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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


L'inflation, un défi pour l'économie nationale

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 28 Octobre 2013, 09:23am

Catégories : #Économie Algérie

Paru dans Arabies, octobre 2013

L’économie algérienne, qui souffre de manque de diversification, doit faire face au défi de la maîtrise de l’inflation, fléau qui fragilise le pouvoir d’achat de nombreux Algériens.

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Les prix des produits de base affichés dans les commerces et marchés algériens donnent le tournis, malgré une baisse de 10%, enregistrée en 2012, sur les cours mondiaux des produits alimentaires. On enregistre une envolée spectaculaire des prix des produits de large consommation - dont les légumes et fruits -, à la veille du mois de Ramadan, des fêtes religieuses et des rentrées sociales. L’exemple du ramadan est particulièrement significatif car c’est une période durant laquelle les prix des produits de consommation explosent. « Il est impensable que des légumes de première nécessité pour les ménages atteignent des prix exorbitants. Le kilo de pomme de terre peut atteindre plus de 100 dinars et le kilo de fruit entre 100 et 200 dinars » nous confie une mère de famille.

En effet, les consommateurs souffrent des répercussions des prix élevés pratiqués sur différents produits de consommation tels que les produits alimentaires, agricoles et industriels. Les ménages les plus modestes ont vu leur pouvoir d’achat diminuer au fil des années. Selon les chiffres publiés par l’Office national des statistiques, en juillet 2013, le taux des prix à la consommation a progressé de 3,5% par rapport à la même période en 2012. « La hausse des prix de quelques produits frais, comme la viande ovine, a contribué davantage à l'inflation des prix intérieurs en 2012 (49,65%), sachant que les facteurs endogènes inhérents aux dysfonctionnements persistants des marchés intérieurs continuent d'amplifier l'effet prix » note le même rapport de la Banque d’Algérie.

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Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque d'Algérie

Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque d’Algérie, estime que le rythme de l’inflation – calculé en moyenne annuelle - s’est accéléré pour atteindre un pic de 8,9% en 2012 contre 4,5% en 2011. D’après l’Office national des statistiques (ONS), le taux de l’inflation a atteint 6, 19 % en moyenne durant les cinq premiers mois de l’année 2013. Quant aux les économistes, ils considèrent que l’inflation n’épargne aucun secteur d’activité commerciale et/ou économique.

Augmentations. La filière des services, par exemple, a enregistré, une hausse de 5,7% en juillet 2013. Les produits manufacturés ont connu également une augmentation de 1,6% par rapport à la même période de l’année précédente.Toujours selon les chiffres publiés par l’ONS, en juillet 2013, les prix des biens alimentaires ont enregistré, comparativement  à la même période en 2012, une hausse de 4,2% avec +6% pour les produits agricoles frais et +2 ,5% pour les produits alimentaires industriels. Certains aliments comme les viandes (rouge et volaille) sont devenus inaccessibles à de nombreux Algériens. Selon les informations recueillies sur place, le prix d’un kilo de gigot d’agneau, une viande très prisée des consommateurs, était de 1500 dinars en juillet 2013. Pour rappel, le salaire minimum pratiqué dans le pays est de 18 000 dinars.

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Selon certains économistes, l’instabilité des cours des produits alimentaires - blé, café, sucre , huile, poudre de lait…- ainsi que la fluctuation du prix des produits pétroliers sont des causes identifiées qui expliquent, entre autres, la persistance du phénomène de l’inflation sur le marché.

D’autres spécialistes expliquent que l’alimentation de l’inflation est due également à l’augmentation de la masse monétaire et aux excédents de la balance des paiements que le pays connaît depuis une décennie.

Dans le même sens, la Banque d’Algérie impute la flambée des prix des produits et des services aux revalorisations salariales octroyés par l’État algérien entre 2011 et 2012. Quant à Lies Kerrar, économiste et expert en finances, il considère que l’inflation provient aussi des mesures restrictives dont le crédit documentaire pour le financement du commerce international - prises par le gouvernement algérien en 2009 – lesquelles contraignent l’offre des produits et des services.

