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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Le potentiel de l'énergie solaire en Algérie.

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 4 Avril 2018, 16:04pm

Catégories : #Interviews

Gilles Bonafi

Gilles Bonafi

Le potentiel de l'énergie solaire en Algérie.

Publié dans Arabies, avril 2018

 

Gilles Bonafi, ancien expert du Comité Intergouvernemental des Experts de l’ONU, travaille sur divers projets dans le développement économique dans la filière de l’énergie

 

Quel est potentiel algérien en matière de production d'énergie solaire ? Ce dernier peut-il être considéré comme une  locomotive qui permettra la concrétisation du plan national de développement des énergies renouvelables ? 

 

Il est colossal. A Hassi R'Mel l'insolation est de 3900 heures, deux fois plus qu'en Andalousie. Le Sahara dans sa globalité peut produire dix fois la consommation globale de la planète, toutes énergies confondues.

 

L'Algérie est de plus le seul pays africain capable de résoudre le problème d'intermittence de la production d'énergie solaire avec son gaz. Notre groupe d'expert a d'ailleurs proposé d'utiliser le gaz torché algérien (6 milliards de mètres cubes) ainsi qu'un stockage béton de 4 heures afin de permettre une production électrique constante 24 heures sur 24. L'éolien a aussi un fort potentiel, mais c'est surtout le solaire thermique et photovoltaïque qui seront les moteurs de la transition énergétique algérienne.

 

L'Algérie enregistre une forte déperdition en matière d'énergie électrique. Quelles actions doit-on mener en œuvre pour permettre une optimisation de l'utilisation des ressources ?

 

Les pertes de distribution, techniques et commerciales, représentent 15,47 % de la production électrique en 2016, soit 8320 GWh. On note donc une amélioration comparativement à 2014 puisque la déperdition était de 18,69% de la production électrique en 2014, soit 11312 GWh.

 

Afin d’obtenir de meilleurs résultats en matière de lutte contre les déperditions, deux actions essentielles doivent être développées : la modernisation du réseau et la lutte contre les branchements sauvages par une législation plus dure envers les vols d'électricité. Je rappelle que le plan de développement décennal 2014-2024 fait état de 14 milliards de dollars d'investissement  (télécom compris).

 

Dire que le gouvernement ne fait rien est faux. Le problème de l'Algérie réside dans la vétusté et surtout l'immense taille de son réseau. La venue d'investisseurs étrangers dans la production d'électricité à base d'EnR (énergies renouvelables) pourrait permettre d’accélérer et accroître les investissements.

 

Quelle est la stratégie à définir pour amener l'Algérie vers l'efficacité énergétique ?

 

C’est un point particulièrement important. Notre groupe d'expert a sur ce point développé un plan d'action que nous allons soumettre aux autorités. Il consiste tout d'abord à mettre en place un projet pilote - par exemple une université - et y baisser drastiquement les consommations d'eau et d'électricité.

 

Des études ont démontré qu'il est possible d'atteindre 20% d'économie globale. Parallèlement, il faudra mettre en place la formation d'ingénieurs spécialisés en efficacité énergétique (cycle court de 6 mois pour des ingénieurs souhaitant intégrer ce domaine).

 

Le projet pilote - que nous demandons en ce moment même à l'Union européenne de financer dans le cadre de l'assistance technique - servira de modèle pour l'ensemble des bâtiments publics algériens. Imaginez le potentiel d'économie !

 

Il faudra de plus envisager la production en Algérie d'une partie des automatismes et capteurs.

Notre projet de création de villes «  zéro émission » dans le désert en créant des oasis par pompages d'eau de mer (Wall-e programm) est là aussi à développer.

 

Plutôt que penser sans cesse à produire des KWh,  pensons réduction des consommations. Le potentiel d'emplois qualifiés est énorme, sans compter qu'il faut aujourd'hui redonner espoir à la jeunesse algérienne qui ne croit plus en l'avenir.

 

Comment peut-on envisager une coopération fiable dans la production et l'exportation de l'énergie électrique produite par le solaire thermique ou le photovoltaïque entre l'Europe et l'Algérie ?

 

C'est l'autre point fondamental sur lequel nous travaillons. Relancer le programme Desertec est une priorité. Aujourd'hui les coûts de production à base de solaire du KWh en Algérie sont nettement inférieurs à ceux du nucléaire en France. Et ce n'est que le début, en rationalisant l'ensemble de la chaîne de valeur, l'Algérie peut devenir le leader mondial de la production électrique solaire avec des coûts divisés par trois ou quatre. N'oublions pas la dimension africaine du développement algérien. Pour cela, il faut faire venir les investisseurs. L'Algérie, qui a démontré son savoir - faire sur le plan sécuritaire, devrait les rassurer.

 

Je vais souvent au Parlement européen et je peux vous assurer que l'Algérie suscite un réel intérêt. Le potentiel de développement est colossal, et nombreuses sont les entreprises qui n'attendent qu'un signal politique fort des deux côtés de la méditerranée.

 

La mise en place d'une connexion l’Algérie et l’Europe permettant d'exporter 25 GWh d'électricité produite en Algérie à base d'EnR serait assurément le début d'une nouvelle ruée vers l'or.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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