Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


L’industrie  pharmaceutique, un modèle de croissance.

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 2 Avril 2018, 09:32am

Catégories : #Économie Algérie

Unité de production ( Saidal)

Unité de production ( Saidal)

 L’industrie  pharmaceutique, un modèle de croissance.
 L’industrie  pharmaceutique, un modèle de croissance.

 

Publié dans Arabies, avril  2018 

 

Equilibré et croissant, le marché pharmaceutique est considéré comme un modèle économique réussi. Le gouvernement souhaite le généraliser aux autres filières industrielles.

 

Le domaine de la santé et celui de l’éducation représentent des priorités majeures de la société et des professionnels des deux secteurs . « L’Algérie se porte mieux en matière de disponibilités des médicaments. Nos officines répondent aux besoins des malades, nous espérons qu’il sera de même pour les médicaments qui traitent les pathologies chroniques et lourdes comme les cancers, les maladies cardiovasculaires et l’hypertension. Grâce à la concrétisation des investissements étrangers avec les partenaires locaux, l’industrie du médicaments connaitra un saut considérable dans les prochaines années », nous confie Lynda, une pharmacienne, gérante d’une officine dans la capitale algérienne. 

 

Le secteur des médicaments, autrefois dominé par les importations massives, est en phase de mutation. Afin d’améliorer  la couverture des besoins locaux et de se doter du savoir-faire scientifique, technologique et technique, l’Algérie à choisi de conclure des partenariats avec des laboratoires étrangers.

Une coopération qui permettra, entre autres, la promotion de l’industrie pharmaceutique, un meilleur accès aux médicaments, aux innovations thérapeutiques, et l’amélioration de la fiabilité et de la qualité des produits, ainsi que la mise en place d’une utilisation rationnelle du médicament.

 

L’évolution des indicateurs démographiques - taux de la natalité et vieillissement de la population – va accroitre la demande interne en matière de médicaments. Pour satisfaire les besoins du marché local, les projets ambitieux d’installation d’usines et la mise en œuvre de partenariats avec des leaders mondiaux de cette industrie ont été lancés ces dernières années par le gouvernement et les opérateurs économiques du secteur privé.

 

En effet, l’installation des usines de production a permis une croissance positive de la production nationale. Estimé à 1,9 milliards de dollars en 2008, le marché du médicament a atteint 3,8 milliards de dollars en 2017.

 

Lors de son intervention au cours de la 18e édition du Forum pharmaceutique international, organisé à Alger les 15 et 16 mai 2017, Hamou Hafed, directeur de la pharmacie au ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, a indiqué que l’approvisionnement en médicaments en Algérie est assuré par 314 opérateurs privés, 150 grossistes - distributeurs et 9.600 officines de pharmacie.

 

De son coté, Hocine Mehdi, directeur général d’Industry Médical Service, a affirmé que le taux de croissance de l’industrie pharmaceutique devrait progresser entre 3% à 7% dans les prochaines années. L’évolution des indicateurs démographiques - taux de natalité et vieillissement de la population – va accroitre la demande interne en médicaments.

 

Créé en 1999 par le Conseil africain des ministres de la Santé à Yaoundé (Cameroun), le Forum pharmaceutique international, a tenu sa première session au Bénin en 2000 et sa 17e édition en Tunisie en 2016.  

 

La 18e édition du Forum a réuni plus de 3000 participants et 60 laboratoires pharmaceutiques représentants des leaders mondiaux ainsi que des opérateurs africains. Divers thèmes ont été abordés lors des travaux de cette édition d’Alger, dont l’installation d’une Agence africaine du médicament qui permettrait d’harmoniser l’organisation et la législation de la filière dont les perspectives de développement sont évaluées par les professionnels de la santé aux alentours de 8% à l’horizon 2020.

 

 

Production. Selon le ministère de tutelle, la production locale de médicaments a été multipliée par 5 durant les cinq dernières années. A contrario, les importations des produits finis et en vrac a diminué de 14,5% sur la même période. Selon la même source, la dotation budgétaire allouée à la filière pharmaceutique est évaluée de 100 milliards de dinars en 2017 contre 54 milliards de dinars en 2012.

 

« Cette progression montre qu’un véritable savoir-faire national a pu être développé graduellement avec un personnel technique qui maîtrise désormais la production, le contrôle et le plein respect des standards internationaux de qualité », a précisé Abdelwahed Kerrar, président de l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (Unop) lors des journées de l’industrie pharmaceutique organisées les 29 et 30 septembre 2017.

 

L'industrie pharmaceutique sera renforcée par une nouvelle usine d’une capacité de 10 millions d’unités à Rahmania. Filiale du laboratoire jordanien Dar Dawa, baptisée « Medi Pharma », l’usine produira les gouttes ophtalmiques stériles dont les collyres.

 

Larbi Mohamed Adnene, directeur de la promotion médicale chez Dar Dawa, a indiqué que l’usine, qui a nécessité un investissement de 25 millions de dollars, produira aussi des médicaments liés aux maladies cardio-vasculaires, à la neurologie, à l’urologie ainsi que de nombreux produits anti-inflammatoires et antibiotiques.

 

Thaer Sobh, directeur général de Dar Dawa Algérie et cogérant de Médi Pharma, précise : « Cinquante variétés de médicaments, entre la forme en gélules et la forme en comprimés, et quinze variétés de gouttes stériles seront produites et commercialisées dans les prochains mois en Algérie. »

 

De son côté M. Khaled Al Kurdi, directeur de la maison mère Dar Dawa, affirme : « L’installation de cette usine témoigne de la capacité des firmes arabes à concurrencer les produits étrangers. Ca témoigne également de l’importance que nous accordons à l'Algérie et au marché algérien. »

 

D’après la direction de Dar Dawa Algérie, une seconde usine, qui nécessitera un investissement de 15 millions de dollars, financée par la maison mère, qui sera inaugurée en 2018, produira des antibiotiques.

 

Investissements. Le groupe français Sanofi poursuit ses investissements sur le marché algérien. En effet, les travaux d’un projet ambitieux de la réalisation d’une usine de production de médicaments, édifiée sur un terrain de 6,6 hectares dans la ville de Sidi Abdallah (Zeralda), sont en phase d’achèvement. Selon les responsables de ce programme, l’unité de production sera opérationnelle d’ici la fin de l’année en cours.

 

Selon la même source, l’usine, qui a nécessité un investissement de 85 millions d’euros, produira de 100 000 unités par an sous formes sèches et liquides. Ce sera le plus grand centre de production du groupe Sanofi en Afrique et en Moyen - Orient. Le géant pharmaceutique français dispose de deux autres usines sur le marché algérien, l’une est située à Oued Smar et spécialisée dans les formes sèches, et l’autre dans la ville d’Aïn Bénian, spécialisée dans les formes liquides.

 

Haissam Chraiteh, le président – directeur général de Sanofi Algérie, prévient que le groupe envisage de se lancer dans la production d’insuline et d’auto injecteurs d’insuline sur le territoire algérien.

 

Toujours au cours de l’année 2017, le laboratoire pharmaceutique algérien HUP Pharma a signé un accord de partenariat avec Jamjoom Pharma, une entreprise saoudienne, qui consiste dans la réalisation d’une usine de fabrication de produits ophtalmiques. L’unité de production, qui nécessitera une enveloppe budgétaire de116 millions d’euros, sera construite dans la wilaya de Constantine. L’usine produira 250 millions de flacon de collyres par an et disposera d’une gamme de 15 produits ophtalmiques, lesquels sont à l’heure actuelle importés de l’étranger.

 

La firme Ipsen Pharma Algérie renforce sa présence sur le marché. Une nouvelle usine, spécialisée en oncologie, fruit d’un partenariat algéro français, entrera en production en 2021.

 

Signée en décembre dernier, à l'occasion de la réunion du Comité intergouvernemental de haut niveau Algérie France (CIHN), à l'Hôtel Matignon à Paris, en présence des Premiers ministres algérien et français, Ahmed Ouyahia et Edouard Philippe, la joint –venture, Isly Holding, Ipsen Pharma Algérie deviendra un acteur industriel qui contribuera au développement de l'industrie pharmaceutique dans le pays.

 

L’usine, qui nécessite un investissement de 20 millions de dollars, est une première du genre en Afrique. Selon les acteurs du ce projet, l’usine produira des « formes peptidiques à action prolongée avec des procédés spécifiques et complexes ».

 

Ce programme d’investissement ambitieux pourra contribuer à la réduction de la facture des importations, très budgétivore, et il permettra d’envisager d’exporter les produits vers les pays de l’Afrique subsaharienne. « Ce programme d'investissement est destiné à la fabrication de médicaments qui pourront traiter des pathologies graves répondant aux besoins des patients algériens », a souligné Adlane Soudani, directeur général d’ Ipsen Pharma Algérie.

 

Le groupe Ipsen fabrique le médicament Decapeptyl pour le traitement du cancer de la prostate, une pathologie qui représente la deuxième cause de décès par cancer chez l'homme en Occident et la troisième en Algérie. Cette maladie est inscrite comme une des priorités du ministère de tutelle. Ipsen-Algérie couvre des spécialités pharmaceutiques dans différentes thérapies : oncologie, urologie, gynécologie, endocrinologie, neurologie et gastro-entérologie.

 

La société contribue aussi à la formation médicale continue des professionnels de la santé. De nombreux programmes de formation et de sensibilisation des praticiens de la santé sont en effet dispensés pour optimiser la prise en charge des patients.

 

Leader dans la production des médicaments en Algérie, le champion national Saidal a noué de nombreux partenariats avec des laboratoires renommés sur le marché mondial. Ainsi, Winthrop Pharma Saidal (WPS), un partenariat conclu avec le français Sanofi-, 30 % par Saidal et 70 % par Sanofi-, et entré en production en 2001, consiste dans la préparation, la fabrication, le façonnage et la commercialisation en Algérie des spécialités pharmaceutiques à usage humain.

 

Le danois Novo Nordisk, leader mondial du traitement contre le diabète, a aussi conclu un partenariat industriel avec le groupe Saidal qui vise la production des insulines de la gamme Novo Nordisk à Constantine.

 

De son côté, Julphar, premier groupe pharmaceutique émirati et leader dans la région du Moyen-Orient et Afrique du Nord (Middle East and North Africa, ou Mena), qui dispose d’un portefeuille diversifié de médicament génériques couvrant les classes thérapeutiques en endocrinologie, en anti-infectieux, en cardiologie, en gastro-entérologie, en néphrologie, en dermatologie, en pneumologie et en gynécologie, a conclu un partenariat avec la société Iberal (Filiale de Saidal) dont l’objectif est la production de médicaments injectables et des produits hospitaliers.

 

Quant au groupe pharmaceutique Pfizer, présent dans plus de 150 pays, il a conclu un partenariat avec Saidal qui a permis la création en 2003 d’une une joint –venture Pfizer Saidal Manufacturing (PSM) qui consiste dans la fabrication et le conditionnement des produits propriété de Pfizer sur le marché algérien.

 

Exportation. En pôle position, l’industrie pharmaceutique algérienne est –elle en phase de conquérir l’Afrique? Deuxième marché du continent après l’Afrique du Sud, cette filière industrielle suscite l’intérêt de nombreux investisseurs qui ambitionnent d’exporter les produits vers le continent.

 

Selon le ministère de tutelle, l’Algérie a pour objectif de 70% d’autosuffisance fixé par le gouvernement, et ambitionne de mettre en place les conditions nécessaires pour développer les exportations. Selon la même source, l’industrie pharmaceutique locale permet, à l’heure actuelle, de satisfaire 60% de la demande algérienne, contre 45% en 2015.

 

« L’Algérie couvre plus de 60% de ses besoins en médicaments et c’est très important pour les pays africains, c’est une performance à encourager. Cela s’accompagne d’une évolution technologique et d’amélioration de pratiques qui sont des valeurs recherchées.», a déclaré de son côté Kpéto Koundé Innocent, le président du bureau exécutif de l’Ordre des pharmaciens d’Afrique (IOPA), lors de son intervention au 18e Forum.

 

Selon la direction de Saidal, le groupe pharmaceutique côté en bourse, de nombreux projets d’investissements algériens sont en cours d’élaboration, dont l’implantation des unités de production de produits pharmaceutiques dans les pays africains. « L'industrie pharmaceutique algérienne est l'un des secteurs qui se développe le mieux en Algérie. Elle dispose des atouts qui lui permettent d'aller rapidement vers l'exportation, surtout vers le continent africain », a indiqué à l'Algérie Presse Service Yacine Tounsi, ancien président-directeur général de Saidal.  

 

Ambitieux. Nabil Mellah, vice-président de l’Union nationale des opérateurs pharmaceutiques a souligné lors d’une table ronde sur le thème du développement de l’industrie pharmaceutique africaine et la coopération intracontinentale, organisée en marge du Forum: « Les opérateurs pharmaceutiques nationaux sont très ambitieux et nous avons un excellent maillage pour pouvoir aller à l'exportation, mais il reste le handicape des procédures administratives, notamment avec les banques, la règlementation de changes et le transfert de devises… Nous avons les moyens pour aller investir en Afrique, mais l'actuelle règlementation des changes de devises demeure un grand handicap », a-t-il insisté lors de son intervention.

 

M’hamed Ayad, directeur général de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH), appelle les opérateurs africains a coordonner leurs efforts dans l’instauration d’une coopération renforcée. « Le marché africain des produits pharmaceutiques est très vaste, ce qui nécessite que les pays du continent se lancent dans une stratégie de coopération et de partenariats entre les opérateurs africains pour atteindre leur autosuffisance », a t-il affirmé.

 

Organisé annuellement par l’Inter- ordre des Pharmaciens Africains (Iopa), l’Inter syndicale des Pharmaciens Africains (Ispharma), l’Association africaine des centrales d’achat des médicaments essentiels (Acame), le Forum a pour objectif de nouer des contacts entre les entreprises du secteur.

 

Portée par une politique publique qui repose, entre autres, sur l’interdiction de l’importation des produits fabriqués localement, l’industrie pharmaceutique , en pleine croissance, est en passe de devenir un modèle pour les autres filières industrielles.

 

« L’industrie pharmaceutique algérienne est l’une des rares à avoir gagné des parts de marché substantielles face aux importations, faisant passer la couverture des besoins de 12% en 2004 à près de 50% en fin 2016 », a souligné le président de l’Unop lors des journées pharmaceutiques organisées en septembre dernier à Alger.

 

La volonté politique, établie via une stratégie efficace et coordonnée, notamment avec les opérateurs économiques, locaux et étrangers, pourra permettre, à moyen terme, à l’Algérie devenir autosuffisante en matière de médicaments, mais aussi de créer des opportunités d’intégrer le marche continental en devenant un acteur majeur dans l’industrie pharmaceutique à l’échelle régionale. Mieux encore, cette dernière sera t-elle considérée comme un modèle de réussite dans la transformation des activités industrielles dont le pays a tant besoin pour consolider son développement économique ? Affaire à suivre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents