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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Les mines, un riche potentiel

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 24 Janvier 2018, 10:56am

Catégories : #Économie Algérie

Les mines, un riche potentiel
Les mines, un riche potentiel

Paru dans Arabies, janvier 2018

 

Le gouvernement, qui place la relance de l’industrie au cœur de sa politique économique, compte revaloriser et dynamiser le secteur des mines.

 

Dans sa stratégie de diversification économique, le gouvernement algérien accorde au secteur de l’industrie une place majeure, notamment en qui concerne la filière des mines. Selon les chiffres publiés par l’Agence nationale des investissements (Andi), le domaine de l’industrie a bénéficié de 88,32% des investissements nationaux et étrangers consentis dans le secteur  pour la période de janvier à septembre 2017.

 

Selon Abdelkrim Mansouri, directeur général de l’agence, les investissements mixtes se sont chiffrés à 262,83 milliards de dinars (plus de 2 milliards de dollars), soit avec une hausse de 33% par rapport à la même période de l’année 2016.

 

Le pays a un riche potentiel et compte bien exploiter ses richesses naturelles pour relancer la machine de la production industrielle. Le nouveau défi de Youcef Yousfi, ministre de l’Industrie et des Mines, est de rendre effective l’exploitation et la valorisation des richesses minières dont disposent les terres algériennes.

 

L’optimisation de l’exploitation des minerais représente une des opportunités permettant à l’Algérie de libéraliser davantage les investissements et d’augmenter le volume de la production nationale et les exportations hors hydrocarbures.

 

L’Algérie dispose de richesses minières dont une grande partie n’est pas encore exploitée. Fer, phosphate, plomb, or, zinc et engrais, des matières premières nécessaires aux activités industrielles et à la décoration figurent désormais dans les différents projets retenus par le gouvernement pour redynamiser les activités industrielles.  

 

Selon les études réalisées ces dernières années, le potentiel minier algérien est équivalent à ceux des grands pays miniers comme l’Australie, l’Afrique du Sud, la Russie, la Chine ou le Brésil. De l'extraction jusqu'à la fabrication de produits et les équipements finis, la filière des mines pourrait permettre de contribuer efficacement au développement durable des activités économiques au même titre que les hydrocarbures.

 

Mais, en dépit de l’énorme potentiel du pays, les industries des mines ne contribuent qu’à hauteur de 1% du produit intérieur brut. Par rapport à ses voisins – Maroc, Mauritanie – l’Algérie enregistre un retard dans l’exploitation des ses richesses minières, notamment le fer, le manganèse et le phosphate.

 

Constat confirmé par Ali Kefaifi, ingénieur des mines et expert en énergie qui explique que comparativement au Maroc pour l’exploitation du phosphate et du manganèse et la Mauritanie pour le minerai de fer, l’Algérie n’a pas encore exploité les richesses de ses terres.

 

A ce jour, le pays n’exporte que un million de tonnes de phosphate alors que le Maroc a atteint 40 millions de tonnes d’exportations et dispose d’une vingtaine d’usines d’acide phosphorique et d’engrais dérivés depuis plus de vingt ans.

 

Pis encore, l’Algérie demeure un grand importateur de produits miniers et dépense chaque année une centaine de millions de dollars pour des produits minéraux utiles et ordinaires –, comme la baryte - un minerai essentiel aux travaux de forage des puits pétroliers – qui est  importée des pays voisins, la Tunisie et le Maroc, pour un montant de 10 millions de dollars.

Potentiel minier. L’Algérie importe aussi le marbre pour une dizaine de millions de dollars ainsi que d’autres minerais ordinaires (craie, sables, kaolin, archives, grenat - abrasif, granit, gravier, chaux éteinte, feldspaths...).

 

« Si l'on comparait le potentiel minier algérien à celui des grands pays miniers - Australie, Afrique du Sud, Russie, Chine, Brésil -  alors on pourrait considérer comme hypothèse raisonnable que la chaîne de valeur minière (depuis l'extraction jusqu'à la fabrication de produits et équipements finis), pourra contribuer de manière plus importante que le pétrole à la croissance de l'économie nationale », explique Kefaifi dans les colonnes du magazine spécialisé dans l’énergie Oil&Gas Busines.

 

 

Pour y remédier, le ministère de tutelle a indiqué que la disponibilité de la cartographie des régions à fort potentiel en minerais et en matières premières a permis le lancement de contrats de partenariats dans l’exploration des minerais. 

