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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Tourisme: une priorité gouvernementale

Publié par Hakima Bedouani-Kernane sur 1 Juillet 2010, 15:50pm

Catégories : #Tourisme

Article publié dans Arabies, juillet / août 2010, pages 43,44 et 45

 

Le retard accumulé par l'Algérie par rapport à ses voisins tunisien et marocain a incité le gouvernement à ériger le tourisme en priorité nationale. Est-ce pour autant le début d'une nouvelle ère ?

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"L'Algérie est un pays en construction touristique " a  déclaré le ministre du tourisme et de l’aménagement du territoire, Mr Cherif Rahmani, à maintes reprises lors de ses rencontres avec la presse algérienne et étrangère. Le constat est bien évident, la disparité entre les potentialités du pays et la réalité du terrain est, aux yeux des visiteurs, spécialistes et professionnels du secteur, considérable. En effet, le produit touristique algérien est en deçà de toute attente. L’Algérie, classée 147e sur 174 pays à vocation touristique dans le monde, est une destination considérée comme très chère donc inaccessible aux petites bourses. Justement, à ce propos, Farida, mère de famille et cadre dans une entreprise publique, avoue que le pays n’offre pas de produits touristiques en rapport avec le prix: « Les prestations les plus convenables sont excessivement chères. Les restaurants et les hôtels affichent des prix exorbitants. C ‘est pourquoi je préfère aller en Tunisie où les offres et les services sont de meilleure qualité pour moins cher » conclue t-elle. 

En effet, selon les statistiques de la police des frontières, plus d’un million d’algériens sont partis en Tunisie y passer leurs vacances l’an dernier. Après des années de violence et de négligence, le gouvernement algérien s’est enfin décidé à mettre en place un plan ambitieux de relance touristique. En mettant en œuvre des mesures concrètes, le pays pourrait devenir, dans quelques années, une destination touristique. Si le pays dispose d’un long littoral de 1280 km, des paysages, des sites culturels et historiques dans le Nord comme dans le Sud, l’Algérie ne souhaiterait pas développer un tourisme de masse comme ses deux voisins. D’ailleurs le pourrait-elle ?

Tourner la page. Après avoir traversé des années difficiles, marquées par la lutte sans merci contre le terrorisme, et enregistré des retards considérables dans tous les secteurs économiques, le pays  voudrait tourner la page de cette période noire en mettant en place des programmes de relance économique. Des projets de construction ambitieux dans tous les domaines d’activités ont déjà été réalisés (ou sont en cours). Le secteur du tourisme fait partie des priorités du gouvernement algérien. D’ailleurs, les groupes hôteliers, les compagnies aériennes et les tours opérateurs sont encouragés par les nombreuses mesures incitatives aux investissements décidés par les autorités publiques algériennes et veulent ainsi croire au futur du tourisme algérien. Justement, les nombreux avantages fiscaux et les taux d’intérêts réduits ont incité les investisseurs, nationaux et étrangers, à s’engager dans des projets concrets. Dans le cadre du schéma directeur d’aménagement touristique (SDAT), le ministère de tutelle a tracé un plan stratégique visant à déterminer les zones qu’il faudra absolument développer. Pour y arriver, de nouvelles mesures fiscales, financières et économiques ont été prises dans le cadre de la loi de finance complémentaire 2009, notamment dans son volet en rapport avec les activités touristiques.

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Ainsi, pour encourager les investissements dans ce domaine, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) a été réduite de 17% à 7% sur dix ans. Des avantages dans l’octroi du foncier touristique ont également été accordés pour tous les projets de construction ou de rénovation des infrastructures liées aux activités touristiques. Toujours dans le cadre du plan qualité tourisme, une réduction des taux de douanes sur 5 ans est accordée pour permettre l’acquisition de nouveaux équipements et d’ameublement des sites en construction ou en rénovation.

