Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Monia Ammar Feki, magistrate spécialiste des droits de l'homme

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 3 Décembre 2010, 16:28pm

Catégories : #Interviews

Interview publiée dans Arabies, décembre 2010

 

img078.jpgMagistrate et chargée de mission auprès du ministère de la Justice et des droits de l'homme en Tunisie, Monia Ammar Feki est egalement présidente de la Commission de la femme arabe du droit humanitaire international. 

 

Parlez-nous de votre parcours dans la magistrature ?

 

En Tunisie, une femme magistrate peut exercer son métier dans tous les domaines : criminel, civil, commercial et autre. Elle y a droit autant que son collègue masculin. Mon expérience dans le domaine du droit m’a beaucoup appris, car elle m’a permis de m’imprégner des principes des droits de l’homme. La justice constitue le vrai garant dans l’exercice et la jouissance de ces droits. Je m’y suis intéressée dès ma jeunesse. J’avais cette vocation sans connaître vraiment l’objet et les préceptes du droit. Lorsque l’on m’a proposé de travailler au ministère des Droits de l’homme et sur la communication avec la Chambre des députés, je n’ai pas hésité. La protection et la diffusion de la culture des droits de l’homme sont fondamentales dans la constitution d’une société de droit. Dans les pays arabes, il y’a encore beaucoup de travail à faire. En Tunisie, nous avons réalisé des avancées intéressantes, mais il y’a d’autres sujets délicats qu’il faudra absolument traiter. La question féminine est la plus épineuse, bien que mon pays soit considéré comme avant-gardiste dans ce domaine. C’est ce qu’a précisé le ministère de la Justice lors de la présentation de son rapport périodique devant le Conseil des droits de l’homme. En tant que femme tunisienne, je souhaite que la convention des droits de l’homme soit pleinement appliquée dans mon pays.

 

Quelles mesures la Tunisie doit-elle prendre pour promouvoir davantage les droits des femmes ?

 

Concrètement, je dirais que la Tunisie doit améliorer les questions liées aux droits familiaux, comme le droit de succession et le droit de la nationalité. Nous avons également des attentes concernant le droit successoral. Elles ont trait à la religion et aux textes coraniques. Ces revendications concernent le legs obligatoire et l’exonération de toute taxe entre mari et femme, entre ascendants et descendants, etc. Les professionnels du droit essaient d’y remédier par d’autres mécanismes dont la Tunisie est pionnière. D’ailleurs, certains accusent les législateurs de toucher aux textes sacrés de la religion musulmane notamment pour l’interdiction de la polygamie. En revanche, les plus avertis considèrent que la législation tunisienne a adopté une interprétation éclairée et moderniste. Nous tenons compte des principes de la religion : l’égalité, la justice et la solidarité. Toute interprétation contraire aux textes coraniques serait abusive et injuste par rapport à l’islam.

 

Mon intérêt pour les droits de l’homme m’a incitée à faire une étude sur «  le rôle et le statut de la femme dans le système judiciaire tunisien ». Commanditée par l’Unesco, cette analyse a également ciblé les autres pays maghrébins. Les résultats serviront à mettre en œuvre des plans d’actions pour une application plus efficace et plus rapide de toutes les décisions concernant la promotion du statut de la femme maghrébine. En Tunisie, nous sommes près de 32% à exercer dans la magistrature. Je suis persuadée que le voie réglementaire et la jurisprudence, sources de droits, jouent un rôle essentiel dans le changement profond de nos sociétés.

 

Comment est venu votre intérêt pour les droits de la femme ?

 

Il découle de mon intérêt pour les droits de l’homme. Je ne suis pas féministe. D’ailleurs, lorsqu’on m’a proposé de travailler au ministère de la Femme, j’ai décliné l’offre. Je trouve que la question des droits de la femme est indissociable des droits de l’homme. Elle doit être traitée et analysée dans une approche globale de ces derniers. Par ailleurs, on ne peut prétendre à un changement profond du rôle des femmes dans les sociétés arabes sans modifier en profondeur tous les autres secteurs d’activité comme les milieux socio économique et politique.

 

Beaucoup de femmes se plaignent d’une application arbitraire et parfois non conforme de la législation. E tant que magistrate, qu’en pensez –vous ?

 

Je vais vous répondre très sincèrement, mais laissez – moi, tout d’abord, revenir sur une question très importante. Elle concerne le choix fait par la Tunisie, en 1956, d’adopter le principe selon lequel le fondement du développement d’une société doit être assuré par la législation, seul vecteur viable. Vous savez que la philosophie du droit assure deux choses essentielles : elle devance les mentalités de la société et constitue un moyen d’assurer l’avancement et le progrès. Dans d’autres pays arabes, on fait le contraire. On attend l’évolution des mentalités. Grâce à la volonté politique déterminée du regretté Habib Bourguiba, la Tunisie a adopté une autre voie, celle de la législation, qui est favorable à la femme. C’est encore par voie de législation que le président Ben Ali a aboli l’obligation d’obéissance en 1993. La femme tunisienne, qui est l’égale de l’homme, ne peut se reconnaître dans cette obéissance.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents