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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Industrie en manque de performance

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 28 Mai 2013, 09:16am

Catégories : #Économie Maroc

Paru dans Arabies, mai 2013


L’instabilité politique régionale, la crise de la dette européenne et l’explosion du déficit des dépenses publiques internes auront –elles  un impact destructeur sur les acquis du Maroc ?

Le Maroc, qui a connu une croissance moyenne de 4,9% entre 2004 et 2011, a réussi à mettre en place une politique économique basée sur l’amélioration de la productivité et une légère diversification de la production nationale. Cependant, les incertitudes politiques et économiques à l’échelle régionale et la crise profonde de la dette en Europe (principal client et fournisseur du royaume) ont eu raison des prévisions de croissance optimistes des institutions nationales et internationales concernant le royaume.

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Alors, dans quel l’état est l’économie marocaine en ce début de l’année 2013 ? Elle a indéniablement amorcé une timide diversification. Les économistes constatent une bonne situation du secteur secondaire (aéronautique, automobile, bâtiment et travaux publics, transports et télécommunications) et du secteur tertiaire (banques et assurances). Cependant, le manque de performances des activités agricoles et du secteur primaire a eu des répercussions négatives sur le produit intérieur brut (PIB).

En 2012, le taux de progression du PIB est inférieur à 3% en raison de la très forte baisse de la valeur ajoutée agricole estimée à – 8,4% au troisième trimestre 2012 et de -9,8% sur l’ensemble de l’année. Quant aux branches des industries agroalimentaire, textile et cuir, chimie et parachimie, mécanique et électrique, elles ont enregistré une baisse de 15,4%.

Le Maroc est-il menacé de perdre son industrie ? Le pays est-il condamné, à l’image de certains pays européens dont la France, à connaître un regain du secteur des services au détriment des activités industrielles ?

Les objectifs économiques tracés par le gouvernement Benkirane (développement des exportations et la conquête de nouveaux marchés, promotion de la production industrielle et la création d’emplois) sont-ils aujourd’hui menacés ?

Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. La libéralisation du commerce extérieur a eu des répercussions négatives sur les industries de substitution des importations.

Concurrence étrangère. Les producteurs nationaux sont dans l’incapacité de faire face à la concurrence étrangère. L’installation de nouvelles spécialisations comme la sous-traitance automobile et aéronautique reste timide pour compenser les pertes des industries traditionnelles comme l’industrie textile par exemple.

En effet, l’activité industrielle du textile, pratiquée en sous –traitance pour les clients européens (Espagne 34%, France 32%, Grande Bretagne 14%), ne peut faire face à la forte concurrence de la Chine et de la Turquie. Les partenaires européens sont à la recherche de partenaires cotraitant et de producteurs de produits finis, modélisme compris. De ce fait, l’industrie du textile doit s’adapter aux besoins des marchés internationaux en étant plus compétitive.

La tâche est rude car le coût de production est nettement supérieur à ceux des autres concurrents, à l’échelle régionale, puisque le coût /minute au Maroc est de 8 cts d’euros alors qu’il est de 7,5cts en Tunisie et 4,5 cts en Égypte.  

D’un autre côté, le secteur de l’industrie manufacturière a connu un ralentissement suite à la frénésie qui s’est emparée des investisseurs et des opérateurs économiques. Ces derniers ont préféré investir dans le secteur de l’immobilier dont la rentabilité est plus importante et plus rapide. « La croissance économique a connu un ralentissement de 2,7% en 2012 », explique Ahmed Lahlimi Alami, expert du Haut Commissariat au plan (HCP). De son côté, Nizar Baraka, ministre de l’Économie et des Finances, lors d’une conférence de presse organisée pour la présentation du bilan économique de l’année écoulée, a reconnu que l’année 2013 sera une année très difficile.

D’après de nombreuses études, le climat des affaires est défavorable au Maroc. Selon les résultats de l’enquête de la conjoncture du dernier trimestre 2012, 33% des industriels trouvent le climat des affaires défavorable. Meriem Bensalah, présidente de la Confédération générale des entreprises marocaines (CGEM), a évoqué le manque de visibilité des sociétés. « Nos objectifs en matière de croissance, d’emplois et de compétitivité tiennent en 3 mois » a t-elle expliqué.

Déficit des finances publiques.

Selon le HCP : « Le déficit des finances publiques serait passé de 6,2% du PIB en 2011 à environ 7% en 2012 ». Le constat de cette institution est plus pessimiste que ceux qui ont été prédits par Bank al -Maghrib (Banque Centrale marocaine) et le Fonds monétaire international (FMI), lesquels annonçaient respectivement un déficit de 6,2% et 6%. Cette situation préoccupante des finances publiques marocaines est expliquée, entre autres, par le déséquilibre de la balance des paiements.

Toujours selon la même source, la dette pèse très lourd sur les finances et accentue le déficit : « l’endettement public frôle le seuil de 60% du PIB’’ alors qu’il était de 53,7% en 2011 » note le HCP.

Selon Idrissi Azami Al Idrissi, ministre délégué chargé du budget, les avoirs extérieurs net étaient de 140 milliards de dhs soit l’équivalent de quatre mois d’importations à la fin du mois de janvier 2013. De son côté, l’Office des changes a évalué les transferts de placements financiers à l’étranger de 477 millions de dhs en janvier 2013 contre 85 millions de dhs une année auparavant.

Alors que pour le HCP, le besoin de financement de l’économie nationale est en croissance (8,4% du PIB en 2012 contre 8,1% en 2011), les investissements directs étrangers (IDE) enregistrent un très léger regain passant de 1,2 milliard de dhs en 2011 à 1,3 milliard de dhs en 2012.

Pis encore, selon les experts du HCP, la notation du pays risque de connaître une dégradation dans les mois à venir. D’ailleurs, en raison de l’augmentation très inquiétante du déficit public (7,1% du PIB en 2012), l’agence d’évaluation financière Moody’s vient d’abaisser la perspective de la note souveraine du Maroc en lui accordant la note de ‘’Ba1’’, ‘’catégorie spéculative’’. Selon Moody’s, cette notation est justifiée par « La détérioration significative des données fiscales du gouvernement, comme le reflète l’augmentation du déficit budgétaire ».

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Indicateurs économiques. Les instances internationales et les agences de notation (Standard & Poor’s et Fitch Rating) surveillent avec une certaine vigilance l’évolution des indicateurs économiques. La maîtrise de l’inflation grâce aux subventions - qui viennent gonfler la dette publique -  entérine les possibilités de financement du secteur privé. Résultat, le pays emprunte pour faire face aux échéances de ses dettes. « La sous liquidité du marché monétaire pourrait devenir structurelle et la marge de manœuvre de la politique monétaire se réduire au détriment d’un financement adapté aux besoins réels des différentes catégories d’es entreprises », explique Ahmed Lahlimi Alami dans les colonnes de la presse nationale.

Le Maroc est –il en mesure de préserver ses acquis macroéconomiques fondamentaux en cette période difficile ? Les pouvoirs publics sont –ils encore en mesure de soutenir le secteur privé et d’encourager les investissements et la productivité ? De quels atouts dispose le royaume pour faire face à la crise ?

Selon le cabinet international d’intelligence économique Oxford Business Group OBG, le Maroc fournit des efforts pour stimuler la croissance des secteurs industriels clés comme l’automobile, l’électronique et l’aéronautique. Des stratégies de développement sectoriel, intégrées dans le Pacte national pour l’émergence industrielle PNEI, signées en février 2009, visent le renforcement du PIB industriel et les exportations des produits industriels. Un budget de 50 milliards de dirhams  y a été consacré.

Ce programme, qui permettra la création de 220 000 emplois, cible le développement des Métiers Mondiaux du Maroc (MMM) comme l’offshoring, un domaine dans lequel le Maroc a obtenu le prix de la destination offshoring, organisé par l’Association Européenne de l’outsourcing de l’année 2012. Cinq plates - formes industrielles intégrées dédiées à ce secteur sont en cours de réalisation : Casanearshore, Rabat Technopolis, Fès shore, Tétouan shore et Oujda shore.

Le secteur de l’automobile affiche également de belles perspectives, notamment suite à l’implantation du site d’assemblage de Renault à Tanger Melloussa. Pour accompagner le développement de cette activité, deux plates-formes industrielles en zones franches sont prévues, comme Tanger Automative City dont les travaux ont été lancés en février 2012. L’objectif de ses réalisations est de promouvoir la production de 400 000 véhicules par an qui seront destinés à 90% à l’exportation.

L’industrie aéronautique et spatiale connaît également un certain dynamisme, grâce notamment à l’implantation des leaders mondiaux tels que Boeing, Eads, Safran et Bombardier. En effet, près de 100 entreprises marocaines, employant près de 10 000 personnes, opèrent dans les différentes branches du secteur dont pour la fabrication des composants, l’ingénierie et les services. Les perspectives de développement de cette filière sont prometteuses car la demande externe en matière de composants d’avions ne cesse d’augmenter à l’échelle mondiale. Le constructeur canadien Bombardier va investir 200 millions de dollars pour l’installation d’une usine avec, à la clé, la création de 850 emplois.

 Plan Émergence.

Malgré ces réalisations notables, les économistes évoquent que la réussite du Plan Emergence, basée en grande partie sur l’attrait des investissements directs, est restreinte. Et pour cause, la crise financière européenne sévère qui sévit en Europe pourrait désormais compromettre l’aboutissement des programmes. 

Pour faire face aux besoins de financement des programmes de réalisation et de modernisation des infrastructures d’envergure, le pays a recours à l’aide des institutions internationales. Pour la mise en œuvre de la politique industrielle et des plans sectoriels, huit conventions de prêts ont été signées entre le gouvernement et l’Agence française de développement (AFD),  pour un montant de 831 millions d’euros en 2012. En effet, un prêt de 100 millions d’euros a été octroyé pour le financement de la première phase du projet de réalisation de la centrale électrique d’Ouarzazate et 180 millions d’euros ont a été accordés à l’Office chérifien du phosphate (OCP) pour le projet de maitrise de l’eau. Deux autres prêts de 220 et 230 millions d’euros ont été respectivement octroyés : à l’Office National des Chemins de fer pour la réalisation du projet TGV Kenitra Tanger, et à Casa Transports pour la réalisation du tramway de Casablanca. D’autres structures ont également bénéficiés de prêts également comme qui visent la modernisation du secteur portuaire (50 millions d’euros) et le réseau électrique (57 millions d’euros).

Alors peut-on parler d’une limite de l’industrie exportatrice si l’on tient compte de la rude concurrence qu’exerce la Chine sur les marchés mondiaux ? Dans un entretien accordé au journal Finances news, ministre Nizar Baraka, ministre de l’économie et des finances, a déclaré : « les marchés subsaharien et du Golfe présentent des opportunités certaines ». En dépit du coût élevé des frais de transports et du fret vers ces marchés, le ministre précise : « Le potentiel avec les pays du Golfe est énorme, via notamment l’accord stratégique signé avec les pays du CCG ».

Réorientation. Les experts économistes appellent également à la réorientation des débouchés des productions sur la demande interne. Mais, comment booster cette demande interne alors que le budget de l’État est freiné par les nombreuses subventions accordées aux entreprises et aux particuliers pour les produits de première nécessité ? Nizar Baraka a d’ailleurs reconnu : «Les charges de la compensation ont dépassé, pour la première fois, les dépenses d'investissements ». Lors d’un entretien accordé à Finances News, le ministre de l’Économie a expliqué : «  Nous sommes amenés à revisiter financement tout notre modèle économique global »

Les assises de l’industrie, prévues en Avril 2013, devraient permettre au gouvernement chérifien d’identifier de nouveaux secteurs industriels à promouvoir comme l’industrie pharmaceutique, les industries chimiques et para chimiques, les industries métallurgiques et mécaniques....

Dans tous les cas, le gouvernement se doit d’être plus stratège dans la mise en œuvre de sa politique de relance du secteur industriel, à condition de régler de façon effective l’état de ses finances qui conditionnent l’avenir économique du pays.

 

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