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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


La filière assurance de personnes peine à se développe

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 9 Octobre 2012, 14:35pm

Catégories : #Économie Algérie

Article publié dans African Banker, Oct / nov / déc 2012

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Malgré la belle progression de sa filière dommages, le secteur des assurances, en phase de réorganisation, peine à faire décoller l’activité assurances de personnes. Pourtant, le marché algérien paraît prometteur dans cette industrie en forte croissance dans le monde.

 Le marché des assurances est composé de vingt sociétés qui commercialisent différents produits en assurances dommages, assurances de personnes, des mutuelles ainsi que des produits de réassurances. Il enregistre une croissance moyenne de 6% l’an - notamment depuis l’arrivée de nouveaux assureurs comme les français MACIF et AXA. Ce secteur est porté par la branche dommages qui, avec plus de 50% de parts de marché, se taille la part du lion. La branche dommages a réalisé un chiffre d’affaires de 43,4 milliards de dinars en 2011 ; elle doit son ascension à la croissance fulgurante du parc automobile qui a enregistré – en dépit de la suppression du crédit à la consommation en 2009- des ventes record estimées à près de 400 000 véhicules en 2011. De ce fait, la souscription aux garanties dommages, toutes formules confondues, s’est accrue en fonction de la croissance du marché de l’automobile. La filière des assurances dommages – IARD (Incendies, accidents et risques divers) représente 32,7% des parts de marché.

 

Néanmoins, la croissance rapide des assurances dommages a engendré un désordre et une compétitivité jugée ‘’ déloyale’’ par les professionnels du secteur lesquels remettent en cause l’anarchie qui règne dans a pratique de la politique tarifaire des compagnies d’assurances. Ces dernières, désireuses de gonfler leur portefeuille clients, n’hésitent pas à pratiquer des offres agressives, proposant des rabais de 60 à 80 % aux nouveaux souscripteurs. Les professionnels du secteur, irrités par ces pratiques, réclament plus de cohérence avec la concurrence dans la pratique des prix. Cette situation entrave le fonctionnement d’une compétitivité loyale entre les différents opérateurs ; aussi, un accord commun fixant les tarifs proposés à la clientèle est en cours de finalisation. Il devrait permettre une meilleure organisation de cette filière, considérée comme la locomotive du secteur des assurances dans le pays.

 

Phase de transformation. En dépit de ces dispositions, la filière assurances de personnes, est très fort développement à l’échelle mondiale, peine à décoller dans le pays. Pire encore, depuis la mise en œuvre de nouveaux dispositifs réglementaires exigeant la filialisation par les autorités publiques algériennes, en juin 2011, la branche des assurances de personnes est en chute libre. Selon le Conseil national des assurances ( CNA), le chiffre d’affaires de cette filière st tombé de deux milliards de dinars au cours du premier trimestre de l’année 2011 à un milliard de dinars à la même période en 2012. La branche assurances de personnes figure comme le parent pauvre du secteur car elle ne représente que 4% des parts de marché. Selon l’étude «  Sigma » publiée par Swiss Re, la filière assurances de personnes au niveau mondial atteint 58% de parts de marché, tandis qu’elle ne dépasse pas 8% en Algérie.

 

Bien que le secteur des assurances soit en activité depuis des décennies, il ne se montre dynamique que depuis l’instauration des réformes de 2004. Ces dernières ont en effet conduit à l’ouverture du marché financier au secteur privé mettant ainsi fin au monopole de l’État sur ce secteur. Pour permettre le développement de ce secteur, porteur de réelles opportunités de développement pour l’économie nationale, la Commission de supervision des assurances ( CSA), une administration relevant du ministère des finances et composée de magistrats est dorénavant chargée du contrôle des actifs des sociétés. Plus concrètement, la commission a auditionné les compagnies d’assurances afin d’évaluer leur organisation, leur capital, leur solvabilité ainsi que leurs prévisions de croissance dans les différentes filières ( dommages, assurances de personnes, etc.). Cette institution s’intéresse également à la régularité des opérations ainsi qu’à la protection des assurés et des bénéficiaires de contrats d’assurances. Elle veille également au respect de la réglementation en vigueur notamment celle concernant la séparation entre les branches dommages et assurances de personnes.

 

Un cadre réglementaire strict. Le secteur des assurances se spécialise en Algérie. Depuis juin 2011, de nouvelles dispositions réglementaires imposent aux compagnies opérant sur le marché algérien et souhaitant commercialiser les produits des assurances de personnes, de créer des filiales spécialisées qui seront dédiées à cette activité. Ces dernières doivent disposer d’un capital minimum d’un milliard de dinars contre 200 millions précédemment. Depuis, les compagnies nationales comme la Compagnie algérienne des assurances (CAAT), la Compagnie algérienne des assurance et réassurance (CAAR), la Société algérienne d’assurance ( SAA) et la compagnie internationale d’assurance et réassurance ( CIAR)- qui dominent la marché à hauteur de 70%- et les sociétés françaises AXA et BNP Paribas se sont lancées dans l’aventure. A ce jour, on compte cinq filiales dont quelques unes ont conclu des conventions avec des banques pour la commercialisation des produits d’assurances de personnes telles que l’assurance –vie, les complémentaires – santé, les contrats pour les rapatriement des corps pour les Algériens résidants à l’étranger, des assurances voyages etc. François Xavier Hussenot, directeur général de Cardif El Djazair, filiale de BNP Paribas, explique que son entreprise compte plus de 150 000 clients qui ont souscrit des contrats de prévoyance comme l’assurance décès, l’invalidité, l ‘assurance emprunteur et le rapatriement du corps. Concernant la stratégie de commercialisation des produits, «  Cardif Al Djazair confie aux banques la commercialisation de ses produits d’assurances », précise t-il. Cette stratégie est également défendue par le premier argentier du pays.

Dans un entretien publié dans la revue ‘’ Assurel’’, le ministre des finances, Karim Djoudi a indiqué que la bancassurance permettra le développement de cette filière. «  L’action des filiales qui ont été créées, conjuguées avec les appels en provenance de la clientèle des banques pour les produits de placement à long termes dans le cadre de la bancassurance, induiront à moyen terme une croissance soutenue des assurances de personnes comme cela a été observé dans d’autres pays. ».

Toujours dans ce même contexte, Karim Djoudi, appelle à ‘’ la mise en œuvre d’une synergie entre les banques et les sociétés d’assurances’’. De leur côté, les assureurs souhaitent l’accélération des réformes du secteur financier et à la dynamisation de la Bourse d’Alger afin de permettre une meilleure diversification des produits de placements. Pierre-Olivier Adrey, directeur de la société d’assurance, de prévoyance et de santé SAPS, regrette «  la faiblesse du marché financier qui entrave le développement de l’assurance épargne et de prévoyance ». La SAPS souhaite orienter sa stratégie dans le développement des complémentaires santé et la protection des accidents. Deux produits bien ciblés en raison de la faiblesse et détérioration des prestations proposées par les établissements de santé publics – centres hospitalo-universitaires compris - les malades algériens se ruent vers les cliniques privées, lesquelles pratiquent des tarifs onéreux. La souscription d’une complémentaire santé est  devenue une nécessité aussi bien chez les particuliers que les entreprises. Pierre Olivier Adrey va plus loin encore, il opte pour la réalisation des études de terrain pour déterminer les réels besoins des Algériens. Une étape indispensable pour réussir une bonne pénétration du marché.

Un potentiel prometteur. Les professionnels du secteur sont unanimes : les potentialités de croissance de la filière assurances de personnes sont prometteuses. Avec un chiffre d’affaire de 80,7 milliards de dinars ( soit près d’un milliard de dollars) réalisé par les assurances en 2010, la filière assurance des personnes devrait donner une forte impulsion à la dynamisation de ce secteur d’activité . Dans tous les cas, le secrétaire général du CNA, Abdekrim Bouabdellah, est plutôt confiant : «  Le marché peut atteindre, sans exagération, le pallier de huit milliards de dollars de chiffre d’affaires. »

 Encouragés par l’énorme potentiel de l’épargne des Algériens ainsi que par l’absence de produits de placements – hormis le secteur de l’immobilier, caractérisé par l’étroitesse de son offre ( rareté des produits et flambée des prix), les professionnels du secteur sont optimistes et décidés à mettre en œuvre des stratégies leur permettant de proposer et de promouvoir des produits d’assurances de qualité et d’instaurer, petit à petit, la culture des assurances de personnes auprès de leur clientèle. Néanmoins,  la souscription de polices d’assurances est quasi-absente des pratiques d’épargne des Algériens, ainsi le constate l’étude ‘’Sigma’’ de Swiss Re : la dépense moyenne en assurances d’un Algérien est 32,80 $, une somme très inférieure à celle d’un Tunisien ( 73$) ou d’un Marocain ( 65$). Pour y remédier, le ministère de tutelle doit poursuivre les réformes du marché financier. De leur côté, les assureurs, souhaitent mettre l’emphase sur l’amélioration de la qualité et la promotion des produits pour arriver à faire adopter la culture de la prévoyance auprès des Algériens.

 

 

 

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