généralisation des systèmes de paiement modernes. La généralisation de l’utilisation de la carte bancaire est un des moyens permettant aussi le développement des transactions du paiement électronique.

 

Il est important de souligner que même si l’utilisation de la carte bancaire de retrait et de paiement (CIB) est limité en Algérie, l’investissement dans le commerce électronique existe. En effet, en dépit de la faiblesse du e - paiement, les sites marchands proposent aux consommateurs des solutions de paiement alternatives contre paiement cash à la livraison, par chèque ou virement bancaire, ou par moyen intermédiaire comme PayPal pour les acheteurs résidants hors du pays.

 

E- paiement 100% algérien. A l’image de la start - up ePay.dz, un site qui propose un service de paiement en ligne 100 % algérien, qui a inventé une solution qui s’adapte au contexte algérien. Cette dernière consiste dans l’ouverture d’un compte qui sera alimenté par des cartes prépayées, et qui permet aux clients de faire des achats sur les sites marchands partenaires de la plate-forme.

 

Le groupe Jumia Algérie, qui enregistre 1,5 millions de visiteurs par mois, a connu une croissance de 50% depuis 2016. « Notre plateforme numérique permet à nos visiteurs de choisir parmi une panoplie de produits qui répondent aux exigences de Jumia, de nos clients et aux standards internationaux », explique Patrick Sophienne Baudry directeur de Jumia Algérie.

 

De son côté, Meriem Toumi, directrice marketing de Jumia, a souligné : « La vente en ligne en Algérie est un marché très prometteur, depuis notre implantation en 2014, nous avons constaté une augmentation du chiffre d’affaire et le nombre de commandes est en constante augmentation ». Le groupe Jumia est leader dans vingt-six pays africains et opére en Algérie depuis cinq ans.

 

Batolis.com, un site d’achat en ligne 100% algérien, lancé en 2015, par Samir et Malek Bouazabia, diplômés en commerce international et en économie, est un site marchand qui propose une large gamme de produits ( électroménager, téléphonie, mode ). La start-up assure la livraison de ses produits sur tout le territoire. « Le e-commerce en Algérie reste au stade embryonnaire, compte tenu du manque d’un écosystème qui devrait intégrer la logistique, le digital marketing et un cadre juridique », explique Malek Bouazabia.

 

Etniz.net, une plateforme considérée comme la première e boutique ethnique et artisanale en Algérie. Elle propose une gamme de produits locaux, des bijoux, des produits de décoration, des vêtements et des produits de beauté. Pour dénicher les produits, les fondateurs du site écument les foires et les diverses rencontres liées à l’artisanat. Des rencontres qui leur ont permis de nouer des partenariats avec des artistes, créateurs et entrepreneurs à travers le territoire. La start-up, qui livre dans les quarante-huit wilayas dans un délai de quatre à dix jours, propose des tarifs qui varient entre 400 et 1200 dinars

 

Cependant, Amina Lesbat Hanouz, la fondatrice du site souligne que l’activité peut être freinée par le manque de bancarisation, notamment dans l’adoption du mode de paiement par carte bancaire. Le fait que la clientèle de Etniz.net soit constituée essentiellement de femmes jeunes et actives s’explique, selon la fondatrice du site par le fait que « l’artisanat s’adresse traditionnellement aux femmes ».

 

De son côté, la start up innovante Yassir, propose un nouveau mode de transport aux Algérois, lesquels pourront désormais commander un chauffeur via leurs Smartphones, une première dans le pays. « Notre nouveau concept attire de plus en plus de prestataires et d’usagers, c’est un bon signe pour nous. Néanmoins, l’introduction du e-paiement facilitera la croissance de l’entreprise » assure Yettou, cofondateur de la startup.

 

Echrily.com, un des sites pionniers du e – commerce, crée en 2012, propose à ses clients des achats alimentaires. Selon son fondateur, Abderazak Boudjedra, la clientèle est constituée de femmes actives et des étrangers expatriés dans le pays.

 

D’après les experts en économie numérique, le e-commerce se caractérise par l’achat de produits et de services par les entreprises et les particuliers via d’un support électronique. Il se décline sous trois formes : business à business (B2B), business à consommateur (B2C), consommateur à consommateur (C2C) et business entre entreprise et gouvernement (B2G).

 

Vision économique. Pour Youcef Boucherim, expert international en Technologie de l’Information et de la Communication, le commerce électronique se définit par l’adoption de cinq éléments essentiels : l’utilisateur/client final, le canal de transaction, le dispositif, la technologie et la modalité de paiement. « Le commerce électronique est d’abord une stratégie d’État fondé sur une vision économique à l’ère du numérique », souligne l’expert.

