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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Maghreb : de l'électricité dans l'ère

Publié par Hakima Bedouani-Kernane sur 3 Janvier 2011, 11:48am

Catégories : #Maghreb

Dossier publié dans Arabies, janvier 2011, pages 48 à 53

 

L'Algérie, le Maroc et la Tunisie envisagent de s'associer pour construire esemble un Maghreb de l'électricité. Un projet qui leur permettrait peut-être d'intégrer, à moyen terme, le marché européen...


Un soleil généreux rend les gens heureux... Le soleil attise la convoitise des économistes et des spécialistes des énergies renouvelables dites ''propres''. Car la chaleur solaire et les forces du vent sont des élements essentiels à la fabrication de l'électricité. Et l'épineuse question de la sécurisation des approviionnements devient une priorité pour tous les gouvernements.  Les solutions se trouvent toujours dans la nature. En effet, grâce à un ensoleillement de 330 jours par an ( deux fois plus que dans les pays européens), les pouvoirs publics maghrébins ont mis en place un programme régional ambitieux qui consiterait à produire et à commercialiser l'électricité. Cette volonté politique de créer un marché maghrébin de l'électricité est une initiative du Comité maghrébin de l'électricité ( Comelec), qui a décidé, en 1999, de mener une étude visant à identifier les conditions de son instauration. Des réformes institutionnelles adoptées par le Maroc (1994), la Tunisie (1996) puis l’Algérie (2002) ont déjà permis l’ouverture aux producteurs indépendants. Et pour cause, le Maroc et la Tunisie importent respectivement 97% et 60% de leurs besoins en énergies. La dépendance énergétique du royaume chérifien a ainsi coûté 71 milliards de dirhams en 2008. Et si l’économie du pays enregistre une croissance positive, elle voit aussi augmenter ses besoins de 6,8% par an. 


Stratégie commune. Les pays maghrébins ont décidé d’adopter une stratégie commune pour intensifier leur coopération dans ce domaine. Les responsables du secteur déclarent que l’instauration d’une politique énergétique régionale, structurée et transparente, est tout à fait réalisable. Pour faire fructifier cette coopération, rencontres, réunions et colloques sont régulièrement organisés dans les trois pays. La réunion du Conseil ministériel de l’énergie UMA-UE (Union du Maghreb arabe - Union européenne), organisée à Alger en juin 2010, a confirmé cette volonté commune. La question de la poursuite des réformes dans les secteurs énergétiques nationaux, dont celui de l’électricité, a alors été largement abordée. De là est née la Déclaration d’Alger, adoptée par les ministres maghrébins de l’Énergie, qui consiste à poursuivre les actions permettant l’harmonisation des cadres réglementaires et législatifs, ainsi que le rapprochement des politiques de tarification. Ces dispositifs sont primordiaux pour la concrétisation des projets.


Concernant la tarification pratiquée en Algérie, le P-DG du groupe Sonelgaz, Noureddine Bouterfa, a déclaré sur la radio algérienne chaîne 3 : « Il est inévitable d’aller vers une augmentation des tarifs(…), il est important d’aller vers les prix réels de l’électricité ». Les spécialistes se demandent si l’Algérie sera en mesure de remettre en question sa politique tarifaire en place depuis l’indépendance avec des prix subventionnés par l’État. Mais, la Déclaration d’Alger imposant de pratiquer la même tarification dans les trois pays, l’Algérie devrait revoir à la hausse ses prix du K Wh. Lors de cette rencontre, il a aussi été décidé de mettre en œuvre une politique commune en matière de production et de commercialisation de l’électricité au plan régionale. Un plan d’action étalé sur cinq ans (2010-2014) a été adopté.

 

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L’Algérie exporte son électricité vers le Maroc grâce aux efforts déployés par Sonelgaz et l’Office national marocain de l’électricité (ONE). Cette coopération bilatérale date depuis plusieurs années. Un programme de construction de lignes d’interconnexions de grande puissance a été mis en place pour permettre l’amélioration des échanges électriques au niveau régional. Ces dernières années, le groupe Sonelgaz a développé une large palette de projets en matière de production électrique. Il a enregistré une croissance annuelle de 27,7% et ses investissements sont passés de 27 milliards de dinars en 2000 à 101 milliards de dinars en 2008. L’introduction prochaine de haute tension permettra à l’Algérie de renforcer son réseau interne pour mieux acheminer l’électricité vers les pays voisins, à court terme, puis vers e marché européen, à moyen terme. Pour y parvenir, des infrastructures adaptées et 2000 kilomètres de lignes électriques haute tension sont en cours d’installation. De son côté, le gouvernement marocain, très dépendant des importations en matière d’énergie a décidé de promouvoir une législation favorable aux investissements dans la production et le transport. A cet effet, trois lois ont été adoptées. La première est relative à l’Agence marocaine de l’énergie solaire (Masen, pour Marrocan Agency for Solar Energy) ; la deuxième concerne l’agence des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (AEE) et la troisième vise le développement des énergies renouvelables. Ces agences devront d’assurer le pilotage et la conduite des projets marocains de production d’énergie solaire, notamment dans la conception, les études, le choix des opérateurs ainsi que le suivi de la réalisation et de la gestion.

 

Des lois favorables ont déjà permis à l’ONE de mettre en route des projets ambitieux dans la production et le transport d’électricité.  Des interconnexions avec les pays voisins ont été renforcées. Celle qui existe avec l’Espagne est ainsi passée de 700MW à 1400 MW et celle qui relie le Maroc à l’Algérie devrait atteindre 1700MW d’ici deux ou trois ans. En effet, l’ouverture de la troisième ligne reliant le poste de Bourdim (Maroc) à Hassi Ameur (Algérie), en 2009, est encourageante pour le développement des interconnexions au Maghreb dans les prochaines années. Les expériences des réseaux déjà établis entre la Libye, la Tunisie et l’Algérie d’une part ; entre le Maroc et l’Espagne, d’autre part, constituent une première étape importante dans l’édification d’un espace énergétique maghrébin.

 

Implication et transparence. La seconde étape est encore plus ambitieuse. Elle concerne des interconnexions vers d’autres pays européens. L’objectif à long terme est de construire un marché euro-maghrébin de l’électricité. Les trois pays du Maghreb pourraient ainsi approvisionner, à hauteur de 15%, les besoins européens à l’horizon 2050. Ce programme, qui nécessite des moyens financiers colossaux (près de 400 milliards de dollars), ne sera pas concrétisé sans une implication totale et transparente de tous les pays concernés (gouvernements, ministères, groupes spécialisés dans la production et le transport d’électricité, banques, institutions, etc.)

 S’agit –il d’une ambition démesurée ? L’Algérie, le Maroc et la Tunisie sont –ils en mesure de se doter d’infrastructures hautement technologiques ? Peuvent –ils mettre en place des systèmes juridiques complets ^permettant de réguler une production d’électricité propre, éolienne et solaire, et sa commercialisation vers l’Europe ?

Lancée par le Protocole de Rome (2003), la coopération euro- maghrébine dans le secteur de l’électricité est en marche. L’UE assure le financement des opérations techniques des projets au Maghreb. Ces programmes, essentiellement centrés sur la production d’électricité solaire, nécessitent une innovation technologique maîtrisée par des organismes européens. Le développement de la coopération euromaghrébine permettra la création d’un espace de libre – échange entre les pays des deux rives de la Méditerranée. A ce sujet, un accord a été conclu antre le directeur de l’ONE, Ali Fassi-Fihri, et le président du directoire du Réseau de transport d’électricité (RTE, filiale d’EDF), Dominique Maillard. L’objectif est de faire fructifier les échanges dans les domaines des réseaux de transport, de l’assistance et de la maintenance des équipements.  La banque européenne d’investissement (BEI) soutient le développement de ce marché euro-maghrébin. Son vice-président, Philippe de la Fontaine Vive Curtaz, a déclaré lors d’un symposium sur la coopération financière Maghreb – UE : «  La banque ne demande qu’a intervenir pour créer des synergies… il y’a une progression significative de la croissance au Maghreb, même en cette période de crise internationale. Le taux de croissance y oscille entre 4 % et 5% (…) Le Maghreb est une chance pour l’Union européenne. »

 L’intérêt de la BEI pour les pays du Maghreb s’est manifesté par un investissement de plus d’un milliard d’euros en Tunisie et au Maroc. Quant à l’Algérie, plus sensible à sa souveraineté nationale concernant le secteur de l’énergie, elle déclare pouvoir s’autofinancer. Les pays maghrébins sont soutenus par la BEI dans quatre programmes : les petites entreprises, les autoroutes de la mer, la dépollution de la Méditerranée et le Plan Solaire Méditerranéen (PSM).

Au Sud et à l’Est du Bassin méditerranéen, on a prévu la construction d’infrastructures de production d’électricité, principalement solaire. L’objectif est de relever les défis de l’énergie et du climat dans les pays du contour méditerranéen au cours des prochaines décennies.  Les investissements liés aux énergies renouvelables dans les régions désertiques de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie devraient ainsi croître sensiblement dans les années à venir. Intégré dans le projet Union Pour la Méditerranée (UPM), le plan solaire tunisien a reçu le soutien et le financement de la Banque mondiale.

 

Centrales solaires. Le Maroc a mis en œuvre la construction de centrales solaires, et souhaite no seulement satisfaire ses besoins internes, mais aussi exporter son excédent vers l’Europe d’ici à 2020. Cinq centrales électriques, d’une capacité de 2000 MW pour une superficie totale de 10 000 hectares sont en chantier dans les différents sites du royaume. Ces projets, qui nécessitent un investissement de 9 milliards de dollars, seront réalisés à Ouarzazate, Ain Bni Mathar, Foum el-Oued, Boujdour et Sabhat Tah. Amina Benkhadra, ministre marocaine de l’énergie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, a appelé l’UE et les institutions financières internationales à prendre part au financement des projets énergétiques dans le royaume. A commencer par le projet Desertec, qui vise à créer la plus grande exploitation d’énergie solaire au monde dans le désert d’Afrique nu Nord. C’est dans cette optique qu’une société d’investissement Desertec Industrial Initiative (DII), a été constituée il y’a deux ans. Les membres fondateurs sont des sociétés spécialisées dans la production d’énergie solaire ainsi que des banques : ABB, Abengoa Solar, EON, Man Solar Millenium, Munich Re, M+W Zander, RWE, Shott Solar, Deutche bank et NSH Nordbank. Ce consortium vise à fournir pas moins de 15% de l’électricité des pays européens d’ici à 2050… Des partenaires industriels participent également au projet soutenu par le gouvernement allemand, l’Union européenne et Greenpeace. En 2010, de nombreux soutiens de divers pays – dont les industriels – ont à leur tour rejoint le projet, à l’image de Saint-Gobain, Enel, Red Electrica , Nareva Holding, 3M, First Solar, la banque Morgan Stanley, Bilfinger Berger, IBM Deutscland, etc.

 

Dans un premier temps, le programme prévoit d’alimenter les besoins énergétiques des pays d’Afrique du Nord avec les énergies éolienne et solaire. Cela nécessite l’implantation d’infrastructures au Maroc, en Espagne, en France, en Tunisie, en Italie et en Algérie. La seconde étape du projet Desertec acheminera de l’électricité vers l’Europe, franchissant la Méditerranée par le biais de lignes électriques à haute tension. Cette énergie proviendrait des installations implantées dans le désert. Des subventions de divers organismes seront nécessaires, car les coûts de productions des centrales solaires sont plus importants que ceux qui sont générés par le combustible fossile. Paul von Son, dirigeant du programme Desertec, affirme que l’investissement sur ce projet est estimé à 400 milliards d’euros.  Une trentaine de centrales seront nécessaires pour sa réalisation. «  Desertec n’est pas un projet privé, il sera réalisé uniquement s’il a un écho auprès des gouvernements et je vais m’engager dans l’intérêt des pays maghrébins et européens », déclare de son côté le commissaire européen de l’Énergie, Gunther Oettinger. Quant au ministre algérien de l ‘Énergie, Yousef Youssefi, il pense que le projet Desertec sera «  le socle d’une coopération bénéfique entre les pays des deux rives de la Méditerranée ». Néanmoins, l’électricité qui sera produite dans ces centrales devrait être achetée par les États européens aux prix pratiqués sur leurs marchés respectifs. Le budget prévu pour la concrétisation de cette coopération étant colossal, les investisseurs insistent sur l’harmonisation des prix afin de rentabiliser leur participation. Évidemment, cette unification de la tarification pose quelques soucis. Les spécialistes se demandent si les pays de la rive sud de la Méditerranée seront en mesure d’augmenter leurs tarifs… Interrogé  par la presse algérienne sur ce thème, Noureddine Bouterfa, le P-DG de Sonelgaz, confirme que son groupe tend progressivement vers une augmentation du prix de l’électricité pour les particuliers, institutions, administrations et entreprises.

 

Le premier objectif qui permettrait une coopération entre les pays des deux rives est de pouvoir synchroniser et réaliser la bulle électrique Euro-Maghreb. « La viabilité environnementale, la coopération technologique et le développement socio –économique restent une priorité du partenariat euro-maghrébin dans le domaine de l’énergie », assure Amina Benkhadra.

 

Ce projet est ambitieux et s’annonce très complexe dans sa réalisation. Une entente politique, technique et financière est en effet indispensable pour sa concrétisation. Mais si certains spécialistes et économistes restent sceptiques, l’espoir est de mise. 

 

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