Certains observateurs soulignent que la déstructuration et la faiblesse de la productivité ainsi que l’explosion des dépenses publiques sont des facteurs déterminants qui encouragent la hausse du taux de l’inflation.

Juguler l’inflation. Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), lors de son déplacement en Algérie, a appelé l’État algérien à « limiter ses dépenses courantes afin de juguler l’inflation ». Plus encore, selon la patronne du FMI, le gouvernement doit également « résister à toute pression tendant à une augmentation des dépenses courantes ». Et pour cause, le risque inflationniste pourrait constituer, à moyen terme, une menace pour l’économie nationale. Lors de la présentation du rapport annuel sur l’évolution économique et monétaire de l’année 2012, Mohamed Laksaci a indiqué : « l’accélération de l’inflation fondamentale, conjuguée à la persistance des dysfonctionnements du marché, laissent à penser que l’inflation pourrait commencer à contrarier la stabilité du cadre macroéconomique ». De son côté, Christine Lagarde, lors de sa visite à Alger, en mars 2013, explique que l’inflation risque : « de compromettre la croissance et, avec elle, la création des emplois. Les personnes déjà vulnérables sont celles qui souffriront le plus si l’inflation n’est pas maitrisée »

Alors quels sont les moyens qui pourraient maitriser le rythme de l’inflation ? Est –il possible de contrôler l’évolution de l’indice des prix à la consommation ?

Le gouverneur de la Banque centrale appelle les pouvoirs publics à établir une stratégie pour « la formation des prix intérieurs des produits de base importés». Ce dernier remet en cause « les imperfections des marchés intérieures » qui sont en défaveur des objectifs tracés par le gouvernement notamment celui qui concerne l’octroi des subventions pour le soutien des prix de produits de première nécessité.

Lois et règlements. En effet, selon les chiffres officiels, l’État consacre une enveloppe de plus de 10 milliards de dollars aux subventions de divers produits : huile, sucre, semoule, farine, lait ou encore légumes secs, alors que les prix de ces derniers restent onéreux pour les ménages les plus modestes. Plus encore, le gouverneur de la Banque centrale déplore : « La faible organisation des marchés de gros et de détail et la faiblesse du contrôle en matière de respect des lois et des règlements en vigueur ».

Pour parvenir à maitriser l’inflation - une des causes de la hausse chronique des prix et, par voie de conséquence, de la baisse du pouvoir d’achat -, la Banque d’Algérie a pris des mesures techniques dont l’influence pour juguler l’inflation reste limitée. Parmi ces mesures, on note l’augmentation du taux de réserves obligatoires des banques de l’ordre de 11%. L’institution a également décidé, via une instruction destinée aux banques datant de janvier 2013, d’augmenter les délais de maturité des reprises de liquidités (de 24 heures à 3 mois, puis 6 mois au printemps 2013). Car la Banque centrale considère que la reprise de liquidités est un des outils majeurs qui pourrait contribuer à la maitrise de l’inflation.

De son côté, Abdelhamid Mezaache, économiste et politologue, souligne que l’une des caractéristiques du marché algérien est que l’offre (des produits et services) ne répond pas à la demande. Pour remédier à la situation, l’économiste conseille aux pouvoirs publics de stimuler et de favoriser l’augmentation de la production nationale. « Il faut augmenter les investissements et la production notamment en matière de biens industriels et produits agroalimentaires. L’État doit jouer son rôle de régulateur en matières d’importations afin de remettre un peu d’ordre dans le marchés algérien » affirme t-il.

Dans tous les cas, l’établissement d’une véritable stratégie pour la relance d’une production nationale saine, organisée et régulée, est incontournable pour contrôler les causes de l’inflation. Comme le confirme l’universitaire Kada Bahiri, de l’université de Sidi bel Abbes (Ouest algérien), l’inflation menace non seulement l’économie nationale mais « elle représente un danger qui guette les classes vulnérables de la population ». 

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