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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Priorité aux entreprises

Publié par Hakima Bedouani-Kernane sur 1 Novembre 2011, 15:13pm

Catégories : #Politique

Article publié dans Arabies, Novembre 2011, pages 42 à 46

Outre quelques 200 nouvelles mesures économiques qui satisfont surtout le patronat, le salaire minimum a été revalorisé de 20%. Largement insuffisant pour les syndicats qui ne veulent pas en rester là...

Les résultats de la 14e tripartite qui réunissait gouvernement, syndicats et patronant n'ont pas convaincu tous les partenaires sociaux. Écartés de cetet rencontre organisée à Alger, les 29 et 30 septembre dernier dans la résidence Djenane el-Mithaq, les syndicats autonomes ont dénoncé '' cette mascarade''. Alors qu'elle était censée soulager le front social, cette réunion a en effet accordé plus d'avantages aux patrons et hauts fonctionnaires qu'aux salariés... Le salaire minimum sera certes revalorisé de 20% à partir de janvier 2012, mais ce n'est pas ce geste qui mettra aux bas salaires de sortir de la précarité... Et rien ne dit que les augmentations de salaires répétées qu'impose le gouvernement lui permettront de répondre aux attentes des travailleurs, toutes catégories socioprofessionnelles confondues. De leur côté, les patrons estiment qu'il mieux se soucier de développer la productivité, afin de garantir la croissance et la production de richesse dans le pays. 

 

Il reste qu'avec une revalorisation de 20%, le salaire national minimum garanti( SNMG) passera de 15 000 à 18 000 dinars algériens ( 180 euros). Selon les syndicats, cette mesure n'aura pas un grand effet sur l'amélioration du pouvoir d'achat des petits salaires. Et les travailleurs, qui espéraient obtenir une meilleure revalorisation, sont déçus. Alors que l'Union générale des travailleurs algériens ( UGTA) tablait sur une hausse du salaire minimum à hauteur de 20 000 dinars ( 200 euros), elle a finalement dû se contenter d'une petite augmentation de 3000 dinars...

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Organisations Syndicales. Dès lors, els responsables des différentes organisations syndicales autonomes n'ont pas tardé à se faire entendre.  Selon eux, ce sont les gros salaires des cadres et hauts fonctionnaires, indexés sur le SNMG, qui sont les plus avantagés par cette nouvelle donne. Ainsi, un cadre supérieur de la fonction publique qui perçoit un salaire de 200 000 dinars ( 2000 euros) touchera 40 000 dinars ( 400 euros) supplémentaires... Pour permettre aux petits salariés de sortir de la pauvreté et de la précarité, ces syndicats réclament donc un salaire minimum à 30 000 dinars ( 300 euros). 

Pour répondre au mécontentements des syndicalistes et salariés, le Premier ministre Ahmed Ouyahia a rétorqué : " même si nous avions décidé d'une augmentation de salaire de 10 000 dinars, les travailleurs ne seraient pas satisfaits, trouveraient à redire et demanderaient plus " . Et de préciser que cette revalorisation du salaire minimum coûterait 75 milliards de dinars à l'État...

En ce qui concerne la révision des pensions de retraites - que l'UGTA souhaiterait voir augmentées de 40%-, Ahmed Ouyahia a affirmé que le dossier avait été confié à un groupe de travail. Mais les patrons algériens, solicités pour soutenir le financement des caisses de retraite en reversant 1% de leurs charges patronales ont dores et déjà rejeté cette proposition... " L'Algérie a le taux d'imposition le plus bas de la Méditerranée et il n'est pas interdit d'envisager plus de pression fiscale pour sauver ce régime deretraite par une solidarité intergénérationnelle. Mais il faut alors agir sur d'autres leviers. Il n'est pas normal qu'un pays comme l'Algérie, où les deux tiers de la population ont moins de trente ans, ne trouve pas assez de cotisants pour ceux qui partent à la retraite ", déplore Nassim Kerdjouj, un des vice-préseident du Forum des chefs d'entreprises ( FCE), dans une déclaration au quotidien algérien Al - Watan. En attendant, retraités et bas salaires doivent composer avec une réalité économique plus que délicate. La hausse des cours des matières premières sur les marchés internationaux ades répercussions sur les prix des produits de première nécessité en Algérie. Et la situation devient très inquiétante pour le pouvoir d'achat des ménages les plus démunis, qui ont souvent du mal à boucler les fins de mois.

Depuis les émeutes de janvier 2011, le gouvernement algérien a certes accordé des subventions exceptionnelles aux produits de large consommation ( huile, sucre, farine etc;). Cependant, l'inflation ne cesse de crître, rendant quasiment inopérante toutes les mesures prises par le gouvernement afin d'atténuer la crise du pouvoir d'achat. Et, bien sû, l'augmentation des salaires ne suit pas. 

Propositions rejetées. L'UGTA a donc demandé d'autres mesures pour améliorer le pouvoir d'achat des citoyens, par lesquelles la révision de l'impôt sur le revenu global ( IRG) et l'abrogation de l'article 87 relatif au mode de calcul du salaire minimum en Algérie.  Ces propositions ont toutefois été rejetées par les organisations patronales. Ces dernières justifient leur position par la volonté de "préserver la viabilité des entreprises" . Quant au gouvernement, il défend sa politique en évoquant le triste état des finances publiques. Le déficit engendré par l'augmentation de la masse salariale ainsi que par les différents investissements publics coûte cher à l'État. Mais certains opérateurs économiques mettent plutôt en cause la grogne sociale, qui a conduit le gouvernement à accorder aux jeunes des milliards de dollars pour la création de micro-entreprises dont la grande majorité est vouée à l'échec. De l'avis des économistes, cet argent aurait dû renforcer les investissements déjà consentis notamment dans la construction d'infrastructures et le développment d'une politique industrielle viable et durable, ce qui garantie la production de la richesse et la création d'emplois...

Malgré leur solide représentaion au sein des travailleurs dans les différents secteurs d'activités, les syndicalistes affiliés aux organisations autonomes n'ont pas été invités à participer à la tripartite. Ce qui ne signifie pas pour autant que " les syndicats autonomes ne sont pas reconnus ou qu'ils sont ignorés", selon le Premier ministre. Alors pourquoi n'ont -ils pas été associés aux discussions de la tripartite ? Président du parti politique Ahd 54, Ali fawzi Rebaine a déclaré à AL-watan que cette 14e tripartite est " une pièce de théatre". Selon lui, ce sont bien les syndicats autonomes qui sont les plus représentatifs chez les salariés. Leurs responsables sont d'ailleurs unanimes : l'UGTA est avant tout le partenaire du gouvernement et du patronat.....

 

Problèmes en suspens. Hormis la revalorisation du salaire minimum, il faut bien reconaître que les problèmes liés au monde du travail ont été écartés ou restent en suspens. Ce qui fait dire aux syndicats autonomes que les résultats de cette tripartite ne reflètent pas lesattentes des travailleurs algériens. Coordinateur du conseil national autonome des professeurs de l'enseigenement secondaire et technique ( Cnapest), Meziane Meriane considère qe cette trpartie était une réunion " gouvernement/gouvernement ". Quant au porte parole du Conseil des lycées d'Algérie (CLA), Idir Achour, il estime que le gouvernement " a discuté et débattu avec lui-même ". Et d'expliquer : " la tripartite s'est déroulée comme on s'y attendait. Elle a totalement répondu aux attentes de l'un des partenaires : le patronat ". Le fait est que les organisations patronales sont satisafaites des résultats. A commencer par la principale d'entre elles, le FCE, qui se réjouit de ce " nouveau climat, plus à l'écoute des problèmatiques de l'entreprise ". Ce que son président, Réda Hamiani, estime totalement justifié : " La masse salariale de l'enreprise ne peut évoluer sans une corrélation avec la production et la productivité.". D'autant plus que " la richesse créée est susceptible d'être redistribuée", conclut-il. Certaines revendications patronales propres à soulager les entreprises ont ainsi été vaidées, dont l'allègement des procédures de remboursement de la TVA à l'exportation ou le réechelonnement des dettes fiscales. Mais le patronat a encore d'autres mesures incitatives en attente : baisse de l'IRG, assouplissement des procédures de crédits résevés aux investsseurs ou encore indiponibilité des assietes foncières. Des éléments que les pouvoirs publics pourraient être amenés à prendre en charge afin de favoriser la pérennisation des entreprises algériennes.

Dans un communiqué officiel, la tripartite a toute fois exclu le recours à une baisse de l'IRG. De l'avis du Premier ministre, cet IRG constitue une source majeure de reveni fiscal pour le pays. Sur le thème des finances publiques, Ahmed Ouyahia souligne " une importante résurgece du déficit budgétaire du fait de la politique salariale de l'État, de l'importance des transferts sociaux ainsi que le volume des investissements publics ". Pour ne pas aggraver l'ampluer du déficit, le Premier ministre préconise d'éviter toute nouvelle mesure, comme la baisse de l'IRG... D'autant que cela n'apporterait aucun résultat concret selon le ministre des Finances, Karim Djoudi. Ce dernier explique en effet que cet impôt, qui représente 20 à 25% de la fiscalité ordinaire, ne touche pas l'ensemble des ssalariés et ne constitue pas donc un facteur déterminant dans le niveau du pouvoir d'achat des citoyens... Il va même plus loin en considérant que les mesures prises en faveur des entreprises sont également " des mesures de considération sociale" qui ont pour vocation de créer et de préserver des emplois... Pour Karim Djoudi, le pouvoir d'achat n'est pa seulement tributaire du SNMG, mais également du maintien de la stabilité de l'emploi. 

 

Colère et frustration. Toujours est-il que la colère gronde dans les rangs des travailleurs. Près de 500 syndicalistes de la zone industrielle de Rouiba se sont ainsi rassemblés devant le siège local de l'UGTA - qui était partie prenante de la tripartite- pour protester contre les modalités et les résultats d'une réunion qui leur laisse une grande frustration... Un mécontentement qui doit aussi beaucoup au rejet de la revendication d'une baisse de l'IRG. Les syndicalistes pointent du dgoit le fait que les salariés sont seuls à devoir s'acquitter d'un impôt sont exemptées les autres catégories socioprofessionnelles comme les commerçants. 

 Aujourd'hui l'Algérie se trouve donc à la croisée des chemins. Avec deux directions possibles : continuer à augmenter les salaires et à subventionner les produits de première nécessité grâce à la rente pétrolière, ou miser sur un véritable programme de développement économique qui puisse générer croissance durable et richesse nationale. Dans la plupart des pays, l'heure est maintenant à la rigueur. Et malgré ses réserves de change, l'Algérie n'est pas à l'abri d'un gros déficit budgétaire. Plus que jamais, le pays a donc besoin de s'appuyer sur les bras de ses travailleurs pour construire sur des bases solides. 

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