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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Transformation économique

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 12 Juin 2013, 18:31pm

Catégories : #Économie Algérie

Paru dans Arabies, juin 2013

Malgré la mise en œuvre des réformes pour sa dynamisation, la part de l’entreprise privée reste dérisoire dans l’économie alors que ce secteur est le premier employeur du pays. 

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Le nombre des entreprises privées a doublé au cours de la dernière décennie. Selon les chiffres du ministère de l’Industrie, de la Petite et Moyenne Entreprise (PME) et la promotion de l’investissement, le pays comptait 700 000 PME qui emploient 1,7 millions de personnes en 2012. Toujours selon le ministère de tutelle, ce chiffre représente une moyenne de 15 sociétés pour 1000 habitants alors que la moyenne dans les pays émergents est de 50 à 60 entreprises pour 1000 habitants.

Les activités des entreprises privées sont essentiellement concentrées dans les secteurs des services, du bâtiment, des travaux publics et hydrauliques (BTPH) ainsi que dans les petites industries manufacturières comme l’agroalimentaire, le bois et le papier. Selon les statistiques officielles, moins d’une centaine d’entre elles sont exportatrices.

L’entreprise privée, dont le mode de gestion est plutôt traditionnel et patrimonial, utilise très peu les Nouvelles Technologies de l’information et de la communication (NTIC) et dispose d’une main d’œuvre peu qualifiée. Selon les économistes, ce mode de gestion représente un véritable frein à la croissance et au développement des activités des entreprises. La maitrise des méthodes modernes de gestion n’est pas encore acquise par de nombreux chefs d’entreprises et le recours à l’expertise étrangère est très peu pratiqué.

Selon l’office national des statistiques (ONS), 95% des entreprises privées elles sont de très petites entreprises (TPE) qui comptent moins de 10 employés et réalisent un chiffre d’affaires de moins de 20 millions de dinars (200 000 euros). En revanche, les enquêtes effectuées par les agences spécialisées dans la promotion et la création de l’entreprenariat comme l’Agence nationale de développement des investissements (Andi) et l’Agence nationale pour le soutien à l’emploi des jeunes (Ansej) révèlent que 40 % des entreprises nouvellement créées (moins de 5ans) ont déposé le bilan, entrainant des litiges avec les banques pour non remboursement des crédits octroyés lors de leur création.

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Un secteur peu productif. De l’avis de nombreux économistes, le secteur privé est peu productif. Dans son dernier rapport, le cabinet international Oxford Business Group (OBG) souligne : « le rôle du secteur privé reste dérisoire part rapport au rôle dominant joué par les grandes entreprises publiques qui représentent environ 51,8 % du PIB en 2012 contre 48,5% en 2010 ». Réda Hamiani, président du Forum des Chefs d’entreprises (FCE) confirme que le secteur privé ne dépasse pas 20% de l’activité économique. Les entreprises privées, qui occupent une part dérisoire dans l’économie du pays, sont concentrées essentiellement dans le développement des activités liées aux importations, le commerce de détail ainsi que quelques filières de l’industrie manufacturière. Le commerce, qui bénéficie de la part du lion avec 56,6% dont 85% revient au commerce de détail, reflète la part importante des importations dans l’activité économique au détriment d’une production locale. 

Un autre facteur entrave également l’émergence d’un secteur privé diversifié et actif sur le marché : la prédominance du secteur public dans l’économie nationale. Une situation paradoxale sachant que les pouvoirs publics ont choisi la voie de l’ouverture du marché et la liberté d’entreprendre. Alors pourquoi tant de restrictions à l’encontre de l’entreprenariat privé et à son essor au delà des PME et TPE ? En effet, hormis, quelques groupes privés comme Cévital, Benamor, Hasnaoui ou Haddad, opérant dans la filière agroalimentaires (huile, sucre, tomate, jus et boissons gazeuses), le bâtiment et les travaux publics BTP et la petite industrie, le pays manque de grandes entités privées capables de satisfaire la demande interne et développer ainsi l’exportation vers le marché régional et continental. Dans un article consacré à l’Algérie, le Financial Times souligne : « Le régime semble réticent à abandonner le contrôle de l’État sur les segments cruciaux de l‘économie ».

Des mesures plus favorables. Selon le dernier rapport du cabinet international OBG, les mesures contenues dans la loi de finances 2013, devraient favoriser le développement et la diversification des activités économique du secteur privé. Ces mesures concernent, entre autres, le développement des partenariats public/privé (PPP) ainsi que l’obtention de l’appui financier de la Caisse de garantie des crédits d’investissement aux petites et moyennes entreprises.

