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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Le sixième festival d'Oran du film arabe

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 20 Février 2013, 08:34am

Catégories : #Culture - Communication et Médias

Paru dans Arabies, février 2013

IMG 0035Oran, la radieuse ‘’ El Bahia’’ a accueilli, du 15 au 22 décembre 2012, la 6e édition du festival d’Oran du film arabe FOFA.

 Le festival du film arabe FOFA est l’un des rares événements cinématographiques consacré exclusivement au cinéma arabe. Lors de la cérémonie d’ouverture, organisée dans le centre de convention Mohamed Benahmed, de nombreux hommages ont été rendus à des figures emblématiques du petit et du grand écrans, comme Nouria Kasderli, Sirat Boumedinne, René Vautier, Aicha Adjouri ‘’Kelthoum’’, Boualem Bessaieh, Zahra Drif Bitat, Mohamed Ben Salah, Gillo Pontecorvo, El Hadj Bensalah et Rachid Fares.

 Pour célébrer cette manifestation, placée sous l’égide du cinquantenaire de l’indépendance algérienne, un reportage rétrospectif du cinéma algérien, abordant une série de films sur la guerre de libération, la crise sociale et la guerre civile des années 90,  a été projeté lors de cérémonie d’ouverture. La soirée a été clôturée par la projection du film du réalisateur franco-algérien Rachid Bouchareb ‘’ Juste like a Women’’, (réalisé aux États Unis), boudée, et sans raison apparente, par le public présent ce soir là. 

Pendant une dizaine de jours, quatorze courts et treize longs métrages (en compétition ) et onze films (hors compétition) ont été projetés dans trois salles de la plus grande ville de l’ouest d’Algérie: Le Maghreb, Essaâda et la Cinémathèque. En dépit de quelques lacunes dans l’organisation - retard de l’ouverture de la cérémonie, absence de quelques invités ou de personnalités du monde de la culture, non programmation de quelques films algériens comme ‘’ Zabana’’ et ‘’ Le repenti’’ de Merzak Allouache -la qualité et la diversité des films projetés, en compétition ou non, ont suscité l’intérêt des participants et du grand public, plus particulièrement chez les jeunes.

Des conférences et des débats ont été également organisés par le centre de recherches anthropologiques (CRASC), autour de l’histoire du cinéma algérien et des films traitant la guerre de libération nationale, cinquantenaire oblige. Cinq ateliers de formation dans les techniques de réalisations, vidéo et multimédia, ont aussi été dispensés par des réalisateurs professionnels belges au profit d’une jeunesse très demandeuse. ‘’ C’est l’un des rares festivals ou l’on fait de la formation au profit des jeunes ‘’ explique Hadj Meliani, président du jury longs métrages.

Promotion du cinéma algérien. Ahmed Bédjaoui, président d’honneur du festival, professeur d’université, considéré comme le père spirituel du cinéma algérien, Ahmed Bédjaoui, estime que « le retour du public dans les salles’’ pourrait promouvoir le cinéma algérien.  Ahmed, un cinéphile rencontré lors de la projection du film ‘’ parfums d’Alger’’ de Rachid Benhadj nous confie :«  Pour intéresser davantage le public, les réalisateurs devraient miser sur la qualité technique et la diversification des thèmes. Les films de guerre sont, certes, intéressants, mais les Algériens ont besoin de voir des films traitant des évènements de leur histoire récente, notamment ceux de la décennie noire. Le public a également besoin de connaître la richesse de sa culture (...) Je suis ravi de voir qu’on réalise, de plus en plus, de films en langue berbère ».

Anis Lasoued, réalisateur du film '' L'opposant'' en compétition lors du FOFA

Colonialisme, révolutions, dictatures, malaises et tabous sociaux sont les principaux thèmes abordés par les films sélectionnés lors du 6e FOFA. Qu’ils soient égyptiens, tunisiens, palestiniens, algériens ou même français, ces thèmes sont traités de manière à emporter les cinéphiles dans les tourbillons des tragédies, anciennes ou récentes, suscitant de vives émotions, notamment les plus douloureuses enfouies dans la mémoire. Les longs métrages ont attiré un public nombreux, curieux de découvrir des films traitant un vécu, une histoire, un destin… L’accueil favorable du public peut être considéré comme un début de réussite de ce festival qui cherche encore sa vitesse de croisière.

Le film Al Chawk (l’amour) du réalisateur Égyptien Khaled El Hagar, raconte la misère d’une famille dans un quartier populaire de Labban, une ville côtière d’Alexandrie. Ce long métrage dessine avec brio les contradictions sociales et les répercussions du totalitarisme sur les citoyens. Fatma (Sawsen Badr), la mère autoritaire, tente de protéger ses filles en imposant l’oppression, l’interdit et l’étouffement. Un climat familial tendu qui mènera la famille à l’autodestruction. Ce drame, qui aborde des sujets tabous de la société conservatrice arabo musulmane comme la sexualité, la sorcellerie, la corruption, la prostitution et la démission des hommes, reflète, selon son réalisateur, la vie de nombreux égyptiens. «  Nous avons en Égypte des personnes qui vivent dans les bidonvilles, dans la misère. Le scénariste a collecté leurs histoires » a-t-il expliqué lors de la projection du film.

‘’Parfums d’Alger’’ du cinéaste algérien Rachid Benhadj, retrace la tragédie Algérienne des années 90. Interprétée par l'actrice italienne Monica Guerritore, Karima est une célèbre photographe à Paris, dont les blessures profondes de jeunesse se réveillent de retour au pays natal, conséquences de tabous et de non dits.  Elle doit également affronter le drame que vit sa famille et son pays : la tragédie du terrorisme. Son frère, jadis, fervent défenseur de la justice et de liberté, est devenu chef terroriste. Le combat de la photographe change de trajectoire et son objectif raconte désormais le combat des femmes contre le terrorisme et l’obscurantisme. Yemma, de la réalisatrice Djamila sahraoui, traitant également  du terrorisme, marque aussi la participation algérienne dans la catégorie des longs métrages.

Le film syrien ‘’Echirâa wa el âassifa’’ (La voile et la tempête), adapté du roman de l’écrivain syrien Hanna Mina et réalisé par Ghassan Shmeit rend hommage à la bravoure d’un jeune pêcheur, qui, défiant la mer et la tempête, sauve des vies durant la seconde guerre mondiale. Les films "33 jours" du réalisateur libanais Jamal Shoorje et ‘’ lamma  chouftek’’ (lorsque je t’ai aperçu) de Anne-marie Jacir, traitent la guerre au Proche Orient. Le premier aborde le thème de la résistance face aux bombardements de l’armée israélienne, le second, retrace la vie dans les camps palestiniens.

Le palmarès. Après une belle soirée de clôture, animée par l’Orchestre symphonique national de l’Algérie et sa chorale qui a enchanté les convives de très belles interprétations des œuvres de Beethoven, Antonin Dvorak, Maurice Jarre, Sid Ahmed Belli, Ennio Morricone, Abderrahmane Aziz, le palmarès du 6e Fofa a été annoncé. ‘’Al khourouj lil nahar’’, de la jeune réalisatrice égyptienne Halla Lotfy  a décroché le plus grand prix du FOFA, le Wihr d’or. «  Le film raconte un quotidien d’une famille mais, en arrière plan, on plonge dans la société égyptienne d’aujourd’hui », commente Hadj Miliani, membre du jury long métrage.

Le prix de la meilleure réalisation revient à la cinéaste algérienne Djamila Sahraoui, celui de la meilleure actrice à l’égyptienne Sawsan Badr. Le prix de la meilleure interprétation masculine a été attribué au jeune acteur tunisien Hicham Rostom pour son interprétation dans le film marocain ‘’ la cinquième corde’’ de la réalisatrice Selma Bargach. ‘’ Professeur ‘’ du réalisateur tunisien Mahmoud Ben Mahmoud a obtenu le prix du meilleur scénario.

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 Le prix spécial du jury a été décerné à la cinéaste palestinienne Anne-  Marie Jacir. Le jeune réalisateur tunisien Hamdi Ben Ahmed a eu droit au prix du public, introduit cette année, pour son film documentaire ‘’Préhistoire de la Tunisie’’.

Dans la catégorie courts métrages, ‘’Al jazira’’ du réalisateur algérien Amine Sidi Boumediene a décroché le Wihr d’or. Le prix spécial est revenu au marocain Fadil Chouika pour son film ‘’ la main gauche’’. ‘’ Berd Yennayer’’ (Froid de janvier) de l’égyptien Romany Saad, ‘’Quant ils dorment’’ de la marocaine Myriam Touzani et ’’ le hublot ‘’ de l’algérien Anis Djâad ont obtenu une mention spéciale du jury.

Les participants à cet événement ont été agréablement surpris par la qualité de certains films. Cependant, des améliorations doivent être apportés en termes d’organisation et des efforts consentis pour assurer des projections de meilleure qualité technique pour que le FOFA puisse asseoir une meilleure notoriété à l’échelle régionale. Les réalisateurs maghrébins affichent d’ailleurs leur volonté de créer une synergie entre les différents acteurs du secteur afin de promouvoir le cinéma, notamment à travers la coopération intrarégionale. ‘’Les cinéastes maghrébins doivent travailler en commun pour réaliser des œuvres’’, confie le président de l’association marocaine des critiques du cinéma, Khalid Damoun.

Pour permettre au cinéma arabe d’atteindre une maturité, les pouvoirs publics doivent s’impliquer davantage pour mettre en œuvre un cadre juridique et institutionnel pour toutes les activités liées à ce secteur : réalisation des structures cinématographiques, organisation des activités de production, exploitation et distribution et, surtout, création de fonds de financement spécialement destiné au cinéma.

Enfin, la production cinématographique, à l’image des transformations socio-politiques que vivent de nombreux pays arabes, est en phase de transition et de réorientation, notamment dans le contenu. Quelques productions cinématographiques, découvertes lors du Fofa, permettent aux cinéphiles d’espérer une amélioration des œuvres aussi bien sur le plan qualitatif que quantitatif.

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Le Wihr d’Or pour le film  ‘’Al Khourouj lil nahar’’ est une consécration de plus pour la fiction. « C’est le début de la victoire du film indépendant en Égypte » a précisé Halla Lotfy à la fin de la cérémonie de clôture. Ce drame social, raconte la vie d’une jeune femme, Souad, lassée de son quotidien consacré à la prise en charge totale de son père malade et de son époux, enfermée et sans vie sociale, décide de sortir de l’isolement pour retrouver la liberté.

Le désarroi de l’héroïne se manifeste dans le silence, contrairement aux cris et aux pleurs qui exprimaient ce même sentiment dans le cinéma égyptien traditionnel. Une technique de réalisation caractérisée par un réalisme brillant, complètement différente de ce que le téléspectateur algérien, très connaisseur du cinéma égyptien, a l’habitude de voir. « Nous avons eu envie de nous éloigner du cinéma égyptien traditionnel, trop commercial » a expliqué la cinéaste lors de la projection de son film.

Halla Lotfy, qui refuse le diktat commercial du marché et le star system, a lancé la société ‘’ Hassala productions ‘’, en 2010, afin de soutenir et de produire le cinéma indépendant. « La révolution nous a émancipé et la société accepte de voir autre chose sur les grands écrans » nous a t-elle confié.

Diplômée en sciences politiques et cinéma de l’Université du Caire, Halla Lotfy, a déjà été primée meilleure réalisatrice arabe au dernier festival d’Abu Dhabi pour le même film. The international fédération of films critics (Fipresci), une organisation regroupant les meilleurs critiques cinéma du monde, a décerné, par cette consécration, le premier prix à un film arabe en cinquante ans d’existence. La cinéaste n’a pas manqué de lancer un message politique à la réception de son prix à Oran : «  j’exprime ma solidarité avec le peuple syrien et avec la révolution en Syrie. Une résolution qui résiste malgré l’indifférence mondiale »

 

Quatorze courts métrages et treize longs métrages étaient en compétition au Festival d'Oran du film arabe.

 

Jury longs métrages :

Président du jury : Hadj Meliani, universitaire (Algérie)

Khaled Haddad, réalisateur (Jordanie)

Naceur Ktari, cinéaste (Tunisie)

Ahmed El Hosseini, directeur du festival international du cinéma Méditerranéen de Tétouan (Maroc)

Sid Ali Mazif, cinéaste (Algérie)

 

Jury courts métrages :

Mounes Khammar, producteur, président du jury (Algérie)

Ahmed Khoury Boughaba, critique cinéma (Maroc)

Bouteheina Cannan Khoury, réalisatrice (Palestine)

Bin Salah Al-Hadj, directeur de cinémathèque d’Oran (Algérie)

Dima Kandalaft, actrice, (Syrie)

 

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