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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Vers une nouvelle stratégie de gestion de l'industrie électrique

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 12 Mars 2018, 16:03pm

Catégories : #Économie Algérie

Vers une nouvelle stratégie de gestion de l'industrie électrique
Vers une nouvelle stratégie de gestion de l'industrie électrique

Paru dans Arabies, mars 2018

 

Le gouvernement a engagé, avec des partenaires étrangers, des investissements dans la production électrique et mise sur l’économie d’énergie. Décryptage.

 

En Algérie, les programmes de construction des infrastructures, de l’urbanisation et de la relance des activités économiques, dont les filières industrielles, ont engendré l’augmentation des besoins en matière de consommation de différentes sources d’énergies.

 

Pour satisfaire cette demande en forte croissance, le gouvernement a lance un vaste programme d’investissement dans la production de l’électricité. De nouvelles unités de production ont été inaugurées, où sont en cours de construction dans les différentes régions du pays.

 

Le fabricant français Schneider Electric s’investit dans un projet industriel qui consiste dans la fabrication des équipements électriques. Considéré comme l’un des leaders sur le marché mondiale dans de la transformation numérique de la gestion de l’énergie et des automatismes, Schneider Electric a conclu un accord de partenariat, sous forme de joint-venture, avec l’Entreprise nationale des industries électroniques (Enie) et le Groupement industriel des ciments d’Algérie (Gica) pour la construction d’une usine de production des équipements de distribution électrique de basse et moyenne tensions, dans la wilaya de Sidi Bel Abbès, dans l’ouest algérien.

 

Cet accord de partenariat a été concrétisé lors de la quatrième session du Comité économique mixte algéro-français (Comefa), lequel était présidé par Abdelkader Messahel, ministre algérien des Affaires étrangères, et Jean-Yves Le Drian, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, avec la participation de Yousef Yousfi et Bruno Lemaire, respectivement ministre algérien de l’Industrie et des Mines et ministre français de l’Economie et des Finances.

 

Ce partenariat, qui génèrera près d’un millier d’emplois, directs et indirects, permettra la mise en œuvre d’un réseau de fournisseurs locaux. Ce dernier répondra aux besoins des clients en matière d’équipements électriques - distributeurs, systèmes intégrateurs et installateurs - et de solutions énergétiques. « Les travaux de réalisation de l'usine seront lancés dans les semaines à venir après finalisation de certains aspects techniques », a souligné Bekkara Djamel, P-DG de l’Enie lors de la signature de ce partenariat.

 

Présent sur le marché national depuis cinquante ans, Schneider Electric Algérie, s’investit dans la conquête des parts de marché via des partenariats avec des opérateurs locaux.

 

En effet, en 2013, le groupe industriel français avait signé deux contrats avec des entreprises algériennes pour la fabrication de transformateurs et de cellules de moyenne tension (36 KV).

 

Le premier  a été conclu avec l’entreprise privée Remelec dans la wilaya de Rouiba, dans la banlieue d’Alger, et le second avec la Société algérienne des produits électromécaniques (Salgepem), une entreprise privée installée dans la wilaya de Bordj bou Arreridj, spécialisée dans la fabrication et distribution de kiosques préfabriqués en béton pour la distribution électrique secondaire.

 

Equipements. De son côté, le géant américain General Electric (GE), spécialisé dans les secteurs de l’énergie - pétrole, gaz et électricité et la gestion des ressources en eau –  est implanté en Algérie depuis plus de quarante ans.

 

Selon le direction du groupe, la flotte du géant américain sur le marché local est constituée de divers équipements GE : 450 turbines à gaz, 340 compresseurs et 200 pompes, dont la capacité est évaluée 7900 MWh. Selon la même source, une capacité additionnelle de production de 5600 MWh est en cours de réalisation.

 

Depuis deux décennies, la compagnie américaine a conclu un partenariat avec les deux groupes énergétiques publics algériens, Sonatrach et de Sonelgaz et, grâce la société mixte Algesco a été créée. Cette dernière est l’un des plus importants centres d’équipement de turbomachines.

 

Située à Boufarik, à 35 kilomètres de la capitale, l’usine, qui est érigée sur une surface de 18 300 m2 et qui a bénéficié d’un investissement de l’ordre de 36 millions de dollars, dispose aussi d’un centre de formation dans les filières de l’inspection, de la réparation et de la maintenance des équipements. Aujourd’hui, les salariés de la société Algesco sont en mesure de réparer les turbines à gaz à vapeur, les compresseurs, les centrifuges, les alternatifs et les extenseurs.

 

En 2014, Sonelgaz et General Electric ont signé un accord de partenariat permettant la création d’une joint-venture, Geat (GE Algerian Turbines), pour la réalisation d’une usine de fabrication d’équipements dont les capacités de production sont évaluées de deux GW par an, ce qui a permis au pays d’accroitre sa capacité de production de l’ordre de 70%. L’usine, qui produit des turbines à vapeur, des turbines à gaz, des générateurs et des systèmes de contrôles, a permis la création de 1000 emplois, dont 400 emplois qualifiés directs.

 

Destiné à la consommation interne, le programme national de développement des énergies renouvelables, adopté en 2011 et révisé en 2015, prévoit la production, à l’horizon 2030, de 22 GW d'électricité de source renouvelable, notamment solaire et éolienne. Ce programme ambitieux, qui nécessitera des investissements colossaux estimés à 120 milliards de dollars, sera destiné à la consommation interne.

 

Disposant, selon les experts, d’un des gisements solaires les plus importants au monde, avec  un ensoleillement  annuel moyen pouvant atteindre 3500 heures par an, l’Algérie comptait, en 2015, 14 centrales photovoltaïques d’une capacité installée de 268 MW, qui ont été mises en service dans les Hauts Plateaux et le Sud du pays.

 

Sur la période 2016-2020, quatre centrales solaires thermiques avec stockage, d’une puissance totale d’environ 1200 MW, devraient entre en exploitation dans les wilayas de Béchar, Ouargla, El Oued, Djelfa, M’sila et Biskra.

 

Energies renouvelables. Pour la période 2021-2030, il est prévu l’installation de 500 MW par an et jusqu’en 2023, puis 600 MW par an jusqu’en 2030. A cet effet, à l’horizon 2020, le programme de développement des énergies renouvelables a pour objectif de porter la part du solaire à 37% de la production globale de l’électricité.

 

L’Algérie, considérée comme le premier producteur africain de gaz naturel, dispose d’atouts considérables lui permettant d’augmenter rapidement sa capacité de production de l’électricité propre. 

 

Biskra, dans le sud algérien, deviendra, en 2023, un pôle industriel dans la production de l’électricité. En effet, trois nouveaux projets d’envergure sont inscrits dans le cadre du développement de la production de l’électricité.

 

Mohamed Argab, P- DG du groupe Sonelgaz a indiqué que la première centrale, située dans la commune d'Oumèche, produira 400 mégawatts, et une seconde centrale, d'une capacité de 1.400 mégawatts, sera construite d'ici 2020. La troisième unité de production, dont le lieu n’a encore été divulgué, sera réalisé d’ici 2023 et disposera d’une capacité de production de 1400 mégawatts.

 

« L’Algérie devrait développer les énergies renouvelables pour répondre à ses propres besoins de consommation, ce qui lui permettra de réserver ses productions dans les autres énergies aux exportations », explique Akli Brihi, PDG de Schneider Algérie.

 

« L’Algérie n’a plus d’excuses pour devenir la Taiwan de la Méditerranée, le pays dispose d’une jeunesse formidable, de ressources humaines disponibles et une position géographique idéale. Elle dispose de richesses en matières premières, des atouts indispensables pour réussir son développement économique», nous confie Akli Brihi.

 

Pour accélérer la concrétisation des programmes gouvernementaux dans la production de l’énergie électrique propre, deux arrêtes interministériels ont été publiés au Journal officiel du 11 janvier 2017. Le premier précise, dans son article 2 que, qu’un Fonds de financement des projets des énergies renouvelables, prévoit que 1% de redevance pétrolière sera réservé aux programmes d’investissements.

Quant à la question de l’économie d’énergie, les recettes proviendront essentiellement des subventions de l’Etat, des taxes sur la consommation nationale de l’énergie, des taxes sur les appareils énergivores et enfin du produit des remboursements de prêts non rémunères consentis dans le cadre de la maitrise de l’énergie.

 

Dotations. Selon les directives du gouvernement, les dotations seront destinées, entre autres, à financer plusieurs projets de production de l’électricité à partir des sources d’énergies renouvelables, d’achat d’équipements et dans la formation.

 

La croissance de la consommation des produits énergétiques, estimée, selon les chiffres officiels à 10 % par depuis 2015, est stimulée par des prix bas. Lors de ces déclarations publiques, le ministre de l’énergie, Mustapha Guitouni, déplore le gaspillage de l’énergie. Malgré l’importance de l’offre, estimée à 14 0000 MW, Sonelgaz est, selon le ministre de tutelle, poussé à produire plus pour répondre aux pics de la demande, notamment durant les périodes de fortes chaleurs. Une surproduction qui coûte cher à l’Etat.

 

« Ce sont  les prix de l’énergie trop bas en Algérie qui incitent à la consommation », a déclaré le ministre pour expliquer les répercussions de la pratique d’une tarification très basse des produits énergétiques dont l’électricité. En effet, les subventions accordées aux produits énergétiques – carburants et électricité - coûtent 15 milliards de dollars à l’Etat.

 

Selon le ministre de l’Energie, l’Algérie figure parmi les pays où l’énergie est la moins chère. Selon les données du ministère de tutelle, la première tranche de consommation électrique la plus basse, qui concernent les ménages les plus défavorisés, se situant entre 250 à 500 kWh, est facturé 1,77 DA, contre 9,06 DA au Maroc et 3,39 DA en Tunisie.

 

Quant aux consommateurs de la seconde tranche, qui concerne la consommation intermédiaire, ils paient 4 DA le kWh en Algérie, contre 10,7 DA au Maroc et 7 DA en Tunisie. Concernant les gros consommateurs, le kWh est facturé à 4 DA en Algérie, contre 15,98 DA au Maroc et 14 DA en Tunisie.

 

« Il est impératif d’aller vers des prix réels de cette énergie, sans affecter les classes moyennes », a souligné le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, lors d’une séance de questions orales avec les députés au sein de l’Assemblée populaire nationale (APN).

 

Le ministre de tutelle a expliqué que « l’augmentation des prix touchera les grands consommateurs, ce qui permettra de généraliser la culture de l’économie d’énergie».

 

De son côté, Chams Eddine Chitor, expert en énergie et ancien directeur de l’école Polytechnique d’Alger, considère que «La question de l’économie d’énergie n’est seulement une affaire qui concerne le ministre de tutelle, c’est une affaire qui concerne tous les ministères et la société civile. Elle nécessite une concertation globale ».

 

Tarification. Le gouvernement a annoncé qu’une tarification aux prix réels de production sera appliquée aux gros consommateurs comme les industriels et les résidentiels. Dans le cadre de la loi de finances 2018, il est prévu l’application de la taxe sur les ventes de produits énergétiques aux industriels, dont les recettes serviront à financer le Programme national des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. A cet effet, l’article de loi fixe le montant de la taxe à 0,0023 DA / Thermie pour le gaz naturel haute et moyenne pressions, et à 0,030 DA / kWh pour l’électricité haute et moyenne tensions.

 

Les autorités publiques de tutelles envisagent aussi de lancer une campagne de sensibilisation afin d’alerter les consommateurs sur la nécessité de rationaliser leur consommation en matière d’énergie. La question de l’économie d’énergie est cruciale pour permettre aux consommateurs d’avoir accès aux sources d’énergie dont la demande croit de façon importante ces dernières années. Selon le ministère de l’Energie, cet objectif ne peut être atteint sans inciter les consommateurs à lutter efficacement contre le gaspillage. 

 

« Nous gaspillons trop, et si on continue comme ça, il va falloir qu’on revoie le prix de façon à ce que les gros consommateurs paient plus cher l’électricité», a affirmé le ministre de tutelle.

 

 

 

 

 

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