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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Algérie, vers une révolution de l'éducation

Publié par Hakima Bedouani-Kernane sur 4 Avril 2011, 11:01am

Catégories : #Société

Article publié dans Arabies, Avril 2011

Face à l'échec de sa politique de scolarisation forcée, l'Algérie, avec le soutien de l'Unesco, prépare sa mutation vers un enseignement pertinent et performant....

L’éducation, facteur d’émancipation et de progrès, est une priorité nationale pour tous les gouvernements. Mieux encore, elle est considérée comme étant un socle sur lequel se construit une société moderniste et économiquement développée. En l’absence d’instruction, de savoir-faire et de maîtrise des technologies, une nation ne peut prétendre à une ascension sociale et économique. Entre 1962 et 1976, l’Algérie a reproduit le système éducatif français. Basé sur une coopération renforcée, ce modèle n’a malheureusement concerné que la petite bourgeoisie… Entre 1976 et 1988, les autorités publiques ont décidé de mettre en place une scolarisation touchant toutes les classes sociales. Des milliers d’établissements ont ainsi été construits et des centaines de milliers d’enseignants ont été formés pour répondre aux besoins de scolarisation d’une population croissante – la jeunesse représente actuellement le quart de la population algérienne. Néanmoins, cette généralisation massive a masqué de graves dysfonctionnements dans le système scolaire. Car cette scolarisation forcée s’est faite au détriment de l’acquisition des compétences de base. Pour le sociologue algérien Aissa Kadri, «  le développement de la scolarisation a permis de cacher les vrais problèmes. Les statistiques servent à valoriser l’aspect quantitatif au détriment de l’aspect qualitatif de l’enseignement ». 


 

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Jusqu’en 2007, les experts parlent de désaffection pour les études. Les valeurs éducatives essentielles sont remises en question par une jeunesse désabusée, plus attirée par d’autres promesses de gain facile notamment avec l’économie parallèle du trabendo ( marché noir). Le travail scolaire est ainsi dévalorisé et le désintérêt pour l’école inquiète enseignants et parents d’élèves. Cette inquiétude s’est amplifiée lorsqu’on a constaté que les élèves qui parvenaient à la fin du cycle primaire n’avaient pas forcément les connaissances de base, ni la validation des acquis fondamentaux comme la lecture et l’écriture. Les contenus et les méthodes en vigueur dans l’école algérienne sont inadaptés et expliquent, en partie, cette baisse significative du niveau d’instruction. Certes, des efforts ont été déployés ces dernières années pour réformer ce système éducatif chaotique, mais sans atteindre les objectifs escomptés.     

Plan de réformes.

Des indicateurs inquiétants, comme le taux alarmant d’abandon scolaire et la dévalorisation du diplôme algérien – autrefois reconnu en France et ailleurs - ont poussé les autorités publiques à établir un plan de réformes. Pour favoriser une mutation qualitative du système d’enseignement, l’Assemblée nationale a voté, en juillet 2002, une loi qui devait répondre aux besoins des élèves dans l’acquisition d’une culture civique, sociale et économique. Selon les témoignages de certains chercheurs et universitaires, le rôle majeur de l’école est de représenter les spécificités géographiques, historiques, humaines et civiques du pays. Mais il convient également d‘enraciner les valeurs culturelles, linguistiques et religieuses des autres sociétés. Or, on constate que dans les programmes de la dite réforme, la question de la laïcité, indispensable pour la construction d’un monde plus tolérant et plus ouvert aux autres, n’est pas incluse. Un autre défi de l’école algérienne est donc d’introduire ces notions de tolérance et de diversité en enseignant, par exemple, toutes les religions.

« Certains pays arabes y sont arrivés »,

confie Aissa Kadri très confiant et très impliqué dans ce débat. 

«  Les contenus ont été décidés sur des considérations d’ordre idéologique et culturel »,

a déclaré de son côté Mustapha Haddab, lui aussi sociologue, lors d’un débat sur le thème ’ Éducation et mondialisation’’ organisé par l’Association algérienne du développement de la recherche en sciences sociales (Aadress). Les intervenants ont notamment déclaré que la dernière réforme en date n’apportait que quelques modifications et arrangements ponctuels. Les programmes scolaires, par exemple, n’ont pas été revus depuis plus de vingt cinq ans…  

La refonte du système scolaire devrait commencer par la réforme de la pédagogie et des programmes. Les spécialistes sont formels : ce n’est que par une refonte profonde et n de ces deux éléments que l’école algérienne pourra, enfin, proposer un enseignement pertinent et de qualité. Centrée sur l’acquisition des compétences, notamment celles concernant la culture générale et la maîtrise des langues, cette approche implique la mise en place de stratégies ciblées dans la conception des programmes et des manuels scolaires. Elle nécessite également l’instauration d’un système d’évaluation qui permettrait de recueillir des données fiables, efficaces et durables. En effet, les acteurs du secteur de l’éducation sont unanimes : l‘évaluation des compétences ne devrait pas uniquement reposer sur l’attribution de notes chiffrées et reportées sur un bulletin. Une évaluation efficace consisterait plutôt à suivre la progression de l’élève à travers sa façon d’apprendre, en mesurant les acquis enregistrés pendant sa scolarité. Les enseignants et les responsables chargés de l’inspection pourraient ainsi disposer de données fiables sur l’évolution de cette réforme du système éducatif. Mais, Aissa Kadri va même plus loin en déclarant qu’il faudrait «  créer un observatoire de l’éducation qui développera des outils statistiques fiables ».

Programme Pare Unesco.

En Algérie, l’accompagnement pédagogique est assuré par la Commission nationale des programmes (CNP) et par l’institut national de recherche en éducation (INRE). Ces deux organismes ont pour mission de concevoir les programmes et les manuels scolaires. Pour soutenir le pays dans la concrétisation de cette réforme, l’Algérie a bénéficié, en 2004,

du programme Pare Unesco. Ce protocole d’accord sur l’appui à la réforme du système éducatif algérien a notamment permis de mettre en place une série de mesures d’accompagnement technique. D’autres observateurs insistent sur l’importance de la formation des enseignants. Principaux vecteurs de transmission du savoir, ces derniers manquent d’encadrement et disposent de moyens de travail dérisoires. Alors même que ces enseignants devraient régulièrement bénéficier de stages de recyclages et de perfectionnement sur les méthodes pédagogiques et les contenus des programmes éducatifs. C’est la loi sur l’orientation de l’éducation nationale qui prend normalement en charge la formation des différents personnels de ce secteur : «  La formation des personnels enseignants a pour but de leur faire acquérir les connaissances et les savoir-faire nécessaires à l’exercice de leur métier. » (art 77).

L’amélioration du statut social des enseignants algériens est également primordiale. L’État a certes consentis des augmentations progressives des salaires, mais ces mesures restent insuffisantes face au coût de la vie dans le pays. Accorder plus de moyens matériels, technologiques et scientifiques devrait conduire le personnel encadrant et les élèves à fournir plus d’efforts dans l’acquisition des compétences. L’évolution du système éducatif algérien dépendra également de la volonté des gouvernants. L’introduction de la notion ‘’ culture de la démocratie’’ vise à mettre l’école algérienne en adéquation avec les choix politiques. La langue arabe, par exemple, est enseignée de la même manière depuis des décennies. Sur le modèle de celle qu’on utilisait déjà au …. IIe siècle. Cet apprentissage de la langue arabe, qui fait souvent référence aux textes religieux, prend une place majeure dans les programmes scolaires, au détriment d’autres enseignements très importants comme l’éducation civique, la laïcité, la démocratie ou la tolérance. Pédagogue 

 Effondrement. Pédagogue et professeur d'université depuis trois décennies, le professeur Abderazak  Dourari a déclaré dans un entretien accordé au quotidien  Le temps d’Algérie que « le système éducatif algérien s’est effondré ». Depuis plus de vingt ans, les spécialistes expliquent cet effondrement par l’échec de la politique linguistique initiée par les pouvoirs publics depuis les années quatre vingt. En revanche, l’enseignement du français et de l ‘anglais, qui font référence à l’enseignement de la technologie et à la science, a connu une petite réforme en 2003. Cette dernière a introduit une nouvelle méthode d’apprentissage très positive qui se base sur la recherche personnelle de l’élève à travers la lecture et la recherche sur la Toile. Quant à l’introduction de la langue tamazight à l’école, elle répond à une revendication exprimée par la population berbère depuis des décennies. Les modalités d’application de cette mesure ont été définies par voie de décret. Enfin, la réforme du système éducatif a autorisé l’ouverture de l’éducation à l’enseignement privé, ainsi que la fin du monopole d’État sur la conception et la réalisation des livres scolaires (art 90).

Le secteur de l’éducation étant particulièrement sensible, la mise en place de réformes constructives nécessite l’organisation de profonds débats impliquant tous les acteurs concernés. Ce qui n’a jamais été le cas, comme en atteste la faible couverture médiatique des grands médias notamment les chaines de télévision. L’état des lieux n’a lui non plus pas été réalisé. Ainsi, les responsables chargés de cette réforme n’ont –ils pas effectué la moindre mission d’évaluation des conditions d’application des nouvelles orientations décidées par le ministère de l’Éducation nationale.  Un travail partiel a certes été effectué, mais il se limite aux seules zones urbaines. Or, ces dernières sont déjà considérées comme les plus favorisées du pays, car disposant d’infrastructures adéquates comme les librairies, bibliothèques, et autre salles informatique. De toute évidence, on ne peut faire une évaluation concrète des lacunes et besoins des institutions éducatives sans étendre ces travaux à tout le territoire. Surtout dans les zones rurales notamment celles du Sud du pays, où les besoins sont considérables. Ne pas satisfaire ces besoins entraverait sérieusement le développement de la qualité de l’éducation en Algérie. "

 Le système éducatif algérien s’est complètement écroulé et il est très difficile d’y remédier" 

confie un professeur sous couvert d’anonymat. " La coopération étrangère est le seul moyen pour faire face à cette situation catastrophique. Il faudra faire appel aux compétences étrangères dans le cadre de programmes de coopération et d’échanges. »

L’école doit avant tout trouver sa mission principale : favoriser l’ascension sociale et non pas devenir une usine de fabrication de chômeurs. L’enjeu est de taille pour les Algériens qui attendent depuis des décennies cette ouverture constructive sur le marché du travail.

 

 

 

 

 

 

 

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640-722 iuwne pdf 08/06/2015 08:52

Thank you for the great news story I did enjoyed reading it, I require to encourage that you continue your great job, have a lovely day.

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