 

L’Algérie dispose t-elle d’un potentiel lui permettant de créer un écosystème favorable au développement du e commerce de façon plus encadrée et organisée ? D’après Ali Kahlane, président de l’Association des opérateurs de télécoms alternatifs,19 millions d’Algériens sont utilisateurs d’Internet, ce qui représente un taux de pénétration de 45,5%. D’après les informations que nous avons recueillies, les achats du e commerce s’effectuent essentiellement via le mobile.

 

Les Algériens, adeptes de Smartphones depuis l’installation des opérateurs de téléphonie mobile dans les années 2000, sont des utilisateurs connectés et des consommateurs avérés de divers applications mobiles. « 75% des clients commandent via leurs Smartphones », souligne Hanna Benmedrad, community manager chez Jumia. « Les hommes représentent 60% et les femmes 40%, et les trois-quarts d’entre eux ont moins de 45 ans », explique t-elle.

 

Les pouvoirs publics devraient assurer aux sites marchands de pouvoir s’octroyer de dispositifs qui garantissent qualité et traçabilité des produits et délais de livraison.

 

Les professionnels que nous avons contactés déplorent le manque de prestataires dans la logistique, une activité essentielle au développement du e - commerce. En effet, d’après les fondateurs des sites marchands, la lenteur constatée dans les délais de livraison se répercute indéniablement sur les prix des produits proposés aux consommateurs.  L’importance du marché informel ne va t-elle pas empêcher le développement de cette activité de manière saine. La cadre juridique sera t-il en mesure de protéger le e- consommateur?

 

Ahmed Mehdi Omarouayache, fondateur et General Manager de Connext considère que les acteurs de la monétique -  GIE monétique, Banques, SATIM, Algérie Poste, et les start-up du e commerce, ont fourni de grands efforts pour développer les activités du e-commerce dans le pays.

 

Déploiement des TPE. Ces efforts consistent, entre autres, dans le déploiement des Terminaux de paiement électronique (TPE) pour les commerçants, et la diffusion des campagnes de communication auprès du grand public, axées sur l’aspect de sécurisation des transactions. « La démocratisation de l’acceptation du paiement électronique et le plus gros challenge, car il faut prendre en compte l’informel qui contrôle largement le commerce de détail, ce qui fait que peu de commerçants acceptent d’être payés par voie bancaire comme cela a été le cas pour l’usage du chèque », souligne Mehdi Omarouayache.

 

Le succès quasi immédiat que connaît la croissance du e commerce reflète l’engouement des Algériens envers les produits et les services commercialisés via les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Un dynamisme qui s’explique aussi par l’émergence d’une génération de jeunes diplômés issus des écoles de management et de commerce qui souhaitent s’embarquer dans cette nouvelle ère du numérique.

 

« Il faudra faire confiance à une nouvelle génération de startups innovantes et motivées qui pourraient entrainer dans son élan les acteurs traditionnels du commerce et des services », explique le fondateur du site Connext. « Je pense que les banques algériennes devraient s’ouvrir et créer un écosystème de startups autour d’elles afin de profiter de leur créativité, compétences et souplesse», a t-il ajouté.

 

De son côté, A. Kahlane, affirme que le retard de Algérie dans le déploiement de l’économie numérique engendre des pertes importantes en termes d’emplois et de revenus. « Les États ainsi que les entreprises créateurs d’emplois et de richesses ne doivent plus leur succès aux seuls secteurs porteurs mais beaucoup plus à la rapidité avec laquelle ils procèdent à leur transformation numérique, souligne l’expert. Notre économie numérique ne dépasse pas les 4%, lorsque nos voisins enregistrent 7à 10% des parts des TIC à leur PIB ».

 

Une chose est sure : A l’ère du numérique et une population jeune, très friande des nouvelles technologies, dont le nombre d’utilisateurs d’internet ne cesse de croître, le potentiel de développement économique via le numérique est considérable. « Nous sommes voués à consommer exactement de la même manière que les Européens, Asiatiques ou Américains », explique Amina Lesbat Hanouz.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Solution de paiement e-commerce 26/03/2018 08:45

L'achat en ligne en Algérie connait un succès fulgurant et l'introduction du e-paiement ne pourra que faciliter l'expérience client pour ainsi donner un nouvel élan à l'économie du pays. Le projet de loi qui interdit la commercialisation des produits portant atteinte à la propriété intellectuelle, industrielle et commerciale est une bonne chose mais je pense qu'il faudrait insister plus sur la sécurité du paiement.

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents