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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Le secteur bancaire réforme

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 4 Novembre 2013, 08:00am

Catégories : #Économie Algérie

Dossier paru dans Arabies, novembre 2013

Les experts financiers plaident pour des réformes qui permettront de libéraliser les initiatives et de diversifier les produits financiers indispensables à l'économie productive. 

 

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Les banques algériennes, alimentées par les dépôts des hydrocarbures et la hausse de la collecte de l’épargne des particuliers – qui enregistre une croissance moyenne de 20% par an -, connaissent un excès structurel de liquidités depuis plus d’une décennie.

 Selon certains experts, le système bancaire semble être déconnecté du système international, en raison de sa dépendance de la rente pétrolière. Ils considèrent que, en dépit de l’amélioration des ratios de solvabilité et de rentabilité, les établissements bancaires continuent de fonctionner comme une administration et manquent d’autonomie vis – à - vis du pouvoir politique.

De plus, depuis quelques années, l’État incite les banques publiques – dont il est l’actionnaire unique - à mobiliser les excédents pour le financement des infrastructures économiques et sociales. De leurs côtés, les experts financiers considèrent que les banques devraient axer leur stratégie de fonctionnement sur le mode universel qui repose sur la diversité des clients. « Les produits et services bancaires devraient être orientés en direction de tous les secteurs d’activités économiques, des professions libérales et commerciales et des particuliers » souligne un cadre d’une banque publique.

Depuis la fin de l’année 2011, les banques publiques Crédit populaire d’Algérie (CPA) et la Caisse nationale d’épargne et de prévoyance (CNEP) ont été désignées pour assurer le financement des programmes publics dans les secteurs de l’immobilier et de l’énergie. La CPA, a été choisie comme  chef de file d’un consortium de banques publiques pour le financement d’un programme de construction de 300 000 logements de type location-vente et des logements promotionnels publics (LPP). Cette dernière a octroyé 40 milliards de dinars en crédits immobiliers en 2012. Abdelmadjid Tebboune, ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme a souligne, lors de la signature de la convention : « l’Algérie vient de franchir une étape extrêmement importante dans la reconversion de l’économie nationale grâce à la nouvelle stratégie du secteur de l’habitat qui vise à alléger les charges sur le trésor en impliquant les banques publiques dans la réalisation de ses projets ».

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Revirement stratégiques. Quant à la CNEP, spécialisée dans la collecte de l’épargne et les crédits immobiliers aux particuliers depuis sa création en 1964, elle a procédé à un « revirement stratégique » de son mode de fonctionnement. Elle s’est orientée vers le financement des projets d’investissements publics du groupe énergétique Sonelgaz pour lequel des crédits d’une valeur de 343 milliards de dinars ont été accordés en 2012. Or, les experts financiers mettent en garde contre ce système de spécialisation et considèrent que la spécialisation comporte des risques importants et menace la solidité financière des banques. Ces derniers estiment aussi que la concentration des crédits au profit d’un seul secteur représente un facteur de fragilité même si la réglementation, très prudentielle, ne permet pas aux banques d’engager plus de 25% de leurs disponibilités envers un seul emprunteur.

Selon Lies Kerrar, expert financier et président du cabinet Humilis Corporate : « La spécialisation des banques a tendance à diminuer la concurrence ».

Cela dit, le Forum des chefs d’entreprises (FCE) plaide pour la création d’une banque d’investissement spécialisée dans le financement des entreprises. Selon l’organisation patronale, les banques algériennes manquent de volonté à s’impliquer davantage dans le développement  économique. Le FCE considère que seule une banque spécialisée pourrait dynamiser les entreprises algériennes. « Le FCE fait de la demande d’une banque spécialisée dans le financement des PME une priorité » souligne Hassen Khelifati, vice-président du FCE et P-DG de la compagnie Alliance Assurance, première compagnie privée cotée en Bourse. Mais l’existence d’une banque spécialisée dans l’octroi des crédits de façon massive à un seul secteur ne va t-elle pas à l’encontre de la stratégie prudentielle de gestion des risques hautement clamée par la Banque d’Algérie ? 

Progression. Pour résorber leurs liquidités bancaires, le gouvernement a incité les banques publiques à s’impliquer davantage dans le financement des PME/PMI. Dopé par les retombées des mesures de facilitation bancaires engagées par le gouvernement, le financement bancaire de l'économie a connu une progression de 6,27% au premier trimestre 2013. Selon la Banque centrale, une enveloppe de 4.568 milliards a été allouée au financement de divers projets économiques. A fin mars 2013, les crédits bancaires qui ont été accordés aux entreprises privées ont atteint 2.044,5 milliards de dinars contre 1.947,05 mds de DA durant la même période de l'année 2012. Quant aux crédits octroyés aux entreprises publiques, ils se sont établis à 2.205,2 milliards de dinars. "Le dynamisme des crédits bancaires à l'économie traduit l'amélioration de la structure et des conditions de financement, suite à l'important soutien financier apporté par l'Etat aux PME" commente Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque centrale

  Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque d'Agérie

Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque centrale. 

Toujours selon la même source, près de 70% des crédits bancaires, soit près de 5 milliards de dollars par an, ont été accordés par les banques publiques aux 100 000 petites entreprises nouvellement créées dans le pays. La Cnep-Banque a mis en place un système de bonification du taux d’intérêt des prêts d’investissement accordés aux petites et moyennes entreprises qui répondent à certains critères dont l’effectif (de 1 à 250 personnes), un seuil de chiffre d’affaires et un bilan annuel n’excédant respectivement 2 milliards de dinars et 500 millions de dinars.

Il faut dire que le financement de l’économie algérienne est assuré essentiellement par le recours aux crédits (de moyen et long terme) et non par le recours aux marchés internationaux des capitaux. « Le secteur bancaire algérien ne dépend des marchés internationaux de capitaux que de manière très limitée et ce à travers des besoins éventuels de financement à court terme des banques étrangères opérant en Algérie », souligne la Banque d’Algérie. De son côté, l’expert financier Yacine Ould Moussa appelle l’autorité de tutelle à « accélérer la mutation d’un secteur bancaire largement dominé par le secteur public ».

Crédoc.Quant aux banques privées, elles se sont spécialisées dans le financement du commerce extérieur, plus lucratif et plus rentable sur le court terme. En effet, la généralisation du crédit documentaire Credoc à toutes les opérations des importations en 2009, a constitué une forte incitation au renforcement de la spécialisation des banques privées. « L’obligation du recours au crédit documentaire a "injecté" des revenus supplémentaires de l’ordre d’un milliard de dollars, juste en commission de crédit documentaire » souligne à ce sujet Lies Kerrar.

Il faut dire que sur les quinze établissements bancaires privés opérant sur le marché, seuls quelques uns, dont Société Générale El Djazair, BNP Paribas El Djazair, El Baraka Bank et Gulf Bank ont diversifié leurs activités. « Les agréments leur ont été délivrés pour faire de l’intermédiation bancaire, c’est à dire pour collecter de l’épargne et financer l’investissement » a martelé Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque d’Algérie lors d’une conférence de presse.

Plus encore, pour assurer une meilleure régulation du système de financement du commerce extérieur et les transferts de revenus, la Banque d’Algérie a procédé à la mise en œuvre, en juillet 2013, de nouveaux dispositifs réglementaires fixant un plafonnement des tarifs des commissions prélevées dans le cadre du Credoc et de transferts de revenus. Cette réglementation impose également aux institutions financières d’adresser une situation trimestrielle des revenus tirés de ces opérations à la direction générale de l’inspection générale de la Banque centrale.

Le financement par leasing poursuit son développement en Algérie. A la fin de l’année 2012, les engagements des sociétés de crédits - bail ont augmenté de 32% à 37 milliards de dinars contre 28 milliards de dinars en 2011. Malgré cette évolution, les experts considèrent que le financement par le leasing reste limité car il représente moins de 1% des engagements financiers. L’offre reste en deçà de la demande potentielle. Selon cet expert, le développement du marché obligataire est nécessaire pour permettre aux sociétés de leasing de financer leur croissance. « Le marché du leasing se caractérise par une faible concurrence et un nombre réduit des bailleurs offrant des produits du leasing standards » explique Lies Kerrar. Pour rappel, la classification des marchés du leasing établie par la société financière internationale (SFI) - Banque Mondiale -, le marché du leasing en Algérie est au stade « embryonnaire avancé ».

Pour promouvoir le financement de l’économie via un système financier performant et en adéquation avec les standards internationaux, le gouvernement a engagé un programme de réformes visant la réorganisation et la dynamisation du marché financier. Cependant, cette réforme avance à petits pas.

La loi 90-10, modifiée par l’ordonnance n° 03-11 du 26 août 2003, a permis, toutefois, une nouvelle organisation du système financier en accordant une autonomie à la Banque centrale au pouvoir central. Ce dispositif réglementaire clarifie les domaines d’intervention de chaque institution financière, libère les mouvements des capitaux, rend le dinar flexible, a permis l’ouverture du secteur aux institutions privées et a mis en place les règles prudentielles.

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Banques modernes.Yacine Ould Moussa, expert financier considère que le pays « a besoin des banques modernes, capables de drainer des ressources sur le marché et le mettre au service de l’économie réelle ». Pour y parvenir, la réglementation devrait autoriser les établissements financiers et les banques à exercer des activités comme l’ingénierie financière, le leasing et la prise de participation dans les entreprises. « Le secteur bancaire algérien est appelé à accélérer son degré de concurrence, sa modernisation, sa décentralisation et sa capacité à améliorer l’intermédiation financière indispensable à une impulsion forte et durable de la croissance, moteur de développement » explique encore Yacine Ould Moussa.

Les experts appellent également à mise en œuvre des mécanismes permettant le développement des opérations d’intermédiation bancaire (IOB), lesquelles contribueront également à dynamiser la Bourse d’Alger et à stimuler une concurrence saine entre les établissements bancaires. Lies Kerrar va plus loin puisqu’il plaide pour l’adaptation d’une nouvelle réglementation autorisant les établissements bancaires à entrer en Bourse.

De son côté, Laurent Dupuch, l’ex directeur général de BNP Paribas el Djazair, a souligné que des avancées louables ont été réalisées pour la réforme du secteur financier. Cependant, il considère que l’un des chantiers fondamentaux pour l’approfondissement des réformes est le développement des marchés des capitaux et la promotion de la Bourse d’Alger. « Il est en effet important de pouvoir offrir une alternative aux entreprises (marché, actions ou obligations), pour diversifier leur source de financement et leur capital, mais aussi aux ménages en leur offrant de nouveaux produits d’épargne à long terme » a t-il expliqué.

Selon le gouverneur de la BA, un système de notation des banques, conçu avec l’aide du Fonds monétaire international et du trésor public américain, est désormais opérationnel sur la place d’Alger.

Système de notation. « Le système de notation permettra de classer les banques en fonction de leur niveau de performance en termes de maitrise des risques et de renforcer ainsi la capacité de détection précoce de leur vulnérabilité » explique M. Laksaci. Cependant, selon les experts financiers, la crédibilité de la notation que la Banque d’Algérie attribuera aux banques publiques – qui détiennent 90% des actifs -, pourrait être remise en cause en raison de la subordination de ces institutions à la Banque d’Algérie. Pour information, ce système de notation tient compte de nombreux indicateurs, dont le ratio de solvabilité, le rendement des fonds propres et des actifs, la gestion des liquidités et des risques bancaires.

De plus, la Banque centrale étudie de nouvelles mesures permettant de mieux contrôler le système bancaire. Selon Karim Djoudi, ministre des Finances, « l’autorité monétaire affinera prochainement sa politique de régulation pour mieux contrôler le système bancaire et pratiquer une politique de taux d’intérêt fondée sur le principe du taux d’intérêt réel et éviter l’accumulation des créances non performantes ». Lors d’un entretien à l’agence Algérie Presse Service (APS), le ministre des Finances a affirmé que les infractions à la réglementation concernent la surfacturation des importations, les ventes sans factures, les fausses déclarations en douane, le défaut de rapatriement par les agents économiques résidents de leurs recettes en devises ainsi que les déclarations minorées sur certaines exportations hors hydrocarbures sont en augmentation. « Plus de 1000 procès-verbaux ont été établis, et transmis à la justice pour un corps de délit de 17 (dix-sept) milliards de Dinars, soit un équivalent de 220 millions de dollars US » a t-il souligné. Pour y remédier, Nabil Djemaa, expert judiciaire en opérations financières et bancaires, appelle la Banque d’Algérie a effectuer des contrôles par le biais d’audits afin d’éviter les dépassements et les détournements de fonds.

Quoi qu’il en soit, malgré les avancées notoires enregistrées dans la réforme du secteur bancaire, ce dernier a besoin non seulement d’être orienté vers le marché des capitaux, nationaux et étrangers mais devrait également être accompagné de réformes structurelles permettant l’instauration d’un climat des affaires sain et attractif.

 

 

 


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