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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Quelles réformes?

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 5 Janvier 2012, 17:13pm

Catégories : #Politique

Article publié dans Arabies, Janvier 2012, pages 32 à 36

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Annoncé au mois d'Avril dernier puis confirmé en septembre, le processus des réformes semble ralenti par les enjeux électoraux de 2012 et 2014, nourissant doutes et polémiques....

Dès le début de l'année 2011, l'Algérie a connu une vague de contestations sociales, engendrée par une dégradation de la situation socio-économique et une méfiance grandissante envers le système politique. Cela a incité le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, à s'engager sur la voie des réformes politiques. Ce qu'il a annoncé dans un discours le 15 mai dernier. A l'nstar des autres peuples arabes, les Algériens revendiquent un changement profond et l'instauration d'une véritable démocratie. Ils réclament " du sang nouveau" dans la gestion du pays. << Le temps de la génération de la guerre de révolution algérienne est révolu >>, expliquent certaisn leaders des partis d'opposition. Aujourd'hui, la légitimité historique n'est plus perçue comme un argument électoral. La population algérienne - constituée à plus de 70% par des moins de 35 ans- désire regarder vers l'avenir pour construire un pays démocratique. Une jeunesse qui a soif de liberté, qui aspire à l'égalité et à la transparence dans la gestion des affaires politiques et éconoiques. Employé de banque à Alger, Djamel rapelle que l'Algérie << a mené sa révolution populaire en octobre 1988 >>. Et à la question portant sur ses attentes de changement, il répond que  << des réformes politiques ont été annoncées et nous sommes dans l'attente de changements profonds qui renront l'espoir à la jeunesse algérienne. Nous souhaitons tourner la page d'une époque, nous avons besoin de reconstruire et de vivre en paix>>...

 

Feu Vert. Dès septembre 2011, le gouvernement algérien a donné son feu vert pour l'élaboration de projets de lois. Sont concernés plusieurs volets en cours de discussion à l'Assemblée populaire nationale (APN) : ouverture du champs audiovisuel, dépénalisation du délit de presse ou encore nouvelles lois sur les partis politiques - dont l'instauration d'un quota de représentativité féminine sur les listes électorales. ce boulversment de la pratique politique algérienne suscite débats et polémiques. Doutes et inquiétudes commencent à poindre quant à ces réformes politiques... Partie prenante de cs débats à l'APN, certains leaders politiques organisent aussi des meetongs avec leurs militants durant lesquels se multiplient déclarations offensives et attaques verbales. Pourtant, tous considèrent les réformes comme une priorité nationale... Mais pour quel objectif : électoral ou patritique ?

Ce débat sur les reformes intervient dans une période charnière où les enjeux politiques des prochaines échéances électorales - élections législatives ( 2012) puis présidentielles ( 2014) - jouent un rôle déterminant ... Dans la presse ou par voie de communiqués, des partis politiques comme le Front national algérien (FNA) ou le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) évoquent des divergences au sommet de l'État. Qiuant au secrétaire général du Mouvement de la société pour la paix (MSP) - un des trois partis de l'Alliance présidentielle-, Bouguerra Soltani, il s'interroge sur la lenteur de mise en oeuvre : << Les lenteurs d'une administration qui ne suit pas la volonté politique déterminée à aller plus loin dans les réformes portent préjudice à l'intérêt national ...>>

Lors d'une rencontre sur les réformes politiques, qui s'est tenue à Alger le 22 octobre dernier, Bouguerra Soltani a appelé à faire des réformes globales. Six mois après le discours du président, les choses ne semblent donc pas avancer. << De toute façon, les échos qui nous parviennet de la Chambre basse indiquent que les réformes risquent d'être reportées. la chance qui nous est présentée aujourd'hui est peut-être la dernière pour qu'on puisse aller de l'avant. Autrement, ce sera le retour à la case départ >> a t-il précisé au quotidien algérien El - Watan. Le secrétaire général du MSP accuse aussi ses partenaires de l'Alliance présidentielle d'accaparer " le processus des réformes pour mettre ces dernières dans le seul cercle partisan...". De son côté, le président de la république a assuré que " l'attachement au calendrier politique ainsi qu'a la prise en charge des propositions émises par la majorité des participants à la consultation marquera aussi les prochaines étapes des réformes politiques que j'ai initiées, y compris le projet de révision de la Constitution qui aboutira devant le Parlement dès la tenue des prochaines élections législatives " ... Ce qui laisse à penser que l'agenda des réformes sera respecté. Quant à la secrétaire générale du Prti des travailleurs (PT), l'avocate Louisa Hanoune, elle a adhéré aux consultations politiques portant sur les réformes effectuées au mois de juin 2011 et estime que << les conjonctures nationale et régionale exigent d'accélérer les réformes en Algérie >> Lors d'une meeting organisé dans un cinéma du coeur de la capitale algérienne, elle a réuni les cadres de son parti et lancé un appel à l'ouverture du débat et à la mobilisation de la jeinesse algérienne. Selon elle, le processus des réformes politiques, engagé depuis quelques mois, a été " avorté " par les députés : << On enregistre malheuresement que ce processus est hypothéqué. Il y'a contradictions contre les orientations du chef de l'État au Conseil des ministres et les positions de certains députés, surtout ceux du FLN...>>

 

Appel au président. Louisa Hanoune a donc lancé un appel au président de la république afin qu'il use de ses prérogatives pour faire respecter ses engagements. Quant à la situation politique algérienne, Me Hanoune souligne que << l'Algérie est à un carrefour (...), le processus des réformes n'est pas à la hauteur des défis que pose le changement dans la région...>> 

Un changement qui exige la participation de la société civile. Voila pourquoi les Algériens réclamant des débats ouverts et transparents à propos de sujets en rapport avec les réformes engagées. A travers des canaux de diffusion comme la télévision et la radio, par exemple. En effet, l'opinion publique n'est pas convaincue de la réalité du changement profond du système politique. D'après les entretiens réalisés par Arabies à Alger, les Algériens aattendent un signe fort de la part des politiques pour leur épargner d'autres luttes, d'autres souffrances ... << Vous avez nous avons déjà déjà eu notre révolution le 5 octobre 1988. Nous avons également connu une guerre civile qui a duré plus de dix ans et depuis, l'Algérie renaît de ses cendres et avance. Nous souhaitons nous débarassser d'un système politique révolu et corrompu, nous souhaitons également être libres et dignes dans  une société totalement démocratique. Nous allons y parvenir, toute cette tension marque un début positif à mon sens >> souligne Rachid, entrepreneur quatragénaire.

Quant au bras de fer sur le quota pour la représentation des femmes sur les listes électorales, il prend un air de pré-campagne pour les législatives de 2012. Le débat fait rage entre partisans, indécis et opposants à ce projet de loi qui propose une représentation féminine au sein des deux Assemblées algériennes à hauteur de 33%. Les débats sur cette question de l'émancipation politique de la femme ont ainsi été tendus au sein de l'APN...

 

Large contestation. La cause ? Une vraie divergence de positions entre partis politiquesde l'alliance présidentielle et ceux de l'opposition. Malgré une très large contestation, le projet à toutefois été maintenu.  << le gouvernement maintien le taux du projet initial ( 33%) et s'oppose au taux de la commission juridique qui le réduit à 20% >>, a ainsi déclaré le ministre algérien de la Justice, Tayeb Belaiz.  Quant au président de ladite commission juridique, Chérif Nezzar, il a estimé que sa proportion répondait à l'objectif << de mettre en adéquation cette loi, temporairement, avec la réalité sociale et les traditions et spécificités des régions du pays >>. Mais cette proposition ne fait pas non plus l'unanimité au sein du Front de libération national (FLN), notamment auprès des femmes militantes. Députée d'Algérie, Saléha Djeffale l'a d'ailleurs répété dans la presse nationale  : << Il n'est pas question de toucher à ce quota.. C'est grâce au président de la république que la femme va pouvoir occuper plus de sièges au niveau des Assemblées élues. >> Du côté du PT, la réaction de Louisa Hanoune s'est pas non plus fait attendre  : << Ceux qui veulent ramener le quota à 20% font des calcules politiciens. Cela va faire appairaitre le caractère misogyne de certains, dont le FLN...>>. Pour rappel, le PT est opposé au système des quotas alors que le MSP, parti islamiste dit " Modéré ", se prononce pour une participation plus importante de la femme algérienne dans la politique. Bouguerra Soltani a d'ailleurs déjà invité les femmes de son parti à  << se préparer pour représenter leur mouvement aux prochaines élections >>.  Concernant l'opposition, le Front des forces socialistes (FFS) a affiché son rejet du système des quotas pour les listes électorales. Son secrétaire général, Karim Tabbou, estime en effet que << la femme algérienne ne peut s'émanciper uniquement à l'intérieur d'un parti politique >>. Pour appuyer la position de son parti, il explique que , dans certaines régions, la femme algérienne ne dispose d'aucune représentation politique. Quant aux responsables du Rassemblement national démocratique (RND) - parti de l'Alliance présidentielle-, ils avancent que ce système des quotas est une réponse adaptée à l'appilcation de l'article 31 bis de la Constitution de 2008 - qui oeuvre pour les droits politiques des femmes.  Actuel premier ministre et secrétaire général du RND, Ahmed Ouyahia a donné des instructions fermes à ses élus pour maintenir ce texte tel qu'il a été présenté par le gouvernement. Miloud Chorfi, porte parole du parti, explique que ce quota imposé est << une première étape qui permettra aux femmes d'êtres présentes dans les assemblées élues au même titre que les hommes >>.

Du côté islamiste, le leader du Mouvement de la rennaissance islamique - la branche algérienne du parti Ennahda-, Fateh Rabiai, a été très clair :  << Les traditions ancrées n'admettent pas que la femme fasse de la politique...>>. Quoi qu'il en soit, le projet sur la représentativité de la femme a été adopté par l'APN et le Conseil de la nation ( Majlis al Oumma), prêts à concéder de 20 à 40 % de sièges selon la densité des régions. Et la candidate n'est pas obligée de figurer en tête de liste. Vice présidente du Conseil de la nation, Zhra Drif, considère que cette loi est  << inéquitable et contraire aux engagements du président >>. Elle appelle donc Abdelaziz Bouteflika à en ordonner une seconde lecture.  << De quel droit consacre t-on à une région un taux de 40% et marginalise t-on les autres >>, s'insurge -t-elle. 

Calculs partisans. Quant au secrétaire du FNA Bachir Daoud, il a précisé que les amendements appotés obéissent à des calculs partisans et politiques. Mais cette réforme pourrait aussi être rejetée par le Conseil constitutionnel au motif qu'elle contredit l'article 31 de la Constitution, qui porte sur la promotion de la femme dans les assemblées élues. Pluieurs partis politiques algériens ont en tout cas approuvé ces projets de loi. Cité par l'Agence Presse Service (APS), Aissa Kassa, porte parole du FLN, a affiché sa satisfaction quant à leurs contenus et à leur délai d'application. De son côté, le MSP a estimé que << les libertés fondamentales seront renforcées en Algérie >>. Les autres formations politiques sont plus sceptiques. Elles émettent des réserves quant à la " volonté" réelle du pouvoir d'instaurer un véritable changement.  Par la voix de Miloud Kadri qui se présente comme son secrétaire général, le parti El -Islah souligne que << le pays dispose d'un arsenal de lois de qualité qui n'ont pas été appliquées >>... Dans le même temps, certains pollitiques en accusant d'autres de contourner les réformes. 

Tout porte à croire que la course vers 2014 a déjà commencé. Mais dès lors, comment peut-on envisager une vraie transition et ce changement radical tant espéré par des Algériens qui ont déjà payé leur liberté au prix fort. 

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