 

Cela dit, dominé par le secteur public, l’industrie minière sera t-elle ouverte au secteur privé, local et étranger ? Les pouvoirs publics vont –ils prévoir des facilitations pour promouvoir les investissements privés, locaux ou étrangers, dans ces filières industrielles ?

 

L’apport des capitaux privés a permis de dynamiser l’industrie minière ces dernières années avec la réalisation d’une croissance à deux chiffres. Pour poursuivre cette dynamique, le ministère de tutelle a indiqué que les diverses branches de cette filière industrielle bénéficieront des investissements et des facilitations nécessaires pour augmenter les capacités d’exploration et d’exploitation dans les prochains mois.

 

« Le processus de développement doit passer inéluctablement et essentiellement par l'entreprise privée, car elle seule assure les conditions d'efficacité, de rentabilité, de productivité, de maîtrise technologique et, in fine, de compétitivité », souligne Ali Kefaifi.

 

Exploration et transformation. Selon les experts, le développement de l’industrie minière exige la connaissance de la chaine de production et la maitrise des techniques et des hautes technologies. En effet, l’exploitation des mènerais nécessite plusieurs étapes : l’exploration et la recherche minière, l’extraction minière - en surface et en sous sol -, et enfin le traitement des ressources extraites en tenant compte des spécificité des différents minerais.

 

Quant à l’exportation des produits miniers bruts ou transformés, elle s’effectue après la réalisation de plusieurs étapes de la chaine de valeur : de l'extraction du minerai (en surface ou en sous-sol), puis son raffinage (métal), ensuite la métallurgie (valorisation selon les besoins du marché) et la consommation finale en termes de biens d'équipement.

 

Il faut dire que l’industrie minière est considérée comme une alternative à l’industrie des hydrocarbures, dont les exportations pourraient contribuer au développement des activités économiques du pays.  

 

Pour y parvenir, trente huit sites répertoriés dans vingt -huit wilayas sont proposés à l’exploration, parmi lesquels treize sites de calcaire sont destinés à la production de granulats et sables concassés, dix sites d’argile de produits rouges, dix sites de production de sable pour la construction, trois sites de production de sel pour l’industrie alimentaire et un site de gypse pour la production de plâtre et du tuf pour les activités de travaux publics.

 

La région de Tindouf, dans le Sud- ouest du pays, est riche de diverses potentialités minières, notamment en matière de ressources non ferreuses comme le sel, le gypse, l’argile et la chaux.

Selon les experts, l’important projet d’exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet répondra aux besoins nationaux.

 

Erigé sur une distance de plus de 150 km, et sur une altitude de 400 à 600 mètres, le gisement de Gara Djebilet est une mine à ciel ouvert qui offre des réserves minières de près de trois milliards de tonnes de minerais dont 35% de fer. Un potentiel qui fera de Tindouf, un pôle économique par excellence.

 

« C’est un projet stratégique, car il va générer plus de 5000 postes d’emplois. De plus, d’autres infrastructures liées au projet seront réalisées comme la ligne ferroviaire qui va relier la wilaya de Tindouf au reste du territoire national, ce qui favorisera l’arrivée des investisseurs. Tindouf sera une porte vers l’Afrique », souligne Abdelmoumen Mermouri, wali de Tindouf.

 

De son côté, Ahmed Benabbes, directeur général de la Société nationale du fer et de l’acier (Feral) - chargée de l’étude, de l’exploitation, de l’extraction, du transport, de la transformation et de la commercialisation des minerais produits sur le site industriel - a indiqué que, pour assurer une faisabilité rapide de ce programme, l’entreprise compte installer des unités de production en fonction de la disponibilité des ressources en eau souterraines.

 

Messaoud Zoua, responsable du bureau des mines à la direction de l’industrie et des mines de la wilaya, a souligné que les études d’exploitation et de faisabilité ont été confiées à des bureaux étrangers. Une autre étude de faisabilité sera aussi lancée pour déterminer  avec précision la disponibilité des matières énergétiques nécessaires à la production industrielle comme l’eau, le gaz et l’électricité.

 

D’autres unités de production sont aussi en cours de lancement, dont l’unité de production de bentonite à Maghnia, l’entrée en production du gisement de baryte de Draissa dans la wilaya de Béchar et la  construction de deux nouvelles marbreries à Skikda et à Sig, des wilayas de l’est du pays.

 

Joint - Ventures. Trois accords d'investissements, créées en joint - ventures, nécessitant un montant global de 4,5 milliards de dollars, seront chargés de l’exploitation de la nouvelle mine de phosphate de Bled – el- Hadba (Tébessa), et la création d’une usine de production de l’acide phosphorique et du diammonuim, via la transformation des phosphates et transformation du gaz dans la wilaya de Souk Ahras.

 

Une deuxième usine sera chargée de transformer le gaz naturel pour la production d’ammoniac, de nitrate d’ammonium technique et du calcium ammonium nitrate dans la wilaya de Skikda.

 

L’entrée en production de ces unités permettra de doubler la disponibilité des minerais et de réduire la facture de l’importation des matières premières comme le carbonate de calcium, la bentonite, la baryte, le marbre et le granit, des matériaux nécessaires aux différentes activités industrielles dont le secteur du bâtiment et des travaux publics.

 

Selon les estimations, les besoins en granulats s’élèvent à 300 millions de tonnes par an et les besoins en sable sont évalués à 150 millions de tonnes par an.

 

Ainsi, selon les chiffres officiels, grâce à la concrétisation de ces accords de partenariats, les plates-formes industrielles permettront la création de 16 000 emplois dont 12 000 seront nécessaires à la phase construction et 4000 à la phase de l’exploitation. Selon le ministère de tutelle, l’objectif de ces partenariats consiste à atteindre un volume de transformation de 5 millions de tonnes de phosphate marchands en engrais phosphatés et la production d’un million de tonnes d’ammoniac. Des capacités de production locales qui répondront aussi aux besoins du secteur de l’agriculture en fertilisants.

 

Le futur grand complexe sidérurgique de Bellara (Jijel), fruit d’une joint –venture entre Algerian Qatar Steel (AQS), une joint-venture entre Qatar Steel International (49%), le groupe algérien Imetal (46%) et le Fonds national des investissements FNI (5%), érigé sur une surface de 216 hectares, produira de l’acier et du fer.

 

Capacité de production. Le complexe industriel, dont le taux de réalisation a atteint 70% et a nécessité un investissement de 2 milliards de dollars, aura une capacité de production de 800 000 tonnes de ronds à béton par an et pourra satisfaire les besoins locaux à la fin de l’année 2018. Quant à la production de l’acier, elle sera de 2 millions de tonnes par an et atteindra 4 millions de tonnes dans deux ans.

 

Selon l’Agence nationale des produits miniers (Anem), des investissements importants ont été réalisés dans la wilaya de Tamanrasset pour la production du marbre et du granit, deux produits que l’Algérie importe depuis des années.

 

Granittam, filiale du Groupe des sociétés Hasnaoui (GSH), créée en 2016 et spécialisée dans l’industrie de la pierre (de l’extraction à la transformation et au traitement), exploite les carrières de marbre et de granit de qualité à Outoul, Aguenar, In Guezzam et Silet dans la région de Tamanrasset. L’objectif de la société est de satisfaire les besoins nationaux en la matière.

 

« Nous sommes en mesure de  proposer d’autres produits à base de pierre pour diverses utilisations. Il est ainsi possible de fabriquer des carrés de granit pour le revêtement des trottoirs, des bordures de trottoirs et des pavés, des agrégats et même pour la fabrication de béton. En somme, il est possible d’exploiter les blocs de pierre à 100% et de mettre sur le marché une multitude de produits pour le secteur de la construction. Certes, le défi est grand, mais la volonté est là pour réussir ce projet », souligne Omar Hasnaoui, directeur général de la société GSH.

 

La société ambitionne de créer un label de qualité Made in Algeria. Pour cela, GSH compte faire appel à l’expertise portugaise, italienne et chinoise pour assurer le transfert de savoir faire. Selon la direction de GSH, l’entreprise entamera ses activités à l’export dès la fin de l’année 2017.

 

Le ministre de l’industrie et des Mines le confirme : l’Algérie va aussi relancer l’exploitation de ses réserves d’or. Lors d’une audition devant la commission des finances et du budget à l’Assemblée populaire nationale (APN) au sujet de l’examen du projet de loi de finances 2018, le ministre a révélé que le projet de la mine d’or au sud du pays est actuellement en cours de négociation avec des entreprises de renommée internationale. Selon cette source, le pays dispose d’une importante réserve d’or, estimée à 121 millions de tonnes. Un potentiel confirmé dans le rapport du Conseil mondial de l’or (CMO), édité en 2016, qui place l’Algérie au premier rang en Afrique.

 

A ce rythme, l’Algérie pourra t-elle se frayer un chemin pour se positionner rapidement sur le marché mondial des produits miniers ? Affaire à suivre.

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