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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


La crise se profile

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 15 Juin 2013, 07:35am

Catégories : #Économie Maroc

Paru dans Arabies, juin 2013

 

Le trésor du Royaume chérifien touche le fond,  la dette extérieure ne cesse d’augmenter. Le pays va t-il devoir emprunter pour financer le déficit budgétaire ?

Les statistiques publiées par le ministère des finances concernant l’état des finances publiques sont aujourd’hui très alarmantes. A la fin du premier trimestre 2013, le déficit public, qui a atteint 7,4 % du PIB, a triplé comparativement à la même période de l’année précédente passant de 6,6 milliards de DRH à 17,5 milliards de DRH. Selon le ministère des Finances, le déficit est calculé en fonction des recettes recouvrées et les charges dues au cours de l’année budgétaire.

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Nizar Baraka, ministre de l'Économie et des Finances

Lors d’une conférence de presse, Nizar Baraka, le ministre de l’Économie et des Finances a affirme que le déficit est causé par l’explosion de la facture énergétique. «  Un véritable effort a été fait certes,  mais les cours des matières premières n’ont pas arrêté d’augmenter »  a expliqué le ministre de l’Économie à ce sujet.

Les agences de notation internationales Moody’s et Standard & Poors ont récemment modifié la notation du Royaume, de stable à négative, ce qui aura des répercussions sur les demandes de crédit sur le marché financier international. L’agence Moody’s justifie sa décision par « la détérioration significative des données fiscales du gouvernement comme le déficit budgétaire ».

Najib Akebsi, économiste et enseignant, souligne que le gouvernement marocain négocierait avec la Banque islamique de développement (BID) un nouveau prêt de 2,4 milliards de dollars (20,5 milliards de Dh), qui sera débloqué en 4 tranches, pour financer le déficit budgétaire.

Selon l’agence Reuters, le pays pourrait également émettre un emprunt obligataire sur le marché Sukuks. De son côté, le ministre délégué en charge du budget, Driss el Azami, a fait savoir que le Fonds monétaire international (FMI) a maintenu sa ligne de crédit de 6,3 milliards de dollars, accordée par précaution et qui ne peut-être utilisé qu’en cas de « choc exogène ».

Endettement. Quant à Mohamed Berrada, président du Centre Links et ancien ministre des finances, il a affirmé, lors d’une interview accordée à un quotidien marocain : « Le risque d’aggravation de l’endettement du Maroc augmente lorsqu’on recourt au FMI ou à des banques internationales pour renflouer les caisses et gérer temporairement la problématique des réserves de change ».

Le recours aux emprunts pour combler le déficit budgétaire engendrerait, selon les économistes, l’aggravation de la dette extérieure du Royaume. Cette dernière représentait 24,5 % du PIB, à la fin 2012, ce qui correspond à un montant de 212,7 milliards de dirhams, en hausse de 23,6 milliards de comparativement à l’année 2011.

Le pays connaît une baisse significative de ses recettes fiscales et une forte augmentation des dépenses réservées aux investissements publics. Selon le bulletin mensuel des statistiques des finances publiques, élaboré par la Trésorerie générale du Royaume (TGR) « La situation des charges et ressources du trésor dégage un déficit de 22,9 milliards de Dh à la fin du mois mars 2013, contre 2,7 milliards de Dh un an auparavant ». Toujours selon le TGR, à la fin de mars 2013, les disponibilités du trésor public auprès de la Bank al Maghrib (Banque centrale) étaient de 823 millions de dirhams.

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Najib Akebsi déplore d’ailleurs la défaillance du système fiscal actuel. Car, en 2013, les recettes ne peuvent couvrir que 60% des dépenses. Les 40% restants sont financées par les emprunts. « Le Maroc est un pays non rentier. Il devrait donc couvrir 85% de ses dépenses par les recettes fiscales pour avoir une marge de manœuvre importante »explique l’économiste.

Pour leurs besoins de financement, les pouvoirs publics puisent dans leurs réserves monétaires stratégiques. Plus concrètement, L’État a décidé de prendre une mesure urgente en supprimant 15 milliards de Dh d’investissements budgétés en 2013, soit 25% du montant total des investissements publics prévus pour l’année en cours.

Déficit public. « Cette mesure a été prise  pour soulager de façon urgence le déficit public » a expliqué le porte parole du gouvernement Mustapha El Khalfi. Alors, quel sera impact de la suppression de 1,5milliards de DRH sur la croissance, alors que les investissements publics sont ses principaux vecteurs?

Par ailleurs, de nombreux économistes expliquent que les causes du déficit budgétaire seraient plutôt structurelles. Ahmed Lahlimi, directeur du Haut Commissariat au plan (HCP) souligne que : « La sous liquidité du marché monétaire pourrait devenir structurelle et la marge de manœuvre de la politique monétaire se réduira au détriment d’un financement adapté aux besoins réels des différentes catégories des entreprises ».  

Le coût des subventions étatiques des produits de base a explosé, et atteint plus de 50 milliards de dirhams en 2012. Selon de nombreux économistes, les charges de compensation, établies sur la base d’un prix moyen de baril de pétrole à 105 $, devraient être supérieures en 2013.

Les réformes de décompensation progressive – ciblant les aides directes aux ménages les plus pauvres -  décidées par le gouvernement depuis plus d’un an ont t-elles été abandonnées ? Istiqlal, qui fait partie de la coalition gouvernementale, a formulé récemment de nouvelles propositions à ce sujet. Il propose des mesures urgentes qui pourraient faire économiser à l’État, à court et moyen terme, 42 milliards de dirhams.

Ces mesures consistent dans la mise en œuvre d’une réglementation plus stricte dans l’utilisation des matières premières (carburant, gaz butane et électricité) pour les particuliers, la récupération des subventions sur le carburant pour les entreprises, ainsi que la rationalisation de la distribution de la farine au niveau national.

Débat national. De son côté, le gouvernement a mis en place une plate-forme technique qui se penche sur la question depuis février 2013. Un débat national suivra cette initiative afin de trancher, une fois pour toute, sur cette épineuse question de la caisse de compensation, qui pèse lourd sur le budget de l’état et menace même la stabilité économique du Royaume en 2014.

Dans tous les cas, la politique économique et monétaire actuelle aura un effet négatif sur la croissance économique et l’emploi. Car elle fait perdre près d’un point de croissance et environ 24 000 emplois selon les économistes. Ces derniers expliquent également que la maitrise de l’inflation par le biais de subventions des produits continue à faire augmenter la dette publique et réduire le financement du secteur privé.

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Malgré cette situation alarmante de déséquilibre du budget de l’État, le gouvernement maintient ses prévisions de réduction du déficit à 4,8% du PIB à la fin de l’année 2013 et de 3% d’ici à 2016. Pour y parvenir, le gouvernement Benkirane a indiqué qu’il réduira les dépenses de fonctionnement et augmentera les recettes fiscales. Selon les prévisions du HCP, un rebond de l’économie aura lieu grâce à l’apport du secteur agricole qui a bénéficié de conditions climatiques favorables cette année. Un optimisme exprimé par l’équipe gouvernementale et les institutions nationales, mais non partagé par les spécialistes en économie. « Les déséquilibres financiers externes sont liés aux déséquilibres internes. Sans réformes structurelles courageuses, sans réduction rapide des charges de compensation, on risque de voir notre endettement intérieur et extérieur s'envoler et revenir à une situation économique et financière similaire à celle que nous avions connue dans le passé », avertit Mohamed Berrada faisant allusion aux années 1980.

La solvabilité de l’État marocain est –elle menacée ? Les économistes appellent à des mesures d’ajustements structurels pour renverser la tendance, sinon le pays serait dans l’incapacité de financer ses importations et de payer ses dettes. Le Maroc a t-il besoin d’un plan de redressement, comme une entreprise qui risquerait la faillite ? Affaire à suivre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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