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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Des devoirs, mais quels droits?

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 2 Février 2012, 10:01am

Catégories : #Société

 

 

                                         Article publié dans Arabies, Février 2012, pages 52 à 56

 

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Dans un contexte délicat lié à l'ancrage des idées consevatrices et à la montée en puissance de l'islam politique, les magrébines entendentbien défendre et consolider leurs droits aujourd'hui menancés...

La société maghrébine est constituée de deux courants de pensées: islamiste et moderniste. mais sa mentalité conservatrice est un frein réccurent à l'émancipation effective des femmes dans toutes les sphères sociales. Avec la victoire des islamistes lors des dernières élections en Tunisie et au Maroc, elles peuvent donc craindre de voir menacés les droits fondamentaux qu'elles ont acquis depuis des décennies...

 

En Libye la volonté d'appliquer la charia après la chute de Mouamar Kadhafi,ouvertement affichée par le président du Conseil national de transition, Mustapha Abdeldjalil, pourrait remettre en cause toute tentative d'émancipation des femmes....

En Algérie, malgré la timide réforme concernant la représentation des femmes sur les listes électorales, elles attendent fébrilement les procahines législatives programmées au printemps 2012, espérant une révision totale du code de la famille...

En Tunisie, le statut personnel de la femme - imposé en 1956 par le président Habib Bourguiba- pourrait être revu par le parti Ennahda, qui est désormais au pouvoir. Concètement, ce sont l'abolition de la polygamie, l'égalité de la citoyenneté ou l'interdiction du divorce religieux (répudiation) qui pourraient être invalidés...

Dans les zones rurales et/ou défavorisées, la situation socio-économiques des femmes n'est guerre réjouissante. Certaines n'ont pas accès à l'éducation, à la santé et au travail. Malgré les efforts déployés pour la promotion de leur statut, nombre d'entre elles souffrent encore : analphabétisme, chômage, précarité, dépendance et subordinnation au père, au frère, au mari...

 première secrétaire générale de l'Organisation démocratique du travail (ODT) et présidente de l'association Femmes pour l'égalité et la démocratie, la Marocaine Fatna Afid dresse un constat alarmant sur la situation de la femme au Maghreb: " Les femmes sont ecploitées, méprisées, humiliées, victimes de violences au sein de la famille, dans la rue et au travail! "

 

Retour au foyer. En Tunisie, certains évènements survenus récemment font craindre le pire. Des groupes de militants islamistes suggèrent que le retour des femmes au foyer résorberait le problème du chômage des jeunes, qui a pris des proportions très inquiétantes depuis le départ des touristes et le retour des milliers de Tunisiens qui travaillaient en Libye...

 

Pour dénoncer ces injustices, des centaines de Tunisiennes s'étaient rassemblées en novembre 2011 sur la Casbah de Tunis. Elles fustigeaient par exemple les exactions commises dans certaines universités par des étudiants islamistes contre des enseignantes et des étudiantes non voilées, notamment à la faculté des lettres de la Manouba ( banlieue est de Tunis) et à Kairouan ( sud-est de Tunis).  Des islamistes qui réclament l'abandon de la mixité dans les salles de cours et réfectoires ainsi que le port du voile.

Au Maroc, c'est devant le Parlement qu'une centaine de femmes ont manifesté après la victoire éléctorale du Parti poour la Justice et le Développement (PJD). Un groupe d'intellectuelles a aussi lancé sur facebook le mouvement Les Femmes arrivent, qui a déjà tenu plusieurs réunions à Rabat et Casablanca. 

 

"Notre but est de défendre le droit de la femme à la pleine égalité politique et économique, de créer une culture du respect pour les femmes ", indique Rabia ben Bousalem, l'une des fondatrices. On notera que ce mouvement ne concerne que les femmes progressistes et qu'il a refusé d'intégrer celles étant issues de courants islamistes. Car les fondatrices estiment que ces dernières ne défendent pas la parité intégrale, refusant le droit à l'héritage ou l'interdiction de la polygamie....Des droits que le mouvement juge essentiels et revendique.

Une rencontre a également été organisée à Casablanca par l'Association des femmes chefs d'entreprise du Maroc (Afem) pour débattre des avancées de la Constitution sur la question de la femme. Fondatrice de l'Afem, Salwa Karkri Belkeziz estime en effet que "l'égalité économique des femmes est le gage de l"équité sociale et politique".

Quoi qu'il en soit, les féministes maghébines semblent aujourd'hui mieux armées pour défendre leurs droits civiles, économiques et politiques.

Pour avoir déjà vécu une éxpérience amère et traumatisante avec l'islam politique lors de la décennie noire- la guerre civile qui dura de 1991 à 2002-, les Algériennes sont bien décidées à jouer un rôle dans l'édification d'une nouvelle Algérie.  Quant aux Marocaines et aux Tunisiennes, elles sont sur le qui-vive. Malgré les inquiétudes liées à la volonté islamiste d'appliquer la charia, elles manifestent et réclament non seulement le rejet de toute remise en cause de leurs acquis, mais aussi l'égalité totale avec les hommes ainsi que l'application de la parité politique.

Malgré quelques avancées notables, le rôle de la femme en politique a toujours été marginalisé au Maghreb. En Tunisie, en dépit de quelques élues au sein du Parlement sous le régime Ben Ali, la femme est quasi absente des postes de décision dans les institutions gouvernementales. Soutenue par les militants de son parti, Maya jribi est devenue en 2006 la première Tunisienne à diriger un parti politique: le Parti démocrate progressiste (PDP).

 

Au sein de la société civile, des femmes leaders ont également joué un rôle important dans le militantisme en faveur des droits de la femme. Telle Sihem Bensedrine, qui a fondé en 1998 le Conseil national pour les libertés en Tunisie ( CNLT), ou la juriste Sana Benachour, présidente de l'Association tunisiennes des femmes démocrates (AFDT).

Mais à la veille des dernières législatives en Tunisie, seulement 17% des femmes étaient inscrites sur les listes électorales. Un vrai manque auquel l'avocate Bochra Behadj Hamida, tête de liste du parti Ettakatol ( centre gauche) jusqu'a sa récente démission, a réagi sur la chaine de télévision France 24:" Les femmes représentent la moitié de la société, mais cette moitié n'a pas encore trouvé sa place dans le pays..."

Parité stricte.  Pourtant, la loi votée par le gouvernement de transition est des plus significatives. Car ce texte prévoit une parité stricte avec alternance obligatoire entre candidats féminins et masculins pour toutes les têtes de liste.... Sur le blog de l'Obbservatoire politique tunisien (OPT), on peut toutesfois lire la déception des militantes quant à son application concrète : " Les personnalités politiques étaient pourtant nombreuses à se réjouir de cette décision, au lendemain du 11 avril, lorsque le gouvernement tunisien de transition votait une loi révolutionnaire instituant la parité totale et l'alternance obligatoire dans le processus électoral" lit-on sur le site. 

De quoi renforcer la position d'une Fatna Afid qui estime que '' la parité ne peut être acquise tant qu'il n'ya aura pas de séparation entre l'État et la religion''

L'arrivée au pouvoir des islamistes remettrait -elle en question l'application stricte de la loi ? L'islam politique s'opposerait-il aux conventions internationales des droits de l'homme?

Au Maroc, le projet de loi sur le quota des femmes dans les listes électorales a été ratifié. Dans son article 26, la loi leur garantit au moins un tiers des sièges dans les instances dirigeantes des partis politiques. Ce qui est considéré comme une avancée vers '' la réalisation progressive du principe d'égalité entre femmes et hommes''

Constituée de près d'une trentaine d'organisations et associatons marocaines, le mouvement pour la parité souhaite élaborer un mémorandum pour rendre cette loi effective. Des rencontres ont d'ailleurs été organisées dans ce sens avec les partis politiques.  "La nouvelle constitution a fait un pas important en reconnaissant la suprématie des conventions internationales ratifiées par le Maroc sur les lois nationales et l'obligation d'harminiser ces dernières en conséquence", se félicitait tout de même la coordinatrice de l'Association démocratique des femmes du Maroc ( ADFM), Aicha Ait M'hand, dans le quotidien marocain Le Soir Échos.

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Liste nationale. Professeur de droit à la faculté de Rabat et à l'École nationale d'administration (ENA), Nadia Bernoussi est membre de la commission consltative chargée de la révision de la Constitution, approuvée par référendum le 1er juillet dernier. Elle souligne que le nombre de 90 sièges figurant sur la liste nationale ne réponds pas aux attentes des Marocaines. Cela ne représente en effet que 15% de femmes au parlement. "La liste nationale est contraire aux engagements internationaux du Maroc". Quant à Amina Lotfi, présidente de l'ADFM,  elle considère que  " la base de la démocratie repose sur cette égalité entre les hommes et les femmes".

Les féministes marocaines entendent donc bien poursuivre leur combat et n'excluent pas de saisir le Conseil Constitutionnel pour se faire entendre. Elles s'appuieront alors sur l'article 19 de la Constitution marocaine qui stipule: " L'homme et la femme jouissent à égalité des droits et des libertés à caractère civil, politique, économique, social, culturel et environnemental ...''  Elles pourraient aussi recourir à l'article 30, qui appelle l'État à faciliter la mise en ouevre de cette parité.  " Nous revendiquons du gouvernement la mise en place concrète de l'égalité dans son agenda 2011-2015", explique Khadjija Rebbah, présidente de la section ADFM de Casablanca. Dès lors, on peut penser que la nomination d'une seule femme dans le gouvernement benkirane risque de mettre l'huile sur le feu...

