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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


La femme arabe dans tous ses états

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 3 Décembre 2010, 08:42am

Catégories : #Société

Dossier publié dans Arabies, décembre 2010

 

Le 3e Congrès de l'OFA a permis de faire un état des lieux du statut de la femme dans les pays arabes. Si les progrès sont réels, les disparités sont toutefois évidentes d'un État à un autre. Tour d'horizon. 

Les femmes arabes, discriminées par la famille et la société, souffrent d’une privation de leurs droits basiques. Pour faire face à ses injustices, elles ont décidés de prendre leur destinée en main et de lutter courageusement contre les obstacles qui entravent leur émancipation. La première injustice concerne les législations en vigueur dans les pays arabes qui sont, pour la grande majorité, défavorable aux femmes. La mise en place d’une législation de droits égalitaires, qui devrait constituer une priorité des gouvernements, semble être une tâche difficile. Selon les nombreux témoignages que nous avons recueillis lors du III e Congrès de l’organisation de la femme arabe (OFA) organisé en octobre 2010 0 Tunis, le changement qui doit s’opérer au niveau du statut personnel de la femme est tributaire de la persistance des mentalités rétrogrades et défavorables au progrès dans les sociétés conservatrices. Selon certains intervenants, le plus souvent des professionnels du secteur de la justice, l’audace et la détermination des pouvoirs publics sont les seuls garants pour atteindre cet objectif. Témoin, la détermination du défunt Habib Bourguiba – président de la Tunisie qui a accordé en 1956, l’égalité des droits entre les hommes et les femmes par voie réglementaire -, qui est très souvent citée en exemple. «  Si l’ancien président avait demandé, à cette époque, son avis au peuple concernant le code du statut personnel de la femme (éducation gratuite et obligatoire, planning familial, égalité entre les sexes, etc), la réponse aurait été négative », explique pourtant Mounia Ammar Fekki, magistrate tunisienne et experte auprès de l’Unesco.

En Mauritanie, la condition de la femme a toutefois connu une amélioration ces dernières années. Cependant, Moulay el-Mokhtar, ministre des Affaires sociales, de l’Enfance et de la Famille, signale que la femme continue de souffrir de problèmes persistants liés essentiellement à la pauvreté et à l’analphabétisme.

Code de la famille. Quant au Maroc, des réformes intéressantes ont été introduites dans le nouveau code de la famille du 10 octobre 2003. Elles concernent le divorce et la lutte contre le mariage précoce des mineures. Cette nouvelle loi confirme également l’attribution de droits égalitaires entre hommes et femmes ainsi que la levée du tutorat. D’autres textes législatifs concernant la transmission de la nationalité ont par ailleurs été réformés.

 

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Les sociétés arabes ont encore besoin de vulgariser la culture des droits de l’homme et de la citoyenneté, car garantir l’égalité des sexes est tout sauf une action facile dans les communautés trop attachées aux cultures et pratiques traditionnelles. Ainsi, Mounia Ammar Fekki n’a t-elle pas hésité à dénoncer certains manquements dans la réglementation tunisienne. Et d’affirmer que son pays n’a pas encore gagné la bataille des droits des femmes : «  Nous avons des progrès à faire dans le domaine du droit familial, notamment le droit de la nationalité et le droit successoral ».  Militante acharnée pour les droits de l’homme depuis son jeune âge, elle explique avec conviction que « Les droits de la femme sont une partie intégrante des droits de l’homme universels. On ne peut parler d’égalité sans accorder à la femme ses droits au même titre qu’à l’homme ».

 Néanmoins, les femmes sont présentes dans le monde du travail et dans les institutions économiques et publiques. Elles occupent des positions notables dans le secteur de la justice. En Algérie, Nouara Djaffar, ministre déléguée chargée de la Famille et de la Condition féminine, déclare que 38,7% de femmes exercent dans ce milieu professionnel. Et elle affirme que «  l’Algérie est le seul pays arabe où la femme peut transmettre la nationalité à ses enfants ou à son conjoint étranger ». Cela dit, il existe un énorme fossé entre la législation qui régit le code de la Famille, révisé en 2004, et la réalité de l’implication de la femme dans la société algérienne. Malgré les quelques améliorations concernant le divorce, le droit au logis et la garde des enfants, la réglementation algérienne la pénalise et la prive d’une égalité de droits avec les hommes. La polygamie, par exemple, est contrôlée mais pas interdite…

 Pour y remédier, les États membres de l‘OFA, actifs depuis de nombreuses années, ont décidé de prendre en charge cette épineuse question de la condition féminine. Cette préoccupation, qui devrait être commune par la culture, st très disparate dans la pratique. En effet, les pays arabes n’ont pas la même stratégie en matière de promotion des droits de la femme. Certains procèdent par voie réglementaire alors que d’autres attendent une évolution progressive des mentalités. Or, cette dernière tarde à venir.

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Le 3e congrès de l’OFA avait pour thème «  la femme arabe, partenaire essentiel du processus de développement durable ». Un sujet qui revêt une importance d’autant plus cruciale qu’il représente une interaction potentielle entre les sociétés arabes et les mutations qui s’opèrent au niveau mondial. Lors de ce sommet de Tunis, sept séances de débats scientifiques ont ainsi abordé des sujets aussi divers que l’accès des femmes à l’éducation et à la culture ou celui des rôles qu’elles peuvent jouer dans la vie socio-économique et politique. Il n’en demeure pas moins que le conservatisme des sociétés arabes empêche la généralisation de l’éducation et la culture. Cette mentalité conservatrice représente une véritable entrave à l’accès des femmes arabes à ces domaines. Ministre du Développement social au sultanat d’Oman, Cherifa Kahlfan al-Yahyaiya plaide pour un changement profond des mentalités néfastes et des traditions figées. Mais alors que la majorité des communautés arabes sont conservatrices et demeurent inchangées depuis des décennies, la question se pose de savoir, à l’heure de la mondialisation, quel avenir on réserve à la femme arabe… ne devrait-on pas suivre les expériences positives, comme celle de la Tunisie, en imposant des changements par voie réglementaire. Ne serait-il pas plus judicieux de bouleverser les pratiques et les croyances en promulguant des lois plus protectrices, égalitaires et modernistes ?

 Les congressistes ne se voilent pas la face. Les femmes arabes continuent de vivre en fonction des réactions et des positions discriminatoires à leur égard. Dans certains pays, elles sont même des mineures à vie qui doivent obéissance et soumission au diktat des hommes. Cherifa al-Yahyaiya va encore plus loin en appelant à une relecture plus correcte et plus modérée des textes coraniques. Il faut bien se rendre à l’évidence, sans une généralisation de l’éducation et de la formation des femmes, les pays arabes ne pourront construire un avenir meilleur. Il ne peut y avoir de développement durable sans une participation active et égalitaire des femmes. Dans tous les domaines…

L’analphabétisme féminin dans le monde arabe est un problème crucial. Dans un rapport sur le développement de la femme arabe qu’elle a consacré aux adolescentes, l’association Cawter note certes une évolution dans la scolarisation des filles. Mais cette tendance reste toute de même empreinte de disparités entre les États. Dans certains pays conservateurs, les jeunes filles sont déscolarisées et privées de toute pratique culturelle et sportive. Pire encore, elles sont très souvent contraintes d’assurer uniquement les tâches ménagères.

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 Changer la donne. Toutefois, des efforts sont fournis par différents organismes pour changer la donne. L’universitaire algérien Amine Zaoui indique ainsi que les pays arabes s’impliquent de plus en plus dans la lutte contre l’analphabétisme, mais cela reste très insuffisant. Selon lui, ce phénomène s’est  aggravé dans certaines régions du fait des mouvements fondamentalistes religieux. A partir des résultats de son étude, M. Zaoui estime cependant que les femmes issues des États du Golfe et des pays maghrébins font preuve de courage et de détermination dans la dénonciation des injustices qu’elles subissent à travers l’écriture, la peinture, le théâtre ou la chanson. Voilà qui est plutôt prometteur.

 Certains mouvements associatifs tentent eux aussi de relever le défi de l’alphabétisation des femmes. C’est le cas de l’Iqraa, une association algérienne fondée en 1990 qui a réalisé de véritables prouesses en Algérie. Subventionnée et aidée par des organismes publics et privés, l’Iqraa a déjà permis d’alphabétiser près de 140 000 femmes par an. Ces résultats positifs ont été obtenus grâce à l’engagement des pouvoirs publics, lesquels ont lancé une stratégie globale d’alphabétisation sur la période 2007-2015. De son côté, Cherifa al-Yahyaiya appelle à la création d’opportunités concrètes dans les domaines de l’éducation, de l’emploi etd e la formation. «  Ce n’est qu’ainsi que le femme arabe pourra surmonter les problèmes dont elle souffre et les obstacles qu’elle rencontre dans sa vie quotidienne », a t-elle précisé à Tunis lors des débats organisés dans le cadre du 3e Congrès de l’OFA.

 Les accords de partenariats et de coopération conclu entre les États membres de l’OFA devraient permettre de donner une impulsion à la concrétisation des recommandations préconisées à Tunis. Dans ce domaine précis, les États arabes sont les seuls garants de la mise en œuvre des stratégies et des budgets nécessaires à la mise en pratique des actions envisagées. Mais les débats scientifiques et les travaux programmés sous l’égide de l’OFA ont été fructueux. Les études du genre social, largement recommandées, permettront de déterminer les besoins spécifiques des femmes pour réussir leur ascension sociale. Un des gestes les plus forts serait d’encourager le renforcement des processus législatifs et l’application concrète des lois engagées, est déterminante pour une participation plus active des femmes dans la construction d’un développement durable. Concernant l’intégration de la femme arabe dans le processus du développement durable, l’universitaire jordanienne Hala al-Kheimi tire la sonnette d’alarme pour précipiter la protection des ressources hydriques dans le monde arabe. Ainsi a-t-elle lancé un appel à la rationalisation de l’utilisation des ressources naturelles. Selon elle, le rôle des femmes (éducatrices, ingénieurs agronomes, médecins, etc.) est primordiale dans la sensibilisation de la population à la protection de toutes les énergies naturelles. A cet effet,, propositions pratiques et analyses approfondies des fondements du développement durable ont été largement abordées lors du sommet de Tunis.

Rationalisation. Économiste libanaise et spécialiste de l’environnement, Fifi Kellab souligne que le rôle de la femme est majeur dans la rationalisation de la consommation au sein et en dehors du foyer. Elle a ainsi lancé un appel pour encourager le développement des petits projets lancés par des femmes qui vivent en zone rurale dans les domaines de l’artisanat et de l’agriculture biologique. Quant au Dr Hala al – Kheimi, elle encourage les femmes arabes cultivées qui exercent dans l’éducation et dans l’information à fournir des efforts de sensibilisation à l’importance de la question écologique dans le processus du développement durable.

 Indépendamment des particularités de chaque pays, faciliter, harmoniser et unifier les visions de l’émancipation de la femme arabe n’est pas une utopie. Nouzha Skalli, ministre marocaine du Développement social, de la Famille et de la Solidarité, est en tout cas bien de cet avis : «  on ne peut appliquer exactement les mêmes stratégies, mais on peut profiter des points communs ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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