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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Amine Zaoui, professeur et chercheur

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 22 Septembre 2012, 18:10pm

Catégories : #Interviews

Publiée dans Arabies 

 L'éducation et la culture: moteurs pour l'émancipation de la femme arabe

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Amine Zaoui, professeur et chercheur, spécialiste de la littérature maghrébine à l’université d’Oran, Écrivain et nouvelliste bilingue. Ancien directeur général du palais des Arts et de la Culture d’Oran et ancien directeur de la Bibliothèque nationale algérienne.

 Lors de votre intervention, vous avez abordé le rôle de l’éducation et de la culture dans la promotion du statut de la femme arabe. Pourriez-vous nous parler de sa situation actuelle ?

Au cours de cette intervention, j’ai tenté d’interpeller la femme arabe sur sa situation, sur la place te l’apport qu’elle pourrait avoir dans le domaine de l’éducation et de la culture. J’ai essayé également d’analyser son rôle en tant que productrice de culture par rapport à ses compatriotes qui vivent en Occident. Sur le premier point, j’ai constaté que, au plan quantitatif, l’éducation dans le monde arabe est féminisée. En revanche aux niveaux philosophique et stratégique, le pouvoir est essentiellement détenu par les hommes. Je veux dire que la femme arabe véhicule une vision qui la marginalise et la condamne de plus en plus. Une image réductrice qui la place dans la cuisine, dans la chambre à coucher ou la limite à s’occuper de l’éducation des enfants. Le système éducatif dans le monde arabe n’a pas révolutionné la vision que ce dernier a de la femme.

Pour construire une nouvelle génération féminine, il faudra renouveler et révolutionner les programmes éducatifs de la maternelle jusqu’à l’université. Les pensées véhiculées dans les manuels scolaires et universitaires doivent être revues et corrigées. Dans le monde arabe, la société civile et les partis politiques de diverses sensibilités ne confèrent pas de rôle important à la femme, qui ne mène guerre d’actions sociales et politiques. Cette marginalisation la condamne. Cela dit, il existe des percées notoires grâce à des femmes qui militent quotidiennement, mais dont l’implication reste majoritairement isolée. D ‘après les résultats de mon étude, on note également l’absence de culture politique et sociale cohérente et généralisée. Les associations à caractère politique ou autre sont passéistes. Elles se heurtent à un mur politique et à une culture très conservatrice. Une autre frange de la société civile est influencée par la l’Occident, mais elle est coupée dans son élan par la dure réalité des pratiques culturelles dans les pays arabes. A mon sens, le monde arabe a besoin d’un modèle nouveau qui s’ouvre davantage vers l’Occident. On se doit d’analyser la situation locale pour y remédier et aller de l’avant, vers une justice sociale où régnerait une égalité de droits pour tous.

L’analphabétisme est une sorte de terrorisme dans le monde arabe. Son ampleur est considérable avec plus de 80 millions d’analphabètes dont une grande majorité de femmes. En Algérie, par exemple, ce phénomène a été accentué par le terrorisme, qui a crée une situation de peur. Les femmes sont restées cloîtrées chez elles. Je saisis cette occasion et j’insiste pour dire qu’on ne peut imaginer un développement durable sans une éducation généralisée. On ne peut se permettre d’exclure la femme du circuit d’édification d’une société moderne tournée vers l’avenir.


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Je fais le même constat pour le domaine de la culture. L’étude que j’ai effectuée dénombre près de 300 écrivaines arabes qui ont percée dans le monde littéraire ces dernières années. Ces auteures, qui bousculent les sociétés les plus conservatrices, sont des femmes issues des pays du Golfe comme l’Arabie Saoudite, le Kowait, les Émirates arabes unis, le Qatar ou Bahrain, mais aussi des États du Maghreb. C’est un fait historique phénoménal. Ce sont les pays les plus conservateurs qui produisent des écrivaines fortes et audacieuses. Ces femmes prennent de l’ampleur dans le monde culturel avec courage et détermination, en amenant une révolution dans leurs styles d’écriture. Des positions ainsi conquises vont permettre un cheminement certain vers une place dans le milieu politique pour la prochaine décennie. Il faut savoir que dans certains pays du Golfe, la femme n’avait pas le droit au vote. Aujourd’hui, la situation est en phase de changement et les femmes arabes n’ont pas dit leur dernier mot. Elles font de la peinture, du cinéma, du théâtre, elles écrivent et sont de plus en plus visibles ; En un mot, elles existent. A mon sens,  c’est une situation positive qui donnera naissance à une nouvelle génération d’intellectuelles qui pourront participer plus activement au développement du statut de la femme dans leur pays.

Concernant l’Algérie, quelles sont les principales actions menées pour la promotion des droits des femmes et dans le domaine de l’éducation depuis la fin des années 1990 ?

En Algérie, ce sont principalement les associations, très actives, qui agissent pour l’alphabétisation des femmes dans les zones rurales. Il faut dire que les deux dernières décennies ont été une véritable tragédie pour les Algériennes. Dans les villages, les filles ont quitté les établissements scolaires par peur et sous pressions sociale. Cependant, on note ces dernières années, un retour vers une vie active, sociale et politique. On constate surtout une croissance accrue d’écrivaines, de poétesses, de comédiennes et de chanteuses. Vivant en France et en Algérie, elles enrichissent, par leurs œuvres et leur contribution, le monde culturel et artistique… En revanche, on doit arriver à la politique par une conception philosophique. Une maîtrise par la généralisation de l’éducation, de la culture et de la pensée est une priorité. Sinon, les femmes feront de la politique pour l’exercice du pouvoir et non pour un changement et un développement de la société.

Dans votre intervention, vous aves affirmé que les femmes issues de l’immigration, en Occident et dans les pays du Golfe, atteignent souvent des positions de choix, notamment dans les domaines médiatique et politique. Doivent –elles être des vecteurs ou des symboles de modernité dans leur pays d’origine ?

Absolument. Je pense que les femmes arabes et maghrébines qui résident en Occident et dans certains pays du Golfe ont pu réaliser des parcours extraordinaire en politique et dans tous les secteurs socioprofessionnels. Elles sont devenues des symboles et des modèles pour leurs compatriotes dans leur pays d’origine. Au plan littéraire, par exemple, je peux citer Assia Djebbar (membre de l’Académie française et nominée plusieurs fois pour le prix Nobel de littérature), qui représente un symbole pour la femme arabe. Je suis persuadé que le partage entre l’Orient et l’Occident peut donner un nouveau souffle au développement du statut de la femme dans le monde arabe. En créant le contact, elles ouvriront le débat et généralement les opportunités.

La généralisation de l’éducation et la valorisation de la culture ne doivent –elles pas également être accompagnées par un changement de la législation en faveur des femmes ?

On ne peut avancer vers un futur meilleur sans rendre à la femme sa position centrale dans la société. Instaurer une autre image, un autre statut, c’est la révolution qu’il faudra mener. Il y’a des groupes de femmes juristes qui travaillent au Maroc, en Algérie ou en Tunisie pour améliorer ou même changer la législation en faveur des femmes. Un travail d’analyse et d’harmonisation est indispensable pour atteindre ces objectifs.

 

 

 

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Exam 400-051 23/06/2015 11:51

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