Les secteurs du tourisme et de l’halieutique bénéficieront, en priorité, de facilités en matière d’octroi du foncier ainsi que des aides financières directes destinées aux coopératives de pêche. De son côté, le patronat algérien attend plus du gouvernement Sellal notamment d’autres mesures incitatives à l’investissement privé comme la suppression de l’obligation d’obtenir l’accord du Conseil national de l’investissement (CNI) supérieur  pour tout investissement supérieur à 1,5 milliards de dinars (14,5 millions d’euros) ainsi que la révision de la règle 49/51(incluse dans la loi de finance complémentaire 2009) qui impose la part majoritaire au partenaire algérien dans le cadre de la création d’une société mixte avec un partenaire étranger.

En dépit de sa part dérisoire dans l’activité économique du pays, le privé crée de l’emploi et investit plus que le secteur public. Selon une enquête menée par l’Agence nationale de développement des investissements (ANDI), en février 2012, 25 015 projets, dont 360 projets d’investissements étrangers, représentant une valeur de 1949 milliards de dinars ont été réalisés entre 2002 et 2010 en Algérie. ces projets reviennent à 99% au secteur privé. Selon cette enquête, 226 471 emplois ont été crées durant cette période, dont 89%  d’emplois directes ont été crées par les entreprises privées.

Chômage et grogne sociale. Cependant, le chômage est un des problèmes les plus récurrents dans le pays. Le taux officiel du chômage, environ 10%, est souvent contesté par les spécialistes du secteur. Alors que l’Office national des statistiques et le ministère du Travail annoncent ce taux, les économistes, quant à eux, évoquent un chiffre entre 20 et 25%. Les experts en économie appellent les pouvoirs publics à la mise en œuvre d’une politique stratégique en matière de l’emploi, notamment en faveur des jeunes, souvent marginalisés et exclus du marché du travail. En effet, la jeunesse algérienne ne cesse de renflouer le taux du chômage avec une moyenne de 300 000 à 350 000 demandes additionnelles par an. De plus, près de 1,5 millions d’étudiants finiront leurs cursus universitaires à l’horizon 2015.

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Il faut dire que qu’une bonne partie des citoyens algériens peine à trouver un emploi stable notamment dans les villes de l’intérieur du pays. Le chômage et la cherté de la vie empoisonnent la vie d’une grande partie de la population.

Le pays renoue avec les tensions sociales. La grogne a gagné même le Sud du pays puisque plusieurs manifestations populaires ont été organisées dans les wilayas du Sud comme à Ouargla, El Oued et Laghouat. Des manifestations durant lesquelles les citoyens ont réclamé du travail et l’amélioration de leurs conditions de vie. De plus, le salaire national minimum garanti (SNMG) de 19000 dinars (soit moins de 200 euros), ne permet pas, aux ménages, de faire face aux dépenses quotidiennes en matière d’alimentation, de transport, d’éduction et de santé. Pourtant, le revenu nominal par habitant a été triplé en 10 ans. Cette amélioration est expliquée par la forte croissance des recettes des hydrocarbures, l’augmentation des salaires dans le secteur public ainsi que la réalisation de nombreuses infrastructures notamment dans les secteurs du bâtiment, des travaux publics et les transports.

En outre, Alexandre Kateb, économiste et directeur du cabinet Compétences Finances, cité par le journal français la Tribune, explique : «  la hausse rapide du revenu moyen a masqué l’apparition d’inégalités croissantes entre les insiders du système (fonctionnaires et salariés du secteur public, importateurs et distributeurs) et les outsiders (chômeurs et travailleurs de l’économie informelle) ».

De leurs côtés, les spécialistes des ressources humaines appellent les pouvoirs publics à mettre en œuvre une politique pour la promotion de l’emploi, à travers la mise en place de plans de formations et de stages de perfectionnement pour permettre l’insertion sociale des centaines de milliers de chômeurs et d’employés peu qualifiés dans les entreprises.

S’appuyer sur la formation.« Les entreprises activant dans le secteur privé en Algérie gagneraient à s’appuyer sur la formation pour renforcer leurs capacités, générer de l’emploi et contribuer avec efficience au développement économique du pays » a souligné Barbara Peitsh, consultante américaine en développement international et chercheur à l’Université du Michigan à l’Agence presse service.

Aussi, pour éradiquer le phénomène du chômage, qui menace la stabilité du pays, des réformes structurelles devraient être mises en œuvre afin de permettre la dynamisation d’un secteur privé qui contribuerait à l’émergence d’une économie durable et productive. «  Pour un pays qui valorise autant sa souveraineté, il est paradoxal d’encourager autant les importations au détriment de la production locale » explique l’économiste Alexandre Kateb.

Le pays pourra t-il se débarrasser d’une situation de déséquilibre persistante entre ses potentialités et ses ressources et le non accès d’une grande partie de sa population à l’éducation, à la formation, aux soins et à l’emploi ?

 

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