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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Mustapha Benbada, ministre algérien du Commerce

Publié par Hakima Bedouani-Kernane sur 4 Juillet 2011, 14:44pm

Catégories : #Interviews

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Publiée dans Arabies, Juillet / Août 2011, pages 36 à 38

Le Commerce à la loupe

Au mois d'avril 2011, des assises nationales ont été lancées pour évaluer l'état du commerce algérien et préconiser des mesures efficaces. Le point avec Mustapha Benbada, ministre algérien du commerce...

 

Vous avez lancé des assises nationales pour réorganiser le commerce en Algérie... Quelles sont les principales recommandations qui ont été retenues ? 

Nous avons en effet lancé, en avril dernier, des assises nationales dans le but de faire évaluer le secteur du commerce dans le pays. Nous avons auditionné nos acteurs et partenaires locaux. Notre objectif est d'essayer d'analyser notre comportement durant les dernières années pour mieux organiser ce secteur. Nous avons intégré à notre démarche les différentes organisations comme l'administration judiciaire, le secteur agricole, les finances, les impôts, les douanes ainsi que l'envoronnement socio-éducatif ( écoles et universités).

 Nous avons abordé des thématiques majeures. La première, très importante, concerne la réorganisation et la régulation de l'activité commerciale dans le pays. Un ensemble de problèmatiques comme les comportements commerciaux, les infrastructures commerciales ou le problème de l'informel et des prix pratiqués sera également étudié afin de nous permettre d'atteindre nos objectifs. Nous avons aussi inclus dans nos discussions la modernisation des transactions commerciales, le e-commerce ainsi que l'introduction du paiement électronique. Nous étudierons par ailleurs notre cadre juridique et réglementaire afin de déterminer s'il est en adéquation avec le développement de l'activité commerciale en Algérie.

 La deuxième thématique, elle aussi très importante, concerne le contrôle de l'activité économique et commerciale. Les pratiques comme les fraudes, la non-facturation et l'affichage des prix ont ainsi été analysées. Et d'autres thématiques importantes font l'objets de débats comme le contrôle qualité, la répression des fraudes ainsi que la conformité des produits, surtout près des frontières. Nous nous intéressons par ailleurs au cadre juridique : est -il suffisant et pratique ? Notre organisation est-elle suffisante ? Notre travail consiste donc à décortiquer minutieusement tous ces aspects afin de réguler ce secteur de manière efficace et bénéfique pour le pays. 

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Qu'avez vous prévu pour la réorganisation du commerce extérieur ? 

Bien entendu, la thématique du commerce extérieur nous intéresse, car il s'agit d'analyser la nature de nos échanges commerciaux, soit nos importations et exportations. Dans le volet des importations, il y'a des mesures conservatoires d'interdiction qui peuvent concerner les produits fabriqués dans le pays, la contrefaçon ou la gestion des accords régionaux, notamment avec l' Union européenne et la Zone arabe de libre-échange ( Zale). Quant aux exportations, nous avons un dispositif qui fonctionne et notre objectif est d'évaluer son éfficacité. Aussi, nous allons nous intéresser aux dispositifs logistiques pour connaître leur impact sur la fluidité des activités commerciales. Nous étudierons aussi le financement et les assurances liés à l'exportation. Nous allons reccueillir des recommandations qui se traduiront par de nouvelles réglementations, des décrets et des textes de lois dans le but d'améliorer le rendement de notre commerce.

Dès mon installation à la tête de ce ministère, j'ai expliqué à mes collaborateurs que le commerce doit servir d'outil de production. C'est un socle sur lequel repose l'économie du pays. Le commerce fait la promotion de la production nationale. 

 

A quant la finalisation des négociations pour l'adhésion de l'Algérie à l'Organisation mondiale du commerce (OMC)

C'est un gros dossier, ouvert il y'a une dizaine d'années... Nous en sommes au onzième round de négociations, et elles sont assez pénibles. Mais c'est la nature de toute négociation: allers et retours, concessions, explications, commentaires, preuves à avancer, démonstrations à faire... 

 Au plan de la remise à niveau juridique, nous avons fait un travail extraordinnaire ces dix dernières années. Nous avons revu tout notre arsenal juridique ( lois et décrets) pour mettre en conformité avec les règles de l'OMC. Ce qui a été reconnu par l'organisation. 

Nous demandons aux pays partenaires, dans le cadre de négociations bilatérales ou multilatérales, de faire eux aussi des efforts pour faciliter notre adhésion. On nous a posé des centaines de questions à chaque round. Le dernier en comptait 96... Nous y avons répondu en juin 2010. Quant à notre rapport d'accesion, il a été traduit et distribué aux pays intéressés. Le problème est d'ordre organisationel : le mondat du président du comité chargé de l'accesion est arrivé à terme et nous attendond la désignation du nouveau président de la commission. Je pense que, d'ici à septembre 2011, les choses se préciseront. 

 

Quels sont vos partenaires commerciaux privilégiés ?

Nos partenaires de choix sont l'Union européenne et les États Unis, qui doivent faire un effort de compréhension sur la situation de notre pays. Dans les années 1995 et 1996, des pays ont adhéré en vertu des législations et droits de douane de l'époque, qui sont toujours en vigueur. Nos voisins affichent des droits de douanes de 140 et 180%. Nous avons été volontaires pour plafonner les nôtres à 30%. Je trouve que cette situation est injuste dans la mesure où l'Algérie, à cette époque, vivait une situation dramatique. Nous avions un Haut Conseil de l'État et un Conseil national de transition. nous n'avions pas de Parlement qui puisse décider sur une question d'une telle importance... Nous attendons donc une réactivité de nos partenaires pour un soutien et un accompagnement. Nous aimerions que nos partenaires européens nous assistent pour conclure cette adhésion.

Au plan diplomatique, nous avons le soutien des Américains. Mais au plan technique, nous rencontrons des problèmes dans les négociations avec les experts, notamment sur les questions de services tels que l'ouverture du secteur audiovisuel.  Nous sommes arrivés à un niveau très avancé dans les concessions, nous ne pouvons pas faire plus. C'est une question d'équilibre entre partenaires, qui doit assurer un intérêt mutuel et coopératif. 

 

Le commerce informel est une activité omniprésente sur le marché algérien.... Quelles sont les principales actions que le ministère compte mener pour sa réorganisation ?

Nous avons proposé de traiter ce phénomène, qui n'est pas propre à l'Algérie, de manière pragmatique et pratique. C'est un problème complexe du fait qu'il est lié à des dimensons sociales et socio-économiques. Nous l'avons étudié dans un cadre conjointement organisé avec le ministère de l'intérieur et les collectivités locales, puis nous avons envoyé une instruction inter-ministérielle aux Walis - les représentants de l'État dans chaque Wilaya - et aux autorités locales pour faire un recensement aussi exact que possible de ces pratiques : les filières, les produits et les sites qu'ils occupent dans les quartiers. On envisage la réhabilitation des espaces disponibles pour les offrir à ces jeunes. Nous établirons par la suite un plan d'intégration des personnes identifiées. Les communes vont commencer par leur délivrer des cartes d'activité de commerçant - qui ne figurent pas au registre de commerce - qui leur permettront d'exercer en étant exonérés d'impôts pendant deux ans.  Passé ce délai, nous pourrons leur faire délivrer un numéro au registre de commerce en les intégrant dans le circuit commercial formel. Ils seront imposés à 25% la première année, à 50% la deuxième année et à 75% la troisième année. Je pense que C'est une démarche qui pourra aboutir à des résultats positifs, car les jeunes que nous avons recensés ont adhéré à cette démarche. 

 

Quelles sont les principales dispositions prises pour la protection des consommateurs algérins ? 

 Effectivement, nous avons adopté en 2009 une loi pour la protection du consommateur. Nous sommes en train de rédiger une trentaine de décrets qui imposeront le respect des normes locales et internationales ainsi que la mise en place d'un système de contrôle efficace. Nous diposons d'un réseau de laboratoires de contrôle de qualité que nous comptons élargir pour qu'il soit présent dans les wilayates d'ici à 2014.  Nous avons par ailleurs lancé le projet de construction d'un laboratoire national d'essais, qui est actuellement en chantier à Sidi Abdellah. Il sera composé d'une vingtaine de départements spécialisés dans les produits électriques, électroniques, et alimentaires, les textiles ainsi que les produits mécaniques. Toutes les gammes de produits pourront être testées et analysées au niveau de ce laboratoire. Concernant le problème de la conformité, nous avons mis en place un dispositif au niveau des frontières pour les contrôles visuels, d'étiquetage et de traçabilité. 

 

 


 

 


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