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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


L’accès à l’avenir en un seul clic…

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 12 Avril 2013, 14:06pm

Catégories : #Économie Algérie

Paru dans Arabies, avril 2013

Le gouvernement algérien a mis en place des programmes ambitieux pour démocratiser l’accès aux TIC. Néanmoins, ce dernier peine à atteindre les objectifs escomptés….

De nos jours, l’accès à un nombre incalculable de données est à la portée, en un seul clic. Les Smartphones et les tablettes, des outils hautement technologiques et de petits formats, nous permettent de lire, d’échanger et de stocker une quantité considérable de documents écrits, audio et vidéo. Mieux encore, les nouveaux outils de communication ont transformé nos habitudes de consommation, de travail, de divertissement et de communication.

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Cependant, l’accessibilité aux nouvelles technologies de l’information et de la communication ne peut être possible sans que des investissements colossaux ne soient consentis par les pouvoirs publics dans la construction des infrastructures, la mise en œuvre d’une réglementation claire et transparente, permettant de régir le secteur des TIC. Conscients de l’apport des nouvelles technologies de la communication dans le développement durable, les gouvernements œuvrent à l’intégration des TIC dans leurs sociétés.

A l’instar des autres pays du monde, le gouvernement algérien a mis en place des programmes ambitieux pour démocratiser l’accès aux TIC. Néanmoins, ce dernier peine à atteindre les objectifs escomptés, notamment dans la généralisation de l’accès à Internet haut débit et dans l’introduction de la téléphonie mobile 3G, secteurs dans lesquels l’Algérie accuse du retard. L’Union Internationale des Télécommunications (UIT) a classé l’Algérie à la 104e position sur 155 pays en matière d’accès aux TIC en 2012.

En effet, les programmes tels que e-Algérie, Ousartic, la licence d’exploitation de téléphonie mobile 3G et l’accès à Internet haut et très haut débit - via la fibre optique - sont en gestation depuis de nombreuses années.

Internet haut débit.

Lancé en 2005, le programme Ousartic, qui consiste à doter 6 millions de ménages d’un ordinateur et un accès à Internet haut débit, est un échec. Les spécialistes du secteur incombent la responsabilité à la frénésie des banques dans le financement du projet et à l’insuffisance du management de l’autorité chargée de la mise en œuvre de ce programme.

Le programme e Algérie a subi également le même sort. Trois ans après son lancement, il piétine encore. Younes Grar, un expert en télécommunications, a souligné que la mise en œuvre du programme e-Algérie « est resté à la phase de réflexion et de théorie ». De son côté, Chérif Ben Mahrez, responsable du programme e-Algérie 2013, au ministère de la Poste et des nouvelles technologies, a expliqué dans les colonnes du journal Maghreb Emergent que le programme e-Algérie «évolue dans un environnement mal adapté pour les TIC. Il y a une volonté en haut lieu qui n’arrive pas à se concrétiser sur le terrain ».

Coupures incessantes et pannes répétitives caractérisent les offres de l’opérateur public Algérie Télécom. La connexion internet est généralement lente et instable. Pis encore, alors que dans les pays voisins comme le Maroc, l’offre haut débit Adsl est en phase de généralisation, en Algérie, plusieurs foyers peinent à obtenir une ligne de téléphonie fixe et un abonnement à Internet.

Pourtant, l’usage des TIC a tendance à se généraliser dans le pays. Selon l’étude ‘’Webdialna’’ de la société algérienne Ideatic – réalisée auprès de 13 600 internautes en 2012 - ‘’la prise de conscience collective de l’importance des TIC en est train de s’ancrer chez les citoyens algériens’’

L’année 2013 sera-t-elle l’année du haut débit ? Les algériens sont connus pour être de grands adeptes d’Internet. La progression du nombre d’utilisateurs du réseau social Facebook est constante. Lors de la conférence - débat organisée par le Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (CARE) sur le thème ‘’l’entreprise et les réseaux sociaux’’, Younes Grar a estimé à 4,5 millions le nombre des utilisateurs du réseau social Facebook avec une moyenne d’âge de 35 ans.

Désormais, les facebookers algériens occupent la quatrième position à l’échelle continentale et la 41e à l’échelle mondiale. Néanmoins, l’accès à internet reste très limité dans le pays. Netindex, un site spécialisé dans les études sur Internet, positionne l’Algérie à la 176 place (queue de peloton) en matière d’accès à la toile. Selon le centre de recherches en Économie Appliquée pour le développement CREAD, le taux des ménages qui ont accès à Internet ne représente que 2,6% de la population. Quant au Programme des nations unies pour le développement (PNUD), il considère que le taux de pénétration d’Internet en Algérie n’est que de 5,33%. « De récentes études placent le débit Internet en Algérie dans le bas du tableau mondial. Comparés à nos voisins marocains, par exemple, nous sommes loin en terme de qualité » confirme de son côté, Azouaou Mehmel, président-directeur général de l’opérateur public Algérie Télécom.

Pour pallier cette insuffisance, une Commission nationale de la bande passante (haut et très haut débit) a été installée par le ministère de tutelle afin d’élaborer un plan d’action qui permettra de mettre sur le marché des offres d’accès au réseau haut débit - de 2 mégas minimum - à l’horizon 2015. Pour y parvenir, le ministère de tutelle a opté pour la généralisation de la fibre optique laquelle sera destinée, en priorité, aux nouvelles cités technologiques, aux zones industrielles ainsi qu’aux différentes institutions comme les ministères, les universités ainsi que les centres de recherches.

De plus, l’Association algérienne des fournisseurs de services Internet AAFSI fait part du manque crucial de contenu des sites web algériens. Les sites des institutions publiques manquent de contenus, de dynamisme et d’interactivité. Les activités comme le e banking, e paiement et le e commerce sont en état de balbutiements et peinent à décoller sur le marché.

Le lancement de la licence d’exploitation de la téléphonie mobile 3G (troisième génération) est un véritable feuilleton à rebondissements. Annoncée depuis plusieurs années, l’introduction de cette technologie est régulièrement repoussée par le gouvernement algérien. En effet, ce dernier a décidé de suspendre le processus d’octroi de la licence 3G jusqu’au règlement du litige qui l’oppose à Naguib Sawaris, ancien propriétaire de Orascom Télécoms Algérie (Djezzy). L’affaire, désormais soumise à l’arbitrage par le Centre international pour le règlement des différents relatifs aux investissements  (Cirdi), dépendant de la Banque mondiale, devrait connaître une issue dans les quelques mois à venir.

Internet via le mobile. Ce report exaspère les algériens qui attendent depuis plus de trois ans la mise en œuvre de cette technologie permettant l’accès à internet via le mobile. Selon une étude réalisée par l’Association algérienne des fournisseurs de services internet AAFSI : «  57% des internautes algériens souhaitent avoir une offre prépayée et près de 50% avouent être prêts à débourser 500 dinars pour se connecter à internet via le mobile ».  De son côté, Joseph Ged, directeur général de Wataniya Télécom Algérie, rebaptisée Ooredoo Télécom Algérie, a souligné à ce propos : «Nous avons consenti des efforts en matière d’investissement et de modernisation du réseau pour être en avance d’au moins deux ans par rapport aux obligations de la future licence.».

Selon les experts, l’arrivée de l’internet mobile accentuera la concurrence entre les opérateurs. Cette dernière ne sera plus centrée sur le coût de la communication par minute, mais sur la qualité de la connexion ainsi que les contenus et applications offerts aux abonnés. « La 3G va améliorer la qualité du service haut débit et donner une alternative au citoyen pour aller vers des services Internet autres que ceux du téléphone fixe », a indiqué, de son côté,le ministre de la Poste et des nouvelles technologies Moussa Benhamadi.

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Moussa Benhamadi, ministre de la Poste et des nouvelles technologies de la l'information et de la communication. 

Les résultats d’une récente enquête de Med&Com, éditeur du magazine N'TIC, démontrent que 45% des abonnés utilisent dores et déjà des Smartphones dont près de la moitié utilisent le Iphone d’Apple.

 Paiement en ligne et chargements.

« Les algériens achètent les Smartphones avant l’arrivée de l’internet mobile sur le marché. Ils attendent de pouvoir utiliser les différentes applications comme le paiement en ligne ou bien même de pouvoir télécharger les fichiers comme les vidéos par exemple » nous confieAmine une jeune trentenaire employé dans une société de transport.

Il est certain que l’avenue de l’Internet mobile dynamisera le secteur des télécommunications dans le pays. Selon les conclusions d’une étude publiée par l’AAFSI : «  L’internet mobile devrait générer au moins 3 milliards de dollars ». Quant à Yann Chevalier, expert en Télécommunications, il affirme : « Dans les années à venir, le marché algérien de la téléphonie mobile connaîtra sans doute l’essor des services de géolocalisation, de transfert d’argent et de divertissement ».

Se dirige t-on vers la levée du monopole d’Algérie Télécom sur le marché des télécommunications ? L’ouverture du réseau de la téléphonie fixe et l’entrée de nouveaux fournisseurs d’accès à Internet est – elle proche ? De l’avis de nombreux spécialistes, la domination de l’opérateur public a freiné le développement des TIC dans le pays. En effet, dix ans après sa création, Algérie Télécom SPA continue de fonctionner comme une administration publique. « Les clients, les fournisseurs et les partenaires ainsi que l’environnement en général perçoivent AT comme une entreprise archaïque, bien loin d’être au diapason des évolutions technologiques », n’a pas hésité à souligner Azouaou Mehmel lors de sa nomination à la tête du groupe. « L’entreprise peine à concrétiser les projets dans les délais et à améliorer son outil de production » explique t-il également dans une déclaration à la presse nationale. Pis encore, les clients sont considérés comme de simples usagers. « L’entreprise reste fortement bureaucratique et n’arrive pas à concrétiser les projets de mise à niveau de son outil de production dans les délais » insiste Mehmel.

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Plus récemment, dans une lettre adressée aux employés et cadres du groupe, le P-DG reconnaît que ‘’les objectifs de l’opérateur n’ont pas été atteints en 2012 ‘’. Et pour cause, l’operateur des opérateurs cumule beaucoup de retard dans divers domaines. Pour y remédier, une restructuration profonde et multidimensionnelle est nécessaire pour sortir le groupe du marasme. Un plan d’investissement de deux milliards de dollars est programmé pour la mise à niveau, l’assainissement, l’extension et la modernisation des infrastructures à l’horizon 2016.

Les pouvoirs publics ambitionnent de faire augmenter la part des TIC dans le produit intérieur brut PIB à hauteur de 7 % dans les deux ans au lieu des 4% actuellement. Pour cela, un projet de loi, qui vise à compléter les manquements de la loi de 2003, a été adopté par le Conseil des ministres le 26 décembre 2012. Cette future loi prévoit de nouvelles dispositions comme, entre autres, la portabilité du numéro, la démocratisation de l’accès à l'Internet haut débit au profit des particuliers et des professionnels. Cela dit, Younes Grar souligne : « Il faudrait veiller à appliquer les nouvelles dispositions de cette loi pour qu’elle ne devienne pas un simple document, comme cela a été le cas pour le projet e-Algérie ».

L’année 2013 va t-elle être l’année de tout les changements dans le secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication en Algérie ? Le virage du tout numérique est –il pour demain?

L’installation d’un observatoire des TIC, composé d’experts en télécommunications, va t-il permettre de veiller sur la régulation du marché des télécommunications dans le pays ? Affaire à suivre.

 

Le boom de la téléphonie mobile, moteur des Télécoms 

 Le marché algérien des télécommunications connaît un dynamisme grâce à la filière téléphonie mobile. L’année 2012 a été particulièrement profitable aux trois opérateurs présents sur le marché : Djezzy, Nedjma et Mobilis.

Orascom Télécom Algérie, rebaptisée Optimum Télécom Algérie (Djezzy), premier opérateur de téléphonie mobile avec 18 millions d’abonnés, a réalisé, au quatrième trimestre 2012, un chiffre d’affaires de 466 millions de dollars. Le deuxième opérateur Wataniya Télécom Algérie, devenue Ooredoo, considérée comme une des filiales les plus dynamiques du groupe qatari Ooredoo, anciennement Qtel, a réalisé a un chiffre d’affaires de 956 millions de dollars, soit une hausse de 18% comparativement à l’année 2011. Le bilan des investissements est évalué à 226,2 millions de dollars contre 174 millions de dollars en 2011, soit une augmentation de l’ordre de 30%.

Services innovants.

Joseph Ged, directeur général de la filiale algérienne, a expliqué : « A l’instar des autres clients du groupe à travers le monde, les Algériens qui font confiance à Nedjma auront la chance de profiter du leadership de l’un des plus grands groupes de télécommunications au monde. Ooredoo, à travers ses filiales dont Nedjma est fière d’appartenir, œuvre pour offrir des services et des solutions mobiles les plus innovantes et les plus pratiques pour améliorer la vie quotidienne et professionnelle de nos clients en Algérie».

Pour rappel, WTA, introduite sur le marché en 2004 pour un montant de 421 millions de dollars, détient 31% des parts de marché de la téléphonie mobile. Pour asseoir sa notoriété sur le marché et conquérir le cœur des algériens, Nedjma a mis en place une stratégie marketing très offensive en sponsorisant des clubs de football ainsi que divers évènements socioculturels à travers le soutien qu’elle apporte aux associations comme Iqrara qui lutte contre l’analphabétisme dans le pays.

Quant à Mobilis, troisième opérateur sur le marché, il a engrangé plus de 160 millions de dollars en bénéfice net soit le double que celui réalisé en 2011. L’entreprise, dont le chiffre d’affaires a atteint 749 millions de dollars, a investi près de 300 millions de dollars dans la densification et la modernisation de ses infrastructures. « Cet investissement servira à moderniser l’outil de production et le développement du haut débit mobile » a souligné Saad Damma, Président-directeur général de Mobilis. Pour renforcer le réseau, l’opérateur a investi dans la réalisation de nouvelles stations multistandards pouvant supporter tout type de technologie. Pour rappel, Mobilis a mis en place un ambitieux programme d’investissement de deux milliards de dollars pour renforcer sa présence sur le marché algérien des télécommunications. Selon le P-DG du groupe, ce plan d’investissement permettra à l’entreprise de gagner des parts de marché en passant de 29% à 45% à l’horizon 2016.

En juin 2012, Le directeur de Nedjma a dénoncé la dominance de Djezzy sur le marché. « La concurrence est limitée par des problèmes structurels sérieux » a dénoncé Joseph Ged dans un communiqué. Selon le patron de Nedjma, le secteur de la téléphonie mobile évolue dans un contexte dans lequel il y’a‘’absence de mesures réglementaires appropriées’’.

De son côté, Zohra Derdouri, présidente de l’ARPT, dans une déclaration à l'Agence Presse Service APS a répliqué : " l'évolution des parts de marché ne peut se faire qu'à travers l'amélioration des pratiques commerciales et la qualité de service".

Politique tarifaire et diversité des produits.

Selon cette même source, un opérateur évolue en fonction de l’investissement consenti, de la politique marketing et surtout de la réponse aux attentes des consommateurs en termes de politique tarifaires et de diversité des offres. Elle explique également que la dominance du marché est une caractéristique importante du marché concurrentiel mais pas l’abus de dominance.

Connaissant le rôle incontestable que peuvent jouer les TIC dans le développement de divers acquis – économiques et développement humain – le gouvernement devrait accélérer l’accès aux nouvelles technologies. Comme le souligne Younes Grar : « Le rôle de l’Etat est de mettre en place une stratégie, de réglementer et de réguler et non de faire des annonces commerciales ».

 

 

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