Ce n'est guerre mieux en Tunisie. Un temps avant-gardiste, le pays recule quant à la représentation des femmes en politique. Elles ne sont que trois à occuper des postes ministériels: Mamia el-Banna ( Environnement), Sihem Badi ( Affaires de la femme et de la famille) et Cahhida ben Fraj Bouraoui ( Secrétaire d'État chargée de l'Habitat ).

Lors des dernières élections législatives, 17 femmes étaient en tête de listes. Quant à l'Assemblée constituante, elle ne compte que 49 femmes alors que le Parlement en affichait 30% sous le régime Ben Ali...

 

En Algérie, dans le cadre des réformes politiques, le président Bouteflika a initié un projet de loi sur le quota des femmes dans les listes éléctorales qui a suscité une vive polémique au sein de l'hémicycle. Alors qu'on visait au départ un taux de 33%, ce dernier a été fortement amendé par les députés... Une chose est sure, la place politique de la femme dans la Lybie libre sera infime. Au sein de l'Assemblée constituante qui devarit être élue au mois de juin 2012, seulement 10% des sièges seront réservés aux femmes selon le projet de loi rendu public le 2 janvier dernier... Ce qui confirment les informations publiées sur le site Internet du Comité de préparation des éléctions : " Le congrès national général est composé de 200 membres élus au suffrage libre et direct ; et 10% des sièges seront réservés aux femmes..." Certaines organisations non gouvernementales, dont The Libyan Rights Organization et The Voice of Libyan Women, ont qualifié ce taux de "scandaleux" et l'on fait savoir dans un communiqué : "Les femmes représentent plus que 50% de la population en Libye et l'idée de limiter leur représentation à seulement 20 sièges est totalement scandaleuse "

 

Le problème des mentalités persiste donc dans les sociétés maghrébines, où le poids des traditions patriarcales et l'attachement avéré aux principes de la religion sont très présents. Au Maroc, les islamistes du Mouvement unité et réforme (MUR) s'attaquent aux droits des femmes. Son leader, Mohamed Hamdaoui, consdère que les articles 9 et 16 de la convention de l'ONU sur l'élimination de toutes les formes de décriminition à l'égard des femmes - adoptès le 18 décembre 1979 - et ratifiés par une centaine de pays - sont '' constraires aux préceptes de l'islam''.

Dans son alinéa 1, l'article 9 stipule notamment que  "les États parties accordent aux femmes en ce qui concerne l'acquisition, le changement et la conservation de la nationalité". Quant à l'article 16, il précise que les États doivent s'engager à ce que la femme puisse  " avoir le même droit de choisir librement son conjoint et de ne contracter mariage que de son libre et plein consentement ". Le dit article garantit aussi " les mêmes droits droits et les mêmes responsables en tant que parents, quel que soit leur état matrimonial, pour les questions se rapportent à leurs enfants".

 

Violence juridique. En Algérie, Nadia Ait Zai, directrice du Centre d'information et de documentation sur les droits de l'enfant et de la femme ( Ciddef), s'insurge : " Les violences à l'égard des femmes constituent seulement l'un des aspects des dicriminitions ...." Cette militante stigmatise aussi la violence juridique du code de la Famille. 


De son côté, la ministre déléguée chargée de la Famille et de la Condition féminine, Nouara Djaâfar, a lancé une compagne intitulée " Violence contre les femmes: j'en parle avant de ne plus pouvoir le faire"....Selon les chiffres de la Direction générale de la sûreté nationale ( DGSN), plus de 7000 plaintes ont été enregistrées durant les neuf premiers mois de l'année 2011. Quant à la gendarmerie, elle fait état de plus de 5000 plaintes déposées pour des violences. 

La situation est similaire au Maroc, comme peut en attestater l'Éspace multifonctionnel des femmes en situation difficile (EMF), un centre qui accueille aussi bien les mères célibataires que les femmes battues. Coordinatrice à l'EMF, Naima el Amri s'en est ouvert à la presse : " Nous acceuillons parfois des femmes dans un état grave. Nous avons prévu une infirmerie pour donner les premiers soins et des lits d'hébergement d'urgence...."

 

On peut donc douter que les révolutions arabes servent les droits de la femme, notamment après les victoires électorales islamistes. Les démocrates progressistes craignent un scénario à l'iranienne où les femmes, qui avaient pourtant soutenu l'instauration d'une République islamique, ont perdu toute liberté. Le maintien de leurs acquis est pour les femmes un véritable enjeu, un combat quotidien contre les courants conservateurs qui représentent la nouvelle donne politique en passe de s'ancrer au Maghreb. 




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