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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Rabeh Jerad, P-DG de Tunis Air

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 20 Juin 2012, 09:03am

Catégories : #Interviews

Publiée dans Arabies, juin 2012

 

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Rabah Jerad, président-directeur général de Tunis Air, nous propose un tour d'horizon de la situation du groupe qui subit les répercussions de la baisse du tourisme tunisien. 

 

Vous avez une longue carrière dans la direction des entreprises industrielles en difficultés... les restructurations de que vous avez engagées ont obtenu des résultats très probants. Pouvez-vous nous en parler ? 

J'ai en effet, commencé par carrière à la société de l'électricité et du gaz ( Steg) dans laquelle j'ai conduit des projets innovants comme la construction de la centrale de Sousse qui a été réalisée en partenariat avec Siemens. Entre 1993 et 1997, j'a été appelé à diriger la société Siame, laquelle grâce à un programme pilote de mise à niveau a obtenu sa certification ISO 9000 en 1996. En 1997, j'ai été nommé à la tête de Soconema qui était, à cette époque, en grande difficulté. Nous avons réussi son assinissement en améliorant la productivité et en incitant le personnel à la polyvalence. Soconema est aujourd'hui pérenne et certifiée aux normes internationales. 

 

Les syndicats tunisiens et les médias décrivent une situation très difficile pour le groupe Tunis Air. Pouvez-vous dire que vous êtes l'homme de la situation ? 

On a fait appel a moi pour participer à l'opération de sauvetage de la compagnie. Cette dernière a connu des difficultés importantes causées, entre autres , par une ingérence extérieure à l'entreprise avant la révolution. Tunis Air est en sureffectif. De plus, les activités économiques post-révolution étant très ralenties ont eu un impact négatif sur la masse salariale. La réduction de l'activité touristique a une conséquence directe et elle a engendré des pertes colossales pour Tunis Air. Il faut rappeler qu'en 2010, la compagnie avait un bilan presque équilibré. Cependant, elle a enregistré une perte de 100 millions de dinars soit 10% du chiffres d'affaires en 2011. Cela pour dire également que l'année 2012 ne s'annonce guèrre meilleure. Néanmoins la compagnie, qui a réussi à capter de nouveaux clients durant le premier trimestre 2012, enregistre un bond de 55% de ses recettes et une augmentation de 57% de ses charges. Deux phénomènes expliquent l'augmentation de nos charges : les comestibles qui représentent 30% ( la flotte est constituée de petits avions qui n'optimisent pas la réduction des frais du carburant, contrairement aux grands porteurs) ainsi que la masse salariale qui ''explose '' nos charges. Je tiens à préciser que Tunis air est confrontée à une sévère concurrence. Raison pour laquelle nous devons revoir notre politique tarifaire pour fidéliser notre clientèle. 


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Quelles actions prioritaires allez-vous mettre en place pour faire face à cette situation de crise ?

A la suite de l'audit sur les volets technique, économique et commercial de la compagnie réalisé en 2011, neuf commissions ont été créées pour l'élaboration d'un plan de relance que nous comptons mettre en oeuvre le 18 mai 2012. Nous allons aussi lancer une consultation interne élargie pour peaufiner ce plan et le présenter aux autorités de tutelle. Grâce à ce travail d'analyse, nous déterminerons les actions prioritaires qui permettront la sortie de crise. Nous ne pouvons pas continuer à fonctionner comme une entreprise de service public sans contrepartie. C'est la raison pour laquelle une restructuration est indispensable. 

 

Tunis Air pense t-elle à ouvrir son capital ?

Bien évidemment, cette option est envisageable. Nous sommes dores et déjà sur cette voie puisque 20% du capital est constitué de petits épargnants et de petites participations comme celle du groupe Air France / KLM.  L'option d'ouvrir davantage le capital est d'actualité. Nous étudierons les différentes options qui s'offriront à nous dans un proche avenir.

 

Quelle est votre stratégie pour remédier à cette situation? L'option de la réduction des effectifs est-elle aussi envisageable ?

Ce qui est sûr, c'est que Tunis Air dispose d'un sureffectif par avion dépassant les normes : 8400 agents pour 32 avions. Cette situation est causée par le recrutement abusif pré et post révolution. Le plan de relance que nous allons mettre en oeuvre inclura des actions prioritaires comme l'adhésion du personnel. Je l'ai vu dans mes expériences antérieures, l'adhésion du capital humain à notre démarche est plus que primordiale.... Sans cela, nous ne pourrons aboutir à un redressement effectif de l'entreprise. L'idée de l'État providence est dépassée. Certes, l'État peut aider, mais il ne peut se substituer pour prendre en charges toutes les dépenses de la compagnie. Nous sommes une entreprise publique qui évolue au sein d'un milieu très concurrentiel. Pour maintenir notre positionnement sur le marché, nous nous trouvons dans l'obligation d'appliquer les règles de gestion d'une entreprise privée. Nous avons dores et déjà entamé le travail avec les syndicats dans ce sens. 

 

Quelle méthode de gestion avez-vous adoptée ?

Ma méthode est la transparence. Je ne cache rien au personnel. Je communique les chiffres et je parle de la réalité de la situation. C'est la meilleure façon pour assurer sa crédibilité. Ma philosophie consiste fondamentalement dans le respect des engagements que je prends. L'établissement de l'équité est une de mes priorités.

 

Vat-on vers un Open Sky en Tunisie ?

On en parle actuellement. Le gouvernement a pris l'engagement avec la Commission européenne d'ouvrir les discussions à partir de mai 2012. Mais ouvrir les discussions ne veut pas dire prendre des engagements rapides. Il faut d'abord défendre nos intérêts. Notre compagnie n'est pas encore prête à affronter une concurrence renforcée, vu la situation financière de Tunis Air. Le cas de la compagnie marocaine RAM est plus que significatif à ce sujet puisque l' Open Sky lui a été défavorable: vente de 10 avions et réduction de 30% de l'effectif prévu en 2012. 

 

L'Open sky peut-il permettre la redynamisation du tourisme dans le pays ? 

Je ne pense pas que cela pourra permettre d'augmenter le flus touristique. Encore une fois, le pense que l'exemple du Maroc le prouve. C'est la raison pour laquelle nous allons, à moyen terme, concentrer nos efforts dans la modernisation de la flotte. Cette opération prendra des années. Le plan arrêté en 2008, qui prévoit l'acquisition de 19 nouveaux avions dont trois A 330, va être repoussé de 2013 à 2017. A plus long terme, ce plan permettra à la compagnie d'ouvrir des lignes notamment à travers le marché africain, très prometteur ainsi que le développement de ses liaisons avec les pays du Moyen- Orient.

 


 



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