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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


États des lieux du marché financier

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 7 Août 2013, 09:06am

Catégories : #Économie Algérie

Paru dans African Banker, juillet/août 2013

Bourse-d-Alger.jpg

La bourse constitue un levier dans la promotion des investissements productifs. Comment   fonctionne de la Bourse d’Alger ? Que représente-elle en termes de valeurs, de cotations et de capitalisation ?

Crée en 1997 et lancée officiellement en 1999, la bourse d’Alger est peu compétitive. Elle ne compte que six entreprises cotées : El Aurassi, Alliances Assurances  et Saidal sous formes de titres de capital (Actions) et Sonelgaz et Dahli sous forme de titres de créances. La place boursière n’a enregistré qu’une vingtaine de transactions par jour. Une activité très modeste compte tenu de l’énorme potentiel de l’épargne nationale et l’abondance des liquidités financières au niveau des banques.

Pourtant, la Bourse d’Alger a connu un certain dynamisme dans les premières années de son lancement, et ce grâce à l’ouverture de 20% du capital social des entreprises publiques comme Saidal et El Aurassi , ainsi qu’au recours aux emprunts obligataires, via la bourse, des groupes publics Algérie Télécom et Sonelgaz pour le financement de leurs projets d’investissements. Selon l’autorité de tutelle, la Commission de surveillance des opérations de Bourse (Cosob), le montant global levé, entre 2004 et 2009, était de 216 milliards de dinars. Les résultats des emprunts obligataires ont enregistré une baisse significative en 2011 puisque l’encours était de 32,36 milliards de dinars contre de 69,85 milliards de DA en 2010. L’institution régulatrice explique cette baisse par l’arrivée à terme – entre mai 2010 et octobre 2011- des emprunts obligataires des groupes publics Sonelgaz (15,9 milliards de DA), Air Algérie (14,1 milliards de DA) et Algérie Télécom (21,5 milliards de DA).

Même si l’entrée en Bourse, en novembre 2010, de la compagnie Alliances Assurances a permis une progression de 62% de la capitalisation boursière, passant de 7,7 milliards de DA à 12,5 milliards de DA en janvier 2012, son montant reste extrêmement limitée comparativement aux normes internationales. D’après Nazim Boulahdour, directeur technique de la Bourse d’Alger, la capitalisation de la Bourse d’Alger a atteint 16 milliards de DA en juillet 2013. « L’état léthargique de la Bourse d’Alger reflète la manque d’attractivité du climat des affaires » explique un chef d’entreprise du secteur de l’agroalimentaire.

Les économistes déplorent vivement que les programmes d’investissements publics aient été engagés en dehors de la Bourse. Dans la pratique, de nombreuses entreprises publiques et privées ont ainsi opté pour la souscription des crédits bancaires directement auprès des banques et des fonds d’investissements pour lever les moyens financiers nécessaires à la concrétisation de leurs investissements. De fait déplore, Lyes Kerrar, expert financier, « l’économie algérienne ne compte pas de champions nationaux faute de marché financier ».

 

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Réveiller le marché boursier.

Pour promouvoir le financement de l’économie via un système financier plus performant et en adéquation avec les standards internationaux, le gouvernement a engagé un programme de réformes visant la réorganisation et la dynamisation du marché financier. Le programme appelé  « Appui à la réforme du marché financier », signé le 11 mai 2011 entre le ministère des Finances, le ministère des Affaires Étrangères et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et y associant tous les acteurs du marché financier, repose sur cinq objectifs prioritaires : l’harmonisation du cadre réglementaire avec les pratiques financières internationales, l’alimentation du marché boursier à travers l’introduction de valeurs mobilières, l’amélioration de l’image du marché financier notamment à travers la vulgarisation de la culture boursière auprès des opérateurs économiques et du grand public ainsi que la modernisation des système d’information des sociétés et des institutions financières.

