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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Un levier de croissance

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 2 Mai 2018, 16:14pm

Catégories : #Interviews

Ali Kahlane

Ali Kahlane

Publié dans Arabies, mai 2018

 

Ali Kahlane, président de la société Satlinker, vice - président du Think Tank du Cercle d’action et de réflexion pour l’entreprise, nous décrit l’évolution du numérique en Algérie.

 

L’économie digitale représente un véritable levier de croissance économique. Quels sont, selon vous, les avantages de sa contribution dans l’amélioration de la productivité et la compétitivité en Algérie?

 

L’un des grands bouleversements que nous promet la révolution numérique depuis une décennie est le développement d’une économie numérique. Or, nous nous rendons compte que cette révolution se joue ailleurs que sur le terrain de la technologie. Les véritables enjeux  sont dans la création de la croissance, des emplois et l’amélioration des services, c’est ce qui devrait désormais constituer la priorité de tout Etat.

 

Pour tirer le meilleur parti de la révolution numérique, notre pays est en train de travailler sur des compléments classiques et/ou analogiques, comme renforcer les réglementations qui assurent la concurrence entre les entreprises, adapter les compétences de la ressource humaine aux exigences de cette nouvelle économie.

 

En effet, le numérique n’est plus une simple question d’équipements ou de hardware plus au moins sophistiqués ou plus au moins connectés. C’est désormais un « mindset », un état d’esprit qui tend à être un changement de paradigmes notoires. Il est la source de nouveaux modèles d’affaires et d’entreprises, de nouveaux modèles de consommation, et de nouveaux canaux de développement qui s’offrent tant aux entreprises qu’aux particuliers pour organiser, innover, produire et échanger.

 

Il est pourtant vrai que les technologies du numérique stimulent, améliorent et élargissent les offres de services et donnent un coup de fouet appréciable à la croissance. Mais sur le terrain leur impact global est réduit et réparti d’une manière inégale. L’adoption numérique seule ne suffit plus, les technologies qui profitent à tous et partout dans le monde exigent d’abord de combler le fossé numérique, créé notamment par la difficulté de l'accès à Internet.

 

Le marché des TIC dispose t-il de moyens réglementaires et organisationnels lui permettant d’évoluer dans un cadre structuré ? Si non, quelles sont les insuffisances ? 

 

A la Suite une déclaration de politique sectorielle faite par le président de la république en 1999, une loi (n° 2000-03 d’août 2000) a consacré l’ouverture du secteur des télécoms dans notre pays, elle a permis l’arrivée d’opérateurs alternatifs dans la téléphonie mobile, ce qui permet de jouir d’une télédensité de près de 122% où l’utilisation du Smartphone avec une connexion de 3G/4G est disponible pour de 82% des utilisateurs algériens donnant une pénétration totale d’Internet de plus de 55%. Cela nous place bien devant nos plus proches voisins.

 

Une loi sur le commerce électronique va être promulguée incessamment pour permettre d’encadrer toutes les opérations de commerce et de paiement électroniques sous toutes leurs formes. Quant à l’aspect sécurité numérique et celle des données en général plusieurs lois ont été  promulguées, des textes décrétés et des dispositions prises pour une prise en charge réelle dès 2004.

L’Algérie était à l’époque la première à reconnaître le mail écrit ou reçu comme preuve juridique.  Cela a été suivi de plusieurs autres textes dont les derniers consacrés à la signature et à la certification électronique. L’arsenal juridique et légal est complet pour encadrer le fonctionnement de l’économie numérique plus qu’à minima.

 

L’Algérie enregistre un retard dans le déploiement de la téléphonie fixe. Comment y remédier ?

 

Alors que le déploiement du nombre de lignes fixe diminue à l’échelle mondiale, leur nombre a augmenté de 16,7%, passant de 2,5 Millions d’abonnés en 2010 à 3,6 millions en 2017. Ces chiffres sont encore appelés à augmenter pour au moins deux raisons : la demande d’installation de nouvelles lignes induites par les livraisons régulières de logements de type AADL ou LCP,  et à la suite de la mise en place du programme d’un million de lignes FTTH que le gouvernement a lancé en 2016, actuellement en cours d’installation.

 

 

Une loi régissant le commerce électronique a été adoptée par L’Assemblée nationale. Néanmoins, les opérateurs attendent d’autres mesures pour accélérer son déploiement.  Pouvez vous nous parler des freins qui entravent le développement du commerce électronique dans le pays ?

 

En effet, la promulgation de la loi sur le e - commerce devrait intervenir dans les prochaines semaines. En réalité, le commerce électronique existait de fait en Algérie depuis bientôt une dizaine d’années. Les boutiques et les services se créaient et fonctionnaient principalement selon le mode du contre - remboursement. Il manquait un encadrement légal de toutes ces opérations commerciales pour qu’elles soient effectuées au moyen de terminaux de paiement électronique ou au moyen de cartes de paiement dont l’utilisation à grande échelle a été lancée en octobre 2016.

 

Les opérateurs ont demandé de prévoir l’avènement de tiers de confiance ou prévoir d’utiliser ceux qui existent à l’échelle internationale, comme Paypal, par exemple. Il a été aussi suggéré quelques dispositifs du commerce électronique qui n’ont pas été prévus comme, entre autres, le drop shipping, le CPA marketing et l’affiliation. Concernant les conditions d’exercice du commerce électronique, il a été estimé qu’il n’était pas nécessaire d’établir un autre registre de commerce et que le rajout d’un code sur le registre existant suffit. Il est exigé à tous les e - commerçants d’avoir un site web en com. Dz, dans un objectif de recouvrir son identité numérique sur l’Internet.

 

Le développement des contenus numériques nécessite le déploiement des infrastructures de stockage et des services assurant la sécurisation des données. Qu’en est –il de la stratégie adoptée par les acteurs du secteur dans ce domaine ? 

 

Le programme e-Algérie, qui a été lancé en janvier 2009, a prévu dans son objectif A1 le déploiement de data centers à l’échelle nationale. Pour cela, Algérie Télécom a déployé plus de 82.000 kilomètres de fibre optique sur tout le territoire national et a procédé à l’interconnexion à Internet de 1 541. Notre Ministre de la Poste, des Télécommunications, des Technologies et du Numérique a annoncé que des projets de construction d’au moins trois data centers. Ils devraient assurer une indépendance vis-à-vis de l’Internet international, tout en aidant fortement la sécurisation de données et contenus algériens.

 

 

Un Cluster numérique a été lancé en 2016. Pouvez vous nous en  parler ?

 

 

 

Algeria Digital Cluster, organisé en groupement d’intérêt économique, composé d’une trentaine d’entreprises, a été fondé pour répondre d’une part à un triple besoin de l’écosystème numérique algérien et d’autre part une préoccupation majeure de l’Etat. Les entreprises et start- up ont d’abord eu besoin d’un marché, ainsi que de créer une chaîne de valeurs et de s’organiser pour avancer, influer et conseiller les pouvoirs publics du secteur. L’objectif est de simplifier les démarches administratives et faciliter l’accès à la commande publique.

 

Le cluster a été créé sous l’égide du ministère de l’Industrie, et il est destiné à développer les exportations hors hydrocarbures, à soutenir la compétitivité, à réduire les exportations et à assurer un meilleur accès aux marchés, dans un contexte économique mondial que l’on sait extrêmement difficile et compétitif.

 

Les start- up et les petites et moyennes entreprises, qui ont du mal à se développer et à arracher des parts de marché dans le contexte actuel, vont pouvoir se regrouper pour défendre des intérêts communs. Elles pourront produire des plus-values en productivité, améliorer leur compétitivité et trouver tous les appuis nécessaires.

 

Les offres formations dans le domaine du numérique est –elle satisfaisante ?

 

La première école d’Informatique en Afrique – le  Centre d’études et de recherche en informatique-, l’actuel ESI (Ecole supérieure d’informatique), a été créée en 1969 à Alger. Elle a formé plus de 6000 ingénieurs depuis, dont de nombreux étudiants sont originaires de 15 pays africains dont quelques uns de France. Deux cent ingénieurs sortent de cette école chaque année.

 

Il faut malheureusement noter que plus de 25% de cette élite informatique émigre vers l’Amérique du Nord, essentiellement le Canada ou en Europe, essentiellement vers la France. C’est un grand problème de déperdition de la ressource humaine algérienne formée à grand frais et récupérée et utilisée gratuitement par d’autres pays.

 

Par ailleurs, une cinquantaine d’universités algériennes forment également des informaticiens dans les filières LMD (Licence-Master-Doctorat) ainsi que près de 200 écoles de formation privées qui fournissent également des formations diplômantes de type Technicien supérieur.

 

De plus, des dispositifs d’aide de l’Etat ont été mis en place pour aider les jeunes dans l’entrepreneuriat. Les agences de l’Etat accompagnent le jeune créateur d’entreprise dans son évolution avec des moyens financiers à des taux largement bonifiés, ainsi qu’avec l’allocation de formations appropriées, notamment en ce qui concerne le lancement et la gestion de l’entreprise.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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