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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Royal Air Maroc, fin des turbulences?

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 12 Avril 2013, 13:51pm

Catégories : #Économie Maroc

Paru dans Arabies, avril 2013

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La Royal Air Maroc est – elle sortie de sa phase de turbulences ?

Restructuration, défilialisation, reddition des comptes, tels sont les principaux défis que doit relever la Royal Air Maroc pour sortir d’une profonde crise à laquelle elle fait face depuis  2009.

Le transport aérien à l’échelle mondiale est caractérisé par une concurrence rude et féroce. Pour y faire face, les compagnies aériennes doivent mettre en place une stratégie de gestion qui tienne compte des impératifs du marché extérieur, de la concurrence et de la demande interne. Tout en accordant une priorité absolue à la maitrise des dépenses pour ne pas tomber dans le gouffre du surendettement.

Avant la libération du marché du transport aérien, en 2003, la Royal Air Maroc, ou RAM, était protégée de la concurrence car elle disposait d’un monopole Handling sur les aéroports du royaume. Profitant de ce contexte favorable, la compagnie a pu non doubler son trafic, mais aussi réduire ses coûts unitaires de 19% durant la période 2002/2008. Cependant, dès 2009, une stratégie commerciale offensive a été mise en place par les compagnies low cost, dont les répercussions ont été désastreuses sur la Royal Air Maroc. Ses performances ont été affaiblies et ses finances ont été mises sous pression.

En effet, les offres promotionnelles, défiant toute concurrence, des compagnies low cost sont passées de 550 000 offres en 2006 à 7 050 000 offres en 2010. Cette réalité a poussé ’Atlas Blue’’, filiale bas prix  de la RAM,  a cesser ses activités en 2011. De plus, les compagnies régulières étrangères comme Air France/KLM, British Airways et Iberia ont renforcé leurs présences sur le marché marocain.

Lors de son passage devant la Commission du Parlement, en mars 2012, Driss Benhima, Président-directeur général de la compagnie, a souligné : « La compagnie est dans une situation fragile dans le sens où elle devient vulnérable à l’intensification de la concurrence low cost et à tous les évènements extérieurs».

L’augmentation substantielle des prix du carburant, l’accumulation des pertes financières engendrées, entre autres, par les nombreuses lignes déficitaires, domestiques et internationales, ont également aggravé la crise structurelle que vit la Royal Air Maroc. A partir de 2009, la compagnie perdait 20 millions de dirhams par semaine.

 Un plan de restructuration drastique.

« La gestion de la RAM est extrêmement tendue », a reconnu Benhima lors d’un point de presse organisé en 2011. Pour faire face à cette situation de crise, la direction de la RAM a adressé, en 2010, une demande à l’État pour la mise en œuvre d’un contrat - programme de restructuration profonde. Seulement, la réaction de l’État a été tardive. 

En effet, la mise en œuvre du Contrat programme a pris deux ans et demi de retard. Annoncé en 2009 et présenté à la chambre des Conseillers en mars 2010, il le Contrat - programme n’a eu l’aval de l’État qu’en septembre 2011. « Un retard qui a failli compromettre la survie même de la compagnie » a déclaré Benhima dans une interview publiée dans le journal les Afriques.

Royal-air-Maroc

Ce contrat, signé avec le Fonds Hassan II de développement économique et social, prévoit un investissement global de 10 milliards de dirhams dont 770 millions de DH dirhams seront consacrés à l’acquisition d’avions. Le programme a  en effet établi un objectif de modernisation de la flotte et, des infrastructures, de même que l’utilisation des technologies permettant la réduction des coûts de la compagnie. Pour rappel, avec la venue de l’Open Sky, le cabinet Mac Kenzy avait suggéré, en 2002, une restructuration intégrale avec une enveloppe de 3 à 4 milliards de dirhams.

La compagnie doit faire face à de nombreux défis : la rationalisation des dépenses (de l’ordre de 1 milliard de dirhams par an), la contraction de la flotte ( retrait d’une dizaine d’avions), l’abandon des activités annexes (comme l’industrie et l’hôtellerie), le rééquilibrage du service public (notamment sur les lignes intérieures), la réduction des effectifs (passés de 5600 à 3600 agents) ainsi que l’organisation de plan de départs négociés et le gel des salaires et des promotions.

La compagnie a supprimé 20 lignes déficitaires et plus de 14 000 heures de vol. « Nous sommes confrontés à une rude concurrence. Pour nous maintenir, on s’est livré à une importante restructuration. Royal Air Maroc a dû abandonner des lignes comme celles de Milan Marrakech et Marrakech Bruxelles, et a dû vendre 10 avions et perdre 1.500 employés, mais nous avons surmonté ces problèmes »a expliqué Mehdi El Yaalaoui, directeur pôle client à l’Agence de presse Reuters.

Des activités industrielles, comme la maintenance, le Handling et Cartering  seront délestées au profit des entreprises externes. La compagnie est d’ailleurs est en phase de recherches de partenaires étrangers. Des pourparlers sont en cours avec le groupe Air France/KLM pour la prise en charge des activités de la maintenance. Pour recentrer ses activités sur le cœur du métier et de transformer ses coûts fixes en charges variables, la direction de la RAM n’exclut pas la création de filiales dans lesquelles elle gardera une part égale ou supérieure à 50% du capital.

Il faut dire que la réduction drastique des comptes devient un objectif prioritaire pour éviter la banqueroute. Pour y parvenir, la compagnie aérienne a déjà procédé à la réduction des effectifs ainsi qu’à la suppression de certaines lignes déficitaires. « Il fallait un vrai plan de restructuration, une opération de chirurgie lourde »  s’est défendu le premier responsable de la compagnie.  

La mise en œuvre de la première phase de ce plan de restructuration n’aurait pu être possible sans l’aide financière apportée par l’État, lequel a octroyé 1,6 milliards de dirhams en 2012.

Mieux encore, Driss Benhima, très optimiste selon certains experts, estime que les retombées de ce plan de redressement sont plutôt positives. Dans une déclaration à la presse, ce dernier explique : « Les résultats provisoires d’exploitation actuels montrent une reconstitution meilleure que prévus des fonds propres de la compagnie de l’ordre de 600 millions de dirhams ». En clair, le Président de la compagnie est plutôt très confiant dans l’avenir. Lors de la présentation du bilan 2012, il a déclaré : « Si cela se confirme, le renforcement des fonds propres ne nécessitera aucune nouvelle augmentation de capital ».

Même si la direction de la RAM tente actuellement de maintenir le cap et évite la faillite, un plan de développement à moyen et à long termes (2015/2025) est en cours d’étude par le cabinet KPMG, assisté du bureau américain SH&E. L’objectif étant d’identifier les marchés porteurs, la configuration de la flotte, la détermination des financements additionnels éventuels ainsi que la mise en œuvre de partenariat international. A ce propos, le président de la RAM a tenu a précisé : « Royal Air Maroc n’est pas à brader et le choix des partenaires se fera dans le respect des intérêts stratégiques du royaume ».

Après avoir misé sur les compagnies africaines notamment Air Sénégal laquelle s’est avérée trop coûteuse pour la compagnie, la Royale Air Maroc souhaite réorienter sa stratégie pour conclure des partenariats avec les grandes compagnies internationales. « Nous sommes en train de filialiser, et de rechercher des partenaires industriels de haut niveau dans toutes les activités connexes »explique le premier patron de la compagnie à ce sujet.

Gestion.

Le rapport de la Cour des Comptes 2010 a passé au crible la gestion de la compagnie durant les années 2001 et 2010. «Des résultats négatifs dépassant toutes les prévisions» expliquent les auteurs du rapport. Ces derniers expliquent que l’absence d’une vision stratégique, une gestion approximative et l’impertinence de l’investissement ont été catastrophiques pour la compagnie. Plus concrètement, le plan de développement de la RAM, qui prévoyait une évolution de 6% du trafic aérien - a été mis en œuvre sans concertation avec les experts nationaux et/ou étrangers.

Ce plan de développement a concerné la composition de la flotte, son mode d’acquisition et son exploitation. Les objectifs tracés dans le cadre du plan d’acquisition des avions (20 appareils moyen-courrier et 4 appareils long-courrier), n’ont pas été atteints. Toujours dans le cadre due même rapport, il en ressort également que des avantages abusifs, dont la gratuité de transport, ont été accordé à des membres du Conseil d’administration et aux anciens cadres à la retraite.

 

 

 

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Cheikh fall 21/04/2015 14:02

Votre analyse sur Royal Air Maroc est presque la photographie de Sénégal Airlines.

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