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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Quelles couleurs politiques?

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 1 Février 2012, 09:47am

Catégories : #Politique

Article publié dans Arabies, Février 2012, pages 22 à 27

En 2012, le monde arabo-musulman devra faire son choix. instaurer un véritable processu démocratique ou plonger dans l'obscurantisme et la regression sociale. Focus

 

Alors que le processus électoral se poursuit en Égypte, des milliers de manifestants se sont rassemnlés sur la place Tahrirbet dans le quartier d'Abbssiya pour dénoncer les violences et réclamer la fin du pouvoir militaire. pour mieux se faire entendre, ils brandissaient des banderoles affichant des slogans hostiles au Maréchal Tantaoui, chef du Conseil supérieuredes forces armées ( CSFA). " Le conseil militaire est une prolongation de l'ancien régime, il a la même mentalité et à recours aux mêmes pratiques ", a déclaré un manifestant à l'Agence France - Presse (AFP).

 

Des Confrontations quasi quotidiennes sont désormais enregistrées entre manifestants et forces de l'ordre. Fondé après la révolution, le journal indépendant Tahrir fustige l'armée, qui selon lui porte atteinte à l'honneur des femmes. Et en effet les bavures se multiplient, faisant prendre aux militaires toute crédibilité et neutralité à l'intérieur comme à l'éxtérieur du pays. Ce qui a choqué la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton: " Les violences faites aux femmes dans les manifestations sont indignes de la révolution et déshonorent l'État égyptien...."

 

Pour atténuer les tensions et sortir des crises, politique et économique, le Premier ministre, Kamal al- Gazouri, a appelé les partis politiques au dialogue et d'expliquer en conférence de presse que le principal objectif de son gouvernement " est de sauver la révolution et de rétablir la paix et la sécurité ". Dans un entretien accordé au journal algérien El Khabar, le politologue Omar Salim- l'un des fondateurs du mouvement Kifaya qui s'opposait au gouvernement Moubarek - a estimé que l'armée ne cédera pas facilement le pouvoir et que " l'Intifada est absorbée par les militaires". Concernant l'avenir politique du pays, il avoue son inquiétude : " La vraie révolution va commencer et sera, malheuresement, plus violente que la première..."

 

Législatives. Pour rappel, le Parti Liberté et Justice (PLJ) des frères musulmans et les salafistes d'Al Nour ont raflé plus de 65% des suffrages lors des deux premières étapes des élections législatives. Fondé en février 2011, Al Nour prône un islam rigoriste et qualifie la démocratie de "péché"... " Le plus important, c'est que les articles de la procahine Constitution ne soient pas contraires aux préceptes de l'islam ",  s'efforce toutefois de relativiser Imad Abdel Ghafour, préident du parti salafiste.  La question reste en tout cas posée de savoir si l'Égypte, pays  de 80 millions d'habitants situé au coeur du monde arabe et qui entretient une proximité ainsi qu'une amitié avec Israel depuis les accords de Camp David, va connaitre un revirement radical de sa stratégie polilique.....Tout comme il reste à savoir si le mouvement salafiste  et les Frères musulmans vont bouleverser la géopolitique dans toute la région...

 

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En Libye, plusieurs manifestations contre le Conseil national de transition ( CNT) ont eu lieu à Benghazi, haut lieu de la révolution libyenne. Après la chute de Mouammar Kadhafi, le pays est en phase de transition. " Je crois que le processus de la révolution ne peut se limiter à la chute de l'ancien régime", a expliqué dans un journal marocain Said Haddad, politologue et spécialiste de la Libye à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman (Ireman).  La priorité de la Lybie libre est de ramener la sécurité en désarmant les milices et en intégrant les rebelles à l'armée régulière. Même si, au plan sociétal, il est urgent de définir une politique de reconciliation afin d'éviter les régionalisations et les luttes de pouvoir entre tribus, très puissantes dans le pays. 

Concernant la sécurité, le Premier ministre, Abdel Rahim al-Kib, doit lutter contre la prolifération des armes et leur éventuelle utilisation par les groupes terroristes comme Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). Selon l'Organisation non gouvernementale Human Rights Watch, de grandes quantités d'armes ( missiles air-sol, pistolets, mitrailleuses, kalachnikovs et roquettes) sont dispersés dans tout le pays. Cette situation fat craindre une recrudescence des actes terroristes et une déstabilisation de tous les États de la région. Un autre souci tient aux déclarations faites au lendemain de la chute du régime par le président du CNT, Mustapha Abdeldjalil, selon lesquelles la Libye sera désormais governée en vertu des principes de la charia. Une annonce qui a suscité beaucoup d'inquiétude au sein de la Communauté internationale.