Il est d’ailleurs important de signaler que ces différentes mesures ont permis la conclusion d’une cinquantaine d’accords entre le ministère de tutelle et des investisseurs nationaux, en 2010. Les banques publiques sont également impliquées dans la relance du tourisme comme le Crédit populaire d’Algérie (CPA) et la Banque de développement Local (BDL) qui accordent des crédits à taux d’intérêts très avantageux : 4,5% pour les investissements dans les régions du Sud et 3% pour tout investissement dans le Nord du pays. En outre, selon certaines sources que nous avons sollicitées - qui préfèrent garder l’anonymat - l’octroi des crédits est très rude dans le pays. D’autres n’hésitent pas à dire que cette opération est un vrai parcours du combattant.

Par ailleurs, des groupes à la renommée internationale, comme Strawood et Marriott, se sont intéressés au pays en choisissant de s’implanter dans les plus grandes villes. Strawood, par exemple, a ouvert deux hôtels de types 5 étoiles à l’Est d’Alger et à Oran. Quant au Marriott, il vient d’annoncer l’ouverture, en 2011, d’un hôtel de 227 chambres à Tlemcen, une autre ville de l’Ouest algérien. A ce propos, il est important de signaler que le taux d’occupation des hôtels de luxe, en Algérie, a atteint les 80% par an. La Sonatrach, a également investi dans le secteur du tourisme d’affaires. A l’occasion de la tenue, en Avril 2010, du 16e congrès mondial du Gaz Naturel Liquéfié (GNL), un grand centre de conventions et un hôtel 5 étoiles, d’une capacité de 254 chambres, 28 suites et 12 suites royales, ont été construits par le groupe espagnol Rockwell pour le compte de Sonatrach. Selon certaines sources, cet investissement aurait couté la bagatelle de près de 600 millions de dollars à la première compagnie nationale algérienne.

Objectifs chiffrés. Selon les chiffres avancés par le ministère de tutelle, des projets de réalisation de 5OO hôtels et villages touristiques seront réalisés d’ici à 2015, la priorité demeurant le Nord du pays. Le coût de l’investissement avoisinerait 140 milliards de dinars. Dans le domaine de l’hôtellerie, le pays enregistre un retard considérable. Malgré les efforts déployés, depuis quelques années par le gouvernement algérien, il est très difficile de combler un déficit aussi important en quelques années. En effet, les capacités d’hébergement ne compte pas plus de 80 000 lits et la demande prends de plus en plus de l’ampleur dans le pays. Selon certains spécialistes, l’Algérie doit concentrer ses efforts dans le développement du tourisme dit ‘’d’aventure ‘’dans le Sahara. Il faut dire que le pays, qui peine à vendre son produit touristique malgré ses atouts et la richesse de son patrimoine historique et culturel, a plus de chance de se mettre en avant en valorisant le Sud.

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Conscient de la fascination qu’exerce le pays sur les visiteurs grâce à la splendeur de sa nature et à la richesse de ses vestiges, le gouvernement algérien compte en faire un produit d’appel pour relancer le tourisme. Les compagnies aériennes, comme Aigle Azur et Air Algérie, ont mis en place des vols réguliers pour desservir les deux principales destinations : Djanet et Tamanrasset. En revanche, si la fréquentation du Sud algérien est en nette progression, l’offre reste en deçà des attentes des touristes nationaux et étrangers en matière de structures d’accueil et de qualité de services.

Pour conclure, on peut dire que la tâche de faire de l’Algérie une destination touristique semble être très rude, mais  c’est néanmoins possible. Relever des défis n’effraie pas les Algériens. Par exemple, Brahim, un retraité habitant sur les hauteurs d’Alger, affirme : « Le terrorisme, en une décennie, n’a pas réussi à mettre le pays à genou. Le développement socio économique est possible et l’optimisme chez nous est visible à l’œil nu ». Les avis des personnes que nous avons interrogées sont mitigés, mais tous s’accordent à dire que le pays se dirige vers un avenir plus prometteur. Les chiffres le confirment : le nombre de touristes est en nette progression puisque le pays a reçu 1 911 506 touristes en 2009. Cette tendance devrait confirmer l’objectif du gouvernement d’atteindre les 2,5 millions de touristes à l’horizon 2015. L’Algérie est-elle devenue plus visible ? Premiers éléments de réponse d’ici au moins de septembre.  

 

 

 

 

 

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