 

Concrètement, plusieurs rencontres destinées aux banques, aux compagnies d’assurances, aux institutions financières dont la société de gestion de la Bourse des valeurs (SGBV), des cabinets d’audits ainsi que les experts internationaux spécialisés dans l’organisation et la réglementation des marchés financiers  et les métiers de la bourse ont été organisées dans la capitale algérienne depuis l’année 2011. Selon les responsables de la Bourse, l’objectif de ce programme est de permettre au pays d’atteindre le huitième objectif du millénaire pour le développement (OMD 8) qui consiste en la mise en place  « d’un système commercial et financier multilatéral ouvert, fondé sur des règles prévisibles et non discriminatoires ».

Selon le rapport 2012 de la Cosob, l’objectif à moyen terme de cette réforme serait d’atteindre une capitalisation boursière de 10 milliards de dollars, soit 5% du PIB et trente huit entreprises cotées.

« C’est une proportion faible comparée aux ratios des marchés boursiers en général et aux ratios des marchés de la région en particulier » note le rapport de la Cosob. A titre de comparaison, 75 à 80 entreprises sont cotées à la Bourse de Casablanca, 550 à 600 sociétés sont cotées à la Bourse du Caire, 60 à 65 dans celle de Tunis, et plus de 1600 à Paris.

Pour améliorer les activités de la place boursière, des amendements ont été introduits dans la réglementation générale en 2012. Désormais, la Bourse d’Alger compte trois compartiments réservés aux grandes entreprises, aux PME et aux obligations assimilables du trésor (OAT).  Selon certains experts, les conditions d’admission des PME ont été assouplies notamment à travers l’octroi d’avantages fiscaux aux émetteurs comme la défiscalisation sur cinq ans pour les transactions sur titres et l’exonération d’impôt sur la plus value lors de l’introduction en Bourse. Pour Nazim Boulahdour, conseiller technique à la Bourse d’Alger, le choix est clair : « Dans la perspective du plan de réforme du marché financier, la société de gestion de la Bourse d’Alger compte devenir une alternative au financement traditionnel bancaire ».

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Le renforcement de l’ IOB pour accompagner les entreprises

« L’introduction en Bourse est un processus long, compliqué, risqué, qui implique une décision stratégique sur l’ouverture du capital, sur l’adhésion aux règles de transparence, de gouvernance » explique Yann Christin, consultant international et spécialiste des marchés financiers. En Algérie, les activités d’intermédiation en opérations de Bourse IOB, qui englobent le conseil, l’orientation et la conformité avec la réglementation lors de l’introduction en bourse, sont peu développées. De plus, hormis BNP Paribas El Djazair, la première banque privée agrée par la Cosob, l’intermédiation en opérations de Bourse est essentiellement pratiquée par les banques publiques : la Banque nationale d’Algérie (BNA), la Banque extérieure d’Algérie (BEA), le Crédit populaire d’Algérie (CPA), la Banque de développement local (BDL), la Banque de l’agriculture et développement rural (BADR) et la Caisse nationale d’épargne et de prévoyance (CNEP). « Les banques publiques exercent l’activité de l’intermédiation en opérations de bourse avec une approche purement administrative et procédurale » constate un cadre financier dans une banque publique.

En dépit de cette insuffisance, les professionnels du secteur sont unanimes, cette activité connaitra incontestablement un développement rapide. Lies Kerrar, expert en finance et P-DG de Humilis Corporate Finance Advisory, souligne à cet égard  : « Le marché financier algérien doit être développé, car l'épargne y est abondante. Pour cela, il faut des intermédiaires en Bourse ». Humilis Investissement vient de recevoir l’autorisation de la Cosob pour la création d’une société d’intermédiation boursière, la première société indépendante sur le marché algérien. D’autres établissements financiers comme la banque privée Société Générale Algérie ont également déposé une demande d’agrément d’intermédiaire en opérations de bourse (IOB) auprès de la Cosob.

 Vers la dynamisation des cotations.

Lors d’un séminaire organisé à l’hôtel El Aurassi sur « les avantages de l’introduction en Bourse», le ministre des Finances, Karim Djoudi a indiqué qu’une liste d’entreprises éligibles à la cotation boursière à hauteur de 20% du capital est en cours d’examen par les autorités publiques. « Les ministères concernés sont en train de nous remettre des listes d’entreprises diverses pour voir si elles remplissent les conditions. Une fois identifiées, ces entreprises seront présentées en Conseil de participation de l’Etat (CPE) qui décidera de leur introduction en bourse ou pas », a t-il expliqué à ce sujet. L’argentier du pays a, toutefois, exclu le recours à une privatisation majoritaire des entreprises. De son côté, Berrah Abdelhakim, président de la Cosob, a affirmé qu’une trentaine de PME seront introduites partiellement (30% du capital) en Bourse après avoir été soumises à des évaluations techniques approfondies.

Les entreprises publiques et privées opérant dans des secteurs stratégiques comme le secteur des télécommunications (l’opérateur public de téléphonie mobile Mobilis), les banques et les assurances (le Crédit populaire d’Algérie CPA, la société des assurances CAAR) ou des groupes industriels (travaux publics et du bâtiment Cosider, agroalimentaire Cévital etc.) ont manifesté leur intention de s’introduire en Bourse dès la mise en œuvre des réformes qui ont été engagées par l’État. Dans le même contexte, Ahmed Fettahi, président du directoire du groupe industriel SGP Indelec - maison mère des filiales Sonaric et Domelec, des entreprises spécialisées dans l’électronique et les électroménagers - a indiqué que ses deux sociétés – les marques commerciales Eniem et Enie- seront introduites en bourse en 2014. « L’introduction des entreprises en bourse ne peut être que bénéfique pour la crédibilité des actions économiques menées par les entreprises » souligne un économiste. Le marché boursier, qui exige de la transparence dans la gestion à travers la publication des comptes et des résultats financiers des sociétés, est une condition incontournable pour fructifier les échanges et les partenariats entre les nationaux (public/privé) et/ou avec les étrangers.  

De plus, le potentiel de l’épargne nationale, qui constitue un atout considérable, permettra aux professionnels du secteur de réactiver le marché boursier. L’épargne des particuliers, orientée essentiellement dans l’acquisition des équipements tels que les véhicules - près de 500 000 unités vendues en 2012- et les biens immobiliers – un pays qui connaît une bulle immobilière des plus importantes de la région -, pourrait contribuer à la dynamisation des activités de la Bourse notamment avec l’achat des actions. Mieux encore, pour optimiser la collecte de l’épargne, les économistes appellent à lever les contraintes qui empêchent l’utilisation de l’épargne institutionnelle figée dans les caisses des compagnies d’assurances ou celles des retraites.

L’ouverture à l’international

Benmouhoub Yazid, récemment nommé à la tête de la Bourse d’Alger,veut aussi favoriser le développement du partenariat avec les places boursières internationales. Convié le 19 juin par NYSE Euronext Paris, le nouveau patron de la Bourse d’Alger a expliqué que : « Le gouvernement algérien a dressé un plan de réformes et de redynamisation de la place financière d’Alger. Notre présence ici est pour explorer les moyens de coopération entre les deux places boursières et de faire bénéficier la place d’Alger du savoir faire et de la haute compétence des cadres de la place financière de Paris ». De son côté, Nizam Boulahdour confirme également que : « des contacts permanents sont pris avec des bourses voisines et ceux de la région Mena à l’effet d’une éventuelle coopération et échanges d’informations ». 

Dans une optique de dynamisation du marché des capitaux, les autorités de tutelle espèrent faire augmenter le nombre de cotations des ressortissants algériens et des investisseurs nationaux et étrangers. Pour cela, le gouvernement réexamine son droit de préemption sur la vente de participations dans les sociétés algériennes à des investisseurs étrangers. Rappellons, la législation actuelle exige que toutes les cessions d’actions à des sociétés étrangères doivent préalablement être approuvées par l’Etat, ce qui génère une certaine confusion comme en témoignent les longues négociations concernant le rachat des parts de Djezzy, premier opérateur de téléphonie mobile sur le marché.

 

 Le capital de la Bourse d’Alger représente 16 milliards de dinars, soit 1% du PIB.

  2 juin 2013, l’institution régulatrice a autorisé l’admission à la Bourse des actions de la société NCA-Rouiba Spa. Cette dernière a mis en vente 2.122.988 actions soit 25% du capital social d’une valeur nominale de 400 dinars l’action.

 

 

 

 

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