Insécurité et islamisme politique peuvent -ils faire bon ménage ? L'arrivée  des islamistes au pouvoir en Tunisie, au Maroc et en Égypte semble avoir donné des ailes à leurs homologues algériens à l'image de Bouguerra Soltani, secrétaire général du Mouvement de la société pour la paix (MSP), qui a déclaré que " la société algérienne veut être gouvernée par les islamistes ".... Après quoi  il a adressé aux autres mouvements islamistes un appel à l'union. Cependant, l'Algérie a déjà connu une première expérience de révolte populaire et d'islamisme politique. En octobre 1988, la population s'était ainsi soulevée contre la pauvreté, l'exclusion et la marginalisation. Un terrain délaissé par le pouvoir de l'époque, mais que les islamistes ont récupéré dès leur victoire aux élections législatives de 1991. L'arrêt du processus électoral a alors plongé le pays dans une guerre civile qui a duré plus d'une décennie.... Peut-on dire pour autant que les islamistes algériens ont perdu leur légitimité du fait des actes terroristes commis dans les années 1990 ? L'Algérie connaitra t-elle un second round ? Nul ne le sait, mais l'expérience algérienne devrait être étudiée de près pour éviter le chaos dans les sociétés arabes confrontées à la mouvance islamiste...

 

Thèses extrémistes. Les tensiosn se multiplient en Tunisie, où les conditions socio-économiques chaotiques augmentent le mécontentement des jeunes et les poussent à défendre des thèses extémistes. Même si le parti islamiste Ennahda, grand vainqueur des dernières élections législatives, est qualifié de '' modèle serein qui se démarque de la pratique du terrorisme et du racisme'' par son président Rachid Ghannouchi. le nouveau chef du gouvernement, Hamadi jabali, pourra t-il remettre la Tunisie sur les rails? Il est à peine installé que sa position est déjà critiqué, avec des démocrates qui dénoncent une trop forte concentration de ses pouvoirs de Premier ministre. Certains n'hésitent pas à comparer ses prérogatives à celles d'un califat... Le fait est que, en Tunisie, le Premier ministre dispose de pouvoir excécutifs très étendus : édicter les décrets, nommer les juges de la cour suprême, révoquer les ministres... En bref, il est l'homme le plus puissant du pays. 

 

Dans une déclaration à l'AFP, Samir Bentaleb, représentant du Pôle démocratique moderniste (PDM), estime ainsi qu'on lui a attribué des pouvoirs démesurés au détriment de ceux du président élu. Un avis que partage le député du Parti démocrate progressiste (PDP) Lyed Dahmani : '' On demandait une répartition équilibrée des pouvoirs, pas leur concentration aux mains d'une seule personne...''

 

Pour certians confier une telle somme de pouvoirs à un Premier ministre islamiste fait aussi craindre une islamisation des institutions de l'État. D'autant que , de son côté, le mouvement salafiste, minoritaire mais bien organisé, se mobilise pour revendiquer la séparation des genres ainsi que l'ouverture de mosquées au sein des universités. De la à penser qu'ils préparent le terrain pour une radicalisation de la politique intérieure... A l'image de ces militants qui ont bloqué durant plus de deux mois l'entrée de la faculté des lettres de La Manouba après qu'on eut enpêché une femme en niqab d'accéder à une salle d'examen. Doyen de la faculté, Habib Kazdaghli, a expliqué dans la presse tunisienne que ces islamistes avaient fait le '' forcing'' en occupant le campus, revendiquant la liberté d'accès à l'université pour les étudiantes portant le niqab, l'installation de salles de prières ainsi que la fin de la mixité dans les classes... Et sans compter les militants d'associations intégristes comme les vainqueurs de la charia ou la branche tunisienne du parti Hizb ut- Tahrir ( parti de la libération) dirigé par l'émir palestinien Ata Kahlil Abou Rechta, qui comptent respectivement 15 000 et 18 000 fans sur facebook... Autant de fondamentalistes qui veulent prendre une revanche sur le passé en profitant de cette liberté d'expréssion nouvellement acquise pour multiplier les discours radicaux dans les mosquées et campus... sans oublier de manifester regulièrement en clamant des slogans hostiles à la pratique démocratique. " Le peuple a fait son choix, laicité dégage" peut-on lire sur leurs banderoles. De quoi justifier les pires craintes des démocrates, qui redoutent que le modèle social tunisien, notamment les droits de la femme, soit remis en cause...

 

Du côté de Rabat, les questions ne manquent pas non plus. Le système politique basé sur un islam modéré - sur le modèle de l'AKP turc - prôné par le Parti de la justice et du développement (PJD) va t-il permettre la bonne va t-il permettre la bonne gouvernance des affaires du Maroc ? Le PJD sera t-il en mesure de tenir ses promesses électorales pour sortir le pays de son marasme économique et social ? La rue est -elle completèment acquise au parti islamiste ? Sur cette dernière question, le doute est permis. Un mois et demi après les élections législatives, des millions de Marocains ont en effet manifesté à Casablanca et à Rabat, répondant à l'appel des jeunes du Mouvement du 20- Février (M20F)... Mais l'existence même du M20F pourrait être menacée avec le retrait du mouvement islamiste Al Adl Wal Ihsane ( Justice et Bienfaisance) et de ses militants qui réprésentaient.... 60% des effectifs!

 

Revendications. Dans la presse, les jeunes préfèrent déclarer que leur mouvement est désormais plus en adéquation avec leurs revendications modernistes modernistes et laîques.  " Le mouvement a complètement repensé sa stratégie après après la victoire des islamistes ", affirmait ainsi un manifestant.  Cependant, le message progressiste ne reçoit pas la ferveur de la rue. Même si certains observateurs affirment que ses détracteurs sont surtout issus d'une élite qui ne reflète pas la société marocaine. A moins que le peuple ne soit plus conservateur et plus proche de la religion que ce que l'on ne pensait...

 

Cette tendance du boulversement politique du monde arabe reste à vérifier en Syrie, où le mouvement populaire contre le régime du président Bachar al-Assad se poursuit. Un combat pour la liberté qui aurait fait près de 5000 morts selon l'ONU.... Dans ce climat très violent, le Conseil national syrien (CNS) ne cède rien au pouvoir. Les villes de Homs, Damas, Deraa et Hama souffrent de répressions au quotidien, avec des dizaines de morts chaque jour. Le 22 décembre 2011, 44 personnes ont ainsi péri dans des attentats terroristes qui ont aussi fait 166 blessés. La cible ? Deux immeubles dont un batîment des services de renseignement. Des attentats que le pouvoir a attribués à Al -Qaida... Quant au CNS, il appelé les observateurs de la Ligue arabe en visite d'inspection en Syrie à se rendre dans la ville de Homs, haut lieu de la révolte et cible privilégiée de la répression menée par l'armée. Dans un communiqué adressé à l'AFP, le CNS affirme ainsi que la ville a été bombardée à plusieurs reprises : '' Nous tenons responsables la Ligue arabe et la Communauté internationale pour les massacres et le sans versé par le régime...''

Les observateurs arabes avaient pourtant commencé leurs visites par Homs, où près de 70 000 personnes ont manifesté après le massacre de 30 civils par les forces de l'ordre. Une manifestation dont l'objectif était de  << dénoncer les crimes du régime>>, selon l'Observatoire syrien des droits de l'home (OSDH). Pour l'heure, la Ligue arabe a proposé un plan selon lequel le pouvoir syrien devarit accepter le retrait des troupes déployées dans les villes, la libération des prisonniers politiques ainsi que l'ouverture d'un dialogue avec l'opposition. Cependant, l'apparition d'une << armée libre syrienne >> fait craindre une guerre civile... Après la conclusion d'un accord avec la Ligue arabe, la violence est en effet montée d'un cran. Depuis le début de la révolte, au mois de mars 2011, des milleirs d'arrestations et de morts sont signalés à travers des communiqués du CNS, témoignages et vidéos par les sites Internet ou par le biais de la page Facebook << Syrian Révolution 2011>>

 

Situation effrayante. Les forces armées veulent donc faire taire au plus vite les opposants, comme en atteste ce communiqué publié depuis Londres par l'OSDH : << Des tirs d'obus et de mitrailleuses lourdes contre le qurtier de Baba Amr (Homs) ont fait ce lundi(26 décembre) 14 tués et des dizaines de blessés. La situation est effrayante et le pilonnage est plus intense que les trois derniers jours...>>

Les conclusions de la mission d'observation sont en tout cas mises en doute par les capitales occidentales. L'Occident devra t-il donc en passer par le vote d'une résolution de l'ONU pour sauver la population ? Rien n'est moins sûr au vu de la situation géographique très sensible de la Syrie- coincée entre Israel, le Liban et l'Iran-. Surtout quand on prend en compte ses liens politiques étroits avec le Hezbollah et l'Iran. La plus grande prudence est donc de mise, mais jusqu'à quand ? Le monde occidental, lui, est dans l'expectative. Il observe et s'interroge. Au nom de la démocratie, il ne peut critiquer le choix islamiste qu'ont fait les peuples arabes. Mais il se demande légitimement si cette montée en puissance des mouvements islamiques dans les pays jadis laics ne va pas amener ces États vers plus de conservatisme et de radicalisme... La France se dit ainsi " préocupée par les informations faisant état de manipulations orchestrées depuis plusieurs jours par Damas pour maquiller la réalité de la répression ". De son côté, Londres a demandé à la Syrie de tenir ses engagements à l'égard de la Ligue arabe. Quant à Ban Ki-moon, secrétaire général de l'Organisation des nations unies, il se dit " Très inquiet de l'escalade de la violence et appelle à l'application du plan de la Ligue arabe...'' Ce qui est sûr, c'est que cette année 2012 s'annonce capitale pour la nouvelle carte politique du monde arabe, qui concerne toute la planète. 

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