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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


La sous-bancarisation de l'économie algérienne

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 2 Août 2012, 13:28pm

Catégories : #Économie Algérie

img047Publié dans African Banker, juillet - Août 2012

 

Malgré la progression constante des résutats financiers, le secteur bancaire algérien peine à décoller. Caractérisé par la faibesse du nombre de sociétés de transactions financières et d'agences banacaires, freiné par la bureaucratie et l'absence de stratégie à long terme, il est le moins développé du Maghreb. 

 

 

Le Forum des chefs d'entreprises (FCE), qui regroupe le patronat algérien, et l'association des banques et des établissements financiers ( ABEF ) attirent l'attention sur la sous-bancarisation de l'économie algérienne. Ils notent que le pays est à la traîne, avec un ratio d'une agence pour 25 000 habitants alors que les deux voisins, Maroc et Tunisie, comptent respectivement une agence pour 12 000 et 9000 habitants. Selon les experts, l'un des principaux freins au développement de la bancarisation est la lenteur enregistrée dans la délivrance des agréments pour l'ouverture de nouvelles agences par la Banque d'Algérie. En effet, le déploiement du réseau des banques privées est freiné par la lenteur des procédures bureaucratiques de l'institution régulatrice. Les sociétés BNP Paris El Djazair, Socité générale Algérie ( SGA) et Algérie Gulf Bank (AGB) attendent depuis des mois des autorisations pour l'ouverture de leurs agences. D'après les informations recueillies auprès de la direction de la SGA, les agences sont déjà équipées et le personnel recruté. Pour les économistes, le lenteur dans l'extension du réseau est d'autant plus incompréhensible que la rentabilité des banques publiques et privées est plus que confortable. La Banque extérieure d'Algérie ( BEA ) a affiché un bénéfice net de 19 milliards de dinars en 2010. De même, le Crédit populaire d'Algérie (CPA) a enregistré 12,8 milliards de dinars de bénéfices, et la Banque nationale d'Algérie ( BNA ) 21 milliards de dinars. 

 

Par ailleurs, les spécialistes évoquent des insuffisances structurelles, notamment dans les domaines technique, technologique et logistique. A titre d'exemple, l'utilisation des modes de paiement modernes comme la carte bancaire ou le e-banking peinent à se généraliser dans le pays.  Mouloud Hedir, conseiller auprès du FCE, considère que " la faiblesse de l'économie nationale a trait à l'attentisme inexplicable " dans l'application d'une stratégie fiable permettant la relance économique. De son côté, le patronat algérien monte au créneau et plaide pour des mesures prioritaires pour relancer l'économie. Dans un rapport publié en marge d'un séminaire organisé par l'institution patronale autour de la question de l'évolution de l'environnement des affaires en Algérie, il recommande l'ouverture effective aux investisseurs privés nationaux de l'ensemble des activités économiques dont le secteur bancaire. Un secteur pour lequel, Réda Hamiani, Président du patronat algérien, appelle les pouvoirs publics à la suppression des agréments préalables pour l'ouverture des agences bancaires. Ce dernier recommande également le développement des banques algériennes à l'étranger lesquelles assureront la collecte des ressources financières de la communauté nationale à l'étranger.  

 

Aussi, conseillé par les experts du FMI et du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le gouvernement algérien va t-il annoncé un programme visant à renforcer le marché financier à travers l'ouverture de la Bourse d'Alger aux investisseurs étrangers et aux entreprises privées ? Encore faut-il assurer la dynamique. Car les transactions y sont très modestes, comparées à celles de la Bourse de casablanca qui rassemble près d'une cinquantaine de sociétés. 

 

Des potentialités qui devraient dynamiser l'économie. Le dynamisme des banques étrangères privées telles que BNP Parisbas, Société générale, Algérie Gulf  Bank, Trust Bank, HSBC, Natexis fait décoller le marché bancaire algérien. La multiplication des points de vente équipés de distributeurs automatiques de billets et de guichets automatiques de banques facilite la vie quotidienne des clients. Les grandes artères de la capitale comme la rue Didouche Mourad ou Larbi Ben M'hidi, sont bordés de grandes agences bancaires ultramodernes. Les services et produits offerts se sont nettement améliorés et diversifiés ces dernières années. Les banques étrangères privées souhaitent s'investir dans le développement de sociétés mixtes spécialisées dans le leasing, le capital-risque, le financement du haut bilan ainsi que dans la banque à distance.

 

Élaborant des stratégies de niche, les banques privées se sont adaptées à la réglementation en vigueur dans le pays. Réactives, elles se sont concentrées sur les activités les plus rentables comme le financement du commerce extérieur à travers l'octroi du crédit documentaire ( Credoc) - rendu obligatoire dans la loi de finances complémentaires 2009 -, ainsi que dans la captation de la clientèle haut de gamme des entreprises comme  des particuliers. Il faut dire que l'activité crédit a connu une embellie particulière en 2011. En effet, les banques publiques ont accordé 19,49% de crédits supplémentaires par rapport à 2010, les banques privées ont également connu une hausse sensible de 23,22%. Dans sa note de conjoncture sur les tendances monétaires et financières du second semestre 2011, la Banque d'Algérie souligne que le pays  " se situe dans le groupe des pays émergents à croissance rapide de crédits ". Néanmoins, l'évolution de l'activité crédit est très insuffisante pour permettre la dynamisation de l'économie en berne. Pour ce faire, il est nécessaire de procéder à la transformation des disponibilités financières en capitaux productifs. Les experts du Fonds monétaire international appellent les autorités publiques algériennes à mettre en oeuvre un système financier qui permettrait de réactiver les marchés des capitaux privés. 

 

Il faut signaler que les banques algériennes connaissent une situation de surliquidité ( alimentée, entre autres, par les dépôts du secteur des hydrocarbures et l'épargne des particuliers ) qui est reprise par la Banque centrale à hauteur de 2% de taux d'intérêt. Une situation qui scandalise et hérisse les économistes et les experts financiers qui appellent à une utilisation plus productive de ces réserves financières. En effet, ils expliquent que la gestion de cette manne financière n'est pas économiquement productive pour le pays, car elle devrait être octroyée aux opérateurs éconmiques à travers des prêts rémunérés à 7%. Abderrahmanne Metboul, expert international en management stratégique et professeur des universités, affirme dans une étude sur " Les réalisations économiques algériennes à l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance "- qu'à ce stade, le secteur bancaire ne peut pas répondre aux besoins réels d'un développement économique durable et stable. " Dans les autres pays les institutions financières se recapitalisent. Les banques algériennes n'arrivent pas à transformer le capital argent en capital en capital productif ", explique -t-il.  Les investissements directs étrangers dans le pays sont insignifiants en dehors des télécommunications. Aussi, les banques privées accompagnent - elles peu les projets d'investissement initiés par le gouvernement dans le cadre du plan quinquennal 2010 / 2014. A ce jour, 90% du financement économique - dont 100% du secteur public et 77% du secteur privé - est assuré par les banques publiques. Peut-on parler de crise de confiance entre l'État et l'entreprise privée, comme le constatent certains observateurs, ou simplement une gestion prudente dans un contexte de crise financière internationale ? Dans tous les cas, à ce stade, le secteur financier algérien ne peut contribuer à l'instauration de la compétitivité nécessaire à l'amélioration de la productivité, seule véritable source de richesse économique d'un pays. 

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