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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Économie, l'état d'urgence

Publié par Hakima Bedouani-Kernane sur 3 Octobre 2011, 14:42pm

Catégories : #Économie Tunisie

Article publié Arabies, octobre 2011, pages 36 à 39

 Croissance et investissements en chute, tourisme en crise, industrie paralysée par les mouvements sociaux, tels sont les maux d'une économie exsangue. plus que jamais, le temps presse...

 " La croissance économique tunisienne ne dépassera pas le seuil de 1%...."  c'est ce qu'a déclaré le minsitre tunisien des Finances, Jelloul Ayed. Après avoir observé une croissance négative pour les deux premiers trimestres de 2011, l'économie tunisienne serait donc à l'aube d'une récession. D'autant plus que le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie ( BCT), Mustapha Kamel Nabli, craint une chute brutale des investissments....Mais comment ne pas être inquiet en sachant que, à la suite  de la révolution tunisienne, le taux de croissance à chuté de 3,3% au cours du premier trimestre 2011. Selon les analyses de l'obeservatoire de la conjoncture économique ( OCE), organe du ministère de la Planification et de la Coopération internationale, le système économique tunisien a enregistré " une convulsion brutale ". Car  l a chute de l'activité économique a non seulement touché les secteurs névralgiques, mais aussi tous les autres. Les réserves de change ont ainsi accusé une baisse de 2 milliards de dinars. Mais les transferts d'argent des Tunisiens résidant à l'étranger ont diminué sensiblement. Également affectée par la baisse des recettes touristiques et l'augmentation du déficit commercial - qui a atteint 7,6% du Produit intérieur brut (PIB) en 2011 contre 4,7% en 2010 et 2,8 en 2009-, la Tunisie peine à faire redécoller son économie après la révolution du Jasmin. 


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  Béji Caid Essebsi a obtenu en Algérie un soutien financier de 100 millions de dollars pour la Tunisie

 

Répercussions négatives. Le secteur du tourisme, qui contribue au PIB à hauteur de 7% et qui représente plus de 400 000 emplois a brutalement connu une chute de la fréquentation hôtellière de l'ordre de 50%....Et cette baisse a eu des répercussions négatives sur des secteurs annexes comme la restauration, la détente et les loisirs. 

Les activités commerciales ont également connu un net ralentissement puisque, en janvier 2011, les exportations avaient chuté de près 20% par rapport à l'année précédente sur la même période. Et la production indutrielle n'est pas en reste, déplorant une baisse de 13% sur les trois premiers mois de l'année en cours. Suite logique, les intentions d'investissement dans l'industrie ont suivi à hauteur de 36%....Quant au taux de chômage, il est très inquiétant et frappe particulièrement les jeunes diplômés de l'enseigenement supérieur.  Avec des essentiellement concentrées dans la sous-traitance, les entreprises tunisiennes sont dans l'incapacité de leur offrir des opportunités d'emploi. A l'occasion d'une rencontre débat organisée à l'Institut arabe des chefs d'entreprises ( lace), e Premier ministre Béji Caid Essebsi, a déclaré que son gouvernement - le troisième depuis la fin de la révolution- avait trouvé le pays dans une situation économique catastrophique entre des entreprises qui ont été pillées et d'autres qui ont du fermer leurs portes. Le taux de croissance était alors nul et le chômage avait atteint la barre des 600 000 personnes, dont 140 000 diplômés de l'enseignement supérieur. En Avril dernier, Mongi Ammami, membre du centre d'études rattaché à l'Union générale tunisienne du travail ( UGTT), avait toutefois relativisé ce tableau. Il avait alors profité d'une table ronde organisée par l'Association de recherches sur la démocratie et le développement ( AR2D) pour rappeler que, sous le gouvernement Ben Ali, le marché du travail était basé sur des emplois fragiles et peu qualifiés. Néanmoins, le fait est que les grèves à répétition et les nombreuses contestations sociales de ces derniers mois ont contraint certaines entreprises à fermer. Ce fut notamment le cas de la compagnie franco-tunisienne de pétrole ( CFTP). implantée dans le gouvernerat de Sfax, cette dernière a été victime des sit-in observés par les habitants de la région, qui réclamaient des emplois. British Gas Tunisia a connu le même sort et Jal Group - entreprise européenne spécialisée dans la fabrication des chaussures de sécurité qui emploie 4500 personnes - a menacé de se retirer du marché tunisien après l'occupation des locaux par la force et la séquestration de son personnel ainsi que son directeur par les syndicalistes. A la suite de cet évènement, l'entreprise a fermé ses sites de production. Idem pour le complexe chimique de Gabès, situé dans la région Sud - Est, dont l'activié a été perturbée pendant des semaines par des mouvements sociaux. Au final, toutes ses fermetures et interruptions d'activité font perdre à l'économie tunisienne près d' 1,5 million d'euros par jour ....Pour ne pas fragiliser davantage l'écnomie du pays, les patrons - qui évoquent une croissance inférieure à 0% en 2011- plaident pour l'arrêt des contestations sociales et des revendications salariales. Selon de nombreux spécialistes, l'économie tunisienne se remet doucement de l'état " comateux" dans lequel elle se trouve depuis le début de l'année 2011. Ainsi, Mustapha Kamel Nabli a -t-il déclaré à la presse que " l'économie nationale a dépassé la phase dangereuse"...De son côté, le président de l'Association professionnelle tunisienne des banques et des établissements financiers ( APTBEF ), Habib ben Saad, a révelé la reprise du commerce de distribution, un secteur pourtant très touché par la crise. Quant aux exportations des industries manufacturières et textiles, elles affichent également une très légère reprise. 

En mars dernier, la BCT a toutefois publié un communiqué faisant état d'un bilan défavorable de la relance économique en Tunisie. Selon les conclusions de ce rapport, le pays aura des difficultés à créer des emplois et devrait accuser une baisse de la consommation et des échanges commerciaux. Cela sans compter le recul de la fréquentation touristique et des investissements. 

Éviter la banqueroute. Selon la même source, le PIB oscillera entre 0 et 1%. Pour éviter la banqueroute, les économistes appellent donc à la présevation du secteur bancaire. C'est la raison pour laquelle la BCT a injecté quelque 1,2 milliard d'euros ( 3 milliards de dinars) de liquidités dans les banques tunisiennes. Cette somme devrait leur permettre de contribuer à la relance de l'activité économique en octroyant plus facilement des crédits. Les deux prochaines années seront capitales, selon Mustapha Kamel Nabli, qui a déclaré au quotidien français Le Figaro : "  Il faut réaliser une croissance économique constante durant les deux prochaines années pour accélerer le processus de transition démocratique dans le pays ...."

Lors de leur dernier sommet, qui s'est tenu à Deauville en mai 2011, les dirigeants des pays du G8 ont décidé d'accorder 40 milliards de dollars à la Tunisie et à l'Égypte. Cette aide devrait permettre à ces derniers de relancer leur économie.Béji Caid Essebsi souhaiterait également développer une coopération avec les pays arabes. Après l'accord conclu avec le gouvernement algérien pour améliorer les relations de voisinage et obtenir une aide de 100 millions de dollars, le Premier ministre a entamé des contacts avec le Qatar, les Émirats arabes unis et le Kuweit. Des institutions financières internationales ont également décidé d'accorder des prêts au gouvernement pour qu'il prenne en charge les chantiers les plus urgents. 

La Banque européenne d'investissement ( BEI) a ainsi débloqué 163 millions d'euros pour relancer l'emploi et érnover le réseau routier en Tunisie. La BEI compte également contribuer au désenclavement des régions les plus défavorisées et soutenir l'activité des entreprises de travaux publics. ce que Phillipe de la Fontaine Vive, vice-président de la BEI, a confirmé en déclarant, dans le quotidien français Les Échos, qu'il est important que les acteurs économiques soient prêts à concrétiser leurs projets d'investissement dès le lendemain des élections de l'Assemblée constituante prévues ce 23 octobre 2011. De son côté, la Banque mondiale a alloué, le 21 juin dernier, un autre prêt de 500 millions de dollars dans le but de soutenir la création d'emplois en Tunisie et la lutte contre le chômage des jeunes. Cela dit, ces aides sont remises en cause par de nombreux économistes du fait qu'elles augmentent l'endettement du pays... Mais elles restent indispensables pour financer des projets qui permettront de relancer des activités économiques qui sont au point mort...

Selon l'économiste tunisien Mohamed ben Ramdane, cette relance doit être basée sur le financement d'infrastructures, le soutien aux petites et moyennes entreprises ( PME) ainsi que l'octroi d'une aide substantielle pour développer les régions économiquement les plus défavorisées. Les opérateursétrangers s'intéressent également au devenir du pays. Une délégation de patrons et de hauts responsables de firmes américaines ( General Electric, Boeing, Coca-Cola, ExxonMobil, Marriott International, Dow Chemical) ont ainsi effectué une visite de prospection en Tunisie afin d'étudier les possibilités de partenariat. Mais le pays doit aussi apprendre à se tourner vers d'autres secteurs d'activité générateurs de valeur ajoutée et d'emplois afin de mieux absorber toute cette '' matière grise'' nationale marginalisée et inactive depuis des années. Cependant, pour encourager les investissements nationaux aussi bien qu'étrangers, il faut d'abord commencer par restaurer un État fort et démocratique, pour que les Tunisiens reprennent confiance en leurs gouvernants. Une confiance certes perdue, mais toujours